DVD Diva

Diva : interview

  • Film

Interview de Jean-Jacques Beineix pour le DVD de Diva

06/03/2008 - 13h00
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Beineix en interview pour le DVD de Diva

Jean-Jacques, vous faites vraiment toutes vos interviews assis devant un piano ? C’est parce qu’on parle de Diva et donc de musique ?

C’est un peu con comme question, ça. Non, c’est juste que j’adore cet endroit, je me mets devant mon piano très souvent dans la journée et je tapote les touches. Et non, ne rêvez pas, je ne vais rien vous jouer…

Des DVD collector, vos mémoires chez Fayard : ça y est, Beineix appartient au passé ?

Mais pas du tout. Je suis encore là et j’ai encore pas mal de monde à emmerder… Mon objectif est de témoigner et de montrer ce cinéma…

Une soif de reconnaissance soudaine ?

Mais pas du tout. Le cinéma des 80’s a été diffamé. Pas seulement le mien, mais celui de Besson , de Carax et même de grands réalisateurs US. Tout ça parce qu’un mouvement de critiques radical, une sorte de réseau Al Qaida qui a ses bureaux à Bercy (Beineix parle de la cinémathèque).

Ces gens ont fait main basse sur le cinéma au nom de la nouvelle vague qui était elle-même un mouvement critique mais qui rendait compte de son époque. Or le cinéma des années 80 a rendu compte d’une époque et des bouleversements du monde…
Ces gens peuvent faire ce qu’ils veulent, construire des statues à Serge Daney ou Jean Douchet … Un jour ou l’autre, ils seront forcés de reconnaître que le cinéma des 80’s a bien existé et qu’il est essentiel.

Vous partez en guerre ?
C’est une guerre, celle des anciens contre les modernes. Des momies contre une nouvelle vague qui a tout balayé et enfanté un cinéma radicalement neuf.

D’où l’importance de ressortir Diva en DVD ?
Exactement. Ce support permet de montrer ces films et de ne pas laisser l’histoire du cinéma à ces momies ; de donner à voir ce cinéma aux jeunes qui pourront le décoder, l’analyser et comprendre sa valeur.

Et c’est quoi la force de Diva aujourd’hui ? Pour beaucoup, ça reste juste une illustration des tics visuels 80’s, comme une relique du passé...

Mais c’est bien plus que ça. C’est un film qui parle de la technique, de la reproduction et de l’acte unique qui est celui d’un artiste s’exprimant devant un public. Mon héros, l’artiste, refuse d’être dupliqué. La duplication, c’est bien, mais quand ça amène la standardisation et le formatage, c’est un danger.

Vous essayez de me faire croire que Diva parlait du DVD ?

Non, mais à l’époque, le combat entre la VHS et le Bétamax faisait rage. Le Bétamax de Sony a perdu. 30 ans plus tard, Sony gagne la bataille des standards avec le HD DVD. Mais la question que tout ça pose, c’est : OU EST L’ART DANS TOUT CA ???? L’artiste, c’est ma Diva qui dit que c’est au commerce de s’adapter à l’art et pas à l’art de s’adapter au commerce….

C’est un peu naïf tout ça quand même...

Mais bien sur ! Mais c’est pas naïf un type qui crie "Vive la liberté" en se faisant fusiller ? Merde : qu’est-ce qu’on fait contre les balles ? Rien ! Qu’est ce qu’on fait contre les commerciaux, les têtes de gondoles, les supermarchés de la culture ? On résiste. Un artiste ne peut être que naïf !

Mais en même temps, vous comme Carax avez disparu alors que Besson qui a su se transformer en capitaliste est au top…

Je ne vais pas défendre Besson, il a pas besoin de moi. Mais il a quand même fondé un empire…

Ce qui prouve bien que cet idéal n’est pas viable.

Peut-être, mais c’est ce qu’il faut viser. L’art est multiple. Il y a de la beauté dans les choix, des valeurs essentielles. L’histoire de l’art n’est faite que de sacrifices et de CHOIX. Est-ce qu’ils ont le choix les types qui regardent TF1 ? NON, ils sont devenus des grenouilles décérébrées auxquelles monsieur LeLay vend ses produits… Où reste-t-il de la liberté ? Chez les artistes ! Intellectuels à main nue ou avec une caméra, unissez-vous !!!!!

Vous ne pensez pas que le personnage de résistant un peu outrancier que vous vous êtes créé vous a desservi face aux critiques ?

Mais à l’époque, je n’avais pas de personnage. Je n’étais personne… Diva est sorti et il s’est fait démolir par la critique qui le trouvait creux, vide et sans intérêt. Alors c’est vrai : quand je me suis pris cette claque, j’ai refusé de courber l’échine. Mais c’est mal ? J’étais au bord du gouffre pourtant : j’avais bossé 12 ans, j’étais sorti du rang, j’avais fait mon film comme je pouvais et j’en avais pris plein la tronche. Le truc dingue, c’est que le salut est venu d’Amérique. Le film est sorti aux US et est devenu culte : j’ai commencé ma carrière là où la plupart la finissent…

C’est pour ça que pour la Lune dans le caniveau, ils ne vous ont pas loupé...

C’est clair que les mecs qui m’avaient raté sur Diva se sont acharnés. Daney, Télérama… c’était Bal tragique à Colombey… mais c’est une autre histoire.

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