Satyricon : interview
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Interview Terence Stamp
À l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Fellini , Terence Stamp nous parle de son expérience avec le maestro.
Par Gérard Delorme.
Qu’est-ce qui a décidé Fellini à vous engager?
Terence Stamp : J’avais 27 ans, je venais de finir un western appelé Blue, pour lequel je m’étais teint les cheveux en blond, et ils commençaient à pousser. J’étais dans ma période enfant-fleur, avec des perles, des colliers, des bracelets et ces cheveux blonds aux racines noires. Je crois que Fellini a apprécié. Il m’a demandé de rester. Il y a aussi le fait qu’ Antonioni avait écrit Blow up en pensant à moi. Il m’a viré à la dernière minute quand il a décidé de transposer son sujet de Milan à Londres pour être davantage dans l’air du temps. Fellini le savait, et je crois qu’il y avait chez lui un plaisir pervers à s’approprier le fait de m’avoir découvert et fait venir en Italie.
Ses expériences avec le LSD affectaient-elles ses films?
T.S. : On en a parlé. Il n’était pas timide sur ses expériences. Mais il n’expliquait jamais pourquoi il créait ces images surréelles. Quand je lui demandais ce que ça voulait dire, il déviait la réponse par une plaisanterie, impliquant qu’il n’y avait rien à expliquer. Sa vision était unique et, à force de travailler avec lui, j’ai fini par la partager: il m’est arrivé par exemple de remarquer des choses étranges en marchant dans la rue et de me dire «la vision Fellini s’est enclenchée».
Comment dirigeait-il les acteurs?
T.S. : Il ne me dirigeait pas à proprement parler mais, de mon point de vue d’acteur, il avait compris quelque chose de fondamental, qui devrait être le premier commandement du jeune cinéaste mais que très peu observent. C’est un truc très simple: il vous aimait. Et c’était très facile pour lui parce qu’il avait un charme naturel.
Est-il vrai qu’il postsynchronisait les acteurs?
T.S. : Pas dans mon cas. Je n’ai fait qu’une journée de postsynchronisation, pour la voix off au début du film. Généralement, il faisait deux films, le film visuel, sur lequel il greffe le film sonore après.
Saviez-vous que ce que vous faisiez était ce qu’il cherchait?
T.S. : Il n’y a jamais eu aucun doute là-dessus. Il m’a raconté une merveilleuse histoire qui m’a donné beaucoup de confiance. Il m’a dit: «Pour moi, le film existe déjà. Il est seulement dans une autre dimension. Je suis comme un accoucheur...» En d’autres termes, il me faisait savoir que j’étais toujours libre de lui faire des suggestions. Il savait ce qu’il voulait, mais sa vision n’était pas inflexible.
Quel souvenir gardez-vous de Fellini en tant qu’homme?
T.S. : Contrairement à beaucoup de gens très doués qui, humainement, se révèlent des trous du cul, Fellini avait un talent considérable, et c’était un prince. Je ne peux pas dire à quel point sa compagnie était agréable et drôle.
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