Affiche Blindness

Blindness : interview

Interview : Julianne Moore, rien que pour ses yeux

03/10/2008 - 16h40
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Julianne Moore

Pour Blindness , le dernier Fernando Meirelles , l’incandescente Julianne Moore se teint en blonde. Mais elle retrouve toute sa flamboyance quand le sort d’une humanité aveugle dépend de ses beaux yeux.

Par Véronique Le Bris

Est-ce le livre, le scénario ou le réalisateur, Fernando Meirelles, qui vous a convaincue de faire ce film ?
Julianne Moore : J’ai adoré et j’ai été très surprise de recevoir le coup de fil de Fernando. J’ai beaucoup aimé son scénario et j’ai tout de suite dit : « Oui, oui, et encore oui ! » Je n’ai lu L’Aveuglement, le livre de José Saramago, que plus tard. Toute l’expérience m’a plu, et c’est vrai que, au cours de ma carrière, j’ai toujours choisi de m’engager auprès de gens dont j’apprécie le travail. C’était le cas pour Meirelles, dont j’avais vu les deux précédents films.
L’histoire veut que, sans explications, tout le monde devienne brutalement aveugle, sauf vous.

Comment comprenez-vous ces deux phénomènes ?
J.M. : Je sais juste qu’au début, l’auteur avait l’intention de rendre tout le monde aveugle, y compris moi. Mais en écrivant la scène durant laquelle j’accompagne mon mari aveuglé dans l’ambulance, il a changé d’avis et a décidé que mon personnage, et lui seul, continuerait à voir. J’ai demandé pourquoi à Fernando. Même lui n’a pas su me donner la moindre explication. Il m’a répondu : « Cette femme n’a rien de spécial, elle est comme tout le monde, sauf qu’elle n’est pas aveugle. » Elle devient donc l’unique personne capable de sauver les autres sans être pour autant plus forte qu’eux.

À votre avis, est-ce parce qu’elle n’est pas beaucoup vue au début du film que cette femme devient la seule à voir par la suite ?
J.M. : Cela me plaît que vous le pensiez, mais je n’en suis pas sûre. C’est vrai qu’elle est d’abord une femme presque invisible – même son mari ne la « voit » plus –, mais ni plus ni moins qu’une autre.

Le fait d’être blonde vous rendait-il encore plus « invisible » ?
J.M. : Dès que j’ai lu le script et que je me suis penchée sur mon personnage, je l’ai tout de suite imaginé blond, comme une parfaite et traditionnelle femme de médecin ! J’en ai parlé à Fernando, qui a refusé que je me décolore les cheveux. Je n’ai pas tenu compte de son avis parce que je savais instinctivement qu’elle devait être blonde. Je pense que, finalement, l’idée lui a plu.

Une fois la catastrophe arrivée, l’héroïne met du temps à réagir. Attendriez-vous aussi longtemps ?
J.M. : En fait – et comme son mari, d’ailleurs –, elle s’active assez rapidement. Mais elle met ensuite du temps à assumer la responsabilité du pouvoir qu’elle détient par rapport aux autres. Ne sommes-nous pas souvent dans son cas lorsque nous refusons de lutter contre tous les fléaux, les guerres, les catastrophes naturelles qui détruisent le monde ? Je trouve que c’est justement l’aspect le plus intéressant de mon personnage.

Le film est impossible à situer géographiquement. Avez-vous eu, comme le spectateur, le sentiment d’être ainsi nulle part, au milieu de décors urbains familiers mais jamais identifiables ?
J.M. : N’est-ce pas incroyable ? Le film se déroule dans une ville moderne, mais il est absolument impossible de savoir si cette dernière se situe en Asie, en Amérique du Nord, du Sud, ou ailleurs. C’est une fable globale sur un problème complètement mondialisé, sur une sorte de chaos général... Ce manque de repères est encore accentué par le casting du film, qui est très international. Nous n’étions que trois acteurs américains au milieu de comédiens japonais, mexicains, brésiliens, uruguayens, etc.
Évidemment, sur le plateau, le sentiment était différent. En regardant le film, j’ai essayé de me souvenir des lieux de tournage. C’est presque impossible ! À un moment, nous traversons un pont. Nous avons commencé à tourner cette scène à São Paolo et l’avons finie à Montevideo. Mais il s’agit toujours du même pont... Le temps de nous retourner, et nous étions au Canada !

Finalement, comment voyez-vous ce film ?
J.M. : Comme une énorme métaphore ! La vue est notre sens premier. Il est donc intéressant, en la perdant, d’être forcé de « regarder » le monde différemment. Et de constater ainsi qu’il y a tellement de choses que nous ne voulons pas voir sur cette planète... même quand elles nous crèvent les yeux !

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