Moulin Rouge : interview

Interview Baz Luhrmann

15/01/2007 - 16h16
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Dans Moulin Rouge , Baz Luhrmann invite le Festival de Cannes à monter là-dessus pour lui montrer Montmartre comme il ne l’a jamais vu .
Interview Christian Jauberty

Qu’est-ce qui relie Moulin-Rouge à vos films précédents ?
Baz Luhrmann : Les trois films du cycle du rideau rouge reposent sur des histoires proches du mythe d’Orphée. Un jeune homme, idéaliste ou poète, plonge dans un monde de ténèbres, le cœur plein d’amour, pour essayer de sauver celle qu’il aime. Il est meurtri, mais sort aussi enrichi par l’expérience. Je suis fou de musique et d’opéra. J’avais monté La Bohème il y a dix ans en Australie. Pour moi, Moulin Rouge est une sorte de Bohème postmoderne.

Dans votre version de La Bohème, vous aviez transposé l’action ...
B. L. : ... en 57. La raison est que, quand je vivais à Paris avec ma femme, qui est française, nous avons appris que c’était l’année où sont survenus les derniers cas de mort par tuberculose pulmonaire. Rodolfo était un poète à la Jean Genet et Mimi une sorte de personnage comme on aurait pu en trouver dans Bonjour tristesse , de Françoise Sagan .

Vous aviez utilisé une musique ancienne dans une époque moderne, alors que pour Moulin-Rouge, c’est l’inverse.
B. L. : Exactement. Ce que je cherche à faire, c’est mobiliser l’affectivité du public pour permettre à l’histoire de libérer son potentiel d’émotions. Les films du cycle du rideau rouge ne sont pas naturalistes ni soumis aux lois de la logique. Ils passent un contrat avec le public pour lui demander de venir participer, d’être éveillé et non pas endormi, rêvant que ce qu’il regarde est la réalité. Les procédés que j’utilise sont destinés à vous réveiller pour atteindre votre cerveau à travers votre cœur et non pas l’inverse. C’est une manipulation, mais dont vous restez conscient. Je voulais faire une comédie musicale pour le public d’aujourd’hui. Il fallait donc trouver un langage musical contemporain.

Pourquoi alors avez-vous choisi de situer votre histoire à Montmartre en 1900 ?
B. L. : J’ai toujours été fasciné par cette période. Quand nous étions à Paris pour préparer La Bohème, nous sommes allés au Moulin Rouge pour voir LaToya Jackson affronter un serpent. Malheureusement, elle était de repos ce soir-là. Même si c’est devenu une attraction pour les touristes allemands en goguette, ça reste un lieu extraordinaire. J’ai été frappé de voir qu’une bonne partie de la culture populaire du XXe siècle a ses racines là. Toulouse-Lautrec, c’est Andy Warhol ; Debussy et Satie, la musique pop ; Aristide Bruant, Eminem . Nous ne voulions pas faire un film historique ou sociologique, mais exprimer l’esprit de l’époque, l’esprit de Lautrec. Dans le film, on ne le voit jamais peindre une toile. Il projette un peu de peinture à un moment, un peu à la manière de Jackson Pollock ... Mais c’est tout le film qui ressemble à une toile de Lautrec. On le présente souvent comme un grand artiste, grave et sérieux. Mais il est de fait qu’il parlait comme Daffy Duck, qu’il était généralement drogué jusqu’aux yeux et qu’il aimait plus que tout déconner. Il s’attachait à de jeunes hommes et vivait par procuration à travers leurs conquêtes sentimentales. Pour moi, c’est un personnage facétieux comme Puck, Yoda ou Jiminy Cricket, qui murmure à l’oreille du personnage principal.

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