I'M Not There : interview
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I'm not there : l'interview de Cate Blanchett
Dans I'm not there, Cate Blanchett joue un Bob Dylan électrique et envoutant. Portrait d'une actrice d'exception qui connaît la chanson...
Par Gérard Delorme
Dans quelles circonstances Todd Haynes a-t-il fait appel à vous pour le rôle ?
Cate Blanchett : J’ai appris par mon agent que Todd voulait me voir à propos de Bob Dylan. Je pensais qu’il allait me proposer de jouer Joan Baez, mais quand j’ai su qu’il comptait diviser le parcours musical de Dylan, et qu’il voulait que je joue une de ses incarnations, j’ai immédiatement dit oui. Après, le financement et la préparation ont pris beaucoup de temps. A côté, le tournage est passé en un éclair. 3 semaines. Chacun avait un segment très court.
Vous connaissiez bien les chansons de Dylan ?
C.B. : Je l’ai découvert à l’âge de 20 ans, quand j’étudiais l’art dramatique. Le monde commençait à devenir compliqué et je prenais conscience de la précarité de l’existence, surtout moi qui envisageais une carrière artistique. Sa musique correspondait parfaitement à ma disposition d’esprit. Je suis devenue fan, mais pas du genre à tout lire sur lui et à chercher la signification de tout.
Comment vous êtes-vous documentée pour les besoins du film?
C.B. : En plus de voir le docu de Scorsese , qui venait de sortir, je voulais voir dans leur intégralité les conférences de presse sur la tournée européenne. On y retrace son épuisement mental et spirituel, sa désillusion créative, sa façon de réagir aux media et au public. J’ai aussi vu Don’t look back, en particulier les scènes non retenues. Ce que montre le docu, c’est l’éclat et l’esprit, par exemple au moment où Dylan est assis à l’arrière d’une voiture avec John Lennon : ils sont jeunes, drôles et ils s’amusent.. Dans les scènes non retenues, on voit Dylan rentrer à l’hôtel, nauséeux, au bord de vomir. C’est là qu’on voit le prix à payer. Parce qu’on a beau être aussi opiniatre et assuré que Dylan, ça coûte de se faire traiter de Judas tous les soirs sur scène. Autrement, j’ai lu Chronicles, et l’interview de Playboy.
En tournant le film, n’avez-vous pas été tentée de voir les segments des autres acteurs ?
C.B. : Lorsque j’ai commencé, Richard Gere et Carl Marcus Franklin venaient de finir leurs parties. J’ai demandé à Todd de voir quelques rushes parce qu’il s’agit d’un ensemble. Ma performance n’existerait pas sans celle de Heath , ou Bil Wishore. Je jouais les bras, quelqu’un d’autre jouait les jambes, et l’ensemble donnait l’idée d’une personne.
Ce n’est pas la première fois que vous jouez une personne réelle. Comment vous y préparez-vous ?.
C.B. : Je considère le personnage à la fois comme réel et fictif. On sait que le geste ironique de choisir une femme pour le rôle d’un homme est très libérateur. Mais prenons L’aviateur de Martin Scorsese : d’accord, mon personnage s’appelle Katharine Hepburn , et un autre s’appelle Howard Hughes . Pourtant, vous devez vous dire que c’est un travail de fiction. Vous devez demander au metteur en scène ce qu’il veut, quel est le ton, afin d’accorder toute recherche que vous effectuez sur la vraie personne. Il y a toujours une part d’invention. De même ici, avec en plus une distance brechtienne dûe au fait que je sois une femme.
Vous avez dû vous entraîner à chanter ?
C.B. : Nous ne savions pas avec certitude si on entendrait ma voix ou celle d’un autre donc dans le doute, je me suis entraînée à chanter et jouer de la guitare –que je ne connaissais pas du tout. Finalement,Todd a décidé qu’il voulait une voix d’homme, et a demandé à Steve Malkmus de Pavement, de chanter pour moi.
Vous avez gagné un nombre incroyable de récompenses. Est-ce que ça vous stimule ?
C.B. : Non, parce qu’elles arrivent si longtemps après. Sur le moment, on ne sait jamais comment une pièce ou un film sera reçu. Certes, vous voulez que les gens viennent et le voient. Mais on ne peut leur dire quoi en penser. Avec le cinéma, on est particulièrement déconnecté de son public, parce qu’au moment où le film sort, on est déjà en train de travailler sur autre chose. Alors que sur scène, si vous sentez la salle vibrer, c’est fantastique. Et quand vous sentez que vous ne touchez pas le public, vous pouvez au moins essayer de modifier la tendance.
Comment revenir à un rôle comme celui d’Elizabeth ? C’est comme une série télé ?
C.B. : Peut-être que ça l’aurait été si j’avais tourné un an après. Mais neuf ans se sont écoulés entre le premier et le second. Et j’espère avoir fait des progrès et en savoir un peu plus sur mon métier. Mais il faut quand même repartir , tenir compte du premier, tout en prétendant n’avoir jamais joué ce personnage auparavant. Que demande le nouveau script ? D’accepter que c’est l’histoire d’une femme en train de prendre de l’âge. C’est un thème qui résonne fortement aujourd’hui, où vieillir est presque un sujet tabou.
Comment voyez-vous l’avenir ?
C.B. : J’ai un mari et deux enfants. Il s’agit de trouver un équilibre. Mais jamais je n’essaierai de me protéger de mon travail. J’adore mon métier, que j’exerce par vocation. Ces dernières années ont été particulièrement gratifiantes. Le hasard a mis sur mon chemin tous ces rôles impossibles à refuser. Mais je ne voudrais pas travailler au même rythme. Ce serait du cannibalisme, d’un point de vue créatif. Mon mari et moi prenons la direction créative du theatre municipal de Sydney en janvier prochain . Mais j’aimerais aussi avoir d’autres enfants, et mon aîné a besoin d’entre à l’école correctement. Nous avons besoin de nous poser un peu plus. Ca me convient. Je n’ai pas peur du changement. Il est bienvenu.
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