Ursula MEIER
Home : l'interview d'Ursula Meier
Dans Home, une famille s’installe dans une maison posée pile au bord d’une bretelle d’autoroute. La réalisatrice Ursula Meier , révèle l’envers du décor.
Par Alex Masson
Home repose sur un idée gonflée : le décor est plus évocateur que ses personnages.
Ursula Meier : Ce sont des gens qui se sont vraiment éloignés du monde, des gens déséquilibrés qui ont trouvé leur équilibre ailleurs. Quand le monde va les rattraper, tout va déraper. Je n’avais pas envie de donner un background à cette famille, mais que ce soit le décor, l’image, le casting qui raconte des choses, pas les dialogues ou d’autres éléments. Jusque dans le couple
Huppert
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Gourmet
, qui sur le papier est extrêmement improbable. Mais c’est ce qui m’intéressait : mettre ces comédiens-là côte à côte sur un écran, ça raconte déjà quelque chose. C’est ce que j’aime au cinéma : qu’on puisse ressentir ce qui se passe sans qu’on aie à l’expliciter. Parce que ça place le spectateur dans une certaine expérience. Le vrai pari d’ Home était là : plonger les gens dans un monde de sensations. Jusqu’à certaines limites, en l’occurrence, je voulais tester celle de l’insupportable, voir jusqu’à quel point de rupture je pouvais aller.
Pourquoi ce décor d’autoroute ?
Ursula Meier : Pour pouvoir la détourner : ça donnait un aspect de road-movie à Home, un air de film américain alors que c’est tout sauf ça. L’idée de brouiller les pistes est fondamentale, je ne voulais emmener Home là où l’on attend. On s’attend à ce que cette autoroute soit une source de danger, de menace mais en fait elle a un effet presque bénéfique en faisant office de révélateur des dysfonctionnements de cette famille. Elle symbolise le fait qu’on a toujours besoin du monde extérieur pour trouver sa place. En ce sens, Home parle aussi de la Suisse. Mais aussi d’un rapport au cinéma : cette autoroute est comme un écran, sur lequel chaque personnage va projeter ses propres névroses, ses angoisses. Home est très psychanalytique.
Le personnage central du film est cette maison. Comment l’avez vous conçue ?
Ursula Meier : On l’a construire. Et ça a été très compliqué parce que je ne voulais qu’on puisse l’identifier. Qu’elle puisse parler de cette famille mais sans être leur métaphore d’un point de vue social. Vous n’imaginez pas le temps passé devant des milliers de photos de maisons : chacune portait en elle un récit. On a mis un an à la dessiner et la construire. Il fallait trouver une maison sur laquelle l’imaginaire des spectateurs pouvait cogiter des indices, mais sans qu’elle n’évoque un lieu ou une époque. Qu’elle soit neutre, juste le reflet de cette famille. Qui plus est je n’avais pas envie de me retrouver en situation de reconstitution, de studio. La salle de bains, par exemple, a été volontairement conçue toute petite, parce que je voulais que les corps puissent s’y toucher, se frôler. C’était un peu absurde de se contraindre à des conditions de tournages très peu confortables, mais ça a été très utile pour le film.
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