Affiche Hancock

Hancock : interview

Hancock : interview de Charlize Theron

09/07/2008 - 15h11
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Hancock, film de superhéros audacieux, est le fruit d'un travail collectif assez détonnant. D’un côté, le scénariste-producteur Akiva Goldsman et Will Smith (c’est leur troisième film ensemble après I, Robot et Je suis une légende ), et, de l’autre, le réalisateur Peter Berg (lire encadré page suivante) et le producteur Michael Mann. Au milieu, Charlize Theron soutient énergiquement le projet, dont elle est aussi coproductrice.

Par Gérard Delorme


Vous n’aviez jamais joué dans un film de superhéros. Pourquoi avoir choisi Hancock ?
Charlize Theron : Mon ami Akiva Goldsman m’a envoyé ce script, que j’ai trouvé original et inhabituel pour une comédie – un genre que je n’aime généralement pas à cause des gags usés jusqu’à la corde. Mais ce projet comportait une part de risques stimulante : il fallait y bousculer un genre très codé et donner au personnage du superhéros des défauts très humains.

Que saviez-vous de l’univers des superhéros ?
C.T. : Rien ! Je suis fille unique et j’ai grandi dans une ferme en Afrique du Sud, sans personne pour m’initier à ce monde. Je n’ai aucune culture des comics.


En quoi votre rôle de femme au foyer séduite par un autre homme vous a-t-il plu ?
C.T. : Mary, mon personnage, est très attirée par le superhéros solitaire en quête d’amour que joue Will Smith . Qu’arrivera-t-il s’il tombe amoureux de la femme de son meilleur ami ? C’est tout le problème. Cette relation triangulaire m’a intéressée, je voulais savoir jusqu’à quel point Mary serait capable de détruire la vie de famille « parfaite » qu’elle a eu tant de mal à construire et à laquelle elle est très attachée. J’ai toujours apprécié les personnages féminins en conflit avec eux-mêmes.


Si elle est attirée, elle ne le montre pas. Pourquoi ?
C.T. : Au début, elle est très agressive et déterminée à lui faire savoir qu’elle ne veut pas le voir. C’est évidemment le contraire qu’il faut comprendre ! C’est souvent ainsi : je me souviens de garçons qui, à l’école, me tiraient les cheveux, me donnaient des coups puis me demandaient de sortir avec eux. C’est dans la nature humaine de nier les choses qui nous importent le plus. Dans le film, Mary se rend immédiatement compte que Hancock va bouleverser sa vie.


Comment jugez-vous votre carrière?
C.T. : J’ai choisi chacun des films que j’ai faits. Certains ne sont peut-être pas bons, mais je les ai tous acceptés pour de bonnes raisons. Je n’en regrette aucun et n’ai pas de plan de carrière. Michael Caine , qui a probablement tourné plus de films que n’importe quel acteur, m’a un jour donné raison sur le tournage de L’Œuvre de Dieu, la part du diabl e. Il m’a avoué être incapable de se rappeler des critiques ou des résultats de ses films au box-office. Par contre, il se souvenait d’une conversation qu’il avait eue avec un technicien trente ans plus tôt. J’ai réalisé que la mémoire de ce qu’il avait vécu importait plus que le reste. Faire des films demande beaucoup. Mieux vaut avoir une bonne raison personnelle de s’y engager.


Justement, comment vous préparez-vous pour vos rôles ?
C.T. : J’ai la chance d’avoir fait douze ans de danse classique – une véritable école de la discipline. Je suis donc capable de travailler très dur, jusqu’à ce que je me sente prête. Sinon, j’observe, je m’intéresse aux comportements humains, même quand je suis confrontée à des univers sombres qui ne me sont pas familiers. Et je déconnecte. Je mets un point d’honneur à ne pas rentrer chez moi avant d’être redevenue moi-même, à ne jamais rester dans un état émotionnel trop fort, ce qui est épuisant et me fait peur. Je l’ai prouvé avec Monster : je peux faire du bon travail sans sacrifier ma vie. Elle est trop importante pour moi.


Quelle importance accordez-vous au réalisateur ?
C.T. : Une importance fondamentale, évidemment. Tout dépend de sa vision. Aucun film n’est un voyage en solitaire, c’est ce que j’aime tant dans ce métier. Tout le monde apporte le meilleur et suit le même chemin. Mais il nous faut un guide : le metteur en scène. Il est crucial pour moi d’être en phase avec le réalisateur, et c’est ce qui s’est passé avec Peter Berg .


Comment est-il sur un plateau ?
C.T. : Il a une façon fascinante mais chaotique de travailler. Il ne coupe jamais la caméra, il adore qu’elle soit portée. On ne sait d’ailleurs jamais où il va la placer. C’est presque comme pour un documentaire. Il charge, tourne, vous parle pendant les prises. Comme Jason ( Bateman , qui joue le rôle de son mari), Will et moi adorons l’improvisation. Les conditions étaient donc remplies pour que l’alchimie fonctionne au mieux. Nous avons tous travaillé dans le même sens. Généralement, les metteurs en scène ont beaucoup de mal à garder le contrôle sur ce genre de films, qui retombent mécaniquement dans les conventions du genre. En voyant Hancock , j’ai vraiment senti la patte de Peter.


Jason Bateman disait que vous étiez très à l’aise avec les garçons et que vous racontiez des blagues encore plus salaces qu’eux...
C.T. : Pourquoi seraient-ils les seuls à faire des blagues ? Sur ce film, nous nous connaissions tous. J’ai travaillé avec Will il y a huit ans sur La Légende de Bagger Vance de Robert Redford et avec Jason sur la série Arrested Development. Je connais Akiva depuis trois ans. Tout le monde était à l’aise, nous nous sommes bien amusés. Mais je dois dire que tout ce qui m’est arrivé de mieux dans la vie est le fait de femmes : ma mère, mon rôle dans Monster qui m’a valu un Oscar, ma compagnie de production qui est administrée par des femmes... Je ne me sens pas en concurrence avec elles, même si, entre elles, les femmes ne sont pas toujours loyales. Les hommes le sont davantage.

Où en êtes-vous de votre projet avec Guillermo Arriaga (The Burning Plain) ?
C.T. : Nous sommes en train de finaliser le montage. M’engager sur ce projet était une bonne idée. Le script est exquis, et Arriaga est l’un des cinéastes les plus doués de notre époque.


Vous avez demandé la citoyenneté américaine. Est-ce pour voter ?
C.T. : J’ai vécu la moitié de ma vie en Afrique du Sud et l’autre aux États-Unis. Je m’y sens chez moi. Je considère comme un acte patriotique d’exprimer ma désapprobation face au gouvernement de ces huit dernières années. Je serais très contente de voter pour quelqu’un dont j’estime qu’il peut changer
les choses dans ce pays et dans le monde.

Quel est votre candidat ?
C.T. : Tout le monde sait que je soutiens Barack Obama. Je n’aurais pas voté pour une femme simplement parce qu’elle est une femme – et ça m’étonnerait qu’Hillary Clinton apprécie cela. Je la respecte, mais je n’étais d’accord ni avec ses valeurs ni avec son bilan.

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