Affiche Deux soeurs pour un roi

Deux Soeurs Pour Un Roi : interview

Femmes actuelles : Natalie Portman et Scarlett Johansson parlent de Deux soeurs pour un roi

20/03/2008 - 17h50
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Dans Deux sœurs pour un roi , Scarlett Johansson et Natalie Portman se déchirent pour les faveurs d’Henry VIII et l’accession au trône. Au XXIe siècle, les deux actrices sont des reines de l’écran parmi les plus courtisées. Mais elles savent que la réalité des stars n’est pas un épisode d’Amour, gloire et beauté.

Par Alex Masson

Vous ne vous connaissiez pas avant de tourner Deux sœurs pour un roi. Jouer des sœurs rivales, ça rapproche ou ça éloigne ?

Scarlett Johansson : Nos personnages ont des motivations radicalement opposées, mais ont en commun de passer par de très nombreux stades émotionnels. On a beaucoup travaillé ensemble là-dessus, je crois que de tels rôles rapprochent les actrices. Mais je dis peut-être ça parce que je joue la sœur la plus vulnérable des deux en apparence.

Depuis Match point, on savait que Scarlett pouvait jouer les garces, mais c’est quelque chose qu’on découvre chez vous, Natalie…

Natalie Portman : J’ai adoré jouer un personnage aussi loin de ma nature profonde. C’était presque une manière de tester mes limites. Je n’approuve pas la manipulation comme une bonne méthode pour obtenir ce que l’on veut, mais je crois que je peux désormais comprendre pourquoi Ann Boleyn a fait tout ça. Dans une certaine mesure, elle est avant tout une victime des us et coutumes en vigueur alors, et du diktat social que l’on imposait aux femmes.

Vous préférez vivre aujourd’hui, vu la condition féminine, ou à son époque ?

N.P : C’est quand même assez bizarre de voir qu’à cette période les femmes étaient forcées de coucher ou d’épouser des hommes pour des questions de pouvoir, alors qu’aujourd’hui, elles peuvent faire ces choix d’elles-mêmes, non ? Je ne dis pas qu’elles le font par plaisir, mais que lorsqu’ elles n’ont pas d’autres opportunités, elles y voient une option possible. Je me demande si en fait le monde contemporain n’est pas moins féministe que ce que l’on croit.

S.J : La libération de la femme est un très long chemin qu’on est encore loin d’avoir parcouru.

Avez-vous dû faire face à des discriminations dans votre milieu ?

N.P : La plupart des scénaristes, producteurs et comédiens sont des hommes. Ils font donc des films en fonction de leur propre expérience. De fait toute l’industrie du cinéma voit les femmes comme des accessoires. On peut le prendre pour de la discrimination, c’est juste un effet involontaire d’une majorité.

S.J : On n’a pas souvent l’occasion de tomber sur des films qui offrent à deux jeunes actrices de partager la tête d’affiche dans des rôles au même fort potentiel. Généralement elles sont mère et fille, ou le faire-valoir de personnages masculins. Alors qu’on ne compte plus le nombre de films où on voit des duos de mecs…

Pensez-vous que votre célébrité a fait de vous des femmes de pouvoir ?

S.J: Il est nécessaire de rester conscient de la versatilité de ce pouvoir. Le cinéma déborde d’exemples de gens qui n’y ont pas résisté et fait des mauvais choix. Si le public ne voit que le côté glamour de la célébrité, on ne peut pas oublier que c’est aussi un outil professionnel qu’il faut savoir maitriser.

N.P: Un agent ou un conseiller en marketing vous pousse toujours à aller dans telle soirée ou à tel dîner, soi-disant parce que ça offrira telle ou telle opportunité, mais au final c’est une manière de devenir passive, alors que plus que jamais, une actrice se doit de prendre des responsabilités.

Y compris dans sa vie privée ? Est-ce qu’aujourd’hui l’amour et le pouvoir peuvent mieux coexister qu’à la cour d’Henry VIII ?

S.J : J’espère que oui. Ca se vérifie un peu quand on voit la longévité de certains couples politiques malgré les épreuves auxquelles soumet le pouvoir. Regardez Tony et Chérie Blair, Bill et Hilary Clinton

N.P: (l’air pas dupe)… Nicolas Sarkozy et Carla Bruni… (rires)

Pourtant, Deux sœurs pour un roi dit clairement qu’il n’y a pas de pouvoir sans compromis avec ses idéaux…

S.J : Le compromis n’est pas forcément une mauvaise chose. C’est parfois un moindre mal pour arriver à un bon résultat. Il faut parfois mettre ses convictions de côté : une entorse à ses idéaux peut être une solution pour arriver à ses fins.

Comment différencier une bonne d’une mauvaise ambition ?

N.P : Rien n’est plus compliqué. Surtout dans un monde où l’on généralise tout. Par exemple l’ambition féminine, qu’on continue à trouver suspecte. Pour compliquer le tout, la génération « d’executive women » des années 80 l’a parfois effectivement utilisée à mauvais escient…

S.J : … mais ce n’est pas une raison pour renoncer. On peut être ambitieux sans vouloir écraser les gens autour de soi. On pourra dire ce qu’on voudra, il n’existe pas de succès sans ambition préalable.

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