American Gangster : interview
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American Gangster: l'interview de Denzel Washington et Russel Crowe
Denzel Washington et Russell Crowe, deux monstres sacrés du cinéma, sont de nouveau réunis à l'affiche du dernier film de Ridley Scott. Dans American gangster, Denzel est le parrain black seventies et Russell le flic qui le traque dans un New-York plus vrai que nature. Interview croisée.
Adapté par Anne Akrich
Vos deux personnages, c’est le bien contre le mal ?
Denzel W ashington : OK, mais qui est le gentil et qui est le méchant ? C’est un équilibre délicat.
Chacun joue sur les deux tableaux, non ?
D.W. : Oui absolument. La ligne est vite franchie. Allez saute Russell !
Russel Crowe : C’est ce qui est fascinant à propos des deux personnages et de l’histoire. Ce n’est pas manichéen, la morale n’est pas immuable. Mon personnage, Richie, est un type honnête, mais comme sa femme le déclare au procès, il n’est honnête que dans un seul domaine. Je crois que le film porte un regard lucide sur l’homme qu’il était à l’époque et Ridley a essayé de comprendre pourquoi certaines personnes tournent mal, de comprendre le processus qui a conduit Frank Lucas à devenir dealer. Si Frank avait été lié à d’autres personnes, s’il avait été éduqué dans un autre contexte, il aurait pu devenir universitaire. C’est un type brillant qui a tout mis en oeuvre pour changer sa vie et celle de sa famille. Le problème c’est que son professeur était Bumpy Johnson, un des plus grand criminel new yorkais
Denzel, avez vous hésité à incarner ce personnage sombre ?
D.W . : Pas du tout. Une bonne histoire reste une bonne histoire. Je crois simplement que si je n’avais pas fait Training day , on ne m’aurait pas offert ce genre de rôle. Après Training Day, on ne me proposait plus que ça (rires). Là, le choix n’était pas compliqué : une bonne histoire, un partenaire et un réalisateur géniaux.
Vous avez déjà joué ensemble auparavant, qu’est-ce-qui a été différent cette fois ?
R.C .: Programmé pour tuer ?????!!!!! C’était un film merveilleux (rires). Un moment d’absence, n’est-ce-pas Denzel ? Je sais que c’est l’un de tes films préférés. On était jeunes et innocents.
D.W. : Plus après ça (rires)
R.C . : Ca faisait longtemps que Brian Grazer (le producteur) disait que ce serait super qu’on joue à nouveau ensemble et c’est parti de là. J’ai entendu dire que l’idée de jouer avec moi plaisait à Denzel et évidemment, cette idée me plaisait aussi. En fait, on n’a pas parlé avant le tournage. « Salut camarade, comment ça va ? Content de te voir » et on a commencé.
Il y a une longue tradition de films de crime se déroulant à NY : de La cité sans voiles au Parrain , en passant par Le prince de New-York . Vous pensez qu’ American gangster se situe dans cette lignée ?
D.W. : Non, parce qu’il s’agit d’une histoire de Harlem. C’est l’histoire d’un gangster mais d’un gangster différent. Maintenant, c’est vrai que le schéma de base est identique aux classiques que vous mentionnez . Les films sont différents, mais le business est le même, c’est celui de l’héroïne. En cela, le film de Ridley appartient bien au genre…
Le film montre une période où les flics comme les gangsters étaient corrompus. Quel regard portez-vous là-dessus ?
D.W . : C’est peut-être un cliché mais je pense qu’il y avait plus d’honneur entre les gangsters à cette époque. Il y avait un code moral. Frank ne tuait pas de gamins, il ne provoquait pas de fusillades dans la rue… C’est un homme très intéressant, un homme pour qui la famille était capitale : passer Thanksgiving avec les siens était un rituel qu’il n’aurait manqué pour rien au monde. Il était dans le business de la drogue, mais je ne crois pas qu’il se considérait comme un meurtrier ou un criminel. C’était du business, il vendait un produit, et il faisait ça bien.
R.C. : Personne ne blâmerait un homme qui vole de la nourriture pour son enfant affamé. Mais quelqu’un qui prend l’insigne et prête serment pour servir et protéger son pays, on est en droit d’attendre de lui une certaine honnêteté. A cette époque la drogue avait pris une ampleur énorme, et l’argent en jeu est devenu gigantesque. On parle de centaines de millions de $. Les flics ont forcément été tentés. Et l’avidité a rattrapé beaucoup de monde. Frank Lucas a fourni des preuves et 75% de l’unité spéciale d’investigation sont tombés parce qu’ils étaient dans le coup. Je crois que c’est la clé de l’amitié qui existe toujours entre Frank et Richie. Ils ont, ensemble, bâti quelque chose après l’arrestation de Frank qui les a rapproché.
Frank Lucas était sur le tournage tous les jours et Ridley Scott disait qu’il était timbré, que c’était un sociopathe.
D.W . : Frank n’est pas un sociopathe. Comme le disait Russell, cet homme n’a pas eu une éducation traditionnelle : quand il avait 6 ans il a été témoin du meurtre de son cousin par des sociopathes…
R.C. : …en uniforme
D.W . : Des officiers en uniforme. Et ça, ça a changé sa vie. Très tôt il a commencé à voler et il a fait son bonhomme de chemin. Il est venu à NY et le plus grand gangster de Harlem a reconnu son talent et l’a formé. Il était du mauvais côté de la route mais c’était un étudiant modèle et il est devenu un expert du business. Soyons clair : c’est un criminel, il est responsable de la mort de nombreuses personnes. Je ne veux pas dire qu’il est simplement le fruit de son environnement. Mais je suppose qu’on est tous plus ou moins déterminé. Il aurait été de toutes façons un leader. D’ailleurs, il a un fils de 10 ou 12 ans qui est lui aussi brillant.
R.C . : Honnêtement, beaucoup d’aspects de la vie de Frank étaient glamour : les discothèques, sa relation avec Wilt Chamberlain (basketteur), avec les grandes figures du sport et les célébrités de l’époque. Les gens le connaissaient pour être le gérant de la boîte. Tout ce qui en découlait n’était pas connu. Wilt Chamberlain et les autres ne savaient pas pour le business de l’héroïne.
D.W . : Ce qu’ils savaient c’est qu’il avait le club où toutes les poulettes allaient (rires)
Selon vous, qui est le nouveau gangster américain ?
R.C. : A part toi…
D.W. : Qui est le gangster américain ? Oh mon Dieu. Ils sont au pouvoir maintenant (rires) …question suivante.
Vous avez tous les deux reçu les honneurs. Qu’est-ce-que ça vous inspire de vous lever tous les matins et de faire le métier que vous faites?
D.W. : Bonne question. Professionnellement, j’ai commencé à me diriger dans une autre direction. Je suis passé derrière la caméra et j’ai réalisé mon 2ème film. Il y a beaucoup de joie dans ce métier. Pour moi, jouer fait partie de la vie mais ce n’est pas toute ma vie. Ma famille, mes enfants, ça c’est la vie, le miracle de la vie. Je me réveille tous les matins pour eux.
R.C. : J’ai toujours considéré que faire des films était un privilège. Il y a des choses que je peux faire en tant qu’acteur que je n’aurais jamais pu faire autrement. J’ai une personnalité étrange mais les films demandent des gens étranges, c’est pour ça que je m’y sens bien. Mon métier me rend très heureux. C’est un immense privilège de me lever et de me dire que je vais travailler avec Ridley et tous les jours je regarde autour de moi et je remercie le Seigneur que tout ça continue.
D.W. : Moi aussi
Denzel, vous pouvez nous parler de votre prochain film, The great debaters ?
D.W . : C’est un beau film avec de jeunes acteurs talentueux comme Denzel Whitaker , un nom prédestiné, d’autant plus que Forest Whitaker fait aussi partie du film. Je suis très content du film. C’est complètement différent d’ American Gangster, et j’en suis très fier.
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