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Alors que Harry Potter cartonne déjà dans les salles, rencontre avec la frenchie de Poudlard. Clémence Poesy parle tournage, David Yates, David Heyman et Twilight.  Par Gaël Golhen Clémence, comment on se sent à quelques heures de la fin ? C’est un mélange d’émotion : je suis à la fois super excitée, fatiguée, triste, heureuse... Il fallait que ça s’arrête et je pense que ca se finit au bon moment. Personne ne s’est lassé, on n’a pas fait le film de trop et c’est resté magique pour les gens qui aiment toujours autant la saga. On vous a vue à l’avant-première de Londres, ça avait l’air dingue... C’était... émouvant. Quand ils ont passé le clip de tous les moments de la saga, j’ai eu du mal à ne pas craquer (rires). C’est vraiment là que je me suis rendue compte qu’il y avait un truc unique dans cette saga. Que David Heyman, David Barron et JK Rowling avaient réussi leur coup. Enfin, je le savais ! Mais là-bas, l’émotion était vraiment belle.   David Yates avait l’air vraiment triste... C’est quelqu’un d’une très grande tendresse, qui a réussi à mettre toute cette tendresse, justement, dans sa façon de voir les ados. Il était vraiment attaché au trio, aux acteurs. Enfin, là c’est de l’action non stop... Oui, mais c’est dément !  Vous aimez ça, vraiment ?  Pour être honnête, non. Les films qui explosent de partout ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Mais David a vraiment fait un super boulot. C’est impressionnant et c’est beau, surtout ! Graphiquement, c’est stupéfiant, les décors et les effets spéciaux sont sublimes. Vous ne trouvez pas ? Ben... personnellement, je préfère le précédent. Je trouve que David Yates ne gère pas complètement l’équilibre entre le spectaculaire et l’intime...  Je suis d’accord sur le 7.1. Mais justement, c’est génial de mettre les deux films en parallèle ! Ce dernier épisode ne prend tout son sens que lorsqu'on l’envisage comme une suite directe du précédent. Ca prend vraiment une autre dimension.   En tant qu’actrice, ça devait être plus intéressant de jouer dans la première partie, plus intime, que dans la seconde, non ? Non, et c’est vraiment grâce à David. Même quand tu tournes une bataille, que tu es dans le fond du plan, floue, il a une manière particulière de te diriger. Il te rend important : il vient, te donne des directions, te dit que c’est TON moment. Bon, on sait très bien que ce n’est pas vrai (rires), mais on fait semblant de le croire et c’est très motivant. Du coup, même le 2 était intéressant sur le plan de l’acting. C’est sa grande force. La direction d’acteurs ?   Regardez la scène de danse du précédent : elle est géniale de ce point de vue là. C’est une scène qui n’est pas dans le livre mais qui résume toute la problématique de la série : qu’est-ce que c’est de grandir, comment on gère les sentiments et l’amitié. C’est vraiment très, très fort. Pareil, dans le 6, toutes les scènes avec Luna sont géniales. Il transmet un feeling tout doux dans sa mise en scène... Plus généralement, vous retenez quoi de la saga, finalement ?  Oh, mais je suis pas grand chose dans cette expérience. Pour moi, c’était une visite. Je suis une “visiteuse privilégiée”, on va dire. Je suis ravie d’avoir fait partie de cette aventure, de savoir comment ça se fabrique. A Londres, pour l’avant-première, j’étais avec des copains qui sont dans le cinéma, des réals et des scénaristes... Et en voyant l’émotion des fans, ils me disaient : “Ca donne du courage pour écrire”. C’est ça le secret : voir qu’une histoire a cet impact là sur des gens, c’est beau ! Même si j’ai à peine fait partie de cette aventure, j’ai conscience qu’un tel phénomène ne se reproduira sans doute jamais. Désolé, mais vous oubliez Twilight, non ? Ce n’est pas pareil, pour moi. J’ai l’impression que Twilight agit plutôt comme une métaphore de l’adolescence alors que Harry Potter s’intéresse au monde de l’enfance. Ceci dit, j’ai vu le premier Twilight et j’ai passé un bon moment. Bon, je n’ai pas vu les autres, et je n’ai pas lu les livres non plus. Mais dans Harry Potter, il y a une chaleur qui se dégage, qui est ... Je ne sais pas. Twilight parle beaucoup de sexualité alors que Harry Potter parle d’amitié, d’amour, de passage à l’âge adulte... Ce sont deux choses différentes. Ce qui me fascine, c’est à quel point chaque film a une personnalité différente. J’ai surtout mesuré la différence entre David Yates et Mike Newell. Ils sont tous les deux extrêmement anglais, mais complètement opposés dans leurs caractères. Mike a grandi dans une boarding school et il a transformé Poudlard en boarding school ! Il avait un discours vraiment marrant sur ça, limite anar’. Mike est un réalisateur très drôle avec une distance et une ironie vraiment marrantes. David, lui, a une tendresse et une attention folle pour ses personnages et ses acteurs. On sent qu’il aime ce trio, qu’il les adore... Pas seulement le trio, d’ailleurs : tous les personnages. Dans le 7.2, le passage où Neville fait face à Voldemort est génial... Comme le moment où il a l’impression d'avoir gagné et que les mecs reviennent (rires)...  Comment vous expliquez la spécificité de la saga finalement ? C’est le côté british ?  Evidemment, mais l’un des meilleurs films de la saga pour moi, c’est celui de Cuaron ! Alors, bon, le côté british... A mon avis, c’est le choix des réalisateurs qui explique le succès de la saga. Et tout ça, on le doit à David Heyman et David Barron. Aux mains d’autres producteurs, ce serait pas devenu ce qu’on voit aujourd’hui. Et je ne fais pas du léchage de bottes ! Ils n’en ont rien à faire et ils ne liront probablement jamais cette interview. A ce point ?  David Heyman est un type extraordinaire ! Il a fait tous les boulots dans l’industrie et pourtant, il n’a jamais généré de jalousie. Vu sa position, ce serait pourtant facile ! Que Dan, Rupert et Emma soient devenus des gens aussi biens n’est pas un hasard. Ils ont été très bien traités, protégés même. Et surtout, Harry Potter n’a jamais été un système ! David a imposé une vraie remise en question à chaque film. J’ai une anecdote sur lui, qui le résume bien : une fois, David me parlait d’un livre que je ne connaissais pas. Le lendemain, j’avais dans ma loge le livre en question. C’est ça qui le définit et c’est comme ça qu’il a pensé la saga : en termes de générosité et d’humanité.