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Ne te retourne pas est un drôle de film. Un film de star (Monica Bellucci et Sophie Marceau), mais surtout un film risqué. Et au final, un film pas réussi mais pas totalement raté. Pas totalement raté parce que l'histoire est sublime. Deux femmes, une personne et un dévoilement. En reprenant un concept éculé du fantastique (deux personnalités d'une femme incarnées par deux actrices différentes), Marina de Van s'attache à ne jamais rentrer dans les cases du genre et tente le film d'auteur psychanalytique. Certains trucs sont vraiment loupées (la gestion des transformations physiques, l'écriture des dialogues et Sophie Marceau), mais le film est fascinant. Comme son auteure rencontrée hier après-midiOn avait adoré Dans ma peau parce que tu te situais aux confins du film de genre et de l’autofiction. Ne te retourne pas est radicalement différent… Non : Ne te retourne pas est la suite logique de Dans Ma Peau. Ce n’est pas le même objet d’investigation : Dans Ma Peau racontait l’histoire d’une femme qui investit ses sensations, son corps pour en éprouver la réalité tandis que dans Ne te retourne pas, l’héroïne perd les apparences de son visage et de ses repères. Mais la question est la même : qu’est ce qui est vivant ? Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui est mort ? Euh… Ce que je voulais dire, c’est que Dans Ma Peau brouille les pistes alors que Ne te retourne pas est un pur film fantastique….J’utilise les codes du fantastique, mais pour aller vers une résolution plus… réaliste. A l’inverse d’un film de genre où tu as toujours une instance surnaturelle qui fournit l’explication finale. Ici, la résolution est psychologique : le fantastique se nourrit de nos angoisses et de nos pulsions. Ça me paraît beaucoup plus fort de tout résoudre dans l’alchimie d’un cerveau humain. Ne te retourne pas fonctionne comme une métaphore plus que comme un film fantastique !Mais tu ne brouilles plus les pistes, tu as choisi ton camp.Dans un cas, c’était un film à 8 million de francs, dans l’autre à 10 millions d’euros…Mais tu n’as jamais eu d’appréhension face à ton casting de stars ? Si, j’avais peur que ce soit une source de complications. Mais elles m’ont fait une confiance aveugle. J’ai pu faire ce que je voulais et je n’ai jamais transigé par rapport à mon projet de départ. Le film prend pourtant une dimension différente avec deux stars. La couv’ de Paris Match, la montée des marches… Ça devient aussi un véhicule…Oui, mais tu vois la situation du cinéma aujourd’hui. Tu vois où en est le cinéma d’auteur dans lequel je me situe. Quel espoir as-tu de toucher un public ou de boucler ton film si tu n’en passes pas par là ? C’était une chance inouïe d’avoir Marceau et Bellucci : Ne te retourne pas serait passé inaperçu sans elles. Et vu leur travail, je n’ai aucun regret ! En les contactant, je savais que j’allais investir un univers qui n’était pas le mien, que j’allais subir le marketing et qu’elles donneraient un éclat au film qui ne serait pas directement lié à mon travail. Mais que pouvais-je rêver de mieux ? Comme dans Dans ma peau, il est question d’une réalité qui se démasque, d’un dévoilement… Je suis ravie que tu ais compris ça ! Peu de gens le voient… C’est ça qui me plaisait : montrer comment les voiles tombent, et comment le réel dans lequel on pense vivre est habité par nos croyances, nos affects. Le film fonctionne comme un parcours analytique à grande vitesse qui permet au personnage de se retrouver et de réconcilier ses parties dissidentes.Mais chercher un dévoilement avec deux stars qui ont le contrôle absolu de leur image, c’est une belle contradiction, non ? Je ne sais pas… Je me suis posé la question, mais j’ai cru sentir que Sophie, comme Monica, voulaient m’accompagner dans cette quête de la vérité. Cette idée du dévoilement les touchait en tant que star… Ça devait correspondre à quelque chose qu’elles désiraient : finalement, elles ont une fausse peau toute la journée finalement.