Des Gens qui s’embrassent
Pathé

En 2013, Première avait rencontré la réalisatrice pour parler de la comédie Des gens qui s'embrassent, diffusée ce soir sur C8.

A l'occasion de la première programmation en clair du film Des gens qui s'embrassent, nous repartageons notre long entretien avec sa réalisatrice, Danielle Thompson, rencontrée en 2013 pour parler de ce projet au casting cinq étoiles (Monica Bellucci, Kad Merad, Eric Elmosnino...), mais aussi plus généralement de sa carrière. La première partie de cette rencontre captivante est lisible ici. Et comme promis, voici sa suite.

Première : St Trop, l’avenue Montaigne vos comédies se déroulent toujours dans des lieux bling bling.
Danièle Thompson :
Mais parce que c’est beau ! C’est l’héritage de mon père. La Grande Vadrouille se passe à l’Opéra, il fait partir ses héros à l’hospice de Beaune, l’un des plus beaux endroits du monde. C’est un film magnifique ! Pareil pour La Folie des grandeurs qui fut tourné dans les plus beaux endroits d’Espagne. Et pour Rabbi Jacob, il avait fait reconstruire une synagogue en studio parce qu’il voulait que ce soit magnifique – loin des édifices religieux réels et un peu laids. Il avait – et il m’a transmis – la volonté de donner au public de la beauté, une évasion et des cadres magnifiques. C’est pour ça que je choisis ces lieux.

Quand vous parlez des comédies de votre père, je vous sens nostalgique de la puissance industrielle qu’avait la comédie à l’époque. Je me trompe ?
Oui ! Parce que je pense que le cinéma français, les comédies françaises ont une grande importance dans l’industrie d’aujourd’hui. Il y a des grandes comédies qui sont faites avec beaucoup d’argent. On le critique, on dit que le cinéma est trop cher, mais si c’est bien fait, si c’est beau, ça ne me choque pas. 

Le problème c’est quand les films chers ne sont pas beaux… La beauté, on la trouve où on peut. Soyons clairs : je ne demande pas à ce que tout soit filmé dans le VIIIème arrondissement de Paris ! Ce qui me dérange, c’est quand c’est moche à l’écran. Quand c’est mal filmé, quand c’est mal éclairé. Mais il y a un souci d’esthétique dans le cinéma d’aujourd’hui.

Danièle Thompson : "J'espère que Des Gens qui s'embrassent est irrévérencieux"

On a l’impression que la comédie française traverse une crise (de financement, d’écriture). Vous voyez ça comment ?
Ca va être une banalité, désolée ! Mais il y a des films qui m’amusent follement et d’autres pas du tout. Mais contrairement à tous ceux qui hurlent avec les loups, je reste persuadée qu’on est capable de produire des bonnes comédies. Pour une bonne raison : l’ingrédient principal d’une bonne comédie, ce sont les acteurs comiques. C’est pour ça, quand j’entends des gens dire que le star système n’existera plus, c’est comme s’ils annonçaient qu’ils sont contre la mort ou la maladie. D’abord, on en a besoin et ensuite, c’est une question d’offre et de demande. Les comédiens bien payés ne le sont pas toute leur vie. Certains qui étaient au sommet ne le seront plus demain ; d’autres qui ont ramé des années décrochent soudain des salaires magnifiques…

Pourquoi ?
Parce qu’ils sont bons. Parce qu’ils savent transcender un texte, rehausser un script par leur jeu et leur personnalité. Mais surtout parce que les producteurs les réclament, parce que les télévisions les demandent. Ce sont les financiers qui sont responsables. Eric Elmosnino a travaillé pendant 25 ans dans le théâtre public et puis tout à coup, il demande un cachet en fonction de sa notoriété et des films qui lui sont proposés. C’est normal ! Et j’espère que ça va continuer…

Mais à la grande époque de la comédie française, les stars étaient inamovibles.
Ils étaient très bien payés.

Mais j’ai l’impression que le coté « bankable » dure moins qu’avant. Que les stars sont jetables désormais.
l y en avait quelques uns qui étaient inamovibles. Ils se comptent sur les doigts des deux  mains. Mais là où je vous rejoins, c’est qu’aujourd’hui les choses vont plus vite. Maintenant, les gens envoient des SMS pendant la projection de votre film. Avant, on avait un petit délai on se disait que le bouche à oreille prendrait deux trois jours. Aujourd’hui, c’est pas deux jours, c’est deux minutes.

Quand un cinéaste comme Fabien Onteniente demande des états généraux de la comédie française vous dites quoi ?
Il a demandé quoi précisément ?

De remettre à plat le système industriel et artistique, que les comédiens s’impliquent plus dans la promotion des films…
Je n’ai pas lu sa tribune, et je trouve que le terme d’états généraux est un peu grandiloquent. Mais il est vrai que certains dysfonctionnements devraient être corrigés. Vous proposez un film à un comédien, il l’accepte, il est très bien payé - parfois magnifiquement même - il signe un contrat, il a lu le scénario : il sait très précisément ce qu’il fait. Et je trouve qu’il faut observer une forme de loyauté vis à vis des gens avec lesquels on travaille (les financiers, l’équipe technique et les artistes). On est en droit d’attendre un soutien. Ce sont eux qui font les films, ce sont eux les stars, ce sont eux que les gens viennent voir. Ils sont bien payés précisément parce que le système tourne autour d’eux. Et je trouve inadmissible que des comédiens se dérobent à la promotion ! Aux US c’est dans les contrats !

Attendez : ce n’est pas le cas en France ?
Non. Rien n’est clair. Et c’est pour ça que je vous dit que ça fait partie de la loyauté du comédien. Par rapport au film qu’on a fait. Et par rapport au chèque qu’il a touché.

Quelle est votre place dans l’industrie ? Vos films font des cartons en salle et à la télé et on a l’impression que vous êtes immunisée contre l’insuccès. Pour parler régulièrement à de jeunes réalisateurs de comédie, on les sent au contraire très angoissés.
Ouh lala ! Ma place dans l’industrie ? Vous me faites passer pour la reine mère là (rires) ! Mais moi aussi j’ai peur. Autant qu’eux ! Je ne sais pas ce qui va se passer avec ce film ! Je suis très anxieuse, j’ai peur, c’est beau de réaliser des films, mais leur réception est toujours un pari.  
Propos recueillis par Gaël Golhen

Bande annonce de Des Gens qui s'embrassent de Danièle Thompson :

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