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Mika & Sebastian : l'aventure de la poire géante

Le réalisateur de Niko le petit renne 2 s’empare d’un fameux livre jeunesse danois, La fabuleuse histoire de la poire géante, pour raconter les péripéties maritimes d’une petite chatte futée, d’un éléphant timoré et d’un scientifique farfelu, partis secourir un ami porté disparu à l’autre bout du monde. Foisonnant mais pas hystérique, rigolo mais jamais crétin, Mika et Sebastian convoque des pirates, des fantômes, des monstres marins, des inventions délirantes, dans un récit d’aventures qui évoque un croisement entre Jules Verne et Bernard et Bianca.

Frédéric Foubert
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Transit

La question des réfugiés s’invite ces dernières semaines sur grand écran. Par le biais du documentaire avec le passionnant L’héroïque lande pour lequel Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval ont posé leurs caméras à Calais avant le démantèlement de la fameuse « jungle ». Et donc grâce à Transit, par le prisme de fiction.

Thierry Chèze
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Comme des Garçons

Une équipe d'outsiders se révèle plus forte que le cadre dans lequel la société veut les enfermer, mais est confrontée dans le même temps à une crise interne et à la trahison de son membre fondateur… Avant même qu’on ait fini de lister mentalement la centaine de films qui utilise ce canevas, Comme des garçons se révèle une charmante comédie sportive à saveur vintage à défaut d'être originale.

Sylvestre Picard
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La Route sauvage

Le titre français du nouveau long-métrage d’Andrew Haigh en rappelle un autre : La balade sauvage, œuvre inaugurale de Terrence Malick (1973) qui voyait un couple de Bonnie & Clyde, à la fin des fifties, quitter l’hostile civilisation pour une nature à priori protectrice. C’est un même trajet, une même errance dans une Amérique certes contemporaine mais toujours aussi si vaste, qu’opère cette route sauvage.

 

Thomas Baurez
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Foxtrot

Vous connaissez le foxtrot ? Un pas en avant, un pas à droite, un pas en arrière, un pas à gauche… et vous voilà revenu à votre point de départ. Oui, malgré l’impression de dynamisme, cette danse vous condamne au surplace. C’est la métaphore filée par Samuel Maoz (Lebanon) dans ce film étonnant, bizarroïde, une réflexion sur  les traumas d’Israël (le poids de la mémoire de la Shoah, les destins guerriers auxquels chaque nouvelle génération condamne ses enfants…),  mêlangeant drame familial pathétique, farce absurde et film de guerre downtempo.

Frédéric Foubert
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Game Night

Le point de départ (sociologique) a le mérite d’être amusant. Il s’agit de ces quadras qui, pour tromper l’ennui, par goût du jeu ou pour sociabiliser, passent des nuits entre amis à jouer au Monopoly, au Risk ou au Time’s Up. Le pitch est aussi rigolo : un soir, un couple voit débarquer le frangin du héros qui va pimenter leur soirée en proposant à la bande d’amis un jeu de rôle grandeur nature. Pas de bol : le frère en question est recherché par des mafieux et déclenche une cascade de quiproquos.

Gael Golhen
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Katie says goodbye

Le décor fait penser à un vieux Scorsese des familles, Alice n’est plus ici. Un boui-boui perdu au milieu de l’Arizona, dans un bled battu par les vents et la poussière, habité par une faune folklorique de routiers sympas, de serveuses à la coule et de clients fauchés qui vivotent dans le trailer park d’à côté. Mais le parcours de l’héroïne évoque plutôt un calvaire à la Lars Von Trier.

Frédéric Foubert
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Escobar

Au cinéma et ailleurs le crime paie toujours un peu. Le roi colombien de la poudre (aux yeux ?) Pablo Escobar – narcotrafiquant star des golden eighties jusqu’à sa mort violente en 1993 - n’en finit pas d’exciter les scénaristes. De la série Narco aux récents longs-métrages Paradise Lost avec Benicio ou Barry Seal avec Cruise, le roi du cartel de Medellin - déjà culte de son vivant - peut dormir sur ses deux oreilles.

Thomas Baurez
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Mes Provinciales

Jean-Paul Civeyrac compte une poignée de fervents admirateurs qui se délectent de ses films où se mêlent érotisme sophistiqué, marivaudage intello, surréalisme discret, le tout porté par des acteurs inconnus. Entre Jean-Claude Brisseau et Philippe Garrel, il creuse le sillon d’un cinéma d’auteur exigeant, post-Nouvelle Vague, qui fait fi des modes, quitte à paraître daté.

Christophe Narbonne
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Larguées

La réalisatrice de My Wonder Women Angela Robinson a forcément dû lire le passionnant bouquin The Secret History of Wonder Woman : l'historienne Jill Lepore y retrace l'histoire de la superhéroïne à travers la figure de son créateur William Marston, psychologue un brin charlatan (créateur d'un détecteur de mensonges, adepte du bondage et vivant avec deux femmes, Olive et Elizabeth, figures du féminisme américain).

Sylvestre Picard
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My wonder women

La réalisatrice de My Wonder Women Angela Robinson a forcément dû lire le passionnant bouquin The Secret History of Wonder Woman : l'historienne Jill Lepore y retrace l'histoire de la superhéroïne à travers la figure de son créateur William Marston, psychologue un brin charlatan (créateur d'un détecteur de mensonges, adepte du bondage et vivant avec deux femmes, Olive et Elizabeth, figures du féminisme américain).

Sylvestre Picard
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Allons enfants

C’est tout à la fois un petit bijou et un petit miracle. Un moyen métrage autoproduit et tourné par Stéphane Demoustier (révélé par son premier long, Terre battue, en 2014) avec ses deux enfants, sans distributeur -donc sans savoir s’il allait connaître un jour une vie en salles. Et qui, après avoir été primé au festival de Berlin, débarque donc finalement sur grand écran. Un conseil : ne le ratez pas ! Car rares sont les cinéastes à savoir ainsi raconter une histoire à hauteur d’enfants, sans jouer les adultes omniscients.

Thierry Chèze
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Place publique

Ils le disent eux-mêmes : chacun de leurs films est une variation autour du thème du droit du plus fort. Et d’après Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, après des années de lutte inégale marquées par le libéralisme triomphant, ce sont les cyniques qui l’ont emporté sur les humanistes. À ma droite, Bacri en vieil animateur télé qui s’accroche à son poste ; à ma gauche, Jaoui en respectable lobbyiste tiers-mondiste à bout de sou(ffle). Comme à son habitude, le duo s’est octroyé des rôles violemment antagonistes mais complémentaires.

Christophe Narbonne
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Jersey Affair

Ceux qui ont eu la bonne idée de regarder la mini-série Guerre et Paix diffusée sur la BBC reconnaîtront immédiatement le minois faussement revêche et la voix subtilement rauque de Jessie Buckley. D’ailleurs dans Jersey Affair, l’actrice irlandaise de 28 ans, joue une jeune femme proche de celle qu’elle incarnait dans l’adaptation de Tolstoï. Soit un être au bord de l’implosion, soumis à un environnement familial étouffant, l’empêchant de déployer son potentiel.

Perrine Quennesson
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Nico 1988

Icône des années 1960, muse d’Andy Warhol et chanteuse éternellement associée au Velvet Underground, l’allemande Nico (de son vrai nom Christa Päffgen) a ensuite mené une carrière solo plutôt confidentielle. En suivant l’artiste dans la seconde partie des années 1980, au moment où elle entame une ultime tournée en Europe, le film de Susanna Nicchiarelli porte un regard inédit sur cette star à la destinée méconnue.

Damien Leblanc
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Sonate pour Roos

La sonate n’est pas d’automne mais la parenté -établie par le titre français- avec le cinéma d’Ingmar Bergman est bien réelle : où il est question d’incommunicabilité entre une mère et sa fille aînée. De passage en Norvège, où la mère et le fils cadet habitent (ils sont hollandais), Roos va devoir surmonter les silences pour enfin se libérer. Bergmanien certes, mais surtout prévisible et ampoulé. Le réalisateur sait faire de belles images (un tunnel de stalactites musicales...) qui font moins sens que décoration.

Christophe Narbonne
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The Strangers : Prey at night

Y a-t-il plus cliché qu'un film d'horreur qui martèle dès sa première scène qu'il est tiré de faits réels pour s'octroyer un minimum de crédibilité ? Assurément : un film d'horreur où une famille d'américains moyens se retrouve isolée dans un camping abandonné, prise au piège d'une bande de psychopathes bien décidés à jouer au chat et à la souris toute la nuit. Le genre de cul-terreux masqués et mutiques, adeptes de la découpe façon boucherie chevaline.

François Rieux
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Notre enfant

Au volant de sa voiture, Malena, médecin, quitte Buenos Aires et engloutit 800km pour aller chercher le bébé qu’elle doit adopter. Elle arrive dans une petite ville pauvre et dépeuplée, tapissée d’une terre rouge que la chaleur fait vibrer. Voilà pour le décor oppressant où elle va subir pendant quelques jours un parcours du combattant. Cette manière de circonscrire étroitement son héroïne permet au réalisateur argentin Diego Lerman (Refugiado) de la plonger très profondément dans les abysses d’une procédure d’adoption kafkaïenne.

Christophe Narbonne
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Jean Ziegler, l'optimisme de la volonté

Militant communiste proche de Sartre, l’écrivain, penseur et essayiste suisse Jean Ziegler met en pratique depuis plus de cinquante ans ce que lui a conseillé Che Guevara en 1964 : combattre le « monstre » (la finance internationale) de l’intérieur. Réalisé par un de ses anciens étudiants, ce documentaire apporte un éclairage passionnant sur ce personnage haut en couleur qui n’a rien perdu de sa fibre révolutionnaire.

Christophe Narbonne
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L'île aux chiens

Avouons-le, toutes brillantes soient-elles, les maisons de poupées “mélancomiques” de Wes Anderson ne nous surprennent plus vraiment depuis Fantastic Mr Fox. Ce passage à l’animation en stop-motion semblait être à l’aboutissement logique de la maniaquerie légendaire du Texan, en même temps qu’un possible point de non-retour : quel besoin de s’ennuyer avec le « réel » désormais quand on pouvait à ce point contrôler chaque poil d’oreille au millimètre près, plan par plan ?

Frédéric Foubert
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Kings

1992, les quartiers populaires de Los Angeles s'embrasent après la relaxe d'une poignée d'officiers de police responsables du tabassage de Rodney King, un automobiliste Noir arrêté pour excès de vitesse. Dans l’Amérique post-Black Lives Matter, on imaginait plutôt des cinéastes engagés comme Kathryn Bigelow ou Ryan Coogler porter à l'écran ce fait divers qui a fait basculer l'Amérique dans le chaos. C'est finalement Deniz Gamze Ergüven, auteure du drame féministe Mustang, qui se retrouve aux manettes de ce brûlot sur fond de tensions raciales et de violences policières.

François Rieux
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Luna

Luna, jeune fille vivant près de Montpellier qui participe avec son petit ami à un acte de violence gratuite contre un inconnu avant d’être étrangement attirée par ce dernier, pourrait constituer une héroïne comme le cinéma naturaliste français et les récits d’initiation amoureuse en ont déjà offert un certain nombre. Mais la force tenace de ce premier film tient à l’environnement sensoriel et plein de contrastes que la réalisatrice étend autour du personnage.

Damien Leblanc
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Du soleil dans mes yeux

Assumant la triple casquette d’auteur-réalisateur-acteur, Nicolas Giraud (déjà remarqué en 2009 avec le sensuel court-métrage Faiblesses) pratique un cinéma qu’il qualifie lui-même de « tactile », où les interactions entre personnages se doivent d’être exprimées par des plans rapprochés sur les corps et les peaux davantage que par des dialogues. Le cinéaste adapte ici un roman de Philippe Mezescaze (L’Impureté d’Irène) dans lequel une mère célibataire renoue lors d’un été à la Rochelle avec son jeune garçon puis croise la route d’un marin qui s’attache à eux.

Damien Leblanc
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The Third Murder

Les premières images ne laissent aucun doute : en pleine nuit, un homme défonce le crâne d'un autre avant de l'asperger d'essence et d'y mettre le feu. Misumi (Koji Yakusho) vient de tuer son patron et de lui voler son porte feuille. En tant que récidiviste (il avait tué deux bookmakers dans des conditions similaires), il risque la peine capitale, toujours en vigueur au Japon.

Gérard Delorme
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Southern Belle

Il faut attendre la 54ème minute pour que ce documentaire prenne tout son sens. Jusque-là, on suivait les pérégrinations de Taelor, jeune et jolie Texane (un mix de Jessica Lange et Robin Wright) qui passe son temps à boire et à traîner avec une bande de mecs peu recommandables, drogués, racistes et collectionneurs d’armes diverses -qui chassent le lapin, de nuit, au fusil d’assaut. Mais qui est donc cette bimbo visiblement brisée et oisive ?

Christophe Narbonne
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L'héroïque Lande - La frontière brûle

Le film s’ouvre sur un plan à travers la fenêtre d’un véhicule, long « traveling » sur le grillage blanc séparant la route de la lande, dont on ne distingue que des lambeaux verts pris dans une brume épaisse. Le second, fixe, passe du côté de la « Jungle » où 12 000 âmes ont trouvé refuge ; en arrière-plan, le passage des camions reste, lui, bien visible des migrants qui ont échoué ici, aux abords du port de Calais et du tunnel sous la Manche.

Michaël Patin
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Abracadabra

Alors que le noir et blanc de Blancanieves servait à accentuer le contraste entre les bons et les méchants, la dualité est encore au coeur d'Abracadabra, mais de façon plus complexe. Cette fois, un changement d'identité est l'occasion de suggérer que le bien et le moins bien sont quasiment indissociables. Carmen (Maribel Verdu) est une mère au foyer dont le rêve d'une vie agréable est compromis par son mari Carlos (Antonio de la Torre), un macho obsédé de foot. A la suite d'une séance d'hypnose, Carlos est accidentellement possédé par l'esprit d'un mort.

Gérard Delorme
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Don't worry, he won't get far on foot

Exception faite de sa participation à la série When We Rise (sur l’histoire des luttes LGBTQ), on avait laissé Gus Van Sant en mauvaise posture, sous les huées de la foule déchaînée, au moment de la présentation cannoise catastrophique de Nos Souvenirs en 2015. Un fiasco. Mais le cinéaste-caméléon a la peau dure, et rebondit aujourd’hui comme si de rien n’était avec ce beau Don’t worry, he won’t get far on foot, qui le voit revenir à son inspiration la plus feel-good, aimable, grand public.

Frédéric Foubert
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Red Sparrow

Dominika, danseuse étoile blessée sur scène, est recrutée par le KGB pour devenir un super-agent secret, afin d'embobiner un espion de la CIA sur le territoire russe. Trahisons, coups de feu secs, coups doubles et bien fourrés dans le glacis ex-soviétique : on est en terrain connu, mais la particularité frappante de Red Sparrow est de pousser les curseurs bien loin dans le rouge en tout ce qui concerne la nudité et la violence, filmés plein cadre, sans aucun fard.

Frédéric Foubert
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Pierre Lapin

Des oiseaux dans le ciel bleu éclatant de la campagne anglaise… c’est sur cette image que s’ouvre le film de Will Gluck (Easy Girl). Ils virevoltent et chantent une douce chanson au parfum bucolique. Alors qu’ils se posent dans une chorégraphie étudiée, ils se font dégommer façon strike par un Pierre Lapin pressé, en pleine course-poursuite avec un renard. Le ton est donné : que ceux qui attendent une adaptation délicate et courtoise comme une conversation entre deux British de l’œuvre millionnaire de Beatrix Potter passent leur chemin.

Perrine Quennesson