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Les Rives du destin

Après son divorce, Samira quitte la province où elle vivait pour retourner vivre avec sa fille à Téhéran. Violent, son ancien époux s’oppose à son retour et emmène de force leur enfant chez la sœur de Samira. Pas à son coup d’essai (Les Rives du destin est son huitième film), Abdolreza Kahani met en image le quotidien de cette femme indépendante, prête à braver vents et marées pour se reconstruire et s’émanciper, malgré sa précarité. Ce long-métrage témoigne avec force de la façon dont les mentalités conservatrices en Iran sont en train d’évoluer.

Alexandre Bernard
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Mon Ket

On pourrait résumer Mon Ket comme ça : c’est l’histoire de Dany Versavel (François Damiens), un voyou qui s’évade de prison pour retrouver son fils de 15 ans dont il vient de perdre la garde. Ce papa fruste et violent a des problèmes de communication avec son gamin (son « ket », en argot bruxellois) et pas mal de temps perdu à rattraper. Suspense, action, émotion : le film est un update contemporain des Fugitifs, ou une variation belge sur La Poursuite impitoyable.

Frédéric Foubert
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SOLO : A STAR WARS STORY

"Réalisé par Ron Howard". Ce nom au générique suffira à faire rager ceux qui voulaient que Solo soit shooté par les deux réals hype de 21 Jump Street et La Grande Aventure Lego, Phil Lord et Chris Miller, virés en plein tournage pour avoir oublié qu'ils ne faisaient pas un film à eux, à la déconne, mais qu'ils étaient employés de Lucasfilm pour faire un boulot. Le vétéran Howard, lui, est là pour faire le job.

Sylvestre Picard
1 LE CIEL ETOILE AU-DESSUS DE MA TETE

Dans une société où tout le monde se regarde vivre selon des critères hyper normés, subsistent encore quelques punks, des rebelles, des purs. Bruno est de ceux-là. Quinquagénaire fringant, il passe sa vie chez lui en slip, à se faire du thé et à écrire son nouveau roman. Il y a vingt ans, Bruno a commis Le ciel étoilé au-dessus de ma tête, qui l’a propulsé au sommet de la gloriole littéraire. Mais depuis, rien. Zéro. Délaissé par la win, Bruno gribouille, jette et recommence. Sans thune, seul, refusant tout compromis, il s’acharne.

Anouk Féral
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LE CERVEAU DES ENFANTS

Des neuroscientifiques et des psys expliquent comment les émotions liées à l’enfance façonnent l’identité des futurs adultes que nous sommes... Une approche intéressante (mais galvaudée maintenant) que la cinéaste traite de façon un peu trop sérieuse et universitaire. Et pourquoi n’avoir choisi que des intervenants américains dont la conception des choses repose sur des valeurs assez conservatrices ?

Christophe Narbonne
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MANIFESTO

A l’origine, Manifesto est une installation cinématographique de l’artiste Julian Rosefeldt. On y voit Cate Blanchett interprétant 13 personnages, allant du punk au sans-abri, en passant par une scientifique, une présentatrice télé ou une veuve. Chacun d’entre eux récite, à sa façon, des manifestes connus, politiques, artistiques ou autres, dans des segments d’une durée fixe de 10min et 30 secondes.

Perrine Quennesson
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MUTAFUKAZ

Dans une ville tentaculaire et imaginaire de Californie, un mutant livreur de pizza est traqué par des Hommes en noir ultraviolents. La plongée dans l'univers visuel de ce film d'animation adapté d'une BD et produite par les français d'Ankama (Dofus) est un plaisir certain : animé à l'ancienne par une bande d'animateurs et de designers japonais au CV glorieux, cette relecture d'Akira en version trash est un très chouette bonbon visuel. Le décor de Dark Meat City, délire cyberpunk parfum West Coast, est une vraie création, sale et vivante, digne héritière du Néo-Tokyo d'Otomo.

Sylvestre Picard
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GUEULE D’ANGE

Vanessa Filho vient de la photographie et du clip. Un péché véniel pour nombre de critiques au festival de Cannes (où il était présenté dans la section Un Certain Regard) qui ont descendu en flammes l’esthétique jugée trop clippesque de sa première réalisation. Un raccourci un brin convenu et simpliste car, à travers ce parti pris d’une atmosphère colorée et clinquante, flirtant volontairement avec le kitsch, Vanessa Filho ne fait que traduire le monde tel que le voit son héroïne.

Thierry Chèze
1
LA FETE DES MERES

Est-on obligé d’aimer son enfant tout de suite? Qu’est-ce que ça fait de voir sa mère vieillir ? A travers les destins croisés de plusieurs mamans d’aujourd’hui, Marie-Castille Mention-Shaar tresse la toile d’une communauté de femmes qui se débattent avec la maternité. Il y a d’abord, le symbole : la femme présidente de la République (Audrey Fleurot). Elle vient d’accoucher et doit apprendre à concilier sa fonction aux contraintes qu’implique un nouveau-né. Il y a la femme sacrifice (Carmen Maura) qui toute sa vie s’est dévouée pour ses enfants et les enfants des autres.

Sophie Benamon
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BIENVENUE EN SICILE

Pif, aka Pierfrancesco Diliberto, est une personnalité inconnue de ce côté-ci des Alpes que ce film ne devrait pas contribuer à populariser. Auteur, réalisateur et acteur de cette farce poussive, il incarne un soldat américain d’origine italienne qui s’engage dans l’armée en 1943 pour rencontrer le père sicilien de celle qu’il convoite. Sous couvert de dénoncer le pacte passé par l’armée US avec la Mafia pour faciliter le débarquement en Méditerranée, Pif s’attache surtout à caricaturer ses compatriotes avec un humour régressif assez pitoyable. Bienvenue chez les beaufs.

Christophe Narbonne
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QUIET PEOPLE – UN JOUR A ZAGREB

Tabassé par un étudiant de son lycée, le jeune Tomitza décède à la suite de ses blessures. Long à démarrer, le film de Ognjen Svilicic qui s’inspire de faits réels, met en scène Ivo et Maya, les parents du défunt abandonnés par les institutions alors qu’ils tentent d’honorer la mémoire de leur fils. Malgré cette intrigue forte et une interprétation bouleversante, Quiet People - Un jour à Zagreb tombe un peu à plat : des dialogues plus inspirés et plus « d’action » n’auraient pas nui. La fin du film, palpitante, en apporte la preuve.

Alexandre Bernard
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Corpo Elétrico

La vitalité récente du cinéma brésilien (une production qui explose malgré la récession et le climat social hypertendu) ne se traduit pas que par des chocs façon Aquarius ou Les Bonnes Manières. Plus de films brésiliens, c’est aussi plus de petits films brésiliens comme Corpo Elétrico, une tranche de vie dans la tradition locale du genre. À São Paulo, on suit le jeune Elias (Kelner Macêdo) de l’usine de textile où il travaille aux virées nocturnes où il s’oublie avec son groupe d’amis et d’amants.

Michaël Patin
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Tad et le Secret du roi Midas

Un archéologue très amateur accompagné de son sidekick, une momie inca délurée, part en quête du secret du roi Midas (évidemment) à travers l'Europe. Même si l'humour un peu redondant de ce cet Uncharted parfum Disney conçu en Espagne ne marche pas toujours, la qualité de l'animation, très vivante (la Momie est une vraie création joliment cartoonesque), montre que l'on gagne toujours à sortir de son territoire pour aller voir ce qui se passe ailleurs.

Sylvestre Picard
1
Et mon coeur transparent

Un lac mystérieux, un accident de voiture, une femme qui meurt sur le coup, une enquête qui commence…  Adapté du roman éponyme de Véronique Ovaldé, ce thriller réunit des éléments traditionnels du film noir qu’il immerge dans une esthétique ouvertement onirique pour coller au point de vue de son héros, veuf aveuglé et lunaire qui ignorait tout de la vie secrète de son épouse. Grâce à des images créant un habile décalage entre réalité et irréalité, le duo de réalisateurs - venu du clip et de la pub -remonte le fil d’une vaste machination et d’un amour perdu.

Damien Leblanc
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Deadpool 2

Il y a deux ans, Deadpool prenait le public plus ou moins par surprise : un film de superhéros sans super ni héros, vulgaire et agressif, où Ryan Reynolds en tueur immortel flinguait à tout va en lâchant des tonnes d'insultes - sans oublier de se moquer des autres films de superhéros au passage. Le film a cartonné grâce à cet effet de surprise, mais restait très peu convaincant avec son humour bas de plafond et son scénario extrêmement prévisible. Un comble pour un film qui se voulait subversif et original. 

Sylvestre Picard
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Manhattan Stories

Comment assumer une chemise de soirée quand on est en semaine ? Y a-t-il un code d'honneur dans l'arnaque au vinyle de jazz ? Est-il possible de concilier une personnalité bienveillante avec un job de charognard pour tabloïd local ? Si l'on est une femme, et que l’on trouve moins de déplaisir à mater des vagins que des pénis sur un smartphone, est-on pour autant lesbienne ? Peut-on décemment espérer se faire pardonner par sa copine lorsque, dans un accès de rage, on a fini par balancer des photos d’elle nue sur Internet ?

Eric Vernay
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14 Pommes

Shin-hong, un entrepreneur birman qui ne trouve plus le sommeil, se retrouve à devoir devenir moine pendant 14 jours et acheter 14 pommes sur les bons conseils d’un diseur de bonne aventure. Il ne devra en manger qu’une par jour pour l’aider à faire partir ses malheurs. Si vous vous attendez à un film sur la quête de spiritualité, vous serez décus.

Alexandre Bernard
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En Guerre

Stéphane Brizé et Vincent Lindon reforme le duo gagnant de La Loi du Marché pour un nouveau film de crise qui résonne avec l’actualité.
L’œil acéré, les gestes secs, le visage glabre taillé à la serpe : dans En guerre, Vincent Lindon compose un personnage à l’opposé de celui, moustachu, de La loi du marché, le visage fermé et la silhouette affaissée. Les deux films fonctionnent comme ça, en miroir. Après le chômage longue durée et la désocialisation, l’emploi menacé et la mobilisation. Après l’apathie de la défaite, l’énergie du désespoir.

Christophe Narbonne
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PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE

Avant de partir vers d’autres cieux, Alain Resnais proposait d’Aimer, boire et chanter. Le bien vivant Christophe Honoré reprend à son compte une partie du programme et invite lui-aussi à exulter. Le temps de son film – les années 90 sur fond de Sida – est pourtant gris. La mort rôde. Elle s’annonce d’emblée via un poignant message sur un répondeur automatique de salon (oui, la chose a existé un jour !) que reçoit Jacques (Pierre Deladonchamps).

Thomas Baurez
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LÉO ET LES EXTRA-TERRESTRES

Ce premier long métrage d’animation met en scène un ado de 12 ans solitaire élevé par son seul père certes débordant d’amour mais surtout en total décalage avec le quotidien de ses congénères. Car ce père aux allures de savant fou est ufologue est moqué par toute la ville. De quoi forcément blesser son rejeton voire lui faire rejeter un paternel vivant vraiment trop dans son monde décalé de toute réalité pour lui permettre de vivre, lui, dans une normalité discrète. Jusqu’au jour où ce gamin est à son tour confronté à la vie extra- terrestre.

Thierry Chèze
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LOS ADIOSES

Ce long métrage a a le mérite de nous familiariser avec une auteure peu connue et encore moisn reconnue de ce côté-ci de l’Atlantique : Rosario Castellanos. Considérée comme l’un des écrivains majeurs de la littérature mexicaine du 20ème siècle au spectre extrêmement large (romans, essais, poèmes, pièces…), elle fut aussi et surtout une figure majeure du féminisme dans son pays. Et c’est sur ce combat-là que se concentre plus particulièrement le film de Natalia Beristain Egurrola.

Thierry Chèze
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Rester vivant : méthode

Partant d’un des premiers textes de Michel Houellebecq décrivant la néces- sité de souffrir pour son art, les documentaristes ont réuni le poète romancier et Iggy Pop. Leur rencontre témoigne de leur estime mutuelle, mais le film suit également d’autres artistes, qui illustrent chacun à leur façon comment la poésie leur a permis d’échapper à la souffrance tout en nourrissant leur créativité : un ancien chef d’entreprise rescapé de l’asile psychiatrique, une schizophrène elle aussi sauvée par la poésie et le peintre Robert Combas.

Gérard Delorme
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Death Wish

Paul Kersey, chirurgien débonnaire et new-yorkais, voit sa vie basculer quand des voyous agressent sa famille, tuant sa femme et plongeant sa fille dans le coma. Il va prendre les armes pour les venger. Violent comme un thriller décontracté des années 90, relativement spectaculaire grâce à une utilisation astucieuse du Cinema Scope et curieusement grand public (les effusions de sang sont réduites au strict minimum).

Sylvestre Picard
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Everybidy Knows

Malgré la greffe de stars sur son cinéma (qualifié à tort de naturaliste), malgré sa nouvelle plongée dans un territoire qu’il ne connaît pas (l’Espagne), Farhadi semble, avec Everybody Knows, vouloir affirmer son retour à ses fondamentaux. On pourrait se lasser de la routine du système Farhadi, de ses drames psychologiques verrouillés, mais l’exil et son duo de stars impressionnantes, tout comme ses références plus explicites à ses aînés lui permettent de reformuler son art de manière marquante.

Gael Golhen
1 Marion

Hervé-Pierre Gustave, dit HPG, s’est fait un nom dans le milieu du porno avant de devenir réalisateur de films “conventionnels”. Enfin, conventionnels, c’est vite dit. Dans Marion, il enfile les saynètes comme ses partenaires féminines, complices de ses délires potaches et cul au cours desquels il disserte sur tout et n’importe quoi en les besognant consciencieusement. Le décalage entre les deux actions (la verbale et la physique) est amusant au début, puis retombe très vite.

Christophe Narbonne
1
Une femme heureuse

L'idée de regarder Gemma Arterton pendant quatre-vingt-dix minutes à l'écran est plutôt bonne : le problème d'Une femme heureuse est qu'il ne s'empare pas de son procédé pour en faire quelque chose de passionnant. Le film improvisé par ses comédiens et son réalisateur à partir d'un canevas archi simple : une femme s'emmerde dans son couple. La conséquence est que le spectateur, à son tour, s'emmerde sec au fil de cette succession de gros plans très longs sans enjeu ni dramaturgie. L'ennui peut être un bel enjeu de cinéma (Sonatine de Kitano, au pif), ici il ne l'est pas.

Sylvestre Picard
1 Land

`Dans la lignée des films de Chloé Zhao (Les Chansons que mes frères m’ont apprisesThe Rider), Land entend chroniquer « de l’intérieur » une poignée de destins au cœur d’une réserve indienne. Un quotidien à l’horizon bouché, abruti par la misère et l’alcool. Land raconte quelques jours dans la vie de la famille DenetClaw, qui doit faire face à la mort de son plus jeune fils, tué sur le front afghan.

Frédéric Foubert
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Amoureux de ma femme

Daniel Auteuil-Gérard Depardieu-Sandrine Kiberlain : une affiche pour le moins excitante qui ne fait au final qu’ajouter à la déception ressentie devant cette adaptation de la pièce de Florian Zeller, L’envers du décor. Soit l’histoire d’un homme très épris de sa femme donc qui reçoit « entre couples » son meilleur ami venu lui présenter sa nouvelle et très jeune compagne. Et ce dîner à quatre va se révéler une source d’inspiration infinie de fantasmes autour de cette jeune femme aux formes avenantes.

Thierry Chèze
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Nobody's Watching

Un acteur argentin installé à New York survit en attendant le grand rôle... Comme un air de déjà vu dans ce portrait de l’artiste maudit/incompris/marginal (rayez les mentions inutiles). Passé l’écueil de l’énième variation sur un même thème, on se prend un peu d’affection pour ce personnage anecdotique qui trimballe son spleen (artistique et amoureux) dans un New York populaire et cosmopolite, rarement filmé.

Chrsitophe Narbonne
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Milla

Dès le magnifique plan inaugural, où l’on découvre Milla et Léo allongés dans un halo blafard, les yeux clos en un sommeil possiblement éternel, le couple parait condamné. Et ça ne manque pas : la jeune femme, économiquement très précaire, devra endurer le deuil de son compagnon, qui lui laisse un fils. Le film sonde son chemin de résilience par le biais de plans fixes, blocs de temps étirés, à l’affut de micro-évènements organiques, accidentels, « documentaires », le tout troué de déroutantes ellipses.

Eric Vernay