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Janis par Gérard Delorme

Étrangement, le cinéma ne s’était jamais penché sur le parcours pourtant exceptionnel de Janis Joplin, une des premières à lancer le funeste Club des 27, ces artistes influents morts trop jeunes. Le documentaire que lui a consacré Amy Berg comble cette lacune de façon plus que satisfaisante. La légitimité du projet a convaincu une partie de ses proches qui ont confié leurs témoignages à la réalisatrice. Les ayants droit de Joplin lui ont, eux, transmis une quantité de documents inédits et des lettres que récite Chan Marshall (alias Cat Power) en voix off.

Gérard Delorme
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Shanghai Belleville par Eric Vernay

Venue du documentaire, la Taïwanaise Show-Chun Lee s’essaie à la fiction à travers un film choral sur les galères des sans-papiers chinois de Belleville, à Paris : prostitution, travail clandestin, mariage arrangé... Tiraillé entre son goût du détail naturaliste (bilinguisme, lieux réels) et ses élans poétiques (danse de rue au ralenti, autobiographie scandée en slam), voire oniriques (un homme obsédé par le fantôme de sa femme disparue), le film, maladroit et dépareillé, ne trouve pas son alchimie dans ce métissage.

Eric Vernay
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Kalo Pothi - Un village au Népal par Hendy Bicaise

En 2001, pendant la guerre civile népalaise, un cessez-le-feu permet à deux garçons de lancer leur activité : ils vont élever une poule et vendre ses œufs aux villageois. La disparition de l’animal puis la reprise des combats vont briser cette parenthèse enchantée. Kalo Pothi peine à faire cohabiter petite et grande histoire, l’intrigue anecdotique et le contexte historique. Du moins jusqu’au remarquable dernier mouvement du film, un retour brutal à la réalité qui déstabilise ses frêles héros comme le spectateur.

Hendy Bicaise
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Argentina par Damien Leblanc

Le grand Carlos Saura, réalisateur de chefs d’œuvre comme Cría Cuervos (1976), confirme son goût pour les arts musicaux, en filmant ici une succession de chants et de danses qui incarnent selon lui l’évolution et la richesse de l’âme argentine. Mais en enfermant les performances de ces artistes renommés dans un même espace scénique qui exclut toute séquence extérieure et tout fil narratif, le cinéaste rend étrangement statique ce voyage à travers les racines folkloriques du pays. Reste alors le plaisir des oreilles, plutôt que celui des yeux. 

Damien Leblanc
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Hector par Christophe Narbonne

Qui d’autre que Peter Mullan pouvait doter d’une telle humanité cet Hector, SDF rongé par la culpabilité sur lequel le destin semble s’acharner ? L’acteur écossais est même la raison d’être du premier film de Jake Gavin, qui n’est par ailleurs pas exempt de maladresses : au passage, il laisse sur le bord de la route deux personnages secondaires auxquels on commençait à s’attacher ou insiste lourdement sur la petitesse d’un troisième. Heureusement, il y a Mullan.

Christophe Narbonne
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Je compte sur vous par Damien Leblanc

Inspiré par les méfaits de l’escroc Gilbert Chikli, ce portrait d’un manipulateur accro à l’adrénaline pourrait évoquer une version française du Loup de Wall Street. Mais c’est surtout la comédie italienne d’antan, et son irrésistible mélange de comédie et de drame, que Pascal Elbé a en tête. La description méticuleuse des arnaques s’accompagne en effet d’un versant intime et décontracté, où le jouisseur irresponsable (excellent Vincent Elbaz), incapable de répondre à l’affection que lui porte sa famille, s’avère particulièrement pathétique.

Damien Leblanc
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Tangerine par Eric Vernay

Un revenge-movie entre prostituées afroaméricaines transgenres, tourné à l’iPhone dans un quartier chaud de L.A. Un bon pitch à festival ? Même si Tangerine a séduit la Mecque indé Sundance, détrompez-vous : le film de Sean Baker vaut mieux que son côté racoleur. Le fait qu’il soit shooté au Smartphone n’a rien du gimmick inutile : l’objet discret et léger permet de saisir le pouls de la rue sans grain docu disgracieux, l’image saturée de couleurs jaune orangé explosant en format Scope. On est en plein western urbain.

Eric Vernay
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Quand mon tour viendra par Hendy Bicaise

Les conséquences d’un meurtre servent de point de départ à cette chronique chorale dont la résolution va unir les protagonistes. L’atmosphère est là, l’habileté narrative aussi. Reste que, à l’arrivée, la somme des qualités ne crée pas d’écho particulier.

Hendy Bicaise
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La Montagne magique par Hendy Bicaise

Dans les années 1980, le Polonais Adam Jacek Winkler part en Afghanistan combattre l’Armée rouge. Plus encore que le texte, narré avec cœur par Miossec, c’est le traitement animé du docu qui retranscrit l’impétuosité du chevalier solitaire et la fragilité de sa quête. Peintures, dessins et papiers découpés se succèdent pour dévoiler les multiples facettes de Winkler, qui garde une part de mystère. La force de ce portrait atypique est d’admettre que seule la montagne aura vraiment compris cet homme. 

Hendy Bicaise
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Le Grand Partage par Eric Vernay

Et si, durant un hiver terrible, les riches devaient accueillir les pauvres chez eux ? Armée de ce pitch censé révé- ler les travers de la société française, Alexandra Leclère gribouille une galerie de clichés sur pattes, carburant à la vanne vaseuse. Et si on oubliait ce sinistre (télé)film ?

Eric Vernay
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A peine j'ouvre les yeux par Damien Leblanc

Tunis, été 2010. Farah, 18 ans, chante dans un groupe de rock contestataire mais son désir de s’exprimer se heurte à la censure. Ce vibrant premier film multiplie les séquences musicales rageuses puis prend un recul inattendu pour offrir la peinture d’une Tunisie qui se remet lentement à respirer

Damien Leblanc
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Death in the land of encantos par Bernard Achour

Neuf heures en vidéo numérique noir et blanc, neuf heures à s’immerger dans un film aux allures de concept, où la puissance brute du documentaire cohabite avec les sortilèges de la fiction. Côté documentaire, une élégie somptueuse, entre contemplation désolée et témoignages de survivants, hommage à une province des Philippines frappée par un typhon dévastateur en 2006. Côté fiction, le retour au pays d’un poète en exil qui fait l’expérience du deuil, d’un nouveau destin possible et de retrouvailles aux accents surnaturels.

Bernard Achour
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Pauline s'arrache par Eric Vernay

Clouée chez ses parents telle une princesse dans son donjon, Pauline, 15 ans, n’a qu’une idée en tête : "s’arracher" de là. Sa demi-sœur aînée enregistre ce désir d’émancipation avec du matériel lo-fi (caméra DV, VHS, téléphone portable) dans un premier film survolté aux airs de Tarnation – autre journal intime au cœur d’une famille déjantée. Le portrait de Pauline a la facture brute de l’adolescence. C’est un patchwork d’images hétéroclites, dont les archives familiales constituent les granuleux flash-back.

Eric Vernay
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Au-delà des montagnes par Christophe Narbonne

Dans la première partie du film, Jia Zhangke souligne à l’encre rouge les effets pervers de la mondialisation. Tao choisit le capitaliste flamboyant et décomplexé plutôt que l’incarnation du vieux modèle socialiste. Elle a faux sur toute la ligne et se fait punir de la pire des façons : son fils, Dollar (hum), lui est enlevé lorsqu’elle divorce de Zhang. Fin du premier chapitre qui ne laisse augurer rien de bon...

Christophe Narbonne
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The Big Short : Le Casse du siècle par Vanina Arrighi de Casanova

Utiliser le plus beau casting de l’année pour donner un cours d’économie de 2h10 au grand public : une idée de génie. Christian Bale (en mathématicien autiste), Steve Carell (en financier indigné et survolté), Ryan Gosling (en trader sans scrupule) et Brad Pitt (repenti et moraliste), planqués sous des moumoutes, un abus d’UV et des fringues ridicules, incarnent ceux qui avaient tout anticipé et expliquent, dans leurs échanges et leurs discours, ce qu’est exactement ce "tout".

Vanina Arrighi de Casanova
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L’Étreinte du serpent par Eric Vernay

Au début du XXe  siècle, les voyages en Amazonie de deux scientifiques blancs à la recherche d’une plante aux pouvoirs oniriques trouvent leur point de confluence en la personne de Karamakate, un puissant chaman indien. Il est leur guide, et le nôtre, au pays des rêves. La grâce du montage fait coexister cette double temporalité de manière organique (l’Indien a perdu ses souvenirs qui semblent surgir à l’écran par réminiscences). Ciro Guerra explore la jungle colombienne dans un noir et blanc halluciné.

Eric Vernay
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Snoopy et les Peanuts - Le Film par Sylvestre Picard

La version XXIe  siècle de Snoopy au cinéma (le précédent film remonte à 1980) est une affaire de contrastes. D’abord, une belle claque technique minimaliste, avec la volonté de respecter au maximum le design des strips de Schulz : dessins sublimes de simplicité et inserts d’effets purement BD (des traits de mouvements, par exemple). La différence visuelle avec les films d’animation mainstream est frappante et excitante.

Sylvestre Picard
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Le Nouveau par Gaël Golhen

Le teen movie est un genre aussi ingrat que la tranche d’âge à laquelle il s’attaque. Face aux avatars américains, le made in France semble de plus complètement à la traîne sur le sujet. La version girl et XVIe arrondissement de LOL empruntait un chemin trop balisé, un peu démago. Son pendant mec et provincial, Les Beaux Gosses, était trop ironique et ramenard pour être honnête. C’est là que déboule Le Nouveau. Le premier film de Rudi Rosenberg explose les carcans de la comédie ado avec des choix qui ressemblent parfois à un suicide.

Gael Golhen
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L'Ombrelle bleur par Julia Beyer-Agostini

Dans l’Himalaya, une fillette trouble la tranquillité de son village lorsqu’elle échange son porte-bonheur contre une ombrelle japonaise auprès d’un groupe de touristes. Plutôt destinée au jeune public, cette fable pittoresque – datant de 2005 – traite de l’envie et de la possession matérielle tout en composant avec le folklore bollywoodien. 

Julia Beyer-Agostini
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House of Time par Bernard Achour

Les invités d’un scienti- fique se retrouvent propulsés en mai 1944, sans savoir s’il s’agit d’un jeu de rôles ou d’une véritable expérience spatio-temporelle. D’une facture bis consternante, tant dans son économie que sa mise en scène, son écriture ou son interprétation, le résultat ne trouve jamais le ton juste. 

Bernard Achour
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Happily Ever After par Bernard Achour

Six histoires d’amour, six échecs, une question : pourquoi ? Afin d y répondre, la "serial loveuse" Tatjiana Bozic a eu l’idée insolite et kamikaze de demander des comptes, caméra au poing, à ses ex. Soit un autoportrait masochiste qui stimule parfois (on pense forcément à soi-même) mais agace souvent. 

Bernard Achour
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La Chambre interdite par Eric Vernay

Parti d’un désir démiurgique, celui de ressusciter des films perdus de la première moitié du XXe  siècle en les tournant à nouveau, le dernier trip de Guy Maddin, associé à Evan Johnson, "suède" le cinéma muet dans un interminable gloubiboulga d’aventures enchâssées. Ce bain amniotique de fétichisme old school asphyxie son casting magique et ses fulgurances surréalistes.

Eric Vernay
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Le Grand Jeu par Eric Vernay

Le film d’espionnage n’est pas une spécialité hexagonale. Pour un puissant Les Patriotes, d’Éric Rochant, combien d’embarrassants succédanés de cinéma US ? Pariser évite cet écueil en inscrivant son thriller parano dans une tradition plus littéraire et anti-spectaculaire héritée de Rohmer et de Desplechin. Il parachute un intello flottant dans son imper et son spleen ironique (Melvil Poupaud) au milieu d’un échiquier politique complexe, entre les hautes sphères politiques et un groupuscule d’extrême gauche.

Eric Vernay
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Le Dernier Jour d'Yitzhak Rabin par Bernard Achour

Il faut bien sûr savoir que le premier ministre israélien Yitzhak Rabin fut assassiné devant les caméras il y a vingt ans, en représailles à sa politique pacificatrice envers la Palestine. À partir de là, c’est la gorge nouée pendant deux heures trente qu’on s’immerge dans ce film immense qui, à l’aide d’un extraordinaire feuilletage d’archives et de fiction, reconstitue la genèse, le déroulement et l’aprèscoup de ce crime contre notre humanité à tous.

Bernard Achour
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My Skinny Sister par Eric Vernay

Stella, 12 ans, est jalouse de sa sœur aînée, talentueuse patineuse artistique qui se révèle anorexique. My Skinny Sister superpose deux récits. Le premier évoque le drame de l’anorexie : c’est le plus faible, malgré son aspect autobiographique (la réalisatrice suédoise a souffert de cette maladie pendant son adolescence). Le second croque le portrait de Stella, dont le regard ambivalent sur la souffrance de son aînée apporte un peu d’altérité et de sel cinématographique au spot préventif édifiant.

Eric Vernay
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L'Humour à mort par Isabelle Danel

Reprenant des extraits (inédits ou non) de C’est dur d’être aimé par des cons, documentaire sur le procès des caricatures de Charlie Hebdo sorti en 2008, Daniel Leconte et son fils, Emmanuel, y adjoignent des images des manifestations consécutives au 7 janvier et aux jours qui ont suivi, recueillent la parole des survivants (Coco, Éric Portheault, Riss) et font intervenir des penseurs sensés, comme Élisabeth Badinter. Ce tour d’horizon des événements remet des pendules à l’heure et la liberté d’expression au centre du débat. Il nous fait pleurer, et rire aussi.

Isabelle Danel
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La Vie très privée de Monsieur Sim par Vanina Arrighi de Casanova

Portrait cynique, implacable et touchant d’un homme médiocre à la dérive dans notre ère de misère sociale, où les centaines d’amis Facebook ne brisent en rien la plus profonde solitude, La Vie très privée de monsieur Sim avait, sous la plume de Jonathan Coe, la portée froidement critique de la société britannique que renferme toute l’œuvre de l’écrivain.

Vanina Arrighi de Casanova
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Oups ! J'ai raté l'arche ! par Hendy Bicaise

À l’approche du Grand Déluge, qui entraînera la fin du monde, toutes les espèces embarquent sur l’Arche de Noé... ou presque. Maillon faible du règne animal, les maladroits Nestrians restent à quai. Pour survivre, le petit Finny, aidé d’une Grymp farouche, Leah, doit alors se creuser la tête. En tout cas, plus que les scénaristes de cette production européenne relativement sympathique, qui se contentent, eux, d’égréner des obstacles attendus. Leur métaphore d’une hiérarchisation ethnique injuste maintient toutefois le récit à flot. 

Hendy Bicaise
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Oncle Bernard : L'Anti-leçon d'économie par Mathias Averty

Dans cette longue interview filmée en 2000, Bernard Maris (surnommé Oncle Bernard) démêle avec malice les concepts économiques les plus opaques et tire à boulets rouges sur le capitalisme sauvage et le monde de la finance. Un dégommage en règle qui permet au regretté collaborateur de Charlie Hebdo, décédé lors des attentats de janvier, de défendre des modèles alternatifs. Jamais un long plan fixe n’aura été aussi jubilatoire. 

Mathias Averty
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Allende mon grand-père par Isabelle Danel

Ce n’est pas qu’on en apprenne beaucoup sur le président socialiste chilien renversé par un coup d’État en 1973 (et lâchement assassiné), mais cette quête en forme de journal intime filmé fait exister l’homme. Sa petite-fille signe ici son premier long métrage, elle brise le silence et, cherchant à replacer son aïeul au centre de l’album familial (mari, père...), captive et émeut. 

Isabelle Danel