1. Première
    par Damien Leblanc

    Tel un hommage au Théorème de Pasolini, le premier film d’Andrzej Zulawski depuis quinze ans (La Fidélité) décrit l’arrivée d’un jeune homme dans une pension de famille bourgeoise au sein de laquelle il va semer le désordre. Mais le cinéaste polonais vise moins la critique sociale que la mise en place d’une esthétique saccadée, où les passions destructrices perturbent toute logique narrative. Habile sur le plan technique, le réalisateur – qui adapte librement le livre de Witold Gombrowicz et cite le romantisme de Stendhal – oublie pourtant de conférer de la densité à des personnages (une mère agitée, un gay qui a travaillé dans la mode, une servante à la bouche tordue) dont il semble se moquer.

  2. Première
    par Christophe Narbonne

    Claude Lelouch fait toujours le même film en cherchant le meilleur ajustement possible entre scénario écrit, improvisation, alchimie des acteurs, forme et musique. La méthode a donné une poignée de chefs-d’œuvre plus ou moins admis, une majorité de films moyens qui font l’unanimité et quelques ratages tellement énormes qu’ils ont fini par servir de boussoles aux critiques paresseux. À quelle catégorie appartient Un + Une ? Probablement à la plus haute. S’il n’a pas la magie des premières fois (Un homme et une femme) ou l’énergie "virilo-anar" des classiques postsoixante-huitards (L’aventure, c’est l’aventure, Le Bon et les Méchants), le nouveau Lelouch creuse avec succès la veine des duos amoureux contre-nature qui a toujours accouché chez lui du meilleur (Un homme qui me plaît, La Bonne Année). Plus antagonistes que Dujardin et Zylberstein, ça n’existe pas et c’est pour cette raison même que leur voyage l’un vers l’autre atteint de tels sommets d’émotion, soulignés, voire surlignés, par la musique de Francis Lai, au top de son lyrisme, le tout baigné dans une ambiance karmique qui achève de rendre l’expérience inoubliable.

  3. Première
    par Eric Vernay

    Mêlant l’intime au politique de façon parfois poignante, cette méditation documentaire en Sicile sur la nécessité de résister malgré la crise sociétale est plombée par ses répétitives séquences de théâtre de marionnettes. 

  4. Première
    par Isabelle Danel

    Photos, souvenirs (gustatifs, olfactifs...)  : la réalisatrice part de son histoire pour interroger un psychiatre et des chercheurs en neurosciences sur le fonctionnement du cerveau. C’est aride, exigeant et passionnant.

  5. Première
    par Isabelle Danel

    Londres, un producteur de musique (Nicholas Hoult, survolté) est prêt à tout pour le pouvoir. Dès la première scène de défonce, noyée d’une voix off vipérine, on sent que l’escalade va être longue. Elle l’est. 

  6. Première
    par Eric Vernay

    L’épopée tragi-comique d’un suicidaire ramené à la vie par sa nièce, une gamine mature qu’il apprend à connaître durant une soirée new-yorkaise mouvementée. Répétitif et convenu dans ses effets poétiques, le trip ne décolle pas. 

  7. Première
    par Bernard Achour

    L’idée est excitante : nous plonger dans l’esprit d’une femme dont nous entendons les pensées et visualisons les fantasmes. Dommage qu’elle se dilue dans une intrigue erratique et des personnages dont le comportement suscite une étrange antipathie.

  8. Première
    par Gael Golhen

    Taj Mahal n’est pas un film post-Charlie. Son propos est assez net : faire de la terreur un écrin pour son actrice, créer un dédale mental autour de l’héroïne pour déployer un cinéma de genre précis et intelligent, conscient de ses effets et de ses références. La mise en scène allie subtilement rigueur stylistique et épure narrative, dans une forme d’élégante ligne claire toujours contrebalancée par un appétit fétichiste qui transforme son portrait de victime en rêverie fantasmatique. Mais rien n’est gratuit. La musique, le cadre, le scénario : tout respire le danger, la manipulation et l’idée que cette jeune Occidentale venue chercher l’exotisme de l’ailleurs et l’altérité, n’aura finalement trouvé qu’elle-même. Et la solitude. C’est le sens de la belle dernière séquence. "Maintenant, l’Autre a totalement disparu ; jusqu’à la nuit complète, et qui ne laisse aucun espoir subsister dans les yeux."

  9. Première
    par Daniel De Almeida

    Marguerite de Ravalet et son frère Julien sont en fuite. Dans les orphelinats, les petites filles rivalisent d’imagination pour (se) raconter la légende de ces deux amants maudits. En adoptant la structure du conte terrifiant qui privilégie la fantaisie du mythe à la vérité factuelle (il s’agit d’une histoire vraie), Valérie Donzelli laisse libre cours à son cinéma de l’excès : maréchaussée en costume d’opérette, anachronismes permanents, adolescence irréaliste d’acteurs trentenaires... Certes, parfois emporté un peu hors piste par ses élans, Marguerite & Julien permet à la cinéaste de refermer un cycle dévolu à l’amour fou et impossible par un sommet de beauté formelle et de romantisme suicidaire. 

  10. Première
    par Christophe Narbonne

    Un an et demi, c’est le temps qu’il a fallu à Philippe Lacheau et consorts pour donner une suite à Babysitting, le carton surprise de 2014. Le principe de ce deuxième volet est identique au premier : après que la bande de losers a disparu dans la forêt amazonienne (avec la grand-mère de la jolie Sonia), ceux qui restent trouvent une caméra grâce à laquelle ils vont découvrir ce qui s’est réellement passé. Même high concept, mêmes qualités et défauts : les scènes avec les témoins – compilations de "ah", "oh", "c’est pas vrai !" – sont moins percutantes que celles avec les acteurs de cette aventure rocambolesque, filmée avec énergie en DV et drôlement dialoguée. 

  11. Première
    par Bernard Achour

    Après tant de documentaires culpabilisants sur l’urgence de sauver notre planète, voici enfin un projet à la facture agréablement cinématographique, qui entend proposer des solutions constructives. C’est donc aux quatre coins du monde que Mélanie Laurent et son équipe sont allés chercher des raisons d’espérer dans quelques domaines clés. Si certaines pistes montrent leurs limites (brouter de la verdure bio ad vitam æternam, vraiment ?), tandis que d’autres s’égarent dans des considérations déplacées et insistantes (sur l’éducation et la démocratie participative), le passionnant volet sur les énergies renouvelables administre aux spectateurs un shoot d’optimisme sainement mobilisateur. 

  12. Première
    par Damien Leblanc

    L’amour, la mort, le travail, la nature... autant de sujets ancestraux que l’écrivain libanais Khalil Gibran a magnifiés en 1923, dans un célèbre recueil de poèmes philosophiques, ici adapté par le réalisateur du Roi Lion. Une trame narrative a été ajoutée pour faciliter l’identification du jeune public : au centre du récit, une petite fille de 8 ans tente d’aider le poète en exil. Les paroles mystiques de l’écrivain sont retranscrites à travers huit séquences oniriques impliquant chacune un réalisateur invité (comme Bill Plympton, Mohammed Harib ou Joann Sfar). Cette diversité d’univers se marie avec élégance à l’atmosphère méditerranéenne du film et fait honneur au luxuriant imaginaire du livre original. 

  13. Première
    par Isabelle Danel

    Ce premier long est un voyage singulier. Ambitieux. Complexe aussi. La voix off d’une jeune ouvrière du Guangdong qu’on ne verra jamais nous conter son histoire : son départ en secret pour rejoindre son amoureux dans les "nouveaux territoires" (Hong Kong), sa fascination pour une Européenne venue vendre un nouveau procédé de crémation en Chine, où les corps ne reposent qu’intacts et en terre... Les images de lieux traversés sont magnifiques, énigmatiques, la mort y est omniprésente. La musique d’Olaf Hund est lancinante, la voix change de discours, de ton, devient celle d’un fantôme qui évoque une idée scandaleuse : la survie de l’âme vaut plus que la vie des pauvres gens. Intrigant et exigeant. 

  14. Première
    par François Grelet

    Steven Spielberg est un garçon qui aime qu’on le comprenne rapidement. Son dernier film débute par une scène où un espion russe infiltré dans l’Amérique des 60s se regarde dans un miroir pour se mettre ensuite à peindre son autoportrait. Difficile de faire plus clair comme entrée en matière : Le Pont des espions sera un film sur la dualité, les trompe-l’œil et sur ces quelques hommes qui peuvent encore se regarder dans la glace. Passé au tamis de la lisibilité spielbergienne, ce récit ultracomplexe, peuplé d’agents doubles et échafaudé par la plume virtuose des Coen, devient une épopée humaniste qui sacrifie tous les codes du film d’espionnage pour mieux faire résonner sa petite musique sensible. C’est à la fois son principal écueil (peu de tension, rythmique pantouflarde) et ce qu’il a de mieux à offrir, notamment dans sa dernière demi-heure où Spielberg imprime une vision particulièrement noble et bouleversante de ces barbouzes à long manteau. Le Pont des espions repose tout entier là dessus, sur la qualité de ce regard, ces petits gestes infimes qui définissent notre part d’humanité et ces je-ne-sais-quoi qui résonnent intimement au plus profond de nous. 

  15. Première
    par Frédéric Foubert

    Un bon film de journalistes, comme un bon film de sous-marin ou un bon film de base-ball, doit obéir à certaines règles. On veut y voir des gens intelligents, en bras de chemise, bosser jusque tard dans la nuit en se nourrissant de pizzas froides et de bières tièdes. Il faut un personnage de rédac chef sévère mais juste, des deadlines incompressibles, des vies privées qui foutent le camp, des téléphones qui crépitent sans cesse, le cliquetis ininterrompu des claviers dans la salle de rédaction en surchauffe, puis ces moments où l’enquête piétine avant qu’un témoin décisif, genre Gorge profonde, ne surgisse de nulle part et donne le tuyau essentiel qu’on n’attendait plus ; et aussi, tant qu’à faire, une bonne scène d’intimidation, où un édile corrompu et visqueux menace le reporter valeureux dans un bar d’hôtel, un bourbon à la main. Il faut enfin que les journalistes en question œuvrent pour une cause noble, une cause juste – faire tomber un dirigeant qui a menti au peuple (Les Hommes du Président), révéler les magouilles de l’industrie du tabac (Révélations) ou, comme ici, pointer du doigt les salopards qui ont violé des mômes en toute impunité pendant des décennies. On n’est pas là pour regarder des types remplir la rubrique des chiens écrasés (ou rédiger des critiques de films…). Une fois que ces éléments sont réunis, c’est encore mieux si la quête fiévreuse de la vérité ressemble à un thriller. À du cinoche du samedi soir qui laisse les mains moites. Spotlight a reçu le message cinq sur cinq et coche méthodiquement les cases. Sans surplomb ironique, sans distance postmoderne, en recherchant plutôt l’essence classique du genre, qui remonterait, disons, à Bas les masques (1952), de Richard Brooks où Humphrey Bogart combattait la Mafia avec sa machine à écrire. L’auteur du film, Tom McCarthy, est l’un des hommes les plus insaisissables du cinéma US. Acteur à ses heures, scénariste du Là-haut de Pixar, réalisateur d’un pilote de Game of Thrones refusé par HBO ( !), il a sans doute beaucoup réfléchi au rôle du "quatrième pouvoir" en interprétant un journaliste dans la saison 5 de The Wire, qui décortiquait les rapports entre presse, police et pouvoir politique, à Baltimore. Il trouve en tout cas ici la distance parfaite entre le film à suspense et le fi lm-dossier, entre le plaisir et la colère, l’entertainment et l’indignation. Dans une scène du film conçue comme une profession de foi, le rédac chef taiseux joué par Liev Schreiber, alors qu’il relit un article, sort son stylo rouge et raye un mot. Un seul. Sans relever les yeux, il marmonne : "Encore un adjectif." Spotlight, à sa façon, est un film "sans adjectifs". Conscient qu’il n’a pas besoin de frimer pour sonner juste. Sincère et intègre, nécessaire et suprêmement divertissant : une ode à la presse papier qui procure la même ivresse qu’un article bien troussé (et bouclé dans les temps, coco !, NDLR).

  16. Première
    par Frédéric Foubert

    De loin, Creed ressemble au genre de projet idiot que les studios usinent quand ils raclent leurs fonds de tiroirs. De près, c’est en réalité un "dream project" très perso porté par le réalisateur Ryan Coogler(coqueluche indé révélée par Fruitvale Station), un hommage à son papa qu’il rumine depuis de longues années. Un film qui s’envisagerait autant comme le point de départ d’une nouvelle saga que comme un post-scriptum à la légende. (...) Ça a l’air terriblement cheesy (...) mais, dès les premières minutes du film, on comprend que Ryan Coogler est totalement sincère dans ses intentions, trouvant l’équilibre parfait entre film franchisé et feeling indé, entre rushs d’adrénaline et grosses embardées mélo. Michael B. Jordan est la star du film, il poursuit sa mise en orbite entamée avec Chronicle et Fruitvale Station, et parvient déjà à reléguer le raté 4 Fantastiques au rayon des mauvais souvenirs. Il est parfait. Il a la carrure et l’attitude. Mais pourtant, par n'importe quel bout qu’on prenne ce film, on n’a d’yeux que pour Lui. Sly. L’Etalon Italien devenu le personnage secondaire de sa propre saga. (...) Près de dix ans ont passé depuis le "dernier" opus (Rocky Balboa, 2006), sa voix est décavée comme jamais, la silhouette est massive, colossale, idéalement mythologique (petit chapeau compris). Il a rarement été aussi touchant. Presque détendu, aussi, malgré la partition mélo chargée, comme s’il était heureux de confier les clés de la boutique à quelqu’un d’autre, de suivre les combats en dehors du ring, d’imaginer que la franchise puisse lui survivre. Jusqu’à présent, la quasi-totalité des premiers spectateurs de Creed sont sortis de la salle les yeux humides, avec les mêmes mots à la bouche : "Oscar du meilleur second rôle". Imaginez l’opportunité géniale que ce serait pour l’Académie de lui remettre ce prix, quarante ans après la sortie du premier opus. Mais peu importe, après tout, que Sly gagne ou perde. On ne l’aime jamais autant que dans la peau de l’underdog. On se contentera pour l’instant d’hasarder que si Rocky Balboa était son Impitoyable, Creed pourrait alors bien être quelque chose comme son Gran Torino. Pendant la projection, on s’est soudain mis à penser à une vieille chronique de Philippe Garnier consacré à un album des Stones, Black and Blue, qui théorisait sur la discographie sans fin des rockers et s’achevait par ces mots : « Un jour, on s’aperçoit que c’est toute une vie qu’on a laissée derrière. » Dans quelques mois, en rangeant Creed à côté de notre intégrale Rocky sur l’étagère, c’est aussi ça qu’on contemplera – toute une vie qu’on a laissée derrière.

  17. Première
    par Sylvestre Picard

    Rarement on a vu chez Pixar film aussi droit-au-but, aussi direct et évident. Bien sûr, techniquement, c'est l'hallucination : le photoréalisme des décors est tout bonnement dingue, on a réellement l'impression que la caméra se balade dans les forêts des Appalaches, le contraste avec les personnages cartoon et souples est fort mais plutôt réussi (...) Mais on ne demande pas du réalisme fou à un film d'animation. Pas que. On lui demande du style (...) La baffe technique d'Arlo est aussi sa limite.

    Le secret de la réussite des plus grands Pixar est moins à chercher dans le souci technique que dans la perfection du storytelling, de la science du récit (...) L'histoire d'Arlo est composée de déjà vu. Dès le premier acte Petite maison dans la prairie avec le papa fort et sentencieux qui enchaîne les phrases fortune cookie, on sait où le film va nous emmener et comment il va se terminer. Et pour arriver à sa conclusion, Arlo va enchaîner une série de rencontres mal cousues, qui donnent l'impression de voir le work in progress. Certaines scènes sont même complètement absurdes. Le passage avec le dinosaure clodo Collectionneur est un grand moment (...) On ne verra plus ce personnage de tout le film. Une rencontre qui dure, qui dure et qui sert à quelque chose au fond (donner un nom au petit humain) mais qui laisse penser que le film est une succession de saynètes écrites sur des post-its collés au milieu de l'odyssée d'Arlo. Une scène, une épreuve, un bonus, et on continue.

    (...) Arlo va de toutes façons faire un triomphe ; il se consomme facilement, sa finalité est absolument évidente, son message totalement limpide ("affronte ta peur et tu deviendras grand", à comparer avec la superbe subtilité de Vice Versa qui aura laissé de nombreux enfants sur le bord du chemin), sans jamais de second degré ni de sous-entendus. Et, très peu accessoirement, les dinosaures font vendre (coucou Jurassic World). Les quelques plans sublimes à la fin, qu'on ne spoilera pas, ne changent pas l’impression d’ensemble. Vite consommé, vite oublié, Le Voyage d'Arlo rappelle que Pixar est capable du meilleur et du moins bon.

  18. Première
    par Sylvestre Picard

    (...) la Révolte (Mockingjay en VO) a été divisé en deux films "pour faire plus de fric, évidemment" (Jennifer Lawrence dixit) et chacune de ses deux parties porte profondément la marque de cet épaississement. L'équivalent cinéma du tirage à la ligne. La faute est là : les deux parties de cette Révolte sont sacrément bavardes et lentes. Dégraissé et réduit à un seul film, le résultat eut été plus nerveux, plus sec, plus actioner. Rendez-vous compte : sur 2h17 de film, il y a une, UNE SEULE scène d'action. Très bien shootée, certes (avec une mise en place faisant référence à Aliens Le Retour – y a pire comme référence), surtout par rapport aux standards de l'actioner yankee actuel, mais dépourvue de tout enjeu dramatique, ce qui n’est finalement qu’un plaisant intermède fait surtout office de remplissage. Au mieux, le film fait le job (l'avant-dernière séquence où tout se dénoue est même brillamment réalisée) mais la toute fin montre que son sous-texte SF ne va pas bien loin. Un peu de souffle héroïque, peu de vision. Peu de cinéma. C'est dommage, parce que la vision du Capitole transformé en zone de guerre futuriste ne manque pas de puissance (marrant de voir que les immeubles très réels de Bry-sur-Marne et Ivry-sur-Seine inspirent des paradis oligarchiques aux décorateurs d'Hunger Games). Et le film met en pratique quelques bonnes idées comme de mettre la guerre hors du champ où à sa lisière par les yeux de Katniss (le bombardement de la base au début), ou de finir volontairement loin de tout triomphalisme spectaculaire. Mais bon sang, consacrer une nouvelle fois de looooooongues scènes au triangle amoureux Peeta/Katniss/Gale (been there, done that) sans jamais le faire progresser tient une nouvelle fois du remplissage pur et simple. Le non-lecteur du roman aura en plus la sensation qu'il y a des trous dans le script (...). On aimerait bien pouvoir écrire qu'il s'agit du meilleur film de la saga, d'épuiser le dico des synonymes pour parler d'une conclusion épique, flamboyante, explosive. Ou alors que tout est sombre, anti-spectaculaire, anti-guerre et désabusé - bref que le film sait enfin combiner ces deux tendances qui agitent la saga depuis le début (Katniss est à la fois héroïne et manipulée). (...) A part cette fameuse scène d'action au milieu du métrage et une partition dingue de James Newton Howard - son meilleur taf sur les quatre films, et qui mérite, elle, les qualificatifs d'épique, flamboyante, explosive -, le film avance trop mollement vers sa conclusion. Le gros twist émotionnel final, censé nous flinguer par l'émotion (on nous signale que dans le bouquin c'est comme ça) et signifier la conclusion amère de l'odyssée de Katniss, est traité trop rapidement. On se heurte toujours au même problème : avoir fait un film de 4h20 là où la moitié aurait suffi. Ni grand mélo, ni grand film de guerre, ni fusion miraculeuse entre les deux. Mais, vous savez quoi ? On s'en fout un peu. Que le film soit bon ou mauvais ou juste trop long, il a déjà gagné. Et pas qu'au box-office. Les fans seront à genoux quoi qu'il arrive et la principale victoire d'Hunger Games est d'ordre industriel : avoir enfin démontré à Hollywood que des films avec une femme cool et badass dans le rôle principal pouvaient rapporter des milliards. Et ça, c'est très important. Que ces films ne soient pas un triomphe artistique, au fond, l’est moins.

  19. Première
    par Laura Meyer
  20. Première
    par Laura Meyer
  21. Première
    par Gérard Delorme

    96 Heures démarre très bien en exploitant le potentiel ironique d’une situation qui inverse les rôles, un gangster s’octroyant le temps d’une garde à vue pour faire parler un flic. Mais c’est une chose d’enrichir un script à partir d’une idée prometteuse (on rêve d’une confrontation épurée en huis clos), c’en est une autre de charger la barque. Et, hélas, le scénario repose sur une accumulation de révélations
    fortuites qui dépasse les limites
    raisonnables de « la suspension
    consentie de crédulité ».
    Autrement dit, le spectateur est
    prié d’accepter un monceau
    d’invraisemblances sans poser
    de questions. Un autre problème
    vient de ce que tous les acteurs
    ne jouent pas dans la même
    catégorie. On dira simplement
    que les deux interprètes
    principaux s’en sortent avec les
    honneurs, Arestrup dominant
    en despote totalement dépourvu
    de sens moral, face à Lanvin
    froid et calculateur, à l’affût de
    la moindre faille.

  22. Première
    par Laura Meyer

    1975, en Belgique : Sarah est arrachée par son père à son pensionnat catholique, direction le Maroc. Neuf ans plus tard, en pleine révolte de la faim, la jeune femme tente de conquérir son indépendance. Un beau sujet et les meilleures intentions ne font pas toujours un bon film comme l’illustre ce Sac de farine où Kadija Leclere, animée par un engagement très personnel, veut tout aborder – déracinement,
    religion, place des femmes,
    amour – et finit par tout survoler.
    La réalisation sans relief et
    l’interprétation inégale ont raison
    de notre intérêt.

  23. Première
    par Laura Meyer

    1975, en Belgique : Sarah est arrachée par son père à son pensionnat catholique, direction le Maroc. Neuf ans plus tard, en pleine révolte de la faim, la jeune femme tente de conquérir son indépendance. Un beau sujet et les meilleures intentions ne font pas toujours un bon film comme l’illustre ce Sac de farine où Kadija Leclere, animée par un engagement très personnel, veut tout aborder – déracinement,
    religion, place des femmes,
    amour – et finit par tout survoler.
    La réalisation sans relief et
    l’interprétation inégale ont raison
    de notre intérêt.

  24. Première
    par Gérard Delorme

    Maintes fois adaptée au cinéma, la légende des quarante-sept rônins
    a donné lieu à de multiples
    interprétations, entre exaltation de
    l’héroïsme et critique du système
    féodal japonais. Par ignorance ou
    par calcul, les producteurs de ce
    film n’en ont retenu qu’une série
    de motifs hétéroclites qu’ils ont
    mélangés sans réflexion aucune,
    en vue de produire un blockbuster
    d’action destiné au public des
    multiplexes. Rien à dire sur la
    réalisation, qui utilise
    efficacement chaque dollar d’un
    budget énorme. Pourtant, avec
    ses forêts de cerisiers en fleurs
    artificielles, le domaine du shogun
    passe autant pour un jardin
    japonais que le casino Venetian de
    Las Vegas ressemble à Venise. Ce
    n’est pas le mauvais goût qui est
    en cause mais plutôt l’inculture,
    l’amnésie volontaire et l’arrogance
    des cadres du studio, aveuglés par
    leur foi exclusive dans les études
    de marché et leur mépris des
    spectateurs. Cette fois, leur calcul
    était faux : 47 Ronin s’est planté
    aux États-Unis et il risque de subir
    le même sort partout ailleurs.

  25. Première
    par Gérard Delorme

    Maintes fois adaptée au cinéma, la légende des quarante-sept rônins
    a donné lieu à de multiples
    interprétations, entre exaltation de
    l’héroïsme et critique du système
    féodal japonais. Par ignorance ou
    par calcul, les producteurs de ce
    film n’en ont retenu qu’une série
    de motifs hétéroclites qu’ils ont
    mélangés sans réflexion aucune,
    en vue de produire un blockbuster
    d’action destiné au public des
    multiplexes. Rien à dire sur la
    réalisation, qui utilise
    efficacement chaque dollar d’un
    budget énorme. Pourtant, avec
    ses forêts de cerisiers en fleurs
    artificielles, le domaine du shogun
    passe autant pour un jardin
    japonais que le casino Venetian de
    Las Vegas ressemble à Venise. Ce
    n’est pas le mauvais goût qui est
    en cause mais plutôt l’inculture,
    l’amnésie volontaire et l’arrogance
    des cadres du studio, aveuglés par
    leur foi exclusive dans les études
    de marché et leur mépris des
    spectateurs. Cette fois, leur calcul
    était faux : 47 Ronin s’est planté
    aux États-Unis et il risque de subir
    le même sort partout ailleurs.

  26. Première
    par Gérard Delorme

    96 Heures démarre très bien en exploitant le potentiel ironique d’une situation qui inverse les rôles, un gangster s’octroyant le temps d’une garde à vue pour faire parler un flic. Mais c’est une chose d’enrichir un script à partir d’une idée prometteuse (on rêve d’une confrontation épurée en huis clos), c’en est une autre de charger la barque. Et, hélas, le scénario repose sur une accumulation de révélations
    fortuites qui dépasse les limites
    raisonnables de « la suspension
    consentie de crédulité ».
    Autrement dit, le spectateur est
    prié d’accepter un monceau
    d’invraisemblances sans poser
    de questions. Un autre problème
    vient de ce que tous les acteurs
    ne jouent pas dans la même
    catégorie. On dira simplement
    que les deux interprètes
    principaux s’en sortent avec les
    honneurs, Arestrup dominant
    en despote totalement dépourvu
    de sens moral, face à Lanvin
    froid et calculateur, à l’affût de
    la moindre faille.

  27. Première
    par Gaël Golhen

    Des nains qui chantent sous les étoiles, des traversées de steppes kiwis à n’en plus finir, pas une seule décapitation d’orques… Un voyage inattendu avait déçu les fans. Pour beaucoup le film prenait (trop) son temps et jouait la dilatation au point de flirter avec l’ennui. Son ampleur, ses visions de fantasy étourdissantes et son impressionnante maîtrise narrative n’avaient pas séduit la critique. Mais un milliard de dollars plus tard et, suivant la logique crescendo que Jackson avait imposée sur la trilogie du Seigneur (chaque épisode était plus spectaculaire, plus nerveux et plus dark que le précédent), ce deuxième volet mettra tout le monde d’accord. Violent, épique et mystérieux : La désolation de Smaug tient toutes ses promesses de grand spectacle digitalisé, évitant les travers de la grosse machinerie pour garder, chevillé au corps, un supplément d'âme, un souffle humain (merci Martin Freeman et Luke Evans) qui fait la suprématie du king Jackson. Avec ce deuxième opus - pendant évident des Deux Tours - Jackson rappelle l’évidence. A savoir : à Hollywood il est désormais le meilleur storyteller, un raconteur d’histoire à l’ancienne qui sait imprimer au récit un dynamisme ébouriffant, réinvente la rythmique binaire du montage alterné (OMG l'entremêlement du combat de Gandalf contre les orques et la visite de la caverne de Smaug par les nains), réussit à mêler ses monstres, ses nouveaux personnages et son fantasme de cinéma total (il croise le film d'aventure, l’épopée fantastique, la comédie et le voyage initiatique) avec un talent sidérant. Chaque scène est pensée sous le seul angle du morceau de bravoure et met à mal l’idée reçue selon laquelle un film se doit de ménager son spectateur avec des moments de flottement et des « respirations ». Ici, pas le temps de dire ouf et l’évasion du royaume des Elfes enchaîne immédiatement avec la traversée du lac.

    Trop ? Pas assez plutôt : son génie suprême du découpage, sa gestion toujours lisible des scènes d’action (les réalisateurs d’Hollywood devraient sérieusement se mettre à étudier la descente de la rivière) et le sens du fun et du merveilleux confirment qu’il est bien le leader indéboulonnable de l'entertainment. L’échec (relatif) de Pacific Rim cette année permet de mesurer que personne, aujourd'hui, ne lui arrive à la cheville.

    Bon : on reconnaîtra que le cinéaste et ses co-scénaristes ont mis toutes les chances de leurs côtés. A poil, à peau, à écaille, à cuir et à oreilles pointues c'est tout un monde de créatures grouillantes et fantasmatiques qui s'anime avec une profusion délirante. Les araignées de Mirkwood (la séquence la plus poétique et flippante du film), les raids d’orques infernaux, 40 minutes (QUARANTE putains de minutes) de duel dément avec un dragon, une (désormais classique) descente de rivière dans des tonneaux, un loup-garours… On frôle à plusieurs reprises la rupture d’anévrisme rétinien, mais la magie opère ; car tout est clair, galvanisant, surexcitant comme dans les serials 40’s.

    Dans l’épisode précédent…

    Reprenons. Le film s’ouvre dans une taverne. Thorin, le leader des nains, rencontre Gandalf le gris qui lui explique qu’il doit reconquérir sa terre, son trône, et unifier les 7 armées pour sauver le monde des puissances infernales. Pour ça, il va falloir trouver son « cambrioleur » et une équipe de casse-cous prêts à risquer leur peau pour affronter un dragon. Flashforward : 12 ans plus tard. Bilbo et les 12 nains sont toujours à la recherche de la montagne solitaire et de la caverne de Smaug. Inspiration... En chemin ils : perdent Gandalf partis dans une autre direction, se retrouvent pourchassés par des orques furieux, doivent traverser une forêt maléfique, tuent des araignées géantes, combattent des elfes vengeurs, rencontrent les hommes et affrontent finalement le dragon. Ouf !

    On l’a dit : avec ce deuxième épisode Jackson reprend du poil de la bête. Mais il récupère surtout le contrôle de la saga. Un voyage inattendu était un film de transition. Entre la trilogie du Seigneur et Le Hobbit ; entre la version de Del Toro qui avait laissé traîner un peu de son ADN dans quelques plans sublimes comme le combat des montagnes de pierre et les visions de Jackson. Les théoriciens du cinéma prendront ça pour une piste : le premier visage à apparaître dans le film, juste après les logos des studios, est celui du cinéaste qui s’offre un caméo hitchcockien. Comme si PJ voulait affirmer que la récré est finie. Que c’est bien lui qui est in charge et qui reprend les manettes de sa saga… Ironie de la situation : ce nouveau film ne raconte que ça. Le dévoilement progressif des personnages principaux, leur affirmation identitaire. Thorin n’est pas seulement un leader charismatique, c’est aussi un homme dévoré par ses propres démons ; Barde n’est pas qu’un pauvre marchand qui vit de contrebande ; et Bilbo n’est plus le comic relief, un personnage maladroit et rigolo. Il se révèle bien plus courageux que tous les hobbits de la Comté et possédé par un pouvoir qui le dépasse…

    Sans surprise, presque comme promis, Jackson introduit de nouveaux personnages et densifie le récit de Tolkien. Il impose surtout définitivement sa vision d’homme de spectacle total. En plus d’être un extraordinaire récit mythologique, Le Hobbit 2 rappelle au fond que, depuis ses premiers films, Jackson est un cinéaste forain, obsédé par le spectaculaire. Il livre ici, peut-être pas son chef d’œuvre, mais l’expression la plus limpide, la plus évidente, de son cinéma. Galvanisant on vous dit.

  28. Première
    par Christophe Narbonne

    Cette passionnante réflexion sur les aléas de la distribution
    du cinéma art et essai s’adresse
    surtout aux professionnels.

  29. Première
    par Christophe Narbonne

    Cette passionnante réflexion sur les aléas de la distribution
    du cinéma art et essai s’adresse
    surtout aux professionnels.

  30. Première
    par Isabelle Danel

    Comme son titre l’indique, Il était une forêt est un conte. On y croise des géants (les arbres), des animaux féeriques (grenouilles bleues, papillons multicolores), de méchants ogres (prédateurs, plantes parasites)... Le réalisateur de La Marche de l’empereur s’est allié au spécialiste Francis Hallé pour nous raconter l’histoire séculaire des forêts tropicales et ça marche ! Au fil des vues aériennes et des plongées dans la jungle touffue naît un documentaire passionnant. Les images de synthèse nous font vivre en accéléré la croissance des graines, l’invasion des lianes. On découvre l’invention hallucinante de la nature à travers les mutations de la passiflore ; on comprend la
    chaîne inouïe (des petits insectes
    aux grands éléphants, en passant
    par les nuages) qui contribue,
    depuis la nuit des temps, à ce
    miracle. Doublé d’un message
    écolo appuyé mais de bon aloi
    et baigné d’une superbe musique,
    le pari était osé. Il est réussi.