4
Les Premiers, les derniers par Christophe Narbonne

Dans des décors naturels sombres, plats et fouettés par le vent (une vision neurasthénique de la Belgique actuelle ?), des personnages hyperincarnés mais comme dépourvus d’âme (à l’exception du jeune couple) jouent les cowboys et les Indiens de notre temps ou d’un futur proche. De ces stéréotypes de western, Bouli Lanners tire un film puissant sur l’ultramoderne solitude et sur la violence qu’un monde débarrassé des codes sociaux de base pourrait faire naître.

Christophe Narbonne
4
Les Files au Moyen-Âge par Damien Leblanc

Dans la Normandie d’aujourd’hui, un vieil érudit dresse à des petites filles le portrait d’un Moyen Âge méconnu où les femmes, savantes et spirituelles, étaient émancipées du pouvoir des hommes. Le dispositif de ce film à sketches en noir et blanc, qui montre des enfants incarner dans un décor champêtre des personnalités médiévales, entoure le discours égalitaire de fantaisie et d’apaisement : exposée sous forme de douce rêverie, la leçon d’histoire peut ainsi se situer quelque part entre la solennité animiste d’un Miyazaki et l’humeur iconoclaste des Monty Python.

Damien Leblanc
4
Experimenter par Frédéric Foubert

Un antibiopic ? C’est un terme à la mode (Danny Boyle et Aaron Sorkin parlent ainsi de leur Steve Jobs) et sans doute le meilleur moyen de décrire Experimenter. Le film veut dynamiter les conventions de la bio de cinéma en multipliant les procédés de distanciation : Peter Sarsgaard brise le quatrième mur, l’artificialité des décors est revendiquée comme sur la scène d’un théâtre... Ce dispositif quasi brechtien pourrait ressembler à une pose arty, mais il s’impose comme une façon puissante de prendre le spectateur à témoin. De faire de nous des cobayes.

Frédéric Foubert
0
Paris-Willouby par Bernard Achour

"Pardon madame ??,,???" Et c’est un homme qui se retourne. En 2015, il faut oser la faire, celle-là. Si tout n’est pas du même tonneau, l’histoire de cette famille recomposée, en route pour un enterrement, obéit quand même à un éprouvant formatage visuel, narratif et thématique. Reste un joli plan-séquence et quelques vacheries balancées par Alex Lutz. 

Bernard Achour
3
Je veux être actrice par Damien Leblanc

Du haut de ses 10 ans, la fille de Frédéric Sojcher écoute les comédiens Denis Podalydès ou Philippe Torreton lui expliquer ce que représente pour eux le métier d’acteur. Ce documentaire familial aide ainsi son héroïne à regarder le monde autrement mais le côté factice de l’enquête donne moins le vertige que les précédents films du cinéaste. 

Damien Leblanc
3
J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd par Mathias Averty

Cette plongée dans le monde du silence brise les clichés et dresse le bilan des obstacles que rencontrent les malentendants dans la société française. Le montage patchwork entremêle archives personnelles, reportages et tranches de vie. Un procédé un peu brouillon, mais extrêmement instructif

Mathias Averty
3
Le Chant du merle par Eric Vernay

Plans légèrement décadrés, love story principale mise au même plan que les intrigues satellitaires : il y a quelque chose d’étonnant dans cette variation corrézienne autour de la figure d’Emma Bovary. Mais, à mesure qu’on s’approche de son héroïne tragique (superbe Adélaïde Leroux), le mystère s’érode un peu dans une sécheresse documentaire.

Eric Vernay
4
Chorus par Bernard Achour

Dévasté par la disparition inexpliquée de leur enfant, un couple séparé depuis dix ans pour cette même raison (elle noie son chagrin dans le chant sacré à Montréal, lui dans l’exil au Mexique) se retrouve lorsque la preuve est faite qu’il s’agit d’un meurtre pédophile. Puzzle policier chauffé à blanc, autopsie frontale d’un deuil, observation bouleversée d’un désastre conjugal... la barque est, comme on dit, "chargée".

Bernard Achour
4
Legend par Christophe Narbonne

Déjà héros d’un film de Peter Medak en 1990, les frères Kray reviennent sous les traits de l’immense Tom Hardy, qui incarne les fameux truands à lui tout seul – la magie du numérique. Sa performance, mise en valeur par d’excellents seconds rôles, si elle constitue une force par son ampleur et sa subtilité, est aussi la petite faiblesse de Legend : pour des raisons évidentes de mise en scène, ce dispositif impose au revenant Brian Helgeland (son dernier film, 42, est sorti directement en vidéo) un découpage frontal, peu conforme aux ambitions affichées.

Christophe Narbonne
2
The Danish Girl de Gérard Delorme

Dans la course aux Oscars, The Danish Girl brigue tellement de catégories qu’il mériterait d’être éliminé pour concurrence déloyale, mais ses propres excès devraient suffire à le disqualifier. Le sujet : l’histoire vraie d’un couple de peintres qui se défait lorsque le mari affirme sa transidentité et décide de subir la première opération de changement de sexe. Le traitement : attention à rester dans les clous du bon goût sans choquer personne, décors chics et costumes d’époque, musique papier peint d’Alexandre Desplat.

Gérard Delorme
AFFICHE
3
Les Elues par Bernard Achour

Il faut savoir où on met les pieds : en enfer. En l’occurrence celui d’une petite entreprise familiale mexicaine qui use du charme de ses mâles alpha pour séduire de jeunes femmes, avant de les séquestrer dans un bordel plus sécurisé que Fort Knox. Problème : l’adolescent choisi pour "rabattre" la prochaine victime en tombe réellement amoureux. D’exposé glaçant, le film se mue soudain en tragédie, sans jamais renoncer à ses exceptionnels partis pris de mise en scène, où plane l’ombre génialement suggestive, toxique et cauchemardesque du Michael Haneke période Funny Games.

Bernard Achour
4
Les Chevaliers blancs par Gaël Golhen

Comme dans son précédent film, le beau À perdre la raison, Joachim Lafosse s’empare d’un fait divers pour déconstruire les évidences de la folie ; Les Chevaliers blancs s’ouvre sur une nouvelle procession de boîtes. Au début d’À perdre..., les cercueils des enfants roulaient vers les entrailles d’un avion-cargo, ici, les malles de l’ONG sont débarquées sur un nouveau continent. Le parallèle est soufflant et dit bien que les deux films, malgré leurs différences et leur parcours inversé, explorent des idées similaires.

Gael Golhen
3
Mon maître d'école par Christophe Narbonne

La réalisatrice a filmé pendant un an un instituteur qui a passé toute sa carrière dans la même école primaire de province et qui s’apprête à partir à la retraite. Le nouvel Être et Avoir ? À quelques nuances près, oui. Les nuances ? Une absence de réel point de vue et un didactisme souligné à la craie grasse modèrent cet éloge vibrant, et sans aucun doute sincère, de la laïcité. 

Christophe Narbonne
3
Brothers par Bernard Achour

Venu de Bollywood, le réalisateur ose des ambiances baroques et des compositions plastiques bienvenues dans le ronron du thriller yankee. Mais son drame fraternel sur fond de gangstérisme pâtit de sentimentalisme et de temps morts. 

Bernard Achour
2
A Second Chance par Eric Vernay

Pour sauver son couple, un flic dont le bébé vient de mourir cherche à le "remplacer" en kidnappant celui d’un couple de junkies. Il y avait sans doute un puissant thriller domestique à extraire de ce scénario en forme de conte moral. Las, Susanne Bier empêtre ses personnages hystériques dans un drame aux effets de manche appuyés (lapsus du héros, twist insistant), noyé dans une musique sursignifiante et une grisaille chic.

Eric Vernay
4
Le Garçon et la Bête par Eric Vernay

Moins bouleversant que Les Enfants loups – Ame & Yuki, mais plus baroque, burlesque et généreux (presque trop, avec ses deux heures et sa fin à tiroirs), ce nouveau récit initiatique galope encore entre humanité et animalité. Mamoru Hosoda y télescope des mythes occidentaux comme La Belle et la Bête ou Moby Dick avec l’imaginaire asiatique (contes chinois et japonais, Les Sept Samouraïs, Akira, Dragon Ball).

Eric Vernay
3
Je suis le peuple par Isabelle Danel

À des lieues de la révolution de la place Tahrir, la réalisatrice, qui a des racines égyptiennes, pose sa caméra dans la vallée de Louxor. Elle y interroge un paysan, Farraj, sa femme et ses enfants. Le temps s’écoule lentement, le film aussi. Il a le mérite de consigner une réalité que peu de documentaires s’attachent à restituer : les travaux et les jours, l’espoir en une démocratie, l’attente, la désillusion.

Isabelle Danel
3
Gaz de France par Christophe Narbonne

Comédie d’anticipation, ce premier film est une mise en situation absurde : comment sortir le pays de la crise constitutionnelle dans laquelle il est plongé, alors qu’il est dirigé par un président bouffon affublé du sobriquet de Bird ? En formant un cabinet de réflexion qui réunit des éléments représentatifs de la société.

Christophe Narbonne
3
Et ta soeur par Bernard Achour

Alchimie manifeste entre les comédiens, ping-pong effréné de dialogues aux allures (trompeuses) d’improvisation, sympathique mise en avant du singulier Grégoire Ludig... Dynamisée par un montage au rasoir, l’opération séduction fonctionne plutôt correctement. Reste que le trio formé par un jeune homme (Pierrick), l’ex de son frère décédé et la sœur lesbienne de cette dernière semble beaucoup s’amuser tout seul, au point de flirter avec l’absence de véritable scénario.

Bernard Achour
2
Bang Gang, une histoire d'amour moderne par Christophe Narbonne

Le voilà donc le film qui a "électrisé le festival de Toronto", pour reprendre certains titres de presse. Le verbe "allumé" aurait été plus approprié. Car Bang Gang..., portrait de l’adolescence vu à travers le prisme d’un érotisme débridé (par dépit amoureux, une jeune fille invente des jeux sexuels collectifs sur fond de coke et d’alcool), ne tient pas les promesses de son pitch provocateur.

Christophe Narbonne
2
Les Nouveaux Loups du web par Mathias Averty

Très instructif, ce documentaire qui dénonce l’utilisation frauduleuse de nos données par les grandes firmes et les gouvernements fait froid dans le dos. Mais aucune ambition cinématographique ne vient donner corps à cette alternance d’archives et d’interviews très scolaires, ce qui risque de lasser les internautes même les plus paranos. 

Mathias Averty
3
Early Winter par Isabelle Danel

De silence en non-dits, de colères inexpliquées en disputes nourries, le quotidien d’un couple avec enfants, au Québec. Petit à petit, notre point de vue, d’abord focalisé sur l’épouse, change. Parfois un peu trop conscient de ses effets (voire de leur absence), le film est une observation juste et cruelle du "tout le monde à ses raisons" de Renoir

Isabelle Danel
3
Desert Dancer par Bernard Achour

Il y a pas mal de simplisme dans l’histoire vraie de ce danseur iranien confronté à une censure d’État violemment opposée à la pratique de son art. Mais aussi un élan humaniste, pédagogique et surtout visuel, qui culmine lors de superbes pics d’inspiration, au premier rang desquels la fresque chorégraphiée d’où le film tire son titre. 

Bernard Achour
3
Dakar ta nostalgie par Mathias Averty

Au fil d’une déambulation poétique dans Dakar, ce portrait doux-amer du Sénégal nous invite à la rencontre de ses habitants : des vivants, qui se battent pour tenir jusqu’au lendemain, mais aussi des morts, évoqués au gré de rêveries et de souvenirs cinématographiques. Saisissant, mais peut-être trop court pour faire le tour de la question.

Mathias Averty
3
Mistress America par Frédéric Foubert

Après la parenthèse While We’re Young (2015), Noah Baumbach retrouve Greta Gerwig, sa muse et la coscénariste de Frances Ha. L’idée, ici, est d’orchestrer une fable mélancolique sur la fin des rêves de jeunesse, doublée d’une comédie zinzin à la David O. Russell – scènes d’hystérie collective, trouées musicales euphorisantes. Moins "accrocheur" que Frances Ha, Mistress America a pour lui de mettre en sourdine les obsessions Nouvelle Vague un peu ringardes de son auteur et de tenter vaillamment l’exercice, toujours casse-gueule, de la screwball comedy modernisée.

Frédéric Foubert
4
Toto et ses soeurs par Hendy Bicaise

Totonel, dit Toto, a 10 ans et vit avec ses deux sœurs à Bucarest. Leur père est parti, leur mère en prison. La gravité du sujet laissait présager une approche distante et rêche, or le film s’avère vibrant et inattendu. Au fil des scènes, le documentaire social se met à flirter avec le cinéma de genre, lorgnant vers le thriller quand la caméra est embarquée sur des policiers armés jusqu’aux dents ou vers le film d’angoisse, avec la scène glaçante où l’aînée se retrouve enfermée dans l’appartement qu’elle visite.

Hendy Bicaise
3
Je vous souhaite d'être follement aimée par Isabelle Danel

À la recherche de sa génitrice, Élisa s’installe avec son petit garçon à Dunkerque, où elle est née sous X. Kinésithérapeute, elle a pour patiente Annette, sa mère, sans le savoir. Sous ce beau titre, emprunté à L’Amour fou, de Breton, dont un extrait clôt le film, se cache un sujet fort sur la maternité et l’adoption, les liens visibles et invisibles. Mais, de l’écriture appuyée et cousue de fil blanc à la mise en scène empesée, malgré de beaux moments d’intimité des corps où seul le spectateur sait ce qui se noue (et se dénoue), quelque chose freine et résiste.

Isabelle Danel
4
Beijing Stories par Isabelle Danel

À Pékin, les gratte-ciel ultramodernes poussent comme des champignons. Le jeune Yong Le, qui récupère de vieux meubles, et Xiao Yun, danseuse dans un nightclub, habitent dans des caves où ils peuvent à peine se tenir debout ; de leur côté, le vieux Jin et son épouse refusent de quitter leur maison, qui va être démolie comme tout leur quartier. Entre haut et bas (exprimant les clivages sociaux), entre ciel et enfer (des conditions de vie), la caméra tâtonne et louvoie dans les couloirs souterrains de la ville.

Isabelle Danel
4
La Fille du patron par Bernard Achour

Le fantôme de Patron incognito, l’émission de téléréalité de M6, plane lourdement sur la mise en place de l’intrigue. Va-t-on assister à un vaudeville socio-démago aux allures de prime time ripoliné pour tout public ? Surprise ! Un habile coup de force scénaristique balaie vite le doute. Commence alors une histoire d’amour tranquillement transgressive, manifeste sentimental à la teneur palpitante, auquel se superpose un regard tout ce qu’il y a de sympathique et de chaleureux sur le monde ouvrier en période de crise économique et de délocalisations crève-cœur.

Bernard Achour
2
Arrêtez-moi là par Bernard Achour

Il y croit dur comme fer, Reda Kateb, à son personnage de brave chauffeur de taxi qui est accusé d’avoir kidnappé une fillette et se retrouve pris dans un engrenage judiciaire aussi absurde qu’épouvantable. Et la première demi-heure, accrocheuse, tendue, laisse même augurer d’un suspense plutôt efficace. C’est alors qu’un humour inapproprié se met à parasiter l’intrigue et que les enjeux du récit se diluent soudain au rythme de twists à la désinvolture dramatique déconcertante.

Bernard Achour