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Sleeping Giant par Eric Vernay

Trois garçons, une fille, une falaise, et beaucoup de possibilités de se jeter à l’eau – aux sens propre comme au figuré – dans ce teen movie tourné aux bords du lac Supérieur, au Canada. C’est un premier film sur les premières fois (émois amoureux, rites initiatiques et recherche de modèles virils) construit selon une succession d’instantanés "clippés" sur une musique entraînante. C’est vif, plutôt drôle, d’une séduisante légèreté. Au risque d’être trop superficiel ?

Eric Vernay
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La Vache par Isabelle Danel

Pour son deuxième long métrage après Né quelque part (2012), Mohamed Hamidi tisse à nouveau des ponts entre l’Algérie et la France dans cette comédie itinérante, naïve et revigorante. Paysan algérien, Fatah est moqué par les villageois pour son attachement à sa vache Jacqueline. Invité au salon de l’Agriculture à Paris, il débarque à Marseille et se met en route, à pied, pour la capitale. Face à Jamel Debbouze (irrésistible) et Lambert Wilson (impeccable), Fatsah Bouyahmed est formidable de simplicité et de drôlerie.

Isabelle Danel
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Un jour avec, un jour sans par Hendy Bicaise

Selon ses détracteurs, tous les films de Hong Sang-soo se ressemblent. Ses admirateurs, eux, préfèrent y voir une évolution lente et subtile. Le cinéaste coréen ne se pose pas toutes ces questions et poursuit son étude des comportements humains. Avec ce film, il s’invente un énième alter ego : Cheon-soo, réalisateur à succès qui s’éprend d’une jeune peintre. Le film répète la même rencontre deux fois de suite, avec le comportement de Cheon-soo comme seule variable. Beau parleur pendant une heure, il laisse ensuite s’exprimer ses sentiments.

Hendy Bicaise
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Ce sentiment de l'été par Frédéric Foubert

C’est l’histoire d’une fille qui meurt beaucoup trop jeune, à 30 ans ; et du deuil de son petit copain et de sa sœur. Ça s’appelle Ce sentiment de l’été, mais on ne peut pas s’empêcher d’entendre "ce sentiment de l’était". Mikhaël Hers parle du poids toujours trop lourd des souvenirs, traque ce moment indéfinissable où le deuil s’arrête enfin et où la vie reprend son cours. Cela pourrait presque être un double inversé d’Oslo, 31 août (même acteur, même spleen chic et éthéré, mais trajet contraire des ténèbres à la lumière).

Frédéric Foubert
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Crache coeur par Eric Vernay

Tempête sous un crâne de jeune fille frustrée. Quand elle ne pratique pas la flûte traversière au conservatoire, l’héroïne joue du pipeau : pour parvenir à ses fins, Rose n’hésite pas à lâcher quelques bobards. Elle a du désir (inassouvi) à revendre et un rapport tourmenté à sa famille : un besoin adolescent de révolte renvoyant illico au Maurice Pialat d’À nos amours, totem français du coming of age movie rugueux, que la cinéaste franco-polonaise prend soin d’esquiver dans ce premier long métrage.

Eric Vernay
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L'Odorat par Bernard Achour

Un film qui se regarde… et se hume. Trente-cinq ans après John Waters et les pastilles à sniffer de Polyester, un dispositif électronique diffuse dans la salle des fragrances d’ambre gris ou de safran. Amusant, mais pas suffisant : ce documentaire sur notre rapport aux odeurs, visuellement bien plat et thématiquement confus, s’avère, hélas, assez banal.

Bernard Achour
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Alaska par Christophe Narbonne

Créateur de la série télévisée Gomorra, Claudio Cupellini signe un premier film un peu maladroit. Ce récit d’une passion destructrice entre deux personnages gouvernés par leur violence frise en effet, parfois, la caricature (on est loin de l’intensité baroque de 37°2 le matin), mais contient quelques beaux moments de pure mise en scène. Cupellini a manifestement du potentiel. Il lui reste à trouver un(e) bon(ne) scénariste. 

Christophe Narbonne
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Faut savoir se contenter de beaucoup par Mathias Averty

Ce road-trip farfelu de deux vieux révolutionnaires (Jean-Marc Rouillan et Noël Godin) à travers le monde militant ne provoquera peut-être pas Le Grand Soir. Cependant, sa galerie d’irréductibles idéalistes lui donne un charme assez unique. 

Mathias Averty
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A une heure incertaine par Damien Leblanc

Scénariste des Mystères de Lisbonne, Carlos Saboga filme ici le Portugal de 1942, où un inspecteur de police cache chez lui deux réfugiés français. Ce huis clos insiste sur la lueur des derniers désirs en temps de guerre, mais l’idée s’incarne trop froidement à l’écran.

Damien Leblanc
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Peur de rien par Isabelle Danel

À la fois autobiographique et fantasmé, ce long métrage qui retrace l’arrivée à Paris, dans les 90s, d’une Libanaise de 18 ans venue faire ses études et découvrir la liberté, ne manque pas d’envergure. Mais à vouloir trop en faire, en multipliant les rencontres symboliques et les écarts entre choix politiques (de l’extrême-droite à l’extrême-gauche) cette fiction d’apprentissage tombe dans de trop nombreux écueils pour convaincre totalement. La ravissante débutante Manal Issa, au jeu parfois maladroit, fait ce qu’elle peut face à Paul Hamy ou Vincent Lacoste.

Isabelle Danel
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Homeland - Irak année zéro par Eric Vernay

Donner un visage à l’Irak, c’est l’objectif que s’est fixé Abbas Fahdel en filmant ses proches à Bagdad entre 2002 et 2003, avant et après l’invasion américaine. Le film (plus de cinq heures trente) dévoile un pays complexe, intime, surprenant, loin des clichés véhiculés par les journaux télévisés ou la propagande locale.

Eric Vernay
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El Clan par Vanina Arrighi de Casanova

De ce fait divers qui a marqué l’Argentine, Pablo Trapero tire une tragi-comédie à la mise en scène flamboyante (il n’a jamais autant utilisé le plan-séquence). Il filme une entreprise familiale diabolique soudée par une solidarité jusqu’au-boutiste, soumise à l’autorité du père et nourrie par l’incompréhensible passivité de la mère. Chez les Puccio, on dîne en affectant d’ignorer les cris d’une victime enfermée dans la cave – symbole d’une réalité ahurissante où enlèvements et meurtres perturbent à peine le train-train quotidien.

Vanina Arrighi de Casanova
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Chair de poule par Sylvestre Picard

Trois lycéens et l’écrivain R.L. Stine affrontent les monstres sortis des pages des manuscrits des romans d’horreur pour ados Chair de poule qui ravagent leur petite ville. Quelle belle idée de départ. Jolie pirouette méta, qui promet du Amblin 2.0 : les tourments adolescents, l’étrangeté du voisinage, l’aventure banlieusarde, le "monster of the week"... Sur le papier, du moins.

Sylvestre Picard
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Les Innocentes par Isabelle Danel

Ce fait d’hier questionne la folie de la guerre et la puissance de la foi avec un regard résolument moderne : cela pourrait être aujourd’hui dans un autre pays, pétri d’autres croyances. Cinéaste de la transgression (Nettoyage à sec, Perfect Mothers), Anne Fontaine s’inspire d’une histoire vraie et tisse avec Pascal Bonitzer un script intense.

Isabelle Danel
3
Heidi par Bernard Achour

C’est avec une surprise d’abord réticente, puis assumée, qu’on s’est laissé embarquer par cette énième adaptation (série, manga, cinéma, théâtre, à quand le jeu vidéo ?) de l’increvable classique de la littérature girly. Aucune audace à l’horizon : Heidi est toujours la pauvre petite orpheline "choupinette" confiée à un grand-père bougon et à une richissime famille. Mais dans le registre du premier degré illustratif et luxueux, rien, si ce n’est un académisme d’un autre âge, n’empêche fondamentalement de sourire (un peu) et de s’émouvoir (pas beaucoup plus).

Bernard Achour
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Peace to us in our dreams par Eric Vernay

Un ado dérobe un fusil dans les bois. Non loin de là, une famille endeuillée peine à trouver le calme qu’elle était venue chercher à la campagne. Sous le regard indifférent de la nature, les non-dits tentent de sortir de leur chrysalide à travers d’étranges dialogues philosophiques. On n’est clairement pas là pour s’amuser, d’autant que le film est autobiographique : Bartas évoque ici la disparition de son épouse, se filmant lui-même et sa fille. Pourtant, son cinéma n’est pas pesant. Il dévoile les visages comme des paysages (et vice versa), dans toute leur minéralité.

Eric Vernay
4
Le Trésor par Isabelle Danel

Si Nouvelle Vague roumaine il y a, Corneliu Porumboiu (Caméra d’Or avec 12 h 08 à l’est de Bucarest, en 2006) en est l’un des plus versatiles et passionnants représentants. À chaque film, il vit le cinéma comme rêve et comme constat : son cinquième opus, entre conte enfantin mâtiné de burlesque et portrait de son pays, creuse encore plus ce sillon. Un père de famille qui lit chaque soir à son fils Les Aventures de Robin des Bois, accepte d’aider un voisin endetté à déterrer un hypothétique trésor enfoui avant l’ère communiste.

Isabelle Danel
3
Free Love par Isabelle Danel

Inspectrice de police dans le New Jersey, Laurel n’a jamais avoué son amour des femmes jusqu’à sa rencontre avec la jeune Stacie. Elles s’installent ensemble, mais Laurel se découvre atteinte d’un cancer incurable. Elle décide alors de se battre contre sa hiérarchie afin que sa compagne touche sa pension après son décès. Inspiré d’une histoire vraie (le combat, au début des années 2000, de Laurel et Stacie pour que les droits des homosexuels soient reconnus), le film de Peter Sollett enfonce tous les clous.

Isabelle Danel
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La Terre et l'ombre par Damien Leblanc

Racontant le retour d’un paysan auprès de son fils malade, la Caméra d’or du dernier Festival de Cannes dépeint les ravages de l’industrie sucrière sur fond de drame familial. Mais le formalisme du cinéaste, qui multiplie de pesants plans-séquences, étouffe vite les protagonistes. 

Damien Leblanc
2
Le Temps des rêves par Bernard Achour

Il y a une énergie folle, dans cette chronique sur la jeunesse est-allemande du début des 90s. Mais aussi une narration flottante, des psychologies approximatives et, revers de la médaille, une agitation qui vire au capharnaüm.

Bernard Achour
3
Mini et les voleurs de miel par Christophe Narbonne

Ce film d’animation pour les préscolaires, qui raconte les mésaventures du naïf insecte Mini, tranche avec les productions 3D avec son absence de perspective et ses couleurs criardes. Rafraîchissant, à défaut d’être enthousiasmant. 

Christophe Narbonne
2
Dofus - Livre , Julith par Hendy Bicaise

Un royaume en péril, un héros orphelin, une compétition sportive : Dofus évoque le récent Le Garçon et la Bête. Mais la comparaison s’arrête là. Laid, vulgaire et hystérique, on en sort avec une bonne migraine. 

Hendy Bicaise
2
Alvin et les chipmunks par Isabelle Danel

Le scénario tenant sur une demi-noisette, ce quatrième volet d’Alvin et les Chipmunks s’étire : craignant d’être jetés dehors, Alvin et ses trois amis écureuils vont tout faire pour empêcher le mariage de Dave. Le filon des trois peluches facétieuses est au moins aussi épuisé que le spectateur. 

Isabelle Danel
4
Mad Love in New York par Eric Vernay

Très vite, le sang gicle dans cette love story volcanique entre junkies newyorkais sans domiciles en quête d’un fix. La double addiction de la jeune Harley pour son mec et la drogue s’incarne à même ses veines meurtries. En adaptant le livre d’une SDF (Arielle Holmes, irradiante de naturel, dans son propre rôle), les frères Safdie refont Panique à Needle Park en 2015, version mumblecore. Soit une certaine idée de l’indépendance américaine, fauchée certes, mais pas cheap. L’aspect documentaire nourrit les personnages sans les étouffer dans un naturalisme sordide.

Eric Vernay
3
La Marcheuse par Damien Leblanc

Cette immersion dans le quartier parisien de Belleville centrée sur Lin, clandestine chinoise qui travaille comme aide à domicile tout en se prostituant pour subvenir aux besoins de sa fille, ne se contente pas d’exposer avec réalisme la précarité de vie des prostituées. Car la chronique vire au polar vénéneux lorsqu’un homme blessé et en fuite s’installe au domicile de l’héroïne, manière pour Naël Marandin de consolider sa peinture d’un monde vu comme un constant rapport de forces et de s’interroger sur les mécanismes de l’attirance sexuelle.

Damien Leblanc
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Dirty Papy par Christophe Narbonne

Zac Efron et Robert De Niro. L’idole des adolescentes et l’icône de la génération X. Ce drôle de ticket est le principal atout de Dirty Papy dans lequel le second interprète l’aïeul vicelard du premier sur le point de se marier avec une blonde tête à claques, bien sous tous rapports.

Christophe Narbonne
4
Anomalisa par Gérard Delorme

À l’origine, Anomalisa était un projet du compositeur Carter Burwell, qui avait organisé pour la scène un dispositif où des comédiens lisaient leur texte sur sa musique. Grâce à une série de coïncidences heureuses (le recours au crowdfunding pour financer son tournage, entre autres), Charlie Kaufman en a fait un long métrage en coréalisation avec l’animateur Duke Johnson, qui rêvait de travailler avec lui depuis Eternal Sunshine of the Spotless Mind. La réalisation, en animation image par image, est à ce point hors normes que l’existence même de ce film tient du miracle.

Gérard Delorme
4
Chocolat par Bernard Achour

Qu’on imagine un croisement thématique entre Elephant Man de David Lynch et la Vénus noire d’Abdellatif Kechiche. On se fera alors une idée de l’ambition qui irrigue le quatrième film de Roschdy Zem, toujours intéressant lorsqu’il passe derrière la caméra. Il signe un conte cruel, humaniste et engagé, tiré d’une histoire vraie, que le scénario se charge de rendre tour à tour burlesque, dénonciatrice, poignante et désolée. Le racisme primaire dont il fait l’objet aiguillonne en même temps qu’il carbonise l’idéal et l’orgueil de son impressionnant héros.

Bernard Achour
4
Préjudice par Christophe Narbonne

Pour son premier long, Antoine Cuypers se frotte – excusez du peu – à Vinterberg (Festen), Pialat (la scène de cuisine dans À nos amours) ou Haneke (Le Septième Continent), autant de cinéastes préoccupés par les lignes de fractures familiales qui finissent par se transformer en séismes.

Christophe Narbonne
4
Steve Jobs par Vanina Arrighi de Casanova

Évacuons la question d’emblée, Steve Jobs est un film dont Danny Boyle a hérité après le retrait de David Fincher. Le cinéaste britannique célèbre le patron d’Apple comme une icône pop et le met en scène comme une rock star en coulisses avant un concert. De l’autre côté du rideau, ce sont des applaudissements, des tapements de pieds et l’excitation qui monte comme la marée.

Vanina Arrighi de Casanova