1. Première
    par Hendy Bicaise

    Dans les années 1980, le Polonais Adam Jacek Winkler part en Afghanistan combattre l’Armée rouge. Plus encore que le texte, narré avec cœur par Miossec, c’est le traitement animé du docu qui retranscrit l’impétuosité du chevalier solitaire et la fragilité de sa quête. Peintures, dessins et papiers découpés se succèdent pour dévoiler les multiples facettes de Winkler, qui garde une part de mystère. La force de ce portrait atypique est d’admettre que seule la montagne aura vraiment compris cet homme. 

  2. Première
    par Eric Vernay

    Et si, durant un hiver terrible, les riches devaient accueillir les pauvres chez eux ? Armée de ce pitch censé révé- ler les travers de la société française, Alexandra Leclère gribouille une galerie de clichés sur pattes, carburant à la vanne vaseuse. Et si on oubliait ce sinistre (télé)film ?

  3. Première
    par Damien Leblanc

    Tunis, été 2010. Farah, 18 ans, chante dans un groupe de rock contestataire mais son désir de s’exprimer se heurte à la censure. Ce vibrant premier film multiplie les séquences musicales rageuses puis prend un recul inattendu pour offrir la peinture d’une Tunisie qui se remet lentement à respirer

  4. Première
    par Bernard Achour

    Neuf heures en vidéo numérique noir et blanc, neuf heures à s’immerger dans un film aux allures de concept, où la puissance brute du documentaire cohabite avec les sortilèges de la fiction. Côté documentaire, une élégie somptueuse, entre contemplation désolée et témoignages de survivants, hommage à une province des Philippines frappée par un typhon dévastateur en 2006. Côté fiction, le retour au pays d’un poète en exil qui fait l’expérience du deuil, d’un nouveau destin possible et de retrouvailles aux accents surnaturels. À condition d’oublier les canons narratifs habituels, la noblesse, l’humanisme et la folie du projet bouleversent sur la durée. 

  5. Première
    par Eric Vernay

    Clouée chez ses parents telle une princesse dans son donjon, Pauline, 15 ans, n’a qu’une idée en tête : "s’arracher" de là. Sa demi-sœur aînée enregistre ce désir d’émancipation avec du matériel lo-fi (caméra DV, VHS, téléphone portable) dans un premier film survolté aux airs de Tarnation – autre journal intime au cœur d’une famille déjantée. Le portrait de Pauline a la facture brute de l’adolescence. C’est un patchwork d’images hétéroclites, dont les archives familiales constituent les granuleux flash-back. Échappant au freak show à la Strip-tease, ce documentaire parcouru de secousses rock’n’roll ne regarde pas ses protagonistes de haut, mais bien en face, dans un dialogue tourbillonnant, violent et drôle, expiatoire et fécond

  6. Première
    par Christophe Narbonne

    Dans la première partie du film, Jia Zhangke souligne à l’encre rouge les effets pervers de la mondialisation. Tao choisit le capitaliste flamboyant et décomplexé plutôt que l’incarnation du vieux modèle socialiste. Elle a faux sur toute la ligne et se fait punir de la pire des façons : son fils, Dollar (hum), lui est enlevé lorsqu’elle divorce de Zhang. Fin du premier chapitre qui ne laisse augurer rien de bon... Le réalisateur adopte alors le point de vue de Dollar, devenu grand, et le projet du film se dévoile : l’argument socio-politique n’est là que pour servir un mélo d’une ampleur et d’une ambition folles, qui traite de filiation maudite et de solitude aliénante. La transposition de l’intrigue dans un futur déshumanisé, vision foudroyante de mélancolie du cinéaste démiurge, achève d’emmener cet Au-delà des montagnes vers des cimes d’émotion. 

  7. Première
    par Vanina Arrighi de Casanova

    Utiliser le plus beau casting de l’année pour donner un cours d’économie de 2h10 au grand public : une idée de génie. Christian Bale (en mathématicien autiste), Steve Carell (en financier indigné et survolté), Ryan Gosling (en trader sans scrupule) et Brad Pitt (repenti et moraliste), planqués sous des moumoutes, un abus d’UV et des fringues ridicules, incarnent ceux qui avaient tout anticipé et expliquent, dans leurs échanges et leurs discours, ce qu’est exactement ce "tout". Provocateur, pédago (voire démago : des inserts illustrant l’American Way of Life, entre costume-cravate trinquant au champagne et prolos devant la maison qu’ils ne pourront bientôt plus payer, rythment les discours techniques) et, surtout, animé d’une furieuse volonté d’indigner, The Big Short permet de comprendre cette foutue crise des subprimes et pourquoi chacun de nous en pâtit encore. On en ressort avec une violente envie de tout faire sauter. 

  8. Première
    par Eric Vernay

    Au début du XXe  siècle, les voyages en Amazonie de deux scientifiques blancs à la recherche d’une plante aux pouvoirs oniriques trouvent leur point de confluence en la personne de Karamakate, un puissant chaman indien. Il est leur guide, et le nôtre, au pays des rêves. La grâce du montage fait coexister cette double temporalité de manière organique (l’Indien a perdu ses souvenirs qui semblent surgir à l’écran par réminiscences). Ciro Guerra explore la jungle colombienne dans un noir et blanc halluciné. Plus mystique que contemplatif, toujours en mouvement, ce périple herzogien offre une saisissante radiographie de la destruction des cultures indigènes, aux confins de la folie. 

  9. Première
    par Gael Golhen

    Le teen movie est un genre aussi ingrat que la tranche d’âge à laquelle il s’attaque. Face aux avatars américains, le made in France semble de plus complètement à la traîne sur le sujet. La version girl et XVIe arrondissement de LOL empruntait un chemin trop balisé, un peu démago. Son pendant mec et provincial, Les Beaux Gosses, était trop ironique et ramenard pour être honnête. C’est là que déboule Le Nouveau. Le premier film de Rudi Rosenberg explose les carcans de la comédie ado avec des choix qui ressemblent parfois à un suicide. Refus d’un arc narratif calibré, refus du cliché et du portrait rassurant, volonté de prendre constamment à revers les sentiments de son spectateur... Rosenberg cherche le point d’équilibre, la justesse. Et ce qui trouble le plus, c’est le fil sur lequel son film danse gracieusement. Entre chronique légère et sujet grave qui tord le bide, le cinéaste déstructure (des attitudes, des comportements) pour mieux reconstruire et montrer ses héros sens dessus dessous. On est à mi-chemin entre La Boum (le film générationnel fédérateur) et le réalisme libertaire des premiers Doillon, entre la mélancolie de John Hughes et les vannes potaches de Patrick Schulmann. C’est précisément là que Le Nouveau réussit à capter l’essence ado d’une manière soufflante. Le cinéaste est épaulé par un casting dément, des enfants sauvages d’un naturel confondant. Mais cela tient surtout à la manière dont ils sont filmés. Rosenberg ne traite jamais ses personnages comme des "héros", mais il leur donne le degré de cruauté et l’absence d’empathie qui caractérise cet âge. Ici, pas de clin d’œil appuyés, pas de références gogoles ; juste des observations calculées, fines, marrantes qui renvoient au fond à notre propre adolescence, à ce moment où tout se joue, où les mecs et les filles forment une foule sentimentale en ébullition, shootée avec ce qu’il faut d’attention affectueuse, mais sans ménagement. Mine de rien, on vient de découvrir que le teen movie à la française n’était ni une vue de l’esprit ni une entreprise vouée à l’échec.

  10. Première
    par Sylvestre Picard

    La version XXIe  siècle de Snoopy au cinéma (le précédent film remonte à 1980) est une affaire de contrastes. D’abord, une belle claque technique minimaliste, avec la volonté de respecter au maximum le design des strips de Schulz : dessins sublimes de simplicité et inserts d’effets purement BD (des traits de mouvements, par exemple). La différence visuelle avec les films d’animation mainstream est frappante et excitante. L’autre contraste est interne à l’histoire : la mésaventure de Charlie Brown versus le trip mental de Snoopy qui, à bord de sa niche, se prend pour un aviateur de la Première Guerre mondiale et imagine des combats endiablés avec le Baron rouge. Pour le coup, c’est un peu moins convaincant (parce que justement trop mainstream) que le reste du film, passionnant et carrément émouvant.

  11. Première
    par Julia Beyer-Agostini

    Dans l’Himalaya, une fillette trouble la tranquillité de son village lorsqu’elle échange son porte-bonheur contre une ombrelle japonaise auprès d’un groupe de touristes. Plutôt destinée au jeune public, cette fable pittoresque – datant de 2005 – traite de l’envie et de la possession matérielle tout en composant avec le folklore bollywoodien. 

  12. Première
    par Bernard Achour

    Les invités d’un scienti- fique se retrouvent propulsés en mai 1944, sans savoir s’il s’agit d’un jeu de rôles ou d’une véritable expérience spatio-temporelle. D’une facture bis consternante, tant dans son économie que sa mise en scène, son écriture ou son interprétation, le résultat ne trouve jamais le ton juste. 

  13. Première
    par Bernard Achour

    Six histoires d’amour, six échecs, une question : pourquoi ? Afin d y répondre, la "serial loveuse" Tatjiana Bozic a eu l’idée insolite et kamikaze de demander des comptes, caméra au poing, à ses ex. Soit un autoportrait masochiste qui stimule parfois (on pense forcément à soi-même) mais agace souvent. 

  14. Première
    par Eric Vernay

    Parti d’un désir démiurgique, celui de ressusciter des films perdus de la première moitié du XXe  siècle en les tournant à nouveau, le dernier trip de Guy Maddin, associé à Evan Johnson, "suède" le cinéma muet dans un interminable gloubiboulga d’aventures enchâssées. Ce bain amniotique de fétichisme old school asphyxie son casting magique et ses fulgurances surréalistes.

  15. Première
    par Eric Vernay

    Le film d’espionnage n’est pas une spécialité hexagonale. Pour un puissant Les Patriotes, d’Éric Rochant, combien d’embarrassants succédanés de cinéma US ? Pariser évite cet écueil en inscrivant son thriller parano dans une tradition plus littéraire et anti-spectaculaire héritée de Rohmer et de Desplechin. Il parachute un intello flottant dans son imper et son spleen ironique (Melvil Poupaud) au milieu d’un échiquier politique complexe, entre les hautes sphères politiques et un groupuscule d’extrême gauche. Librement inspiré de l’affaire de Tarnac, ce "grand jeu" conspiratoire mené par un Dussollier inquiétant s’avère aussi excitant qu’indéchiffrable. Mi-polar, mi-mélo, ce film sur l’engagement avance masqué derrière un subtil paravent de paradoxes, de bons mots et de passions à contre-temps. Brillant. 

  16. Première
    par Bernard Achour

    Il faut bien sûr savoir que le premier ministre israélien Yitzhak Rabin fut assassiné devant les caméras il y a vingt ans, en représailles à sa politique pacificatrice envers la Palestine. À partir de là, c’est la gorge nouée pendant deux heures trente qu’on s’immerge dans ce film immense qui, à l’aide d’un extraordinaire feuilletage d’archives et de fiction, reconstitue la genèse, le déroulement et l’aprèscoup de ce crime contre notre humanité à tous. Construit comme le plus haletant des thrillers, sublimé par une noblesse formelle de requiem, il prend le relais de l’Histoire avec un mélange d’indignation, de pédagogie et d’engagement qui élève autant qu’il éclaire. 

  17. Première
    par Eric Vernay

    Stella, 12 ans, est jalouse de sa sœur aînée, talentueuse patineuse artistique qui se révèle anorexique. My Skinny Sister superpose deux récits. Le premier évoque le drame de l’anorexie : c’est le plus faible, malgré son aspect autobiographique (la réalisatrice suédoise a souffert de cette maladie pendant son adolescence). Le second croque le portrait de Stella, dont le regard ambivalent sur la souffrance de son aînée apporte un peu d’altérité et de sel cinématographique au spot préventif édifiant. Mais c’est en empruntant une troisième piste, celle, imprévisible et loufoque, du journal intime de Stella, que le film s’incarne enfin. On reste donc un peu sur notre faim.

  18. Première
    par Isabelle Danel

    Reprenant des extraits (inédits ou non) de C’est dur d’être aimé par des cons, documentaire sur le procès des caricatures de Charlie Hebdo sorti en 2008, Daniel Leconte et son fils, Emmanuel, y adjoignent des images des manifestations consécutives au 7 janvier et aux jours qui ont suivi, recueillent la parole des survivants (Coco, Éric Portheault, Riss) et font intervenir des penseurs sensés, comme Élisabeth Badinter. Ce tour d’horizon des événements remet des pendules à l’heure et la liberté d’expression au centre du débat. Il nous fait pleurer, et rire aussi. 2015 ne s’achève donc pas sans le visage, la voix, les vannes et la mauvaise foi de tous ces journalistes, dessinateurs, auteurs, qui nous manquent. 

  19. Première
    par Vanina Arrighi de Casanova

    Portrait cynique, implacable et touchant d’un homme médiocre à la dérive dans notre ère de misère sociale, où les centaines d’amis Facebook ne brisent en rien la plus profonde solitude, La Vie très privée de monsieur Sim avait, sous la plume de Jonathan Coe, la portée froidement critique de la société britannique que renferme toute l’œuvre de l’écrivain. Sans négliger totalement la nature parabolique de l’histoire dans son adaptation, Michel Leclerc ressert la focale sur l’étude de caractère, d’autant plus nettement qu’il remet son antihéros entre les mains du taciturne Jean-Pierre Bacri, dont le choix est d’une rare évidence. Pour le réalisateur du Nom des gens, l’éternel ronchon du cinéma français, passé maître dans l’art du cynisme, élargit un peu sa palette émotive et parvient à faire de l’ennuyeux monsieur Sim un homme subtilement mais simplement bouleversant. Il donne vie à ce quinqua en crise qui prend la tangente au volant de sa Renault rutilante, équipée d’un GPS dernier cri avec qui il noue une relation affective déprimante, et qui choisit de visiter son passé plutôt que de vendre des brosses à dents révolutionnaires. Ballade mélancolique, road-trip halluciné et initiatique, exploration profonde de la solitude, l’amer et sincère ...monsieur Sim est surtout un beau voyage des ténèbres vers la lumière. 

  20. Première
    par Hendy Bicaise

    À l’approche du Grand Déluge, qui entraînera la fin du monde, toutes les espèces embarquent sur l’Arche de Noé... ou presque. Maillon faible du règne animal, les maladroits Nestrians restent à quai. Pour survivre, le petit Finny, aidé d’une Grymp farouche, Leah, doit alors se creuser la tête. En tout cas, plus que les scénaristes de cette production européenne relativement sympathique, qui se contentent, eux, d’égréner des obstacles attendus. Leur métaphore d’une hiérarchisation ethnique injuste maintient toutefois le récit à flot. 

  21. Première
    par Mathias Averty

    Dans cette longue interview filmée en 2000, Bernard Maris (surnommé Oncle Bernard) démêle avec malice les concepts économiques les plus opaques et tire à boulets rouges sur le capitalisme sauvage et le monde de la finance. Un dégommage en règle qui permet au regretté collaborateur de Charlie Hebdo, décédé lors des attentats de janvier, de défendre des modèles alternatifs. Jamais un long plan fixe n’aura été aussi jubilatoire. 

  22. Première
    par Isabelle Danel

    Ce n’est pas qu’on en apprenne beaucoup sur le président socialiste chilien renversé par un coup d’État en 1973 (et lâchement assassiné), mais cette quête en forme de journal intime filmé fait exister l’homme. Sa petite-fille signe ici son premier long métrage, elle brise le silence et, cherchant à replacer son aïeul au centre de l’album familial (mari, père...), captive et émeut. 

  23. Première
    par Gérard Delorme

    Dans la Rome antique, le quartier Suburra était un lieu de plaisirs où l’élite côtoyait la pègre pour faire des affaires. Ce qui change dans la Rome contemporaine décrite par Stefano Sollima, c’est l’entrée dans l’équation d’une troisième puissance occulte, le Vatican, juste avant la démission du pape, ce qui donne au film des allures pré-apocalyptiques. Depuis le solide thriller politique A.C.A.B., Sollima a perfectionné son art grâce à deux séries télé (Romanzo criminale et Gomorra), pour atteindre un degré d’excellence qui explose dans Suburra, depuis la maîtrise d’une intrigue aux multiples ramifications jusqu’à la direction d’acteurs, tous exceptionnels. Le résultat est un thriller intense qui dépeint les divers aspects de la corruption dans ce qu’elle a de plus noir et brutal.

  24. Première
    par Eric Vernay

    Fasciné par le suicide, le cinéaste d’Oslo, 31 août fait de la mort brutale d’une photographe de guerre l’épicentre d’un mélo familial qui tient de la bombe à retardement. Trois ans après cette disparition, son jeune fils doit-il savoir la vérité ? Quelle image laisse-t-on derrière soi ? Tout est question de cadrage : chacun a sa vision de la disparue. L’occasion pour Joachim Trier de tisser un portrait de femme fragmenté en un mille-feuille de flash-back, brouillant ainsi les pistes psychologiques. Hélas, le film alourdit cette atmosphère ouatée d’un symbolisme appuyé (une larme d’ado reproduit la trajectoire épiphanique d’une rigole d’urine), qui culmine dans un finale ridicule.

  25. Première
    par Gérard Delorme

    Bien qu’Angelina Jolie Pitt se défende de toute volonté autobiographique, il est difficile de ne pas faire le lien entre la réalité et certains éléments de ce couple de fiction joué par elle-même et par son mari Brad Pitt. Dans leur retraite de luxe du sud de la France, on sent qu’un lourd secret les plombe : il est écrivain mais alcoolique, elle n’arrive à s’extraire de sa langueur que dans l’observation des galipettes de leurs jeunes voisins. La révélation finale est si prosaïque et si prévisible qu’elle suscite un certain malaise. Au petit jeu des références, il y a des soupçons d’Hitchcock (voyeurisme et fétichisme), mais la torpeur et l’inaction font d’Antonioni le vainqueur, haut la main.

  26. Première
    par Isabelle Danel

    La guerre est finie, Sébastien attend le retour d’Angelina, mais l’avion de celle-ci s’écrase. Certain qu’elle est vivante, César demande de l’aide à "l’autre", un sale type qui est pilote... Pour ce deuxième épisode au cinéma des aventures du petit garçon et de son gros chien, le scénario accumule les rebondissements : panne d’avion, rencontre d’un jeune garçon nommé Gabriel, révélation de l’identité de "l’autre", incendie de forêt... Après Nicolas Vanier en 2013, c’est Christian Dugay (Planète hurlante, Jappeloup) qui reprend les commandes, remplissant sans génie le cahier des charges. Tout cela est gentiment téléphoné et le petit charme nostalgique s’émousse vite. 

  27. Première
    par Gérard Delorme

    1914. Un champion du monde de lutte s’engage dans un bataillon de blindés pour venger sa fille violée par des soldats allemands. Cafard est un projet expérimental qui croise de multiples techniques : des mimes sont filmés en motion capture et leurs dialogues sont dits par d’autres comédiens ; les prises de vue réelles sont traitées pour donner l’impression qu’elles ont été dessinées et colorisées selon un style dépouillé empruntant à la BD monochrome. La stylisation extrême compense le réalisme de l’histoire, qui rend compte de la guerre perçue par ceux qui la font : un mélange d’attente, de confusion et de frustration, traversé d’éclairs de violence. Très convaincant. 

  28. Première
    par Christophe Narbonne

    Avec son compère Gringe, Orelsan incarne une nouvelle idée du rap, pratiqué en province par des Blancs de la classe moyenne qui abordent des sujets triviaux. Plus ou moins inspiré de leur jeunesse dans une petite ville, Comment c’est loin est un éloge de la glande, une ode à la procrastination à laquelle les deux personnages principaux, aspirants rappeurs en position de devenir célèbres, s’adonnent avec un plaisir à peine coupable. C’est le cousin, un peu plus trash et inspiré, de Libre et assoupi, sorti cette année, avec lequel il partage cette foi dans la connivence des spectateurs, censés adhérer à leur goût du faux rythme et de la blague pourrie. Pas gagné, mais audacieux. 

  29. Première
    par Sylvestre Picard

    Le film – ce n’est pas un spoiler – se termine sur une phrase de l’écrivain Nathaniel Hawthorne, qui qualifie le roman Moby Dick (inspiré en partie de l’épopée de l’Essex) de véritable "America’s Epic". Le terme s’applique parfaitement à Au cœur de l’océan : un grand récit épique américain. L’aventure maritime motivée par le profit, jusqu’à la folie, puis la mort. C’est riche, grandiose et excitant comme un Master and Commander psychopathe, électrisé par la photo du chef op de Danny Boyle et truffé de séquences inoubliables : le chant religieux qui accompagne le départ du bateau, les scènes de chasse au cétacé ou le mousse qui rampe dans le corps de la baleine morte... Si le vétéran Ron Howard, qui signe là son meilleur film depuis Rush, ne pouvait tourner que des films avec Chris Hemsworth (ici tragiquement herculéen), ça serait vraiment parfait.

  30. Première
    par Gérard Delorme

    Comme dans un western, la toute première image de Béliers inscrit l’homme dans un espace qui le domine.Immédiatement après, un gros plan montre le lien affectif fort qui unit un éleveur et ses animaux. Il n’en faut pas plus au réalisateur islandais de ce premier film justement primé à Un certain regard pour poser les bases d’un drame puissant, qui commence comme une comédie grinçante, mais change de registre et ménage des surprises constamment sur un rythme posé mais inéluctable. Au-delà de l’humour à froid (les frères communiquent par chien messager) et la métaphore facile (ils sont têtus comme des mules), la proximité des animaux sert à révéler une humanité qui se manifeste lorsque les bergers refusent l’inacceptable, et entreprennent une série d’actions admirables et tragiques.