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Louis-Ferdinand Céline par Christophe Narbonne

L’histoire – vraie - est incroyable : en exil au Danemark pour échapper à l’épuration, Céline reçoit la visite d’un fan enthousiaste, un intellectuel juif. Leur rencontre, fondée sur le principe de l’arroseur arrosé, produit quelques scènes d’une méchanceté rendue roborative par le jeu outrancier de Denis Lavant qui, clopin-clopant, transmet physiquement l’horrible moralité du bonhomme.

Christophe Narbonne
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Alias Maria par Bernard Achour

Dans la jungle colombienne, une enfantsoldat de 13 ans, enceinte, se voit confier la garde d’un nourrisson, celui du chef du camp. D’une force impressionnante et d’une tonalité inédite dans son approche de la guerre (oui, on couche entre militaires, oui, les combattantes de tout âge donnent la vie avant de la prendre à leurs ennemis ou de la perdre elles-mêmes, oui, les chefs de peloton sont aussi des pères), cette apnée virtuose au cœur d’un enfer où les cris des nouveaunés se mêlent au fracas des embuscades démarre fort.

Bernard Achour
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DieuMerci ! par Isabelle Danel

Dieumerci sort de prison et veut devenir acteur. Son professeur lui assigne un camarade de répétitions, sans logis ni vergogne, Clément… Centré sur un personnage dévasté par un drame et qui tente de se reconstruire, le film vise la comédie initiatique, en jouant sur les ressorts de ce duo mal assorti. Le tout donne un résultat hybride, parfois drôle, parfois émouvant, mais manquant de colonne vertébrale.

Isabelle Danel
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Des nouvelles de la planète Mars par Christophe Narbonne

On aime bien avoir des nouvelles de Dominik Moll. Le réalisateur ne nous en avait pas donné depuis Le Moine, tentative mal récompensée de film fantastique à l’ancienne. Retour à ses obsessions avec Des nouvelles de la planète Mars qui, sous couvert de chronique intimiste lambda, laisse affleurer une angoisse diffuse et une forme subtile de fantastique domestique. Beaucoup moins dérangeant que Harry, un ami qui vous veut du bien et que Lemming, le nouveau Moll assume sa part de légè- reté bienvenue, sans renoncer au vertige existentiel.

Christophe Narbonne
4 Brooklyn par Sylvestre Picard

Eilis, une jeune irlandaise, débarque à New York. Nous sommes en 1952. Elle se retrouve tiraillée à la fois entre deux prétendants et deux pays, le sien et les États-Unis. Les couleurs pastel, la narration douce, la réalisation proprette de John Crowley et la photographie d’Yves Bélanger (chef opérateur des mélos aveuglants de Jean-Marc Vallée) donnent à Brooklyn l’apparence d’un reportage rétro et mignon, tiré tout droit d’un numéro du magazine Life sur l’immigration irlandaise des années 50.

Sylvestre Picard
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C'est l'amour par Bernard Achour

Trente-sept ans après son chef-d’œuvre Corps à cœur, somptueux mélodrame sur la passion charnelle entre un jeune homme et une femme beaucoup plus âgée, l’attachant franc-tireur Paul Vecchiali continue de creuser le sillon des sexualités "alternatives". En l’occurrence, le stratagème érotique élaboré par une épouse qui se croit trompée pour séduire un acteur gay en perte de vitesse.

Bernard Achour
4
Suite armoricaine par Damien Leblanc

Rares sont les films français capables de faire surgir avec inspiration des univers peuplés de fantômes et de souvenirs enfouis. Tel est pourtant le miracle qui advient au cœur d’un décor labyrinthique (le campus de Villejean à Rennes), où une enseignante en histoire de l’art redécouvre les lieux de sa jeunesse tandis qu’un étudiant lunaire cherche, lui, à fuir ses origines. La réalisatrice use d’une superposition de temporalités où se déploient plusieurs points de vue et offre un sublime écrin formel à ses personnages.

Damien Leblanc
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Pursuit of Loneliness par Isabelle Danel

Après De l’autre côté de la porte, fiction inspirée de la réalité (sortie chez nous en 2015), Laurence Thrush signe un documentaire mâtiné de fiction. Une vieille femme solitaire nommée Cynthia meurt dans un hôpital de Los Angeles, et seuls les préposés présents (infirmières et travailleurs sociaux, dans leur propre rôle) en font cas : suivant la procédure, ils cherchent ses parents, ses voisins et retracent la vie de la défunte.

Isabelle Danel
3
Lettres au père Jacob par Isabelle Danel

Condamnée à perpétuité pour meurtre, Leila est libérée après douze ans de prison et envoyée chez un prêtre aveugle pour l’aider à répondre aux lettres des fidèles demandant conseil. Même si les personnages quittent parfois la maison pour son jardin, le film fonctionne comme un huis clos. La mise en scène, remarquable, cerne chacun dans ses certitudes et questions, enfermé qu’il est dans sa tête et son "rôle". L’écriture est parfois paresseuse et le ressort dramatique trop voyant (soudain, les lettres se tarissent).

Isabelle Danel
4
The Assassin par Gérard Delorme

S’inspirant des romans d’arts martiaux de la dynastie Tang (les mêmes qui ont inspiré les somptueux wu xia pian de King Hu), Hou Hsiao-hsien a pris son temps (une dizaine d’années de préparation) pour en donner son interprétation très personnelle. Le résultat est splendide, mais potentiellement déroutant : il se voit moins comme un récit conventionnel rempli d’action que comme un opéra qui se comprendrait mieux accompagné d’un livret.

Gérard Delorme
3
Little Go Girls par Bernard Achour

C’est un étonnant projet à double vocation auquel s’est attelée la cinéaste (BronxBarbès) et documentariste (Si bleu, si calme) Éliane de Latour. Artistique d’abord : arpenter les bidonvilles d’Abidjan pour photographier le quotidien insoutenable des prostituées. Humanitaire ensuite : consacrer l’argent tiré de ces clichés à l’amélioration de leurs conditions de vie. À l’aide de splendides images tournées en numérique, le film parvient à décrire le processus d’apprivoisement préalable à la reconnaissance de la dignité de ces femmes que tous rejettent.

Bernard Achour
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Seul contre tous par Gérard Delorme

Un médecin neurologue se rend compte que la pratique intensive du football professionnel provoque des lésions cérébrales et donne l’alerte. L’enjeu est tel qu’il appelle une réaction dont l’ampleur sera disproportionnée. Ancien journaliste, attiré par les révélations (Parkland, Secret d’État), Peter Landesman s’attaque ici au football américain, une industrie qui fait gagner à la National Football League des millions de dollars. L’histoire n’est pas si différente de celle du tabac dont les effets nocifs sur la santé ont été prouvés sans que l’industrie ne désarme pour autant.

Gérard Delorme
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Room par Vanina Arrighi de Casanova

Room se divise en deux parties inégales. La première moitié du film est confinée entre les quatre murs d’une pièce exiguë et met en scène le quotidien d’une mère et son fils. Le point de vue se partage entre les deux personnages et les plus belles idées appartiennent à Jack, garçon de 5 ans né en captivité, qui n’a jamais vu le monde extérieur. Sa manière de nommer la réalité – il personnifie leur prison en l’appelant "Room", sans article – et d’en appréhender le peu qui lui est accessible produit une poésie troublante, émouvante sans verser dans le pathos.

Vanina Arrighi de Casanova
4
Un vrai faussaire par Eric Vernay

Guy Ribes n’est pas un grand peintre, mais plusieurs... C’est en tout cas ce qu’il a eu le culot de faire gober aux experts durant trente ans. Un escroc, ont dit les juges. Un génie de l’illusion, plaide ce documentaire malicieux, fasciné par le truculent faussaire... sans être tout à fait dupe des fanfaronnades de cet homme de l’ombre, enfin célébré.

Eric Vernay
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Sunrise par Mathias Averty

Difficile de dénoncer la prostitution infantile en Inde sans sombrer dans le voyeurisme glauque. Pourtant, Partho Sen-Gupta s’en sort avec habileté en mélangeant l’intrigue de son film noir avec un conte macabre diablement bien réalisé. Seul l’aspect répétitif de l’histoire nuit à la force de cette déambulation onirique inquiétante.

Mathias Averty
4
L'Orchestre de minuit par Bernard Achour

Poignant sans jamais verser dans le pathos, ce film évoque un jeune trader, qui a réussi aux États-Unis, se lançant sur les traces de son père, une immense vedette de la musique marocaine, qu’il n’a plus vu depuis trente ans. Quête des racines, révélation, jeu de piste mémoriel, réflexion historique... L’Orchestre de minuit fait preuve de bout en bout d’une véritable noblesse d’écriture, d’interprétation et de mise en scène.

Bernard Achour
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Deux Rémik deux par Damien Leblanc

Trentenaire timoré, Rémi mène une paisible vie d’employé jusqu’à ce que son "double" fasse son apparition sans pour autant perturber outre mesure son entourage. Inspirée librement du roman, Le Double, de Dostoïevski, cette comédie sur la dépossession de l’identité surprend par sa douceur, mais la portée romanesque s’avère vite limitée à cause de la fantaisie surfaite des personnages

Damien Leblanc
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Saint-Amour par Damien Leblanc

En suivant le périple d’un agriculteur veuf qui fait la route des vins avec son fils, le duo Kervern-Delépine souhaite insuffler une tendresse inédite à sa filmographie. Mais il ne suffit pas d’un Gérard Depardieu à l’impeccable délicatesse ni d’une exaltante musique signée Sébastien Tellier pour transformer en grande œuvre sentimentale un road-movie à la structure paresseuse.

Damien Leblanc
3
Célibataire, mode d'emploi par Caroline Veunac

Alors qu’elle est en couple avec un chic type, Alice, par crainte de mourir idiote, le quitte pour se remettre sur le marché de la drague. Coachée par Robin, une "serial-fuckeuse", l’oie blanche apprend à profiter de son célibat. Voilà une post-comédie romantique résolue à piétiner la quête aliénante du big love sur le mode "ma plus grande histoire d’amour, c’est moi". On en a connues de plus corrosives (Bachelorette) et de plus émouvantes (5 ans de réflexion).

Caroline Veunac
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Eperdument par Vanina Arrighi de Casanova

Il est ambitieux de titrer un drame amoureux Éperdument. Adapté du roman de Florent Gonçalves Défense d’aimer, le film de Pierre Godeau n’a pas l’intensité de cet adverbe, même s’il tient une part de sa promesse : se perdre (dans l’amour). Il expose ainsi les complications que devra affronter la détenue en convoitant le directeur de la prison où elle purge sa peineet, surtout, la mise en péril de la vie rangée de ce fonctionnaire marié et père de famille, prêt à tout foutre en l’air pour vivre cette passion interdite.

Vanina Arrighi de Casanova
4
Belgica par Christophe Narbonne

La musique nourrit encore le nouveau Felix Van Groeningen qui, après Alabama Monroe, confirme son talent pour raconter de grandes tragédies familiales transfigurées par une bande-originale géniale. Variété, rock, electro participent d’une histoire euphorisante qui épouse les caractères passionnés des personnages principaux confrontés à leurs démons et à leurs aspirations contraires. Cette volonté d’imprimer du rythme, de procéder par ellipses brutales ne va pas sans quelques accrocs : le film manque de respirations et quelques personnages secondaires sont sacrifiés.

Christophe Narbonne
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Le Crime du sommelier par Bernard Achour

On n’a rien contre l’originalité ou la loufoquerie. Reste qu’à ce niveau-là, le seuil d’acceptation n’est pas loin d’être atteint. Soit un exbanquier (sosie de Manuel Valls!) foudroyé par sa découverte des grands vins, embarqué au commissariat le temps d’un interrogatoire en flash-back pour déterminer s’il a assassiné son épouse. Parabole sur les ravages collatéraux d’une passion, polar truffé d’indices contradictoires, bouffonnerie surréaliste aux bifurcations pour le moins opaques (Lambert Wilson, incompréhensible gourou d’une minisecte tout aussi nébuleuse)...

Bernard Achour
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Zoolander 2 par Sylvestre Picard

On y croyait, un peu, à cause de l’absurdité même du projet. Donner une suite quinze ans plus tard à Zoolander, grand film idiot qui a attiré royalement 146558 spectateurs en France et n’a pas marché dans une Amérique de l’après-11-Septembre qui n’était pas prête à rire à nouveau.

Sylvestre Picard
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Midnight Special par Caroline Veunac

Ça démarre à peine et déjà, en sélectionnant sur notre juke-box mental un souvenir d’E.T. qui se superpose à l’introduction du jeune héros de Midnight Special, Jeff Nichols affiche ses intentions. Son quatrième film sera un hommage à l’imaginaire du Spielberg des années 70-80, plus généralement à la SF de l’époque, et même, précise le réalisateur, "aux films de course-poursuite avec le gouvernement comme Starman, Rencontres du troisième type etE.T.

Caroline Veunac
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Zoolander 2 par François Léger

(...)  Le scénario contient quelques surprises qu’on n’éventera pas ici mais sachez que le plus drôle de ce retour raté est résumé dans la bande-annonce. L’explication est simple : là où Zoolander se moquait avec malice d’un univers de la mode décérébré et hautain, sa suite instaure une connivence un peu malsaine avec le milieu. Chacun fait mine de rire de soi mais tout ça renifle la caricature de petit bourgeois qui ne ne veut surtout blesser personne.

François Léger
2
Deadpool par Sylvestre Picard

(...) Deadpool n’est pas le film de super-héros punk qu'on était un peu en droit d'attendre. Malgré ses outrances de façade, le film se fond dans un moule classique et attendu : un type accepte de subir une expérience qui lui donne des super-pouvoirs, puis un méchant capture sa copine. Devinez comment ça finit ? Alors d'accord, il y a des trucs sales qu'on ne spoilera pas, du sexe, des drogues et de violence explicite (le money shot où Deadpool décapite un mec et shoote dans sa tête pour en assommer un autre est vraiment cool).

Sylvestre Picard
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Les Tuche 2 par Yerim Sar

Passons rapidement sur l'histoire : le script tient sur un ticket de métro usagé et le long-métrage ne s'en cache pas puisqu'il condense le premier opus dans une intro de 5 minutes façon résumé des épisodes précédents. (...) Si ça ne fait pas franchement rêver, on ne passe pas un mauvais moment devant Les Tuche 2. Car la comédie d’Olivier Baroux n’est pas vraiment un film, plutôt un enchaînement de sketches qui rappellent plusieurs périodes de la chaîne Comédie.

Yérim Sar
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Tempête par Damien Leblanc

Renouant avec la méthode semi-documentaire de L’Apprenti (prix Louis Delluc 2008 du premier film), Samuel Collardey dirige un trio de comédiens non professionnels qui rejouent sous une forme scénarisée des évènements vécus par eux quelques années plus tôt.

Damien Leblanc
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Le Silence et la douleur par Mathias Averty

Le documentaire relate l’enquête sur le massacre de Tulle en 1944 perpétré par la deuxième division SS Das Reich. Un drame oublié par l’histoire que les survivants et les habitants de la ville évoquent à tour de rôle devant la caméra. Si leurs témoignages sont touchants et nécessaires, l’absence d’angle et de mise en scène rend l’ensemble laborieux et répétitif. 

Mathias Averty
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Dans ma tête un rond point par Mathias Averty

Dans le plus grand abattoir d’Alger, bourreaux et animaux errent entre les carcasses et les espoirs brisés qui jonchent le sol. La métaphore filmée par Hassen Ferhani est puissante, dommage qu’elle ne soit pas filée jusqu’au bout. Les plans sont soignés mais leur monotonie, un brin forcée, plombe cette critique de l’immobilisme politique algérien. 

Mathias Averty