1. Première
    par Christophe Narbonne

    Déjà héros d’un film de Peter Medak en 1990, les frères Kray reviennent sous les traits de l’immense Tom Hardy, qui incarne les fameux truands à lui tout seul – la magie du numérique. Sa performance, mise en valeur par d’excellents seconds rôles, si elle constitue une force par son ampleur et sa subtilité, est aussi la petite faiblesse de Legend : pour des raisons évidentes de mise en scène, ce dispositif impose au revenant Brian Helgeland (son dernier film, 42, est sorti directement en vidéo) un découpage frontal, peu conforme aux ambitions affichées. Mais cela reste un détail, si l’on considère le film pour ce qu’il est, à savoir une version "gangsta-pop" de FauxSemblants, portée par le thème de la gémellité diabolique et aliénante. 

  2. Première
    par Gérard Delorme

    Dans la course aux Oscars, The Danish Girl brigue tellement de catégories qu’il mériterait d’être éliminé pour concurrence déloyale, mais ses propres excès devraient suffire à le disqualifier. Le sujet : l’histoire vraie d’un couple de peintres qui se défait lorsque le mari affirme sa transidentité et décide de subir la première opération de changement de sexe. Le traitement : attention à rester dans les clous du bon goût sans choquer personne, décors chics et costumes d’époque, musique papier peint d’Alexandre Desplat. L’interprétation : Eddie Redmayne minaude et sourit avec une mièvrerie qui finit par exaspérer. Il ne reste à Alicia Vikander qu’à se consoler avec Matthias Schoenaerts, toujours bon. 

  3. Première
    par Bernard Achour

    Il faut savoir où on met les pieds : en enfer. En l’occurrence celui d’une petite entreprise familiale mexicaine qui use du charme de ses mâles alpha pour séduire de jeunes femmes, avant de les séquestrer dans un bordel plus sécurisé que Fort Knox. Problème : l’adolescent choisi pour "rabattre" la prochaine victime en tombe réellement amoureux. D’exposé glaçant, le film se mue soudain en tragédie, sans jamais renoncer à ses exceptionnels partis pris de mise en scène, où plane l’ombre génialement suggestive, toxique et cauchemardesque du Michael Haneke période Funny Games. Une approche qu’on peut juger sadique, mais dont la maîtrise, l’impact et l’inventivité atteignent ici des sommets.

  4. Première
    par Gael Golhen

    Comme dans son précédent film, le beau À perdre la raison, Joachim Lafosse s’empare d’un fait divers pour déconstruire les évidences de la folie ; Les Chevaliers blancs s’ouvre sur une nouvelle procession de boîtes. Au début d’À perdre..., les cercueils des enfants roulaient vers les entrailles d’un avion-cargo, ici, les malles de l’ONG sont débarquées sur un nouveau continent. Le parallèle est soufflant et dit bien que les deux films, malgré leurs différences et leur parcours inversé, explorent des idées similaires. Si un Hermès (dieu des médecins et des voleurs) a remplacé la Médée belge, il est une fois de plus question de filiation, de parenté, mais ratée ou sacrifiée... Au fond, ce que cherche à mettre en crise Lafosse, c’est cette société qui ne peut plus être unie que dans la contemplation de ses monstres, tueurs ou marchands d’enfants. Mais il le fait sans jamais tomber dans le sadomasochisme moral ou la sanction. Ici, personne n’est jugé. Tout se passe à la lumière, celle de l’Afrique qui brûle, révèle et rend fou. La mise en scène limpide, sans jeu d’ombre ni suspense, Lindon (époustouflant dans le rôle de ce sauveur qui se transforme en voleur, épris de bonté et surtout de lui-même), le script à l’écriture blanche et sèche... Tout obsède, fascine. Et on regarde ce qui se trame là comme les personnages, persuadés que les monstres n’ont finalement rien d’inhumain. 

  5. Première
    par Christophe Narbonne

    La réalisatrice a filmé pendant un an un instituteur qui a passé toute sa carrière dans la même école primaire de province et qui s’apprête à partir à la retraite. Le nouvel Être et Avoir ? À quelques nuances près, oui. Les nuances ? Une absence de réel point de vue et un didactisme souligné à la craie grasse modèrent cet éloge vibrant, et sans aucun doute sincère, de la laïcité. 

  6. Première
    par Bernard Achour

    Venu de Bollywood, le réalisateur ose des ambiances baroques et des compositions plastiques bienvenues dans le ronron du thriller yankee. Mais son drame fraternel sur fond de gangstérisme pâtit de sentimentalisme et de temps morts. 

  7. Première
    par Eric Vernay

    Pour sauver son couple, un flic dont le bébé vient de mourir cherche à le "remplacer" en kidnappant celui d’un couple de junkies. Il y avait sans doute un puissant thriller domestique à extraire de ce scénario en forme de conte moral. Las, Susanne Bier empêtre ses personnages hystériques dans un drame aux effets de manche appuyés (lapsus du héros, twist insistant), noyé dans une musique sursignifiante et une grisaille chic.

  8. Première
    par Eric Vernay

    Moins bouleversant que Les Enfants loups – Ame & Yuki, mais plus baroque, burlesque et généreux (presque trop, avec ses deux heures et sa fin à tiroirs), ce nouveau récit initiatique galope encore entre humanité et animalité. Mamoru Hosoda y télescope des mythes occidentaux comme La Belle et la Bête ou Moby Dick avec l’imaginaire asiatique (contes chinois et japonais, Les Sept Samouraïs, Akira, Dragon Ball). Sans manichéisme, ce maelström animé et hybride zappe d’un monde à l’autre en un éclair : il se tient en équilibre entre enseignement traditionnel (discipline, respect des anciens) et valeurs plus progressistes sur la réversibilité de la logique mentor-disciple et l’importance relative des liens du sang dans l’éducation. Libre et foisonnant.

  9. Première
    par Isabelle Danel

    À des lieues de la révolution de la place Tahrir, la réalisatrice, qui a des racines égyptiennes, pose sa caméra dans la vallée de Louxor. Elle y interroge un paysan, Farraj, sa femme et ses enfants. Le temps s’écoule lentement, le film aussi. Il a le mérite de consigner une réalité que peu de documentaires s’attachent à restituer : les travaux et les jours, l’espoir en une démocratie, l’attente, la désillusion.

  10. Première
    par Christophe Narbonne

    Comédie d’anticipation, ce premier film est une mise en situation absurde : comment sortir le pays de la crise constitutionnelle dans laquelle il est plongé, alors qu’il est dirigé par un président bouffon affublé du sobriquet de Bird ? En formant un cabinet de réflexion qui réunit des éléments représentatifs de la société. Au-delà de la parabole grinçante et caricaturale plutôt amusante, Gaz de France se présente comme un film-concept difficile d’accès : il théorise un peu trop sur le pouvoir défaillant de la parole (dialogues plats) et sur celui factice de l’image (décors en numérique). Ce ton iconoclaste, accentué par la présence de Philippe Katerine et par la musique de Bertrand Burgalat, détonne cependant dans le paysage français. 

  11. Première
    par Bernard Achour

    Alchimie manifeste entre les comédiens, ping-pong effréné de dialogues aux allures (trompeuses) d’improvisation, sympathique mise en avant du singulier Grégoire Ludig... Dynamisée par un montage au rasoir, l’opération séduction fonctionne plutôt correctement. Reste que le trio formé par un jeune homme (Pierrick), l’ex de son frère décédé et la sœur lesbienne de cette dernière semble beaucoup s’amuser tout seul, au point de flirter avec l’absence de véritable scénario. Par chance, ce sentiment tenace de complaisance et de gratuité se voit contredit pile au bon moment : une fracture advient et ses enjeux unifient jusqu’à l’émotion cet apparent vagabondage sans finalité.

  12. Première
    par Christophe Narbonne

    Le voilà donc le film qui a "électrisé le festival de Toronto", pour reprendre certains titres de presse. Le verbe "allumé" aurait été plus approprié. Car Bang Gang..., portrait de l’adolescence vu à travers le prisme d’un érotisme débridé (par dépit amoureux, une jeune fille invente des jeux sexuels collectifs sur fond de coke et d’alcool), ne tient pas les promesses de son pitch provocateur. La faute à un dernier acte narratif moralisateur qui fait s’écrouler le film sur lui-même, comme si la réalisatrice, consciente d’inciter à la débauche (et alors ?), se devait de remettre de l’ordre dans le chaos qu’elle avait instauré de fort belle manière. Dommage. 

  13. Première
    par Mathias Averty

    Très instructif, ce documentaire qui dénonce l’utilisation frauduleuse de nos données par les grandes firmes et les gouvernements fait froid dans le dos. Mais aucune ambition cinématographique ne vient donner corps à cette alternance d’archives et d’interviews très scolaires, ce qui risque de lasser les internautes même les plus paranos. 

  14. Première
    par Isabelle Danel

    De silence en non-dits, de colères inexpliquées en disputes nourries, le quotidien d’un couple avec enfants, au Québec. Petit à petit, notre point de vue, d’abord focalisé sur l’épouse, change. Parfois un peu trop conscient de ses effets (voire de leur absence), le film est une observation juste et cruelle du "tout le monde à ses raisons" de Renoir

  15. Première
    par Bernard Achour

    Il y a pas mal de simplisme dans l’histoire vraie de ce danseur iranien confronté à une censure d’État violemment opposée à la pratique de son art. Mais aussi un élan humaniste, pédagogique et surtout visuel, qui culmine lors de superbes pics d’inspiration, au premier rang desquels la fresque chorégraphiée d’où le film tire son titre. 

  16. Première
    par Mathias Averty

    Au fil d’une déambulation poétique dans Dakar, ce portrait doux-amer du Sénégal nous invite à la rencontre de ses habitants : des vivants, qui se battent pour tenir jusqu’au lendemain, mais aussi des morts, évoqués au gré de rêveries et de souvenirs cinématographiques. Saisissant, mais peut-être trop court pour faire le tour de la question.

  17. Première
    par Frédéric Foubert

    Après la parenthèse While We’re Young (2015), Noah Baumbach retrouve Greta Gerwig, sa muse et la coscénariste de Frances Ha. L’idée, ici, est d’orchestrer une fable mélancolique sur la fin des rêves de jeunesse, doublée d’une comédie zinzin à la David O. Russell – scènes d’hystérie collective, trouées musicales euphorisantes. Moins "accrocheur" que Frances Ha, Mistress America a pour lui de mettre en sourdine les obsessions Nouvelle Vague un peu ringardes de son auteur et de tenter vaillamment l’exercice, toujours casse-gueule, de la screwball comedy modernisée. Ça va vite, très vite, Lola Kirke est une révélation et Greta Gerwig est plus spectaculaire et irritante que jamais. C’est un compliment.

  18. Première
    par Hendy Bicaise

    Totonel, dit Toto, a 10 ans et vit avec ses deux sœurs à Bucarest. Leur père est parti, leur mère en prison. La gravité du sujet laissait présager une approche distante et rêche, or le film s’avère vibrant et inattendu. Au fil des scènes, le documentaire social se met à flirter avec le cinéma de genre, lorgnant vers le thriller quand la caméra est embarquée sur des policiers armés jusqu’aux dents ou vers le film d’angoisse, avec la scène glaçante où l’aînée se retrouve enfermée dans l’appartement qu’elle visite. Toto et ses sœurs est aussi le petit frère de Spartacus & Cassandra, autre documentaire sur des enfants roms livrés à euxmêmes. Dans les deux cas, l’émancipation semble prématurée et précaire, mais l’espoir sans limite. 

  19. Première
    par Isabelle Danel

    À la recherche de sa génitrice, Élisa s’installe avec son petit garçon à Dunkerque, où elle est née sous X. Kinésithérapeute, elle a pour patiente Annette, sa mère, sans le savoir. Sous ce beau titre, emprunté à L’Amour fou, de Breton, dont un extrait clôt le film, se cache un sujet fort sur la maternité et l’adoption, les liens visibles et invisibles. Mais, de l’écriture appuyée et cousue de fil blanc à la mise en scène empesée, malgré de beaux moments d’intimité des corps où seul le spectateur sait ce qui se noue (et se dénoue), quelque chose freine et résiste. C’est d’autant plus dommage que la réalisatrice met face à face Céline Sallette et Anne Benoît, aussi inventives que bouleversantes. I

  20. Première
    par Isabelle Danel

    À Pékin, les gratte-ciel ultramodernes poussent comme des champignons. Le jeune Yong Le, qui récupère de vieux meubles, et Xiao Yun, danseuse dans un nightclub, habitent dans des caves où ils peuvent à peine se tenir debout ; de leur côté, le vieux Jin et son épouse refusent de quitter leur maison, qui va être démolie comme tout leur quartier. Entre haut et bas (exprimant les clivages sociaux), entre ciel et enfer (des conditions de vie), la caméra tâtonne et louvoie dans les couloirs souterrains de la ville. Ce premier long d’un assistant et scénariste de Tsai Ming-liang dit avec grâce et sans pathos comment cette mégapole s’étend en réduisant les plus pauvres à la condition de fourmis.

  21. Première
    par Bernard Achour

    Le fantôme de Patron incognito, l’émission de téléréalité de M6, plane lourdement sur la mise en place de l’intrigue. Va-t-on assister à un vaudeville socio-démago aux allures de prime time ripoliné pour tout public ? Surprise ! Un habile coup de force scénaristique balaie vite le doute. Commence alors une histoire d’amour tranquillement transgressive, manifeste sentimental à la teneur palpitante, auquel se superpose un regard tout ce qu’il y a de sympathique et de chaleureux sur le monde ouvrier en période de crise économique et de délocalisations crève-cœur. Sans égaler le formidable Discount, sorti en tout début d’année, voici un nouvel exemple de premier film français capable d’observer son époque et de faire du cinéma tout en adaptant à son profit les codes d’un divertissement qu’on aurait tort de croire joué d’avance. 

  22. Première
    par Bernard Achour

    Il y croit dur comme fer, Reda Kateb, à son personnage de brave chauffeur de taxi qui est accusé d’avoir kidnappé une fillette et se retrouve pris dans un engrenage judiciaire aussi absurde qu’épouvantable. Et la première demi-heure, accrocheuse, tendue, laisse même augurer d’un suspense plutôt efficace. C’est alors qu’un humour inapproprié se met à parasiter l’intrigue et que les enjeux du récit se diluent soudain au rythme de twists à la désinvolture dramatique déconcertante. Au point que tout le monde, sauf le grand Reda, toujours royal de professionnalisme, semble peu à peu démissionner du film. Il ne reste plus qu’à sortir les rames pour parvenir à aller jusqu’au bout. 

  23. Première
    par Gérard Delorme

    Étrangement, le cinéma ne s’était jamais penché sur le parcours pourtant exceptionnel de Janis Joplin, une des premières à lancer le funeste Club des 27, ces artistes influents morts trop jeunes. Le documentaire que lui a consacré Amy Berg comble cette lacune de façon plus que satisfaisante. La légitimité du projet a convaincu une partie de ses proches qui ont confié leurs témoignages à la réalisatrice. Les ayants droit de Joplin lui ont, eux, transmis une quantité de documents inédits et des lettres que récite Chan Marshall (alias Cat Power) en voix off. Le tout évoque le trajet de la star, en mettant l’accent sur ses prodigieuses capacités à chanter le blues et ses rapports difficiles avec la célébrité. Son physique banal et son caractère indépendant lui avaient valu l’hostilité de ses camarades de lycée. Plus tard, le succès produisait sur elle un effet contradictoire, l’excitation des concerts et l’adulation du public cédant la place à la solitude et à la dépression, qu’elle tentait de soigner en prenant de l’héroïne. Il y a presque une contradiction entre l’agencement méthodique des images documentaires et le sujet, qui relève de l’émotion pure, mais il est impossible de rester insensible à la puissance des performances publiques de la chanteuse, ni à la tragédie qui fut la sienne. 

  24. Première
    par Eric Vernay

    Venue du documentaire, la Taïwanaise Show-Chun Lee s’essaie à la fiction à travers un film choral sur les galères des sans-papiers chinois de Belleville, à Paris : prostitution, travail clandestin, mariage arrangé... Tiraillé entre son goût du détail naturaliste (bilinguisme, lieux réels) et ses élans poétiques (danse de rue au ralenti, autobiographie scandée en slam), voire oniriques (un homme obsédé par le fantôme de sa femme disparue), le film, maladroit et dépareillé, ne trouve pas son alchimie dans ce métissage.

  25. Première
    par Hendy Bicaise

    En 2001, pendant la guerre civile népalaise, un cessez-le-feu permet à deux garçons de lancer leur activité : ils vont élever une poule et vendre ses œufs aux villageois. La disparition de l’animal puis la reprise des combats vont briser cette parenthèse enchantée. Kalo Pothi peine à faire cohabiter petite et grande histoire, l’intrigue anecdotique et le contexte historique. Du moins jusqu’au remarquable dernier mouvement du film, un retour brutal à la réalité qui déstabilise ses frêles héros comme le spectateur.

  26. Première
    par Damien Leblanc

    Le grand Carlos Saura, réalisateur de chefs d’œuvre comme Cría Cuervos (1976), confirme son goût pour les arts musicaux, en filmant ici une succession de chants et de danses qui incarnent selon lui l’évolution et la richesse de l’âme argentine. Mais en enfermant les performances de ces artistes renommés dans un même espace scénique qui exclut toute séquence extérieure et tout fil narratif, le cinéaste rend étrangement statique ce voyage à travers les racines folkloriques du pays. Reste alors le plaisir des oreilles, plutôt que celui des yeux. 

  27. Première
    par Damien Leblanc

    Inspiré par les méfaits de l’escroc Gilbert Chikli, ce portrait d’un manipulateur accro à l’adrénaline pourrait évoquer une version française du Loup de Wall Street. Mais c’est surtout la comédie italienne d’antan, et son irrésistible mélange de comédie et de drame, que Pascal Elbé a en tête. La description méticuleuse des arnaques s’accompagne en effet d’un versant intime et décontracté, où le jouisseur irresponsable (excellent Vincent Elbaz), incapable de répondre à l’affection que lui porte sa famille, s’avère particulièrement pathétique. Désamorçant volontairement le suspense, ce polar, qui se passe entre TelAviv et Paris, tente donc de rester à distance respectable de son encombrant héros, ce qui en fait à la fois le charme et la limite.

  28. Première
    par Christophe Narbonne

    Qui d’autre que Peter Mullan pouvait doter d’une telle humanité cet Hector, SDF rongé par la culpabilité sur lequel le destin semble s’acharner ? L’acteur écossais est même la raison d’être du premier film de Jake Gavin, qui n’est par ailleurs pas exempt de maladresses : au passage, il laisse sur le bord de la route deux personnages secondaires auxquels on commençait à s’attacher ou insiste lourdement sur la petitesse d’un troisième. Heureusement, il y a Mullan. Avec ses gestes embarrassés, son corps las et cette forme de candeur teintée de violence rentrée qui n’appartient qu’à lui, il illumine ou embrase l’écran. On l’aura compris, Hector est donc d’abord et avant tout un film sur lui.

  29. Première
    par Eric Vernay

    Un revenge-movie entre prostituées afroaméricaines transgenres, tourné à l’iPhone dans un quartier chaud de L.A. Un bon pitch à festival ? Même si Tangerine a séduit la Mecque indé Sundance, détrompez-vous : le film de Sean Baker vaut mieux que son côté racoleur. Le fait qu’il soit shooté au Smartphone n’a rien du gimmick inutile : l’objet discret et léger permet de saisir le pouls de la rue sans grain docu disgracieux, l’image saturée de couleurs jaune orangé explosant en format Scope. On est en plein western urbain. Avec des perruques et des hauts talons en guise de Stetson et de canassons. D’où une caméra toujours à hauteur d’épaule, au bord du déséquilibre mais obstinée, sillonnant en rapides plans-séquences les trottoirs de la Cité des Anges sur un rythme effréné. On se fait vite happer par le charme punk de cette cousine queer et tchatcheuse de Hyper tension. Au cœur d’un casting semi-amateur, les deux actrices principales crèvent l’écran. Pétulantes et drôles, elles électrisent les dialogues bardés de punchlines tarantinesques de ce conte de Noël sous crystal meth, tout en injectant une émotion inattendue au finale, quand le drama survolté redescend en "bromance" trans. De la bombe. 

  30. Première
    par Hendy Bicaise

    Les conséquences d’un meurtre servent de point de départ à cette chronique chorale dont la résolution va unir les protagonistes. L’atmosphère est là, l’habileté narrative aussi. Reste que, à l’arrivée, la somme des qualités ne crée pas d’écho particulier.