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Mauvaise graine par Eric Vernay

Dans les années 1990, près de Rome, deux amis qui carburent aux petits deals et aux rails de coke tentent de s’extirper de cette voie rapide sans issue. Le film tient la route un moment, porté par l’énergie de son solide duo d’acteurs aux regards hallucinés. La mécanique du récit se grippe hélas ensuite, engluée dans une série de poncifs lourds de pathos sur l’inévitable descente aux enfers des junkies et le difficile retour à la vie active pour ceux qui ont connu l’argent facile. Une foutue descente

Eric Vernay
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Criminel par Hendy Bicaise

Mêlant récit d’apprentissage et chronique rurale, alternant plans serrés sur des visages contrits et d’autres plus larges sur la taïga, Criminel a tout de la coqueluche des festivals de cinéma indé- pendant, y compris l’académisme. Mais quand son héros bourru, évoluant dans le milieu hostile et isolé de la taïga, s’entiche d’un bébé et s’éveille à la vie, l’émotion affleure et la lassitude se tarit. La glace se craquelle définitivement sous l’effet d’échanges émouvants entre l’intense Aleksei Guskov et Nadezhda Markina, inoubliable Elena du film éponyme d’Andrey Zvyagintsev

Hendy Bicaise
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Marseille par Bernard Achour

La délinquance à Marseille ? De braves gars pas bien méchants qui taguent sur les pare-brise des voitures. Les nuisances quotidiennes ? La voisine du dessus qui garde ses chaussures à talons pour marcher. Le grand banditisme ? Un fada qui passe devant tout le monde aux urgences avec une balle dans la cuisse. En clair : il y a davantage de réalisme dans un épisode de Plus belle la vie que dans tout le film.

Bernard Achour
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Black par Christophe Narbonne

Pour leur premier long métrage, Adil El Arbi et Bilall Fallah mixent La Haine avec Roméo et Juliette – plutôt la version gangsta de Baz Luhrmann. En résulte un film purement sensoriel qui fait ressentir par l’image et le son la tragédie de Mavela et Marwan, deux amoureux issus de gangs ennemis. À cette love story impossible se juxtapose une radiographie des "quartiers" bruxellois, dont la radicalité, fruit d’un funeste déterminisme social, a quelque chose d’universel.

Christophe Narbonne
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The Lady in the Van par Isabelle Danel

C’est l’histoire vraie de l’amitié entre l’auteur de théâtre anglais Alan Bennett et une vieille SDF qui vit dans une camionnette garée dans l’allée de sa maison. Il l’a racontée dans un roman, dont il a tiré une pièce puis ce scénario. La grande Maggie Smith, qui créa le rôle à la scène, le reprend devant la caméra de Nicholas Hytner avec une gourmandise et une rouerie communicatives.

Isabelle Danel
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Triple 9 par Gérard Delorme

Le principe est si simple qu’il paraît incroyable que personne n’y ait pensé plus tôt: pour faire diversion, une bande de criminels provoque le dé- clenchement du code 999, qui mobilise l’ensemble des forces de police lorsque l’un des leurs est tué en service. L’affaire est compliquée par le fait que les malfrats sont des flics corrompus et d’anciens militaires aux prises avec leur propre code moral. Privilégiant une approche viscérale, John Hillcoat contourne les difficultés du film choral à coups d’ellipses potentiellement déroutantes.

Gérard Delorme
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Jodorowsky's Dune par Eric Vernay

"Génial, c’est nul!", s’écria Jodorowsky devant le Dune de David Lynch en 1984. Soulagé, car l’ambition de sa propre version, avortée en 1977, n’avait pas été égalée : devaient en effet s’y croiser Orson Welles, Mick Jagger et Salvador Dalí, sur un story-board de Moebius et une BO de Pink Floyd. Un rêve démesuré selon les majors hollywoodiennes de l’époque, séduites par ce trip SF sous LSD mais peu rassurées par son réalisateur illuminé.

Eric Vernay
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Les Ogres par Christophe Narbonne

À film monstrueux, durée monstre : 2h24! Ne pas les craindre ces longues minutes passées avec des acteurs surinvestis, qui d’Adèle Haenel à François Fehner (le père de la réalisatrice dans son propre rôle mis en fiction), passent par toutes les émotions imaginables. Ça rit, ça pleure, ça gueule avec ce trop-plein de réalisme qui caractérise les « théâtreux » – ici, doublés de nomades – soumis à la précarité, aux incertitudes du lendemain et aux blessures jamais refermées en raison de l’état d’urgence permanent qui caractérise leur style de vie.

Christophe Narbonne
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No land's song par Isabelle Danel

Depuis la Révolution de 1979 en Iran, les chanteuses ne peuvent plus se produire en solo face à un public masculin. Sara Najafi, devant la caméra, et son frère Ayat, derrière, relatent le parcours ahurissant que nécessite l’organisation d’un concert pour solistes femmes de nos jours à Téhéran. Sara convie les Françaises Jeanne Cherhal et Élise Caron, et la Tunisienne Emel Mathlouthi à se joindre aux grandes Parvin Namazi et Sayeh Sodeyfi. L’enjeu devient international. L’absurde interdiction donne à ce long métrage malin et courageux des accents de thriller politique tragicomique.

Isabelle Danel
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Au nom de ma fille par Isabelle Danel

C’est l’histoire vraie d’une terrible saga judiciaire. En 1982, à la mort de sa fille de 14 ans, Kalinka, André Bamberski découvre des incohé- rences dans le rapport d’autopsie. Son enquête le mène au beau-père de Kalinka, cardiologue renommé et mis hors de cause ; il lui faudra des années pour obtenir le jugement puis la condamnation effective du meurtrier. Vincent Garenq (Présumé coupable,L’Enquête) poursuit sa mise en images des rouages de la justice et de ce qui les grippe.

Isabelle Danel
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A Perfect Day par Sylvestre Picard

Pendant la guerre en ex-Yougoslavie, des membres d’une ONG essaient de sortir un cadavre d’un puits et c’est le début des emmerdes. Le sujet aurait pu être plombant, cependant le réalisateur choisit de le traiter comme une grosse comédie chorale et absurde. Cela fonctionne plutôt pas mal, comme un No Man’s Land des années 2010. A Perfect Day doit beaucoup à Benicio Del Toro en humanitaire goguenard et désabusé mais tellement cool, finalement pas si éloigné de son emploi de coupeur de gorges mexicain, version vieux altruiste.

Sylvestre Picard
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Evolution par Frédéric Foubert

Après les petites filles, les petits garçons. Après les pensionnaires en jupes plissées et socquettes blanches d’Innocence (2005), voici les cobayes mâles d’Évolution, triturés et "pré- parés" par leurs mamans afin qu’ils puissent donner la vie. La filmo de Lucile Hadzihalilovic se résume à deux titres mais elle est d’une cohérence impérieuse et d’une puissance mythologique rare. Envisageant l’enfance comme un continent aux lois obscures, chaque film reformule la même question : c’est comment la vie quand on est grand?

Frédéric Foubert
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Solange et les vivants par Bernard Achour

Parfois rigolotes quand on les lit sur Internet, les pastilles « Solange te parle » le sont beaucoup moins au cinéma. Statiques, maladroits, surécrits, les atermoiements phobiques de cette jeune névrosée2.0 échouent à prendre le pouls de l’ultramoderne solitude.

Bernard Achour
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Pseudonym par Christophe narbonne

Il y a une envie louable de dénoncer une mafia silencieuse (celle du Net et de ses psychopathes masqués) dans ce portrait d’un homme piégé, hélas trop sommaire et exagérément crapoteux. Une longue bande-annonce contre la violence virtuelle. 

Christophe Narbonne
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Leave to remain par Christophe Narbonne

Le combat d’immigrés pour obtenir le statut de réfugiés au Royaume-Uni. Centré sur trois jeunes et leur tuteur, ce Samba british se disperse un peu mais montre que, de l’autre côté de la Manche, les problématiques sont les mêmes que chez nous. 

Christophe Narbonne
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La Gueule du loup par Mathias Averty

En immersion chez les bergers, Jérôme Ségur nous invite à comprendre pourquoi le problème du loup est autant une lutte idéologique qu’écologique. Un documentaire passionnant qui tiendrait presque du western tant ses protagonistes ont les crocs.

Mathias Averty
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Le Divan du monde par Julia Beyer-Agostini

Ce documentaire atypique nous propose de suivre, durant plusieurs séances, une dizaine de patients dans le cabinet d’un psychiatre. Loin d’être inintéressante sur le fond, l’expé- rience s’avère quelque peu répétitive à cause de son absence de mise en scène.

Julia Beyer-Agostini
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Louis-Ferdinand Céline par Christophe Narbonne

L’histoire – vraie - est incroyable : en exil au Danemark pour échapper à l’épuration, Céline reçoit la visite d’un fan enthousiaste, un intellectuel juif. Leur rencontre, fondée sur le principe de l’arroseur arrosé, produit quelques scènes d’une méchanceté rendue roborative par le jeu outrancier de Denis Lavant qui, clopin-clopant, transmet physiquement l’horrible moralité du bonhomme.

Christophe Narbonne
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Alias Maria par Bernard Achour

Dans la jungle colombienne, une enfantsoldat de 13 ans, enceinte, se voit confier la garde d’un nourrisson, celui du chef du camp. D’une force impressionnante et d’une tonalité inédite dans son approche de la guerre (oui, on couche entre militaires, oui, les combattantes de tout âge donnent la vie avant de la prendre à leurs ennemis ou de la perdre elles-mêmes, oui, les chefs de peloton sont aussi des pères), cette apnée virtuose au cœur d’un enfer où les cris des nouveaunés se mêlent au fracas des embuscades démarre fort.

Bernard Achour
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DieuMerci ! par Isabelle Danel

Dieumerci sort de prison et veut devenir acteur. Son professeur lui assigne un camarade de répétitions, sans logis ni vergogne, Clément… Centré sur un personnage dévasté par un drame et qui tente de se reconstruire, le film vise la comédie initiatique, en jouant sur les ressorts de ce duo mal assorti. Le tout donne un résultat hybride, parfois drôle, parfois émouvant, mais manquant de colonne vertébrale.

Isabelle Danel
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Des nouvelles de la planète Mars par Christophe Narbonne

On aime bien avoir des nouvelles de Dominik Moll. Le réalisateur ne nous en avait pas donné depuis Le Moine, tentative mal récompensée de film fantastique à l’ancienne. Retour à ses obsessions avec Des nouvelles de la planète Mars qui, sous couvert de chronique intimiste lambda, laisse affleurer une angoisse diffuse et une forme subtile de fantastique domestique. Beaucoup moins dérangeant que Harry, un ami qui vous veut du bien et que Lemming, le nouveau Moll assume sa part de légè- reté bienvenue, sans renoncer au vertige existentiel.

Christophe Narbonne
4 Brooklyn par Sylvestre Picard

Eilis, une jeune irlandaise, débarque à New York. Nous sommes en 1952. Elle se retrouve tiraillée à la fois entre deux prétendants et deux pays, le sien et les États-Unis. Les couleurs pastel, la narration douce, la réalisation proprette de John Crowley et la photographie d’Yves Bélanger (chef opérateur des mélos aveuglants de Jean-Marc Vallée) donnent à Brooklyn l’apparence d’un reportage rétro et mignon, tiré tout droit d’un numéro du magazine Life sur l’immigration irlandaise des années 50.

Sylvestre Picard
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C'est l'amour par Bernard Achour

Trente-sept ans après son chef-d’œuvre Corps à cœur, somptueux mélodrame sur la passion charnelle entre un jeune homme et une femme beaucoup plus âgée, l’attachant franc-tireur Paul Vecchiali continue de creuser le sillon des sexualités "alternatives". En l’occurrence, le stratagème érotique élaboré par une épouse qui se croit trompée pour séduire un acteur gay en perte de vitesse.

Bernard Achour
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Suite armoricaine par Damien Leblanc

Rares sont les films français capables de faire surgir avec inspiration des univers peuplés de fantômes et de souvenirs enfouis. Tel est pourtant le miracle qui advient au cœur d’un décor labyrinthique (le campus de Villejean à Rennes), où une enseignante en histoire de l’art redécouvre les lieux de sa jeunesse tandis qu’un étudiant lunaire cherche, lui, à fuir ses origines. La réalisatrice use d’une superposition de temporalités où se déploient plusieurs points de vue et offre un sublime écrin formel à ses personnages.

Damien Leblanc
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Pursuit of Loneliness par Isabelle Danel

Après De l’autre côté de la porte, fiction inspirée de la réalité (sortie chez nous en 2015), Laurence Thrush signe un documentaire mâtiné de fiction. Une vieille femme solitaire nommée Cynthia meurt dans un hôpital de Los Angeles, et seuls les préposés présents (infirmières et travailleurs sociaux, dans leur propre rôle) en font cas : suivant la procédure, ils cherchent ses parents, ses voisins et retracent la vie de la défunte.

Isabelle Danel
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Lettres au père Jacob par Isabelle Danel

Condamnée à perpétuité pour meurtre, Leila est libérée après douze ans de prison et envoyée chez un prêtre aveugle pour l’aider à répondre aux lettres des fidèles demandant conseil. Même si les personnages quittent parfois la maison pour son jardin, le film fonctionne comme un huis clos. La mise en scène, remarquable, cerne chacun dans ses certitudes et questions, enfermé qu’il est dans sa tête et son "rôle". L’écriture est parfois paresseuse et le ressort dramatique trop voyant (soudain, les lettres se tarissent).

Isabelle Danel
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The Assassin par Gérard Delorme

S’inspirant des romans d’arts martiaux de la dynastie Tang (les mêmes qui ont inspiré les somptueux wu xia pian de King Hu), Hou Hsiao-hsien a pris son temps (une dizaine d’années de préparation) pour en donner son interprétation très personnelle. Le résultat est splendide, mais potentiellement déroutant : il se voit moins comme un récit conventionnel rempli d’action que comme un opéra qui se comprendrait mieux accompagné d’un livret.

Gérard Delorme
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Little Go Girls par Bernard Achour

C’est un étonnant projet à double vocation auquel s’est attelée la cinéaste (BronxBarbès) et documentariste (Si bleu, si calme) Éliane de Latour. Artistique d’abord : arpenter les bidonvilles d’Abidjan pour photographier le quotidien insoutenable des prostituées. Humanitaire ensuite : consacrer l’argent tiré de ces clichés à l’amélioration de leurs conditions de vie. À l’aide de splendides images tournées en numérique, le film parvient à décrire le processus d’apprivoisement préalable à la reconnaissance de la dignité de ces femmes que tous rejettent.

Bernard Achour
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Seul contre tous par Gérard Delorme

Un médecin neurologue se rend compte que la pratique intensive du football professionnel provoque des lésions cérébrales et donne l’alerte. L’enjeu est tel qu’il appelle une réaction dont l’ampleur sera disproportionnée. Ancien journaliste, attiré par les révélations (Parkland, Secret d’État), Peter Landesman s’attaque ici au football américain, une industrie qui fait gagner à la National Football League des millions de dollars. L’histoire n’est pas si différente de celle du tabac dont les effets nocifs sur la santé ont été prouvés sans que l’industrie ne désarme pour autant.

Gérard Delorme
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Room par Vanina Arrighi de Casanova

Room se divise en deux parties inégales. La première moitié du film est confinée entre les quatre murs d’une pièce exiguë et met en scène le quotidien d’une mère et son fils. Le point de vue se partage entre les deux personnages et les plus belles idées appartiennent à Jack, garçon de 5 ans né en captivité, qui n’a jamais vu le monde extérieur. Sa manière de nommer la réalité – il personnifie leur prison en l’appelant "Room", sans article – et d’en appréhender le peu qui lui est accessible produit une poésie troublante, émouvante sans verser dans le pathos.

Vanina Arrighi de Casanova