1. Première
    par Chrsitophe Narbonne

    C’était la star par défaut du dernier Festival de Cannes. Assigné à résidence dans son pays (comme son homologue russe, Kirill Serebrennikov, lui aussi en compétition sur la Croisette avec Leto), le cinéaste iranien Jafar Panahi a une nouvelle fois étonné, sinon ébloui, les observateurs non pas tant pour la qualité intrinsèque –et réelle- de Trois visages que pour son existence même : rappelons qu’il est interdit de tournage depuis 2010 et que, depuis cette date, il a réalisé quatre longs métrages dont l’acclamé Taxi Téhéran ! Le mystère et la clandestinité qui entourent la fabrication de ses films participent puissamment de leur pouvoir d’attraction d’autant que le réalisateur proscrit s’y met désormais systématiquement en scène, donnant ainsi de ses nouvelles par écrans interposés. Comme d’habitude, donc, Jafar Panahi joue Jafar Panahi mais il n’est plus la seule star à l’image. A ses côtés, Behnaz Jafari joue aussi son propre rôle, celle d’une actrice populaire. Elle va demander l’aide de son aîné pour démêler le vrai du faux d’une vidéo dans laquelle une jeune femme de la campagne se suicide en direct après lui avoir avoué qu’on l’empêchait de devenir comédienne. Direction le village de la défunte (l’est-elle vraiment ou est-ce un canular pour attirer la star et pourquoi ?) au volant d’un véhicule lambda, le décor de cinéma préféré du réalisateur qui représente à la fois le mouvement et l’enfermement. 

    4x4 
    Trois visages dessine subtilement un nouvel autoportrait de l’artiste, cette fois dans l’Iran profond, agité par les questions relatives à la condition de la femme. Les « trois visages » du titre sont en effet ceux de trois héroïnes, à différents stades de la vie : Marziyeh, l’adolescente empêchée, Behnaz, la citadine autocentrée, Shahrzad, la vieillarde recluse -une ancienne gloire du cinéma d’avant la Révolution, dont on ne verra jamais les traits. Leur malheur, nous dit Panahi en substance, est celui de l’Iran, dont  l’immobilisme en fait un mort en sursis. Et le 4x4 de progresser à travers des sentiers étroits, comme une métaphore exemplaire du chemin qu’il reste à parcourir.

     

  2. Première
    par François Rieux

    Viré d'un club prestigieux, un entraîneur de basket borderline se retrouve à la tête d'une équipe amateur remplie de bras cassés. Pire pour ce coach irascible, celle-ci est composée de joueurs handicapés et il doit les préparer en un temps record pour un championnat. Vous la voyez venir, cette histoire casse-gueule au goût de déjà-vu ? Et bien non, Javier Fesser désamorce tous les clichés attendus dans ce feel good movie très efficace, grâce à son autodérision mordante et un humour cash servis par des dialogues hilarants. Ni tire-larme, ni moralisateur, le film puise sa force émotionnelle dans son casting épatant : d'un côté Javier Gutiérrez, sosie espagnol de Michael Keaton, et de l'autre des acteurs semi-professionels voire totalement amateurs, tous atteints d'un handicap. L'alchimie va souder les deux camps, chacun tirant profit de l'expérience de l'autre, pour abattre la barrière des préjugés et aller dans une seule et même direction. La sincérité de ces acteurs d'un jour, ou plutôt d'un film, leur permet de sublimer leurs difficultés à travers le prisme cathartique de la caméra. En pointant du doigt les discriminations, Champions s'attaque frontalement à un sujet quasi-tabou et trop rarement traité à l'écran : la place de ces personnes mises à la marge d'une société trop normée. Mais au final, qu'est ce que la normalité, si ce n'est une bande de potes aux allures de famille de substitution qui se démène pour arracher la victoire avec des étoiles dans les yeux ?

  3. Première
    par Sophie Benamon

    Mark est malade. Il ne lui reste qu’un an à vivre. Il décide de faire congeler son corps pour avoir un espoir de guérir grâce aux avancées de la science. 60 ans plus tard, il est ranimé. Mateo Gil, scénariste complice d’Alejandro Amenabar (Ouvre les yeux, Mar Adentro, Agora) renoue avec la science-fiction. Si le présupposé (comment échapper à la maladie ?) et les conséquences qu’il induit est passionnant, le récit vire lègèrement au monologue monocorde sur la bioéthique. Le réalisateur en a conscience et rythme sa narration de flashbacks intempestifs, car le 22e siècle a judicieusement  inventé le casque qui projette des images de votre mémoire ! Pour les fans de SF et de Charlotte Le Bon.

  4. Première
    par Thomas Baurez

    La comédienne Hélène Fillières signe ici son deuxième long-métrage de réalisatrice. Et déjà l’affirmation d’une auteure au sens où les deux films semblent se répondre.  Une histoire d’amour d’après un roman de Régis Jauffret lui-même inspiré de l’affaire Edouard Stern, s’interrogeait sur l’abandon physique, le don de soi, la violence passionnelle et pulsionnelle. Si ce Volontaire, parcours d’une jeune femme qui s’engage dans la Marine Nationale et va entretenir avec son supérieur un rapport de séduction, n’est pas le récit d’un déchainement émotionnel et joue sur la retenue, la cinéaste tente de sonder la même tension sourde qu’induit certains jeux où pouvoir, fascination et répulsion s’entremêlent.  C’est en tout cas, ce que l’on devine entre les lignes de ce récit malheureusement bien trop maladroit pour convaincre totalement.

    Manque de mystère
    Volontaire, c’est d’abord un regard d’un bleu presque transparent, celui de l’actrice Diane Rouxel où se lit tout à la fois détermination et innocence. Un regard qui devient et prend corps à mesure que celui-ci pénètre les eaux mystérieuses d’un monde fantasmé et ritualisé (la Marine Nationale) où règne un ordre immuable. Laure, c’est son prénom, devra faire un pas de côté si elle veut s’affirmer et sortir du rang. Face à elle, un mur de chair implacable : Lambert Wilson et son physique adéquat d’éternel Apollon racé. On peut légitimement se demander, à l’instar du personnage de la mère jouée par une Josiane Balasko en surjeu : « Pourquoi, une fille comme toi, rêve de Marine Nationale ? » Ou pas. C’est peut-être là où le bât blesse, dans cette volonté qu’à Hélène Fillières de tout vouloir contextualiser et justifier au risque de détruire tout ce qu’elle avait si bien mis en place. Sans mystère, tout devient trivial. Dommage car lorsque la cinéaste reste dans le vase clos du monde militaire, elle était magnifiquement parvenu à imprimer les prémices d’un trouble.

  5. Première
    par Thierry Chèze

    Quelques mois après le succès de son deuxième long métrage Jalouse (co-réalisé avec son frère Stéphane), revoici des nouvelles de David Foenkinos sur grand écran. Mais cette fois- ci comme auteur d’un de ses romans publiés en 2013, adapté et porté à l’écran par Jean-Pierre Améris. L’histoire d’un quinqua soudain en proie à un mal de dos fulgurant qu’aucun médecin ne parvient à guérir. Et pour cause : l’origine de cette douleur est purement psychologique. Sur le papier, on pouvait attendre beaucoup de la rencontre entre la plume (si joliment portée à l’écran par Jean-Paul Rouve avec Les souvenirs) de l’auteur de La délicatesse et l’œil du réalisateur des Emotifs anonymes. Tant ils semblent liés par une langue commune, une aisance à explorer l’âme humaine avec empathie, finesse et humour. Mais ici, quelque chose cloche. Le récit reste trop sage, ne sort jamais des sentiers battus et rebattus. On s’attend exactement à tout ce qui va arriver à cet homme qui décide de remettre en cause sa vie privée comme professionnelle. Il manque le grain de sable, l’accident, le coup de folie malicieux dont l’un et l’autre sont si souvent coutumiers. Celui-ci ne se produit que le temps d’une seule et unique scène lorsque ce quinqua pousse son ex à lui balancer ses quatre vérités, point de départ d’une dispute façon Guerre des Rose. Une scène, c’est hélas bien peu. Et ce, malgré les efforts d’Eric Elmosnino et Judith El Zein, irréprochables, Je vais mieux se contente d’arriver à bon port sans qu’on se souvienne du voyage.

  6. Première
    par Gérard Delorme

    Le hasard de la programmation voit la sortie le même mois de deux films traitant du conflit israélo-palestinien à l’époque où il commençait à s’exporter dans le monde entier. Mais là où Otages à Entebbe, de José Padilha, reconstitue un événement historique, Opération Beyrouths’appuie sur les faits pour imaginer une fiction complexe, propulsée par un héros qui ne l’est pas moins. Ici, les négociations importent autant sinon plus que l’action, et le scénariste Tony Gilroy s’y entend pour écrire des dialogues denses qui véhiculent une quantité d’informations tout en faisant avancer l’intrigue. Celle-ci paraît alors un peu mécanique dans sa façon de privilégier le personnage central au détriment des autres, dont on peut regretter qu’ils ne soient pas plus développés. Jon Hamm compense en incarnant à la perfection un homme fracturé et paradoxal, pas vraiment à sa place et pourtant maître de la situation. Ce n’est pas un rôle confortable, à l’image du film, où s’affrontent mouvement et tractations, poids du passé et fièvre d’un présent où la frontière entre amis et ennemis est complètement brouillée.

  7. Première
    par Christophe Narbonne

    L’histoire, tirée d’une histoire vraie, est incroyable : trois femmes, une mère et ses deux filles, retranchées dans leur maison, combattirent, armes à la main, 200 bandits menés par leur oncle qui revendiquaient les terres de son frère, injustement emprisonné. Le film illustre les tentatives de spoliation qui sont monnaie courante au Pakistan, l’un des pays les plus corrompus au monde –l’oncle bénéficiait du soutien du commissaire local. Anglais d’origine pakistanaise, Sarmad Masud a tourné sur place dans des conditions rocambolesques qui mériteraient un film à part. Tout était donc réuni pour faire de My pure land un western moyen-oriental au scénario digne d’une tragédie grecque : las, il trahit un léger amateurisme à tous les étages, du découpage à la direction d’acteurs, en passant par la mise en scène incapable de transcender la folle matière narrative. Il faut néanmoins saluer et encourager cette incursion prédestinée dans le genre au pays des kalach’.

  8. Première
    par Sophie Benamon

    Jean-Marc Barr retrace la vie de l’homme qui inspira Le Grand Bleu. En 1988, le grand public découvre l’existence du plongeur apnéiste Jacques Mayol à travers le films culte de Luc Besson. Ses plongées font rêver les ados aux sons de la musique flamboyante d’Eric Serra. Mais le modèle se révèle encore plus passionnant. C’est ce que nous explique le documentariste Lefteris Charitos en mêlant des images d’archives et témoignages inédits. Entendre le véritable Enzo Molinari (interprété à l’écran par Jean Reno) raconter leur rivalité est captivant. Il y a aussi la vie d’un père racontée par une fille qui le voyait s’éloigner dans ses rêves et ses passions. Car Jacques Mayol reste aussi un mystère. Enfin, Jean-Marc Barr vient aussi témoigner des effets du Grand Bleu sur cet homme mort il y a 17 ans.
    Sophie Benamon

  9. Première
    par Sylvestre Picard

    Comment est-ce qu'un sympathique arnaqueur des rues se retrouve coincé dans une armoire Ikea ? Et comment se retrouve-t-il baladé dans toute l'Europe, à partager le sort des migrants clandestins et à en tirer une leçon de vie ? Si Le Voyage du fakir réussit à dépasser son statut de feel good movie en guimauve à la Jean-Pierre Jeunet, c'est grâce à son héros joué par Dhanush, superstar du cinéma tamoul dotée d'un charme ahurissant. Il porte brillamment le film sur son bagout. On le suivrait n'importe où, même dans une armoire.

  10. Première
    par Thierry Chèze

    Pour son premier long métrage, Saïd Hamich (coproducteur du Much loved de Nabil Ayouch) s’aventure sur un terrain ô combien miné : la question de l’identité et des communautarismes. Mais en lieu et place du flot de théories répétées en boucle jusqu’à l’épuisement sur ce sujet, il fait le –bon- choix de le traiter en partant d’une situation concrète. En l’occurrence, le retour de Nassim, trentenaire vivant à Abu Dhabi avec sa fiancée américaine, à Bollène où il a grandi. Un retour aux sources qui ne sera pas de tout repos. D’abord parce qu’il entretient des rapports complexes avec sa famille, et tout particulièrement son père à qui il n’adresse plus la parole. Mais surtout parce qu’il ne reconnaît pas l’ambiance de cette ville du sud de la France et certains de ses amis d’enfance, contaminés par la montée en puissance de l’extrême-droite et son rejet de la communauté maghrébine à laquelle il appartient. Hamich raconte les tiraillements de cet homme entre ce passé qui l’a construit mais qu’il a fui et ce présent où il se sent étranger à ses origines pour autant de bonnes que de mauvaises raisons. Rien n’est jamais tout noir ou tout blanc dans ce récit et Retour à Bollène séduit précisément pour sa capacité à évoluer dans ce gris où se mêlent harmonieusement l’intime et le général, les liens familiaux et les engagements sociétaux. Et, de fait, à ne jamais s’enferrer dans la pure réflexion cérébrale distante pour oser se confronter à des moments émouvants voire poignants. Le tout en un peu d’une heure orchestrée sans longueur inutile. Un grand film politique, aussi pertinent que sensible.

  11. Première
    par Christophe Narbonne

    Si vous connaissez le travail de Samuel Collardey, son nouveau film ne vous surprendra guère. Comme dans L’Apprenti et Tempête, il s’agit pour lui de produire de la fiction avec du réel : l’instituteur danois qui choisit d’enseigner aux Inuits dans un bled paumé du Groenland, c’est Anders Hvidegaard rejouant des scènes tirées de sa propre vie – ou de celles de collègues sur lesquels Collardey s’est documenté au préalable. Le réalisateur français appartient à cette caste de cinéastes aux rangs de plus en plus étoffés (Jean-Charles Hue, Roberto Minervini, Chloé Zhao), qui profitent de leur immersion dans une communauté donnée pour nourrir des docu-fictions bluffants, redéfinissant les concepts de récit, de héros et même de réalité. L’expédition menée par le guide inuit en plein blizzard, avec Anders Hvidegaard commençant à maîtriser la conduite de son traîneau à chien, relève-t-elle de la reconstitution totale ou de la simple captation ? À la limite, mieux vaut ne pas savoir, on risque d’être déçu – les détails a posteriori sur les scènes bidonnées du mythique Nanouk l’Esquimau en ont quelque peu amoindri l’impact. En l’état, Une année polaire peut se voir comme un excellent récit d’apprentissage, doublé d’une réflexion pertinente sur les bienfaits discutables de la civilisation : Anders Hvidegaard, en bon Danois, est persuadé de prêcher la bonne parole auprès des Inuits, pour qui la scolarisation représente un danger, car elle se substitue à la transmission orale des anciens, indispensable à leur survie.

  12. Première
    par Alexandre Bernard

    Après son divorce, Samira quitte la province où elle vivait pour retourner vivre avec sa fille à Téhéran. Violent, son ancien époux s’oppose à son retour et emmène de force leur enfant chez la sœur de Samira. Pas à son coup d’essai (Les Rives du destin est son huitième film), Abdolreza Kahani met en image le quotidien de cette femme indépendante, prête à braver vents et marées pour se reconstruire et s’émanciper, malgré sa précarité. Ce long-métrage témoigne avec force de la façon dont les mentalités conservatrices en Iran sont en train d’évoluer. Malgré quelques longueurs, il montre les difficultés qu’une mère célibataire doit affronter pour se désenchaîner du diktat des hommes, toujours présent. Un combat plus que jamais d’actualité.

  13. Première
    par Frédéric Foubert

    On pourrait résumer Mon Ket comme ça : c’est l’histoire de Dany Versavel (François Damiens), un voyou qui s’évade de prison pour retrouver son fils de 15 ans dont il vient de perdre la garde. Ce papa fruste et violent a des problèmes de communication avec son gamin (son « ket », en argot bruxellois) et pas mal de temps perdu à rattraper. Suspense, action, émotion : le film est un update contemporain des Fugitifs, ou une variation belge sur La Poursuite impitoyable. Reste que, malgré sa volonté de « faire cinéma », Mon Ket n’est pas forcément plus drôle que la meil- leure des compils du comique belge. Mais pas moins non plus. Ce qui signifie – Damiens étant un génie de l’exercice – que Mon Ket est totalement hilarant.
     

  14. Première
    par Sylvestre Picard

    "Réalisé par Ron Howard". Ce nom au générique suffira à faire rager ceux qui voulaient que Solo soit shooté par les deux réals hype de 21 Jump Street et La Grande Aventure Lego, Phil Lord et Chris Miller, virés en plein tournage pour avoir oublié qu'ils ne faisaient pas un film à eux, à la déconne, mais qu'ils étaient employés de Lucasfilm pour faire un boulot. Le vétéran Howard, lui, est là pour faire le job. Compagnon de longue date de George Lucas, le réalisateur a donc été chargé de terminer le deuxième film dérivé de Star Wars consacré à la jeunesse de Han Solo. 

  15. Première
    par Anouk Féral

    Dans une société où tout le monde se regarde vivre selon des critères hyper normés, subsistent encore quelques punks, des rebelles, des purs. Bruno est de ceux-là. Quinquagénaire fringant, il passe sa vie chez lui en slip, à se faire du thé et à écrire son nouveau roman. Il y a vingt ans, Bruno a commis Le ciel étoilé au-dessus de ma tête, qui l’a propulsé au sommet de la gloriole littéraire. Mais depuis, rien. Zéro. Délaissé par la win, Bruno gribouille, jette et recommence. Sans thune, seul, refusant tout compromis, il s’acharne. Jusqu’au jour où ses proches, inquiets, déboulent avec une psy chargée d’évaluer s’il faut ou non l’interner. La première fiction d’Ilan Klipper (qui vient du documentaire) est un vrai geste de cinéma. Entier, libre et radical, à l’instar de son héros, le film danse sur une ligne de crête séparant réalité et fantasmagorie. Il fusionne ainsi avec son sujet même : une exploration in vivo de ce qu’est la création, savant mélange entre maîtrise et lâcher-prise. Les affres de l’inspiration s’incarnent dans une mise en scène joyeusement foutraque, directement câblée au cerveau halluciné de Bruno. Magistral dans chaque plan, Laurent Poitrenaux s’impose comme un croisement inédit entre le Hugh Grant de Coup de coup de foudre à Notthing Hill (beauté pâle de grand lecteur, veste en velours, tempérament pépère) et son coloc’ hirsute Rhys Ifans, dont il a la silhouette dégingandée, le flegme grandiloquent et la capacité d’émerveillement belle à pleurer. Rendez-vous aux prochains César.

  16. Première
    par Christophe Narbonne

    Des neuroscientifiques et des psys expliquent comment les émotions liées à l’enfance façonnent l’identité des futurs adultes que nous sommes... Une approche intéressante (mais galvaudée maintenant) que la cinéaste traite de façon un peu trop sérieuse et universitaire. Et pourquoi n’avoir choisi que des intervenants américains dont la conception des choses repose sur des valeurs assez conservatrices ?

  17. Première
    par Perrine Quennesson

    A l’origine, Manifesto est une installation cinématographique de l’artiste Julian Rosefeldt. On y voit Cate Blanchett interprétant 13 personnages, allant du punk au sans-abri, en passant par une scientifique, une présentatrice télé ou une veuve. Chacun d’entre eux récite, à sa façon, des manifestes connus, politiques, artistiques ou autres, dans des segments d’une durée fixe de 10min et 30 secondes. Ainsi retrouve-t-on ceux de Tristan Tzara, Karl Marx, Lars Von Trier, Jim Jarmusch, Paul Eluard ou Guy Debord, par fragments, pour évoquer, en tout, 12 grands courants de pensée ou artistique allant du situationisme au Pop Art, en passant par le surréalisme ou le dadaïsme. Projetée pour la première fois à l’Australian Center for the Moving Image à Melbourne en 2015, puis à Berlin et à New York, l’oeuvre qui tenait plus de l’art contemporain que du septième (art) a finalement eu droit à sa version salle, réarrangée en 90 minutes. Si, de prime abord, le parti-pris semble pompeux et peu adapté à la salle, la présence de Cate Blanchett valide ce passage par la case cinéma. On retrouve son charisme, sa voix grave et le physique caméléon, dont elle avait déjà usé dans I’m not there en incarnant Bob Dylan. Mais c’est surtout le fond, cette capacité à amener ces manifestes connus sur des terrains très triviaux (un enterrement, un journal de 20h…) qui leur permettent de résonner sous un jour nouveau, dépourvus des aprioris que l’on pourrait avoir sur eux. Les mots sonnent, et on les écoute comme si on les entendait pour la première fois.

  18. Première
    par Sylvestre Picard

    Dans une ville tentaculaire et imaginaire de Californie, un mutant livreur de pizza est traqué par des Hommes en noir ultraviolents. La plongée dans l'univers visuel de ce film d'animation adapté d'une BD et produite par les français d'Ankama (Dofus) est un plaisir certain : animé à l'ancienne par une bande d'animateurs et de designers japonais au CV glorieux, cette relecture d'Akira en version trash est un très chouette bonbon visuel. Le décor de Dark Meat City, délire cyberpunk parfum West Coast, est une vraie création, sale et vivante, digne héritière du Néo-Tokyo d'Otomo. Un énorme plaisir décoratif qui compense les dialogues platement explicatifs et gras, et le traitement terriblement expéditif des personnages féminins -enfin, du seul personnage féminin réduit à un McGuffin hypersexualisé.

  19. Première
    par Thierry Chèze

    Vanessa Filho vient de la photographie et du clip. Un péché véniel pour nombre de critiques au festival de Cannes (où il était présenté dans la section Un Certain Regard) qui ont descendu en flammes l’esthétique jugée trop clippesque de sa première réalisation. Un raccourci un brin convenu et simpliste car, à travers ce parti pris d’une atmosphère colorée et clinquante, flirtant volontairement avec le kitsch, Vanessa Filho ne fait que traduire le monde tel que le voit son héroïne.

  20. Première
    par Sophie Benamon

    Est-on obligé d’aimer son enfant tout de suite? Qu’est-ce que ça fait de voir sa mère vieillir ? A travers les destins croisés de plusieurs mamans d’aujourd’hui, Marie-Castille Mention-Shaar tresse la toile d’une communauté de femmes qui se débattent avec la maternité. Il y a d’abord, le symbole : la femme présidente de la République (Audrey Fleurot). Elle vient d’accoucher et doit apprendre à concilier sa fonction aux contraintes qu’implique un nouveau-né. Il y a la femme sacrifice (Carmen Maura) qui toute sa vie s’est dévouée pour ses enfants et les enfants des autres. La journaliste (Clotilde Courau) les a, au contraire, négligés. Et puis, il y a celle qui ne veut pas d’enfant (la trop rare Olivia Côte), professeur d’histoire de l’art qui nous révèle les origines de la fête des mères. Ces instantanés de vie nous saisissent, nous émeuvent. Nicole Garcia est époustouflante en génitrice distante qui refuse de se faire envahir par un fils possessif (Vincent Dedienne) ; Marie-Christine Barrault est renversante en mère qui perd peu à peu la boule. Marie-Castille Mention-Shaar, réalisatrice qui prend à bras le corps les sujets d’aujourd’hui (le vivre ensemble dans Les héritiers, l’enrôlement des lycéens par les djihadistes dans Le ciel attendra), propose un nouveau film très actuel qui interroge notre rapport à la plus intime part de notre vie. Un rapport fait d’amour et de malentendus, mais dont forcément on ne peut pas se passer. La scène de la maison de retraite est à cet égard absolument bouleversante. On sort du film, les larmes aux yeux, avec l’envie folle de courir embrasser sa mère.

  21. Première
    par Christophe Narbonne

    Pif, aka Pierfrancesco Diliberto, est une personnalité inconnue de ce côté-ci des Alpes que ce film ne devrait pas contribuer à populariser. Auteur, réalisateur et acteur de cette farce poussive, il incarne un soldat américain d’origine italienne qui s’engage dans l’armée en 1943 pour rencontrer le père sicilien de celle qu’il convoite. Sous couvert de dénoncer le pacte passé par l’armée US avec la Mafia pour faciliter le débarquement en Méditerranée, Pif s’attache surtout à caricaturer ses compatriotes avec un humour régressif assez pitoyable. Bienvenue chez les beaufs.

  22. Première
    par Alexandre Bernard

    Tabassé par un étudiant de son lycée, le jeune Tomitza décède à la suite de ses blessures. Long à démarrer, le film de Ognjen Svilicic qui s’inspire de faits réels, met en scène Ivo et Maya, les parents du défunt abandonnés par les institutions alors qu’ils tentent d’honorer la mémoire de leur fils. Malgré cette intrigue forte et une interprétation bouleversante, Quiet People - Un jour à Zagreb tombe un peu à plat : des dialogues plus inspirés et plus « d’action » n’auraient pas nui. La fin du film, palpitante, en apporte la preuve.

  23. Première
    par Michaël Patin

    La vitalité récente du cinéma brésilien (une production qui explose malgré la récession et le climat social hypertendu) ne se traduit pas que par des chocs façon Aquarius ou Les Bonnes Manières. Plus de films brésiliens, c’est aussi plus de petits films brésiliens comme Corpo Elétrico, une tranche de vie dans la tradition locale du genre. À São Paulo, on suit le jeune Elias (Kelner Macêdo) de l’usine de textile où il travaille aux virées nocturnes où il s’oublie avec son groupe d’amis et d’amants. Ni fable politique queer, ni vraie coming-of-age story, c’est l’instantané d’une jeunesse dont la sexualité semble aussi libre que son rapport au monde est nonchalant. Reste la vigueur du naturel, entretenue par des acteurs impeccables, et cet arrière-goût mélancolique si particulier qu’on appellera saudade.

  24. Première
    par Sylvestre Picard

    Un archéologue très amateur accompagné de son sidekick, une momie inca délurée, part en quête du secret du roi Midas (évidemment) à travers l'Europe. Même si l'humour un peu redondant de ce cet Uncharted parfum Disney conçu en Espagne ne marche pas toujours, la qualité de l'animation, très vivante (la Momie est une vraie création joliment cartoonesque), montre que l'on gagne toujours à sortir de son territoire pour aller voir ce qui se passe ailleurs.

  25. Première
    par Damien Leblanc

    Un lac mystérieux, un accident de voiture, une femme qui meurt sur le coup, une enquête qui commence…  Adapté du roman éponyme de Véronique Ovaldé, ce thriller réunit des éléments traditionnels du film noir qu’il immerge dans une esthétique ouvertement onirique pour coller au point de vue de son héros, veuf aveuglé et lunaire qui ignorait tout de la vie secrète de son épouse. Grâce à des images créant un habile décalage entre réalité et irréalité, le duo de réalisateurs - venu du clip et de la pub -remonte le fil d’une vaste machination et d’un amour perdu. L’intrigue échoue pourtant à captiver sur la durée, la faute à une direction d’acteurs qui rend le couple originel peu crédible. Dommage donc que les louables efforts pour concevoir une atmosphère marquante n'engendrent qu'un si timide frisson.

  26. Première
    par Sylvestre Picard

    Il y a deux ans, Deadpool prenait le public plus ou moins par surprise : un film de superhéros sans super ni héros, vulgaire et agressif, où Ryan Reynolds en tueur immortel flinguait à tout va en lâchant des tonnes d'insultes - sans oublier de se moquer des autres films de superhéros au passage. Le film a cartonné grâce à cet effet de surprise, mais restait très peu convaincant avec son humour bas de plafond et son scénario extrêmement prévisible. Un comble pour un film qui se voulait subversif et original. 

  27. Première
    par Eric Vernay

    Comment assumer une chemise de soirée quand on est en semaine ? Y a-t-il un code d'honneur dans l'arnaque au vinyle de jazz ? Est-il possible de concilier une personnalité bienveillante avec un job de charognard pour tabloïd local ? Si l'on est une femme, et que l’on trouve moins de déplaisir à mater des vagins que des pénis sur un smartphone, est-on pour autant lesbienne ? Peut-on décemment espérer se faire pardonner par sa copine lorsque, dans un accès de rage, on a fini par balancer des photos d’elle nue sur Internet ? Voilà le genre de questions que se posent une poignée de personnages croqués dans la Grosse Pomme. Des inquiétudes qui peuvent sembler triviales, voire complètement insignifiantes, mais qui posent en filigrane des dilemmes moraux plus universels : il s’agit de trouver sa place dans le chaos urbain, de se faire accepter par l’autre sans se perdre en chemin. Une quête modeste qui advient sans coup de manche, avec apaisement, un peu comme si Ira Sachs avait décidé de reprendre le Short Cuts d’Altman. Dustin Guy Defa a le bon goût de ne pas trop saucissonner cette mosaïque de destins épars dans une trame narrative volontariste et collective. Si les histoires coexistent et se recoupent parfois, elles semblent conserver en elles leur respiration propre, leur part d’accidentel. Une vibe organique et spirituelle (belle BO gospel) qui doit aussi beaucoup à l’excellent casting – mention spéciale à Michael Cera, hilarant en plumitif amateur de heavy métal.

  28. Première
    par Alexandre Bernard

    Shin-hong, un entrepreneur birman qui ne trouve plus le sommeil, se retrouve à devoir devenir moine pendant 14 jours et acheter 14 pommes sur les bons conseils d’un diseur de bonne aventure. Il ne devra en manger qu’une par jour pour l’aider à faire partir ses malheurs. Si vous vous attendez à un film sur la quête de spiritualité, vous serez décus. Au milieu de décors exotiques, ce documentaire quasi muet nous emmène à la rencontre d’hommes et de femmes sans vraiment nous apprendre grand-chose sur eux, si ce n’est leur précarité -certains sont obligés de fuir le pays pour travailler, en Chine ou en Malaisie, dans des conditions déplorables. Hors des sentiers battus, Midi Z, le réalisateur, révèle aussi un autre visage du bouddhisme, comme cette interdiction faite aux jeunes moines de toucher des vêtements féminins (ce qui entraîne un grand risque de malchance) ou encore leur propension à claquer l’argent de l’aumône au loto ! Trop long et confus, le film fini en eau de boudin… aux pommes…

  29. Première
    par Christophe Narbonne

    Stéphane Brizé et Vincent Lindon reforme le duo gagnant de La Loi du Marché pour un nouveau film de crise qui résonne avec l’actualité.
    L’œil acéré, les gestes secs, le visage glabre taillé à la serpe : dans En guerre, Vincent Lindon compose un personnage à l’opposé de celui, moustachu, de La loi du marché, le visage fermé et la silhouette affaissée. Les deux films fonctionnent comme ça, en miroir. Après le chômage longue durée et la désocialisation, l’emploi menacé et la mobilisation. Après l’apathie de la défaite, l’énergie du désespoir.

  30. Première
    par Thomas Baurez

    Avant de partir vers d’autres cieux, Alain Resnais proposait d’Aimer, boire et chanter. Le bien vivant Christophe Honoré reprend à son compte une partie du programme et invite lui-aussi à exulter. Le temps de son film – les années 90 sur fond de Sida – est pourtant gris. La mort rôde. Elle s’annonce d’emblée via un poignant message sur un répondeur automatique de salon (oui, la chose a existé un jour !) que reçoit Jacques (Pierre Deladonchamps). La voix d’un ami à bout de souffle envahit le petit appartement, elle demande un peu d’aide, une place pour s’éteindre : « pas envie de mourir chez mes parents, trop déprimant. »