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Un monstre à mille têtes par Hendy Bicaise

Le combat d’une femme contre une compagnie d’assurances pour sauver son mari agonisant. Le travail sur la profondeur de champ et les espaces vides évoque, en creux, le gouffre qui sépare les personnages, renforçant le caractère désespéré de cette vendetta. 

Hendy Bicaise
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Volta a Terra par Hendy Bicaise

Plácido fi lme des paysans au labeur avec un dynamisme formel étonnant. Une idylle adolescente naissante fait même lorgner le documentaire vers la fi ction, et plus précisément vers la nouvelle vague du cinéma italien (L’été de Giacomo, d’Alessandro Comodin). 

Hendy Bicaise
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This is my Land par Bernard Achour

L’idée est originale, stimulante, audacieuse : évaluer l’influence de l’enseignement de l’histoire sur l’actuel confl it israélo-palestinien. La documentariste/ chercheuse se rend ainsi dans des lycées des deux camps, mais le fruit de sa démarche n’est pas aussi probant qu’elle semblait le vouloir. 

Bernard Achour
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Soleil de plomb par Eric Vernay

1991, 2001 et 2011 : trois visages de la Croatie (de la guerre contre la Serbie à l’aprèsguerre) pour trois love stories sans lien entre elles, jouées par les mêmes acteurs. Stimulant en soi, le dispositif narratif est ici déroutant, car donné sans explication préalable. D’où un Soleil de plomb plus pesant que lumineux. 

Eric Vernay
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Baden Baden par Bernard Achour

Instable, indécise, incompétente, apathique… Portrait-robot de la "lose" affective et sociale contemporaine, Ana a tout pour énerver. Et pourtant non. Ana captive, Ana amuse, Ana bouleverse. Dès les premières minutes, un plan-séquence où elle fi nit par se prendre une dégelée professionnelle à en décoller le papier peint, le beau visage grave de l’actrice Salomé Richard et le regard que porte sur elle la cinéaste Rachel Lang instaurent une curiosité dont le pouvoir d’attraction ira crescendo jusqu’à la toute dernière – et tuante – image.

Bernard Achour
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Shadows Days par Isabelle Danel

Ce réalisateur venu du documentaire situe son deuxième long de fiction dans une petite ville du sud-ouest de la Chine, tout près de la frontière Birmane. Une ville fantôme, abandonnée par ses habitants, où règne en maître le maire qui applique implacablement la règle de l’enfant unique par famille. Arrive un couple : il est son neveu et a commis de troubles méfaits, sa compagne est enceinte. Chiens errants, rues sales, murs lépreux, maisons vides sur lesquelles on appose la mention "à détruire" : la caméra saisit la désolation comme un écho au passé tragique de la Révolution culturelle.

Isabelle Danel
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Taklub par Eric Vernay

Le typhon Haiyan a dévasté les Philippines en 2013. Fidèle à son style véloce aux accents documentaires, Mendoza sillonne la ville de Tacloban caméra à l’épaule, après la catastrophe : un entrelacs de corps suppliciés par les forces de la nature (brûlés, ensevelis, noyés), où les rescapés tentent de faire leur deuil et de se reconstruire dans un campement de fortune. Sans se vautrer dans le chromo esthétisant, le fi lm relate cet âpre quotidien fait de pillages et d’échanges kafkaïens avec une administration débordée par le chaos.

Eric Vernay
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Sunset song par Isabelle Danel

D’un classique de la littérature écossaise signé Lewis Grassic Gibbon, le réalisateur de Distant Voices – Still Lives fait son miel. Une ode à la vie empreinte de pureté et de cruauté qui, du début du XXe  siècle à la Première Guerre mondiale, conte un changement d’époque. Au centre du récit, Chris, une jeune femme qui mène de brillantes études pour devenir institutrice à la ville mais qui restera dans sa campagne natale… La somptueuse lumière de Michael McDonough, chef opérateur de Winter’s Bone ou des Poings contre les murs, rehausse la beauté des blés caressants, des ciels furieux.

Isabelle Danel
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East Punk Memories par Mathias Averty

Provocation oblige, être un punk engagé dans l’URSS des 80s supposait beaucoup de cran et parfois une certaine accointance avec l’extrême-droite. Oui, les vieux "keupons" hongrois (repentis ou presque), qui se succèdent devant la caméra de Lucile Chaufour, ont beaucoup de souvenirs à raconter. Et si l’on aimerait bien qu’ils saccagent un peu le cadre désespérément fixe où les enferme la cinéaste, entre quelques images d’archives, on ne peut être que captivés par le regard qu’ils portent sur la contre-culture et par l’expression de la révolte dans un système autoritaire.

Mathias Averty
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Good Luck Algeria par Isabelle Danel

Pour sauver leur fabrique savoyarde de skis, Stéphane persuade Samir de concourir pour les J.O. dans la catégorie ski de fond sous le drapeau algérien. Le scénario de cette comédie au fond social et sociétal, inspirée de l’histoire véritable du frère du réalisateur, aborde avec finesse et humour les thèmes de la binationalité, de la mixité etde l’intégration. "Ta mère et moi avons bossé toute notre vie pour que vous ayez le choix", dit le père de Sam. Les comiques de situation, servis par des dialogues brillants, sont joués par des comédiens formidables.

Isabelle Danel
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Five par Christophe Narbonne

Cinq amis sont colocataires d’un grand appartement payé en grande partie par le fils à papa de la bande. "Lâché" par son père, Samuel s’improvise dealer, en douce, pour acquitter le loyer... Créateur et acteur de la série Casting(s) avec Pierre Niney, Igor Gotesman retrouve son compère pour une histoire classique de potes qui part en vrille. Véhicule pour "Niney-acteur-de comédie" (il est, de fait, très drôle), Five est complètement déséquilibré (deux des cinq personnages existent à peine) et pas crédible pour un sou.

Christophe Narbonne
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Quand on a 17 ans par Christophe Narbonne

Cela commence comme Mes séances de lutte, de Jacques Doillon : un personnage des villes se confronte physiquement à un personnage des champs – en pleine montagne, Tom aide ses parents dans leur ferme isolée. Très vite, l’ambiguïté de leurs rapports ne fait aucun doute. Ces deux-là sont faits pour s’entendre mais ne savent l’exprimer autrement qu’à travers des corps-à-corps rugueux. Franche complicité ? Attirance?

Christophe Narbonne
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Le Sanctuaire par Sylvestre Picard

Adam, un ingénieur biologiste et sa femme s’installent avec leur bébé dans un coin de forêt irlandaise perdue (pléonasme) et réputée maudite par les gens du coin. Étudiant le terrain pour une entreprise de découpe de bois, Adam va vite découvrir une terrifiante saloperie qui se cache dans les fourrés. La première heure, un peu lente, est trop classique pour le genre (amusez-vous à repérer les acteurs de Game of Thrones, ici et là), mais les trente dernières minutes sont véritablement percutantes.

Sylvestre Picard
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Kung Fu Panda 3 par Isabelle Danel

Po rencontre son vrai père (qui n’est pas une oie, qui l’eût cru, mais un panda) et pour combattre l’horrible Kai et sauver les maîtres du kungfu, il doit d’abord découvrir qui il est. Animation véloce (les "visages" sont de plus en plus expressifs), combats saisissants, personnages secondaires emballants (les cinq acolytes plus une tribu d’ursidés noir et blanc impayables), dialogues brillants... Il y en a pour tous les goûts, pour grands et petits, et le scénario glisse mine de rien un message de bon aloi sur la différence et la force des faibles.

Isabelle Danel
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13 Hours par Sylvestre Picard

L’une des fausses pistes de la filmographie de Michael Bay serait de donner à croire que, depuis 2005, le réalisateur alterne des films plus indépendants – lisez: plus personnels, moins mainstream, plus intellectuels et fatalement plus réussis – avec un Transformers. Dans la première catégorie se rangeraient The Island, No Pain No Gain et, donc, 13 Hours. Le seul véritable point commun entre ces trois "récréations" de Bay sont leur résultat très bof, voire nul, au box office. En vérité ils s’inscrivent parfaitement dans l’œuvre du cinéaste.

Sylvestre Picard
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Yogananda par Isabelle Danel

Cette biographie, façon télé, du gourou du yoga des années 20 mélange images d’archives, événements (recréés) de la vie du maître et témoignages face caméra. Hagiographique, le film s’adresse à une audience restreinte, mais ne convaincra guère au-delà. « L’état dans lequel on n’a besoin de rien est yoga », dit un intervenant. Et si l’on manque de mise en scène ?

Isabelle Danel
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La Vallée par Isabelle Danel

Sur une route du Liban, un homme amnésique dépanne la voiture d’un groupe de jeunes gens et les suit dans leur ferme de la plaine de la Bekaa. Ennemis, amis ? Qui est qui ? Tourné par le réalisateur de Beyrouth fantôme, ce magnifique OVNI aux images brûlées traite de la guerre et de la mémoire. En refusant de donner toutes les clés de lecture, il reste énigmatique et envoûtant.

Isabelle Danel
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Royal Orchestra par Bernard Achour

Dans Amadeus, la musique classique et la grammaire du cinéma ne faisaient qu’un. Rien de tel ici, hélas, même si les informations et les propos distillés par ce documentaire sur le principal ensemble symphonique des Pays-Bas ne manquent pas d’intérêt. Mais le cadre, le montage ou la prise de son ne parviennent jamais à susciter la moindre émotion audiovisuelle.

Bernard Achour
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Comme des lions par Mathias Averty

Cette autopsie pointilleuse de la lutte des ouvriers de PSA détaille le passionnant déroulement d’un conflit social durant plusieurs années. L’immobilisme politique, l’hypocrisie patronale et la difficile solidarité des salariés sur le long terme sont exposés ici dans toute leur complexité. Délibérément orienté, parfois brouillon, mais plein d’humanité.

Mathias Averty
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Chala une enfance cubaine par Hendy Bicaise

Adolescent rebelle délaissé par sa mère, Chala rappelle d’abord le héros de Sweet Sixteen.Puis l’on songe à Kes, du même Ken Loach, pour la scène où le gamin s’occupe des pigeons sur le toit, et à Amours chiennes, d’Iñárritu, lorsqu’il prend part à des combats de chiens dans une cave. Des bas-fonds vers les cieux, on redoute le schéma du gamin subissant la pression sociale avant de s’élever spirituellement. Mais Ernesto Daranas est plus subtil. Il préfère multiplier les opportunités, tant pour Chala que pour son entourage.

Hendy Bicaise
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La Passion d'Augustine par Isabelle Danel

Mère Augustine dirige un petit couvent où elle prodigue à ses élèves une éducation musicale sans pareille. L’arrivée de sa nièce, Alice, la renvoie à sa jeunesse. Nous sommes au Québec en 1962, à l’ouverture de Vatican II: alors qu’un système d’éducation publique se met en place, le couvent est menacé. Remarquablement écrit, jamais simpliste, le film se déploie en questions légitimes, sur la foi, la musique et la modernité, sans oublier d’être drôle.

Isabelle Danel
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Rosalie Blum par Gaël Golhen

Parce qu’il déploie un univers à partir d’une image ou d’un son qui reste dans la tête, un film vaut parfois plus que ce qu’on voit à l’écran. Avec la fièvre d’un gamin bâtisseur devenu démiurge, dont même les décors géants ont un goût de miniatures, Julien Rappeneau joue avec les points de vue de ses personnages qu’il mélange dans une symphonie colorée. C’est le charme discret de ce petit film qu’un murmure pourrait faire s’écrouler. On pense à Resnais (l’aspect ludique et sentimental). Mais Rosalie Blum a surtout le parfum entêtant d’une mélodie.

Gael Golhen
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Remember par Gérard Delorme

Poussant le bouchon encore plus loin que dans son précédent film Captives, Atom Egoyan semble vouloir remettre en question les conventions sur l’accord entre le sujet et la forme. Ici, un retraité doit retrouver et tuer un ancien SS responsable de la mort de sa famille.

Gérard Delorme
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Boulevard par Eric Vernay

La vie rangée de Nolan, employé de banque marié mais secrètement gay, est mise sens dessus dessous par sa rencontre nocturne avec un jeune prostitué. L’indéfectible sourire triste de Robin Williams (dans l’un de ses derniers rôles) incarne idéalement ce déchirement intérieur, cette énergie vitale domestiquée dans une existence mensongère – et ce, moins par crainte du qu’en-dira-t-on que par phobie de blesser autrui, c’est d’ailleurs ce qui rend le personnage touchant.

Eric Vernay
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Keeper par Bernard Achour

Du Snapper de Stephen Frears à l’oscarisé Juno de Jason Reitman, la grossesse adolescente involontaire a souvent été traitée sous l’angle de la comédie et des mésaventures de la future maman. Or, avoir un enfant à quinze ans n’est pas une partie de rigolade et, jusqu’à preuve du contraire, il faut être deux.

Bernard Achour
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In Jackson Heights par Eric Vernay

Depuis plus d’un demi-siècle, Frederick Wiseman observe les rouages de l’Amérique, à travers ses institutions, mais aussi ses lieux de vie. C’est le cas pour son dernier documentaire, consacré à un quartier ultracosmopolite du Queens : 167 langues sont parlées à Jackson Heights. Mais cette diversité culturelle est menacée par la hausse des prix de l’immobilier, causant la disparition des petits commerces. Durant neuf semaines, le cinéaste s’est immergé dans ces communautés pour radiographier leurs mouvements propres.

Eric Vernay
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Aux Yeux de tous par Isabelle Danel

Dix ans après, un ex-flic rejoint ses anciens collègues car il a retrouvé la trace de l’homme coupable d’un meurtre atroce commis en 2002, à Los Angeles. Dans ce remake du brillantissime Dans ses yeux, seuls le pitch, la conclusion (mais pas les derniers plans) et un gag très drôle avec un petit chien sont raccords... Le contexte d’une paranoïa post-11-Septembre est habilement posé, Chiwetel Ejiofor campe un obsessionnel parfait dont l’alchimie avec Julia Roberts et Dean Norris est flagrante.

Isabelle Danel
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Médecin de campagne par Christophe Narbonne

Malgré son titre, Médecin de campagne est moins balzacien que Hippocrate, le précédent film de Thomas Lilti. Ici, foin de l’ambition aveugle ou des petits arrangements. JeanPierre Werner est un honnête homme qui s’amuse à mettre quelques bâtons dans les roues de sa consœur, à la façon d’un bizutage pas bien méchant – leur relation n’est pas ce qu’il y a de plus réussi. Ce qui intéresse Thomas Lilti, davantage encore que dans Hippocrate, c’est la proximité avec les personnages, qu’il rend sensible en montrant la précision de leurs gestes et à travers les dialogues.

Christophe Narbonne
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Sky par Christophe Narbonne

Fabienne Berthaud poursuit avec l’actrice Diane Kruger son portrait imaginaire de la femme moderne, confrontée à la dictature de la jeunesse (Frankie en 2006), au poids de la routine (Pieds nus sur les limaces, 2010) et, dans Sky, à la soif de maternité et d’épanouissement sexuel. L’actrice allemande y joue la blessée Romy qui quitte son mari durant leurs vacances aux États-Unis pour se reconstruire auprès d’un redneck distant. Le film est à l’aune de sa photo numérique : sans profondeur ni contrastes.

Christophe Narbonne
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Mauvaise graine par Eric Vernay

Dans les années 1990, près de Rome, deux amis qui carburent aux petits deals et aux rails de coke tentent de s’extirper de cette voie rapide sans issue. Le film tient la route un moment, porté par l’énergie de son solide duo d’acteurs aux regards hallucinés. La mécanique du récit se grippe hélas ensuite, engluée dans une série de poncifs lourds de pathos sur l’inévitable descente aux enfers des junkies et le difficile retour à la vie active pour ceux qui ont connu l’argent facile. Une foutue descente

Eric Vernay