1. Première
    par Christophe Narbonne

    Cinq amis sont colocataires d’un grand appartement payé en grande partie par le fils à papa de la bande. "Lâché" par son père, Samuel s’improvise dealer, en douce, pour acquitter le loyer... Créateur et acteur de la série Casting(s) avec Pierre Niney, Igor Gotesman retrouve son compère pour une histoire classique de potes qui part en vrille. Véhicule pour "Niney-acteur-de comédie" (il est, de fait, très drôle), Five est complètement déséquilibré (deux des cinq personnages existent à peine) et pas crédible pour un sou. Carburant à la vanne djeun’s et à la vulgarité, ce sous-produit de la culture hip-hop et SNL souffre de la comparaison avec Radiostars, son modèle français avoué. 

  2. Première
    par Christophe Narbonne

    Cela commence comme Mes séances de lutte, de Jacques Doillon : un personnage des villes se confronte physiquement à un personnage des champs – en pleine montagne, Tom aide ses parents dans leur ferme isolée. Très vite, l’ambiguïté de leurs rapports ne fait aucun doute. Ces deux-là sont faits pour s’entendre mais ne savent l’exprimer autrement qu’à travers des corps-à-corps rugueux. Franche complicité ? Attirance? Téchiné, aidé de sa coscénariste, la réalisatrice Céline Sciamma (Bande de filles), avance subtilement masqué avant qu’un événement dramatique ne remette les choses à plat de façon grossière. A posteriori, certains personnages semblent avoir une fonction purement utilitaire et gâchent un peu la bonne impression laissée par le trio principal, formidablement incarné. 

  3. Première
    par Sylvestre Picard

    Adam, un ingénieur biologiste et sa femme s’installent avec leur bébé dans un coin de forêt irlandaise perdue (pléonasme) et réputée maudite par les gens du coin. Étudiant le terrain pour une entreprise de découpe de bois, Adam va vite découvrir une terrifiante saloperie qui se cache dans les fourrés. La première heure, un peu lente, est trop classique pour le genre (amusez-vous à repérer les acteurs de Game of Thrones, ici et là), mais les trente dernières minutes sont véritablement percutantes. Des visions cauchemardesques bien trouvées, issues d’un imaginaire purement lovecraftien, achèvent de transformer cette relecture amusante de La légende du Changeling en agréable série B.

  4. Première
    par Isabelle Danel

    Po rencontre son vrai père (qui n’est pas une oie, qui l’eût cru, mais un panda) et pour combattre l’horrible Kai et sauver les maîtres du kungfu, il doit d’abord découvrir qui il est. Animation véloce (les "visages" sont de plus en plus expressifs), combats saisissants, personnages secondaires emballants (les cinq acolytes plus une tribu d’ursidés noir et blanc impayables), dialogues brillants... Il y en a pour tous les goûts, pour grands et petits, et le scénario glisse mine de rien un message de bon aloi sur la différence et la force des faibles. Franchement, les franchises, lorsqu’elles se donnent la peine de se renouveler dans la continuité, on est pour. 

  5. Première
    par Sylvestre Picard

    L’une des fausses pistes de la filmographie de Michael Bay serait de donner à croire que, depuis 2005, le réalisateur alterne des films plus indépendants – lisez: plus personnels, moins mainstream, plus intellectuels et fatalement plus réussis – avec un Transformers. Dans la première catégorie se rangeraient The Island, No Pain No Gain et, donc, 13 Hours. Le seul véritable point commun entre ces trois "récréations" de Bay sont leur résultat très bof, voire nul, au box office. En vérité ils s’inscrivent parfaitement dans l’œuvre du cinéaste. Le film 13 Hours ne manque pas d’aligner les petites trouvailles qui font true story (John Krasinski perdant sa lentille de contact) et les scènes de carnage orgiaque qui font notre bonheur, comme cette grandiose séquence finale: dans la nuit libyenne éclairée par les bombes, de grands guerriers barbus tirent sur des fantômes qui rôdent dans un abattoir. C’est véritablement beau. Mais en cochant toutes les cases du film de guerre US de l’après 11-Septembre, en se rêvant comme la fusion entre La Chute du Faucon noir et Du Sang et des larmes – une poignée d’hommes qui résistent à la horde, l’opposition entre refus et acceptation de l’engagement – le film finit par être un actioner classique. Reprocher à Michael Bay d’être trop classique, on ne le lui avait jamais fait. 

  6. Première
    par Isabelle Danel

    Cette biographie, façon télé, du gourou du yoga des années 20 mélange images d’archives, événements (recréés) de la vie du maître et témoignages face caméra. Hagiographique, le film s’adresse à une audience restreinte, mais ne convaincra guère au-delà. « L’état dans lequel on n’a besoin de rien est yoga », dit un intervenant. Et si l’on manque de mise en scène ?

  7. Première
    par Isabelle Danel

    Sur une route du Liban, un homme amnésique dépanne la voiture d’un groupe de jeunes gens et les suit dans leur ferme de la plaine de la Bekaa. Ennemis, amis ? Qui est qui ? Tourné par le réalisateur de Beyrouth fantôme, ce magnifique OVNI aux images brûlées traite de la guerre et de la mémoire. En refusant de donner toutes les clés de lecture, il reste énigmatique et envoûtant.

  8. Première
    par Bernard Achour

    Dans Amadeus, la musique classique et la grammaire du cinéma ne faisaient qu’un. Rien de tel ici, hélas, même si les informations et les propos distillés par ce documentaire sur le principal ensemble symphonique des Pays-Bas ne manquent pas d’intérêt. Mais le cadre, le montage ou la prise de son ne parviennent jamais à susciter la moindre émotion audiovisuelle.

  9. Première
    par Mathias Averty

    Cette autopsie pointilleuse de la lutte des ouvriers de PSA détaille le passionnant déroulement d’un conflit social durant plusieurs années. L’immobilisme politique, l’hypocrisie patronale et la difficile solidarité des salariés sur le long terme sont exposés ici dans toute leur complexité. Délibérément orienté, parfois brouillon, mais plein d’humanité.

  10. Première
    par Hendy Bicaise

    Adolescent rebelle délaissé par sa mère, Chala rappelle d’abord le héros de Sweet Sixteen.Puis l’on songe à Kes, du même Ken Loach, pour la scène où le gamin s’occupe des pigeons sur le toit, et à Amours chiennes, d’Iñárritu, lorsqu’il prend part à des combats de chiens dans une cave. Des bas-fonds vers les cieux, on redoute le schéma du gamin subissant la pression sociale avant de s’élever spirituellement. Mais Ernesto Daranas est plus subtil. Il préfère multiplier les opportunités, tant pour Chala que pour son entourage. Cette chronique de la jeunesse prend alors des allures de manifeste sur l’éducation morale. 

  11. Première
    par Isabelle Danel

    Mère Augustine dirige un petit couvent où elle prodigue à ses élèves une éducation musicale sans pareille. L’arrivée de sa nièce, Alice, la renvoie à sa jeunesse. Nous sommes au Québec en 1962, à l’ouverture de Vatican II: alors qu’un système d’éducation publique se met en place, le couvent est menacé. Remarquablement écrit, jamais simpliste, le film se déploie en questions légitimes, sur la foi, la musique et la modernité, sans oublier d’être drôle. Classique par la forme, baigné d’une belle lumière, ce long de la réalisatrice d’Anne Trister (1985) fait la part belle au chant choral et à la composition pour piano. Les actrices, dont Céline Bonnier, sont magnifiques.

  12. Première
    par Gael Golhen

    Parce qu’il déploie un univers à partir d’une image ou d’un son qui reste dans la tête, un film vaut parfois plus que ce qu’on voit à l’écran. Avec la fièvre d’un gamin bâtisseur devenu démiurge, dont même les décors géants ont un goût de miniatures, Julien Rappeneau joue avec les points de vue de ses personnages qu’il mélange dans une symphonie colorée. C’est le charme discret de ce petit film qu’un murmure pourrait faire s’écrouler. On pense à Resnais (l’aspect ludique et sentimental). Mais Rosalie Blum a surtout le parfum entêtant d’une mélodie. C’est la sonate de Vinteuil : un thème exprimant la soif d’un charme que rien ne sait assouvir. Le film dissout les cloisons entre passé et présent, réel et imaginaire, et révèle à chaque fois qu’on l’entend les mystères d’un monde (provincial) quasi disparu. Peu importe que cet air soit accompli ou un peu maladroit, il suffit de quelques notes pour vous faire aimer un film. Quelques notes pour aimer Rosalie Blum.

  13. Première
    par Gérard Delorme

    Poussant le bouchon encore plus loin que dans son précédent film Captives, Atom Egoyan semble vouloir remettre en question les conventions sur l’accord entre le sujet et la forme. Ici, un retraité doit retrouver et tuer un ancien SS responsable de la mort de sa famille. Tous les artifices y passent : le suspense lié à la démence sénile galopante qui compromet les chances du personnage d’accomplir sa mission, les possibles erreurs d’identité, sans oublier l’ironie constante (le devoir de mémoire appliqué à un amnésique), la farce (Dean Morris en shérif fasciste et sa chienne appelée Eva), et jusqu’à une révélation finale d’un goût que Claude Lanzmann trouverait certainement douteux. C’est le mot. 

  14. Première
    par Eric Vernay

    La vie rangée de Nolan, employé de banque marié mais secrètement gay, est mise sens dessus dessous par sa rencontre nocturne avec un jeune prostitué. L’indéfectible sourire triste de Robin Williams (dans l’un de ses derniers rôles) incarne idéalement ce déchirement intérieur, cette énergie vitale domestiquée dans une existence mensongère – et ce, moins par crainte du qu’en-dira-t-on que par phobie de blesser autrui, c’est d’ailleurs ce qui rend le personnage touchant. Dommage qu’à l’instar de la partition tout en retenue de son acteur, la mise en scène feutrée de Dito Montiel ne s’émancipe pas vraiment de sa mécanique (espaces géométrisés / gros plans vacillants) pour venir nous bousculer. 

  15. Première
    par Bernard Achour

    Du Snapper de Stephen Frears à l’oscarisé Juno de Jason Reitman, la grossesse adolescente involontaire a souvent été traitée sous l’angle de la comédie et des mésaventures de la future maman. Or, avoir un enfant à quinze ans n’est pas une partie de rigolade et, jusqu’à preuve du contraire, il faut être deux. Chronique criante de réalisme, Keeper observe les périodes d’exaltation ou de désarroi et les sursauts de prise de conscience de ce couple de parents immatures (prodigieux tandem de jeunes acteurs) et de leur entourage, sans jamais verser dans le sermon moralisateur. Jusqu’à une dernière séquence qui porte l’estocade avec une rigueur aussi inéluctable que déchirante.

  16. Première
    par Eric Vernay

    Depuis plus d’un demi-siècle, Frederick Wiseman observe les rouages de l’Amérique, à travers ses institutions, mais aussi ses lieux de vie. C’est le cas pour son dernier documentaire, consacré à un quartier ultracosmopolite du Queens : 167 langues sont parlées à Jackson Heights. Mais cette diversité culturelle est menacée par la hausse des prix de l’immobilier, causant la disparition des petits commerces. Durant neuf semaines, le cinéaste s’est immergé dans ces communautés pour radiographier leurs mouvements propres. On suit des assemblées diverses (associations latinos, LGBT, club de couture, etc.) où les habitants luttent à leur niveau, discutent sans agressivité (et écoutent beaucoup, nous signalent de beaux plans sur des regards très absorbés) pour améliorer leur quotidien. Par la grâce d’un montage plein de musicalité, sans rien asséner (pas de voix off), le film laisse lentement affleurer correspondances poétiques et harmonies diffuses. À la fois complexe et léger. 

  17. Première
    par Isabelle Danel

    Dix ans après, un ex-flic rejoint ses anciens collègues car il a retrouvé la trace de l’homme coupable d’un meurtre atroce commis en 2002, à Los Angeles. Dans ce remake du brillantissime Dans ses yeux, seuls le pitch, la conclusion (mais pas les derniers plans) et un gag très drôle avec un petit chien sont raccords... Le contexte d’une paranoïa post-11-Septembre est habilement posé, Chiwetel Ejiofor campe un obsessionnel parfait dont l’alchimie avec Julia Roberts et Dean Norris est flagrante. On ne peut guère en dire autant de la juge incarnée par Nicole Kidman, gravure de mode irréelle et figée (sauf lors d’une scène musclée d’interrogatoire). Un produit formaté, en partie efficace. I

  18. Première
    par Christophe Narbonne

    Malgré son titre, Médecin de campagne est moins balzacien que Hippocrate, le précédent film de Thomas Lilti. Ici, foin de l’ambition aveugle ou des petits arrangements. JeanPierre Werner est un honnête homme qui s’amuse à mettre quelques bâtons dans les roues de sa consœur, à la façon d’un bizutage pas bien méchant – leur relation n’est pas ce qu’il y a de plus réussi. Ce qui intéresse Thomas Lilti, davantage encore que dans Hippocrate, c’est la proximité avec les personnages, qu’il rend sensible en montrant la précision de leurs gestes et à travers les dialogues. "Les médecins interrompent les patients toutes les vingt-deux secondes, explique ainsi le héros à sa consœur. Le secret, c’est de les laisser parler car 80% du diagnostic nous est donné par eux." Cette manière quasiment proverbiale de présenter les choses définit Jean-Pierre Werner (et, au passage, le film) mieux que ne le font les circonvolutions psychologiques ou les envolées lyriques dont le cinéma intimiste hexagonal est friand. Nous sommes dans le concret, notamment avec les petites gens à qui le médecin rend visite, tous croqués à bonne distanceavec une infinie tendresse. Au centre du dispositif: François Cluzet, acteur qui nous est spontanément familier. S’il fallait prescrire un remède, ce serait lui.

  19. Première
    par Christophe Narbonne

    Fabienne Berthaud poursuit avec l’actrice Diane Kruger son portrait imaginaire de la femme moderne, confrontée à la dictature de la jeunesse (Frankie en 2006), au poids de la routine (Pieds nus sur les limaces, 2010) et, dans Sky, à la soif de maternité et d’épanouissement sexuel. L’actrice allemande y joue la blessée Romy qui quitte son mari durant leurs vacances aux États-Unis pour se reconstruire auprès d’un redneck distant. Le film est à l’aune de sa photo numérique : sans profondeur ni contrastes. Difficile de croire à cette histoire et à ces personnages archétypaux.

  20. Première
    par Eric Vernay

    Dans les années 1990, près de Rome, deux amis qui carburent aux petits deals et aux rails de coke tentent de s’extirper de cette voie rapide sans issue. Le film tient la route un moment, porté par l’énergie de son solide duo d’acteurs aux regards hallucinés. La mécanique du récit se grippe hélas ensuite, engluée dans une série de poncifs lourds de pathos sur l’inévitable descente aux enfers des junkies et le difficile retour à la vie active pour ceux qui ont connu l’argent facile. Une foutue descente

  21. Première
    par Hendy Bicaise

    Mêlant récit d’apprentissage et chronique rurale, alternant plans serrés sur des visages contrits et d’autres plus larges sur la taïga, Criminel a tout de la coqueluche des festivals de cinéma indé- pendant, y compris l’académisme. Mais quand son héros bourru, évoluant dans le milieu hostile et isolé de la taïga, s’entiche d’un bébé et s’éveille à la vie, l’émotion affleure et la lassitude se tarit. La glace se craquelle définitivement sous l’effet d’échanges émouvants entre l’intense Aleksei Guskov et Nadezhda Markina, inoubliable Elena du film éponyme d’Andrey Zvyagintsev

  22. Première
    par Bernard Achour

    La délinquance à Marseille ? De braves gars pas bien méchants qui taguent sur les pare-brise des voitures. Les nuisances quotidiennes ? La voisine du dessus qui garde ses chaussures à talons pour marcher. Le grand banditisme ? Un fada qui passe devant tout le monde aux urgences avec une balle dans la cuisse. En clair : il y a davantage de réalisme dans un épisode de Plus belle la vie que dans tout le film. Pour le reste, c’est le cœur sur la main que Kad Merad égrène les clichés méridionaux, sur fond de retrouvailles entre deux frères, d’humour tempéré (un seul gag en une heure trente) et d’une émotion aussi débordante que vaine. 

  23. Première
    par Christophe Narbonne

    Pour leur premier long métrage, Adil El Arbi et Bilall Fallah mixent La Haine avec Roméo et Juliette – plutôt la version gangsta de Baz Luhrmann. En résulte un film purement sensoriel qui fait ressentir par l’image et le son la tragédie de Mavela et Marwan, deux amoureux issus de gangs ennemis. À cette love story impossible se juxtapose une radiographie des "quartiers" bruxellois, dont la radicalité, fruit d’un funeste déterminisme social, a quelque chose d’universel. Animé d’une envie de secouer le spectateur qui flirte parfois avec la complaisance envers certains personnages, Black révèle une brochette d’acteurs inconnus très prometteurs. 

  24. Première
    par Isabelle Danel

    C’est l’histoire vraie de l’amitié entre l’auteur de théâtre anglais Alan Bennett et une vieille SDF qui vit dans une camionnette garée dans l’allée de sa maison. Il l’a racontée dans un roman, dont il a tiré une pièce puis ce scénario. La grande Maggie Smith, qui créa le rôle à la scène, le reprend devant la caméra de Nicholas Hytner avec une gourmandise et une rouerie communicatives. Le film narre sans génie cette fable sur le vivre-ensemble dans un quartier résidentiel où les voisins font figure de snobs et où Bennett (interprété avec d’élégantes afféteries par Alex Jennings) se dédouble en deux personnages, l’auteur et l’homme, se chamaillant sans cesse. C’est charmant et souvent drôle. 

  25. Première
    par Gérard Delorme

    Le principe est si simple qu’il paraît incroyable que personne n’y ait pensé plus tôt: pour faire diversion, une bande de criminels provoque le dé- clenchement du code 999, qui mobilise l’ensemble des forces de police lorsque l’un des leurs est tué en service. L’affaire est compliquée par le fait que les malfrats sont des flics corrompus et d’anciens militaires aux prises avec leur propre code moral. Privilégiant une approche viscérale, John Hillcoat contourne les difficultés du film choral à coups d’ellipses potentiellement déroutantes. Mais l’impact des scènes de poursuite, des braquages et des confrontations dans des environnements hostiles maintient le thriller à un niveau d’intensité inédit.

  26. Première
    par Eric Vernay

    "Génial, c’est nul!", s’écria Jodorowsky devant le Dune de David Lynch en 1984. Soulagé, car l’ambition de sa propre version, avortée en 1977, n’avait pas été égalée : devaient en effet s’y croiser Orson Welles, Mick Jagger et Salvador Dalí, sur un story-board de Moebius et une BO de Pink Floyd. Un rêve démesuré selon les majors hollywoodiennes de l’époque, séduites par ce trip SF sous LSD mais peu rassurées par son réalisateur illuminé. Conté par Jodo lui-même (d’une pétulance contagieuse) et ses "guerriers spirituels" (le trio Giger / O’Bannon / Foss notamment, dont les visions avant-gardistes serviront sur Alien), le documentaire fait de ce cuisant échec une réjouissante épopée

  27. Première
    par Christophe Narbonne

    À film monstrueux, durée monstre : 2h24! Ne pas les craindre ces longues minutes passées avec des acteurs surinvestis, qui d’Adèle Haenel à François Fehner (le père de la réalisatrice dans son propre rôle mis en fiction), passent par toutes les émotions imaginables. Ça rit, ça pleure, ça gueule avec ce trop-plein de réalisme qui caractérise les « théâtreux » – ici, doublés de nomades – soumis à la précarité, aux incertitudes du lendemain et aux blessures jamais refermées en raison de l’état d’urgence permanent qui caractérise leur style de vie. Avec sa camé- ra indiscrète, sans cesse en mouvement, Léa Fehner crée un drôle de bouillonnement méta où la fiction et le documentaire jouent des coudes pour aboutir à un résultat spectaculairement « vrai ». 

  28. Première
    par Isabelle Danel

    Depuis la Révolution de 1979 en Iran, les chanteuses ne peuvent plus se produire en solo face à un public masculin. Sara Najafi, devant la caméra, et son frère Ayat, derrière, relatent le parcours ahurissant que nécessite l’organisation d’un concert pour solistes femmes de nos jours à Téhéran. Sara convie les Françaises Jeanne Cherhal et Élise Caron, et la Tunisienne Emel Mathlouthi à se joindre aux grandes Parvin Namazi et Sayeh Sodeyfi. L’enjeu devient international. L’absurde interdiction donne à ce long métrage malin et courageux des accents de thriller politique tragicomique. L’hommage rendu aux voix féminines (d’hier et d’aujourd’hui) est d’une puissance aussi simple que bouleversante. 

  29. Première
    par Isabelle Danel

    C’est l’histoire vraie d’une terrible saga judiciaire. En 1982, à la mort de sa fille de 14 ans, Kalinka, André Bamberski découvre des incohé- rences dans le rapport d’autopsie. Son enquête le mène au beau-père de Kalinka, cardiologue renommé et mis hors de cause ; il lui faudra des années pour obtenir le jugement puis la condamnation effective du meurtrier. Vincent Garenq (Présumé coupable,L’Enquête) poursuit sa mise en images des rouages de la justice et de ce qui les grippe. Il suit en détail le combat de ce père pour la vérité, dans la lignée édifiante d’une fiction documentée à la Cayatte. Le film bénéficie de l’interprétation puissante de Daniel Auteuil, entre douleur et obsession, folie et obstination. 

  30. Première
    par Sylvestre Picard

    Pendant la guerre en ex-Yougoslavie, des membres d’une ONG essaient de sortir un cadavre d’un puits et c’est le début des emmerdes. Le sujet aurait pu être plombant, cependant le réalisateur choisit de le traiter comme une grosse comédie chorale et absurde. Cela fonctionne plutôt pas mal, comme un No Man’s Land des années 2010. A Perfect Day doit beaucoup à Benicio Del Toro en humanitaire goguenard et désabusé mais tellement cool, finalement pas si éloigné de son emploi de coupeur de gorges mexicain, version vieux altruiste. Un peu comme si Dario de Permis de tuer (1989) s’était reconverti et avait passé trente ans à la Croix-Rouge.