3
Algérie du possible

En revenant sur les circonstances (mystérieuses) de la mort de son père, militant anticolonialiste, avocat du FLN et conseiller du régime à l’indépendance du pays, la réalisatrice d’Algérie du possible esquisse en filigrane un panorama de la révolution algérienne, cette période de guerre et de l’après-guerre surtout, quand le pays fut un temps le "Phare du Tiers Monde", le refuge des révolutionnaires et la tête de pont des non-alignés.

Vanina Arrighi de Casanova
3
Salt and Fire

Depuis onze ans, Werner Herzog a passé la surmultipliée en tournant en moyenne plus d’un film ou documentaire par an. Forcément, il y a un peu de déchet. Salt and Fire, s’il appartient à sa veine de films d’aventures existentiels, peine à égaler la puissance d’évocation et visionnaire d’Aguirre ou de Fitzcarraldo. Il y filme l’enlèvement d’une scientifique par un entrepreneur dont elle a dénoncé des agissements susceptibles de provoquer un désastre écologique.

Christophe Narbonne
3
Tikkoun

Tikkoun est une expérience. Un film à part sur une crise de foi et la volonté d’une autre vie. Haïm-Aaron est un jeune juif de Jérusalem, qui effectue de brillantes études dans une yeshiva (centre d'étude de la Torah et du Talmud) ultra orthodoxe. Alors qu’il s’impose un jeûne extrême, il perd connaissance. Les médecins s’acharnent et finissent par le déclarer mort. Mais son père tente un massage cardiaque et le ramène finalement à la vie.

François Léger
3
Premier Contact

Depuis Le jour où la Terre s’arrêta, de Robert Wise (1951), on sait qu’il peut s’avérer aussi divertissant de dialoguer avec les extraterrestres que de leur taper dessus. Mais la liste des cinéastes qui ont tenté le coup incite à l’humilité. Wise donc, Spielberg (Rencontres du troisième type), Cameron (Abyss), Zemeckis (Contact) et, hum, un certain Stanley Kubrick (2001), s’y sont frottés. Les films en question n’étaient pas trop mal. Premier Contact s’inscrit dans cette lignée écrasante.

Guillaume Bonnet
4
La Danse des accrochés

Présenté comme "la première fiction sur le bracelet électronique", La Danse des accrochés ne brille pas par son plan com. Qui a envie d’aller voir un film sur un thème pareil ? Faisons donc comme si on ne savait pas.

Christophe Narbonne
4
The Music of Strangers

Après avoir raconté dans l’excellent Twenty Feet from Stardom les vies d’une poignée de choristes (ces filles qui chantent derrière Mick Jagger ou Sting, « à quelques mètres de la gloire »), le réalisateur Morgan Neville, véritable stakhanoviste du documentaire musical, se penche dans sa nouvelle livraison sur le collectif Silk Road Ensemble, créé par le musicien Yo-Yo Ma.

Frédéric Foubert
4
Carole Matthieu

Impossible de ne pas penser à La Journée de la Jupe en voyant Isabelle Adjani se battre envers et contre tous dans ce nouveau drame social diffusé à l’origine sur Arte. Mais Carole Matthieu est plus sombre puisqu’il explore le thème très actuel de la souffrance en entreprise, à travers le regard de cette médecin du travail aussi usée que ses patients. Presque documentaire, la première partie du film dissèque la cruauté du monde des centres d’appel et le cynisme du management de façon édifiante.

Clara Nahmias
4
Absolutely Fabulous

Edina et Patsy sont de retour, et elles n'ont pas changé. La preuve, le film commence sur leur réveil après une sacrée gueule de bois, toujours aussi has been à l'ère des réseaux sociaux et du tout-Internet. Les deux parasites ont désormais une obsession : devenir les meilleures copines de Kate Moss, mais elles vont la tuer par accident et partir en cavale dans le sud de la France.

Sylvestre Picard
5
Bienvenus !

Primus, le propriétaire d’un hôtel quasiment en faillite dans les montagnes norvégiennes décide d’accueillir des réfugiés pour obtenir des subventions et tenir le coup. Sauf que voilà : Primus est un sale type et s’ouvrir aux autres cultures, ça le gonfle. Donc quand cinquante personnes d’horizons et de pays divers débarquent dans son hôtel, son idée de départ lui semble d’un coup beaucoup moins bonne. Le réalisateur norvégien Denstad Langlo prend un sujet a priori dramatique pour en faire une comédie totalement d’actualité et profondément humaine.

François Léger
2
Banana

La chronique adolescente est un exercice périlleux. On tombe souvent dans le chromo trivial ou les clichés un peu énormes. Avec son tableau d’un monde où les adultes sont tous médiocres (la prof misanthrope, le père qui ne baise plus sa femme frustrée) et où les enfants sont porteurs d’une certaine innocence, Banana cumule les deux défauts.

Christophe Narbonne
2
Ma' Rosa

Attendue sur la foi de ses premières images comme une balade coup de poing dans les faubourgs de Manille, Ma’ Rosa est surtout un drame néo-réaliste poussiéreux, qui témoigne de l’impact désastreux de l’esthétique Dardenne sur l’art et essai globalisé. C’est le récit de la nuit d’angoisse d’une famille vivotant de petits trafics, arrêtée par des flics corrompus, et qui va devoir sillonner la ville pour trouver de quoi payer la caution.

Frédéric Foubert
2
Le Gang des Antillais

Déracinement, exploitation, désillusion et révolte d’une génération d’Antillais parachutés dans la Métropole des années 70 : à nouveau, Jean-Claude Barny (Nèg Maron, Tropiques amers) s’attaque à une page de l’histoire des DOM-TOM. Mais hésitant entre film de gangsters, témoignage historique et drame social, effleurant trop de thèmes sans les approfondir, Le Gang des Antillais se disperse. La faute à la voix-off à la première personne, trop omniprésente ? À ces personnages auxquels il est difficile de s’attacher ?

Clara Nahmias
3
Wolf and Sheep

Présenté à la dernière Quinzaine des Réalisateurs, Wolf and Sheep a suscité l’intérêt et une certaine bienveillance de la part des observateurs en raison, sans aucun doute, de la nationalité afghane de la réalisatrice. Certes, le film a des qualités avec son mélange habile –mais déjà vu- de mythologie fantastique et de réalisme documentaire et son discours résolument féministe qui lui confèrent une sorte d’impunité critique.

Christophe Narbonne
3
La Fine équipe

Les membres de Varek, un groupe de rap naguère célèbre, sont en galère et sous l’impulsion de Stan, leur chanteuse rebelle, s’embarquent pour une tournée improvisée à travers la France. Omen, fan de Varek, devient gratuitement leur homme à tout faire… Comme un petit air de Presque célèbre dans ce modeste road-movie qui raconte les mesquineries et les rivalités au sein d’un groupe.

Christophe Narbonne
3
Le Voyage au Groenland

Deux comédiens hipsters aux cheveux gras (genre Vincent Macaigne) débarquent au Groenland pour passer quelques jours chez le papa de l’un d’entre eux. Et éprouver leur amitié par moins 30. Dépaysement, humour absurde semi-improvisé, blagues à contretemps : Sébastien Betbeder convoque l’esprit de Jacques Rozier dans ce buddy-movie lunaire à la fantaisie un poil forcée, qui repose un peu trop exclusivement sur le capital sympathie de ses acteurs.

Frédéric Foubert
3
Enfin des bonnes nouvelles

Faux documentaire à la fois rigolard et diablement d’actualité, Enfin des bonnes nouvelles est à la jonction entre comédie et science-fiction. Trois amis au chômage inventent une application mobile qui change radicalement la face du monde : Vigi’s permet à tout consommateur de vérifier la note d’un produit qu’il souhaite acheter, en fonction de son indice écologique, de la politique salariale ou encore de l’égalité hommes-femmes au sein de l’entreprise. Un simple scan permet de savoir absolument tout sur la production.

François Léger
3
L'Ornithologue

Drôle de cinéaste, Joao Pedro Rodrigues défend un cinéma allégorique et mutant au travers duquel passe l’idée d’art total, affranchi des codes narratifs et esthétiques usuels.

Christophe Narbonne
3
Rocco

Deux sujets se télescopent dans ce doc consacré à la star du porno : l’homme Siffredi d’un côté, et son reflet miniature, son "Mini-Me", de l’autre. Eh non, on ne parle pas de sa b… En revanche, on la voit. Granuleuse, vénéneuse, botticellienne. Elle pend sous la douche dans le plan d’ouverture, telle une nature morte grossière que la caméra s’apprête à sculpter en pleine lumière. Rocco est un film de goût, élégant, presque raffiné, soucieux de créer un fossé esthétique entre lui et son sujet.

Benjamin Rozovas
4
Sully

Après avoir raconté la vie et l’œuvre du tireur d’élite le plus létal des Etats-Unis, Clint se penche sur le fameux "miracle sur l’Hudson" de janvier 2009, l’hallucinant amerrissage forcé d’un Airbus A320 dont les 155 passagers sortirent indemnes. Un film catastrophe sans catastrophe, donc, mais pas sans drame pour autant : tout le récit s’enroule autour de l’audition du capitaine Sully par une commission d’enquête suspicieuse, qui s’interrogeait sur le bien-fondé du geste du pilote, audacieux, certes, mais aussi franchement casse-cou.
Frédéric Foubert

Frédéric Foubert
4
Sausage Party

La comparaison, souvent établie, avec Toy Story n’est pas fortuite : un produit de consommation (jouet ou aliment de supermarché) découvre que le monde des humains qu’il avait idéalisé n’est pas si idyllique que ça. En l’occurrence, quand on est une saucisse ou une carotte, on s’y fait découper, trancher, cuire, bouffer ! En découle une comédie initiatique assez classique dans laquelle un héros à contre-courant (ici une saucisse moyennement téméraire) est amené à semer la graine de la révolution parmi ses congénères.

Christophe Narbonne
5
Vaiana, la Légende du bout du monde

Si Vaiana, la légende du bout du monde est une merveille, c'est parce que le dernier-né des films d'animation Disney synthétise tout l'art visuel et narratif du studio, tout en accomplaissant des prodiges de character design : celui de Vaiana, héroïne déterminée à sauver le monde des ténèbres, et celui de Maui, demi-dieu roublard et herculéen dont les tatouages accompagnent l'histoire. L'aventure sur l'océan -idée de cinéma superbe, décor dépouillé et vivant- de Vaiana et Maui fait déjà partie des annales de Disney.
Sylvestre Picard

Sylvestre Picard
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Friend Request

Laura, étudiante en psycho (Alycia Debnam-Carey alias Alicia dans la série Fear the Walking Dead), accepte un jour la demande d'ajout en ami sur Facebook de Marina, une artiste gothique un peu perturbée. Quand elle pète un câble, Laura la vire de ses amis, Marina se suicide et son fantôme met à hanter notre héroïne et ses copains. Ajoutant une grosse dose de fantastique à son pitch de thriller, Friend Request par l'allemand Simon Verhoeven (aucun lien) affaiblit considérablement son ambition et sa portée.

Sylvestre Picard
2
Rupture pour tous

Mathias a crée Love is dead, une start-up qui s’occupe de rompre à votre place. Seulement, voilà, quand c’est sa propre mère qui veut quitter son père, sa vision cynique des choses est mise à mal… Très mal écrite, cette comédie à pitch multiplie les sous-intrigues et les personnages secondaires inutiles. Pourquoi coller au héros deux amoureuses potentielles dont l’une est sacrifiée sans raison crédible (preuve qu’elle ne sert à rien narrativement) ? Le ton gentiment iconoclaste du début est vite remplacé par un discours moralisateur qui disqualifie à peu près totalement le projet.

Christophe Narbonne
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Les Rues de Pantin

"Ces moments de silence dans une conversation sont toujours un grand supplice pour moi", confie à un moment Kogo, cinéaste japonais et protagoniste des Rues de Pantin. Durant les 59 minutes que dure le moyen-métrage, on aura droit à pléthore de silences embarrassés (et embarrassants) façon théâtre filmé, avec tout ce que cela induit de surjeu difficilement soutenable. Au fil de ses déambulations dans les rues de Pantin à cause d’une adresse mal notée, Kogo rencontre des personnages artificiellement lunaires et tombe amoureux au passage.

François Léger
2
La Chute des hommes

Les bonnes intentions et l’urgence de tourner (sans argent, avec des comédiens pour l’essentiel amateurs) ne sont pas toujours garants de réussite. Depuis ses débuts, Cheyenne Caron fait des films de cette manière, en mode commando, animée par le souci de traiter des sujets sensibles qu’il serait difficile de financer par le circuit normal. Après L’Apôtre, qui racontait la conversion au christianisme d’un musulman, elle dénonce dans La Chute des hommes l’embrigadement et la radicalisation des jeunes français embarqués dans le Djihad.

Christophe Narbonne
3
Le Disciple

Les films qui nous viennent de Russie ne sont pas rassurants. Ils montrent une société en proie au cynisme (Elena), à la corruption (Léviathan) ou, ici, à l’intégrisme religieux à travers le personnage de Veniamine, un étudiant renfermé qui cite les Ecritures (chrétiennes) à tout bout de champ et qui se radicalise de plus en plus. Le plus inquiétant, ce n’est pas ce jeune agité, somme toute un peu ridicule et maladroit, mais les adultes qui lui font face et qui sont les garants de l’ordre moral et civil en Russie.

Christophe Narbonne
2
Une Vie

Les plans sont fixes avec peu de mouvements à l’intérieur : a priori rien ne distingue Une vie de La Loi du marché, le précédent film de Stéphane Brizé d’autant que, dans les deux cas, il est question d’une effrayante réalité sociale qui écrase les plus faibles. Pourtant, on ne fait pas plus opposé que ces deux variations autour du thème du déclassement, indépendamment des différences d’époque et de milieu -Une vie, adaptation de Maupassant, se passe au 19ème siècle au sein de l’aristocratie de province.

Christophe Narbonne
3
Abluka : suspicions

Abluka se déroule à Istanbul, dans un futur proche. L’orage gronde au loin, des bombes explosent dans la ville, on perçoit les échos d’une guerre civile. Mais ce n’est pas de la science-fiction pour autant. Un polar, alors ? Oui, peut-être, il y a de ça. Mais sans flic, sans flingue, mettant simplement en scène des personnages aux yeux cernés, englués dans un monde sans pitié, infernal, sur lesquels pèse le poids du fatum.

Frédéric Foubert
3
Qu'est-ce qu'on attend ?

Une petite ville d’Alsace comme il y en a tant. Sauf que les 2 200 habitants d’Ungersheim ne vivent pas comme comme les autres : depuis 2015, la localité s’est lancée dans la transition énergétique pour réduire (très) sensiblement son empreinte carbone.

François Léger
4 Julius et le Père Noël

Ce conte de Noël, qui emprunte beaucoup au folklore scandinave (il y est notamment question de Krampus, l’équivalent du Père Fouettard), raconte comment un orphelin va tenter de sauver le Père Noël, prisonnier de son sinistre alter ego dans un monde imaginaire. Destiné aux tout petits, le premier long métrage de Jacob Ley dispense une morale de bon aloi, conforme à l’esprit de Noël.

Christophe Narbonne