1. Première
    par Isabelle Danel

    Hannah est chanteuse, son mari pianiste et leur fils violoniste. En famille, ils dirigent une chorale dédiée aux musiques liturgiques juives françaises de la fin du XIXe  siècle. Tourné à Montréal, ce film mélange les langues et les voix, les accents et les mélodies, il donne à voir et à entendre la passion pour une musique oubliée et vouée à disparaître si personne ne s’en empare. Sous une apparence factuelle (trouver des subventions, répéter, exhumer une partition...), Mobile Étoile se développe comme un aria, prend de l’ampleur au fil de la projection. Filmé en plans-séquences et en cadres larges, l’environnement urbain moderne est l’écrin idéal de ces êtres si vivants et obstinés. 

  2. Première
    par Frédéric Foubert

    Ça y est, c’est officiel: le "Greta Gerwig movie" est un genre à part entière. Qu’elle se nomme Frances Ha, Mistress America, ou Maggie, comme ici, l’actrice joue la même fille: une intello névrosée qui arpente New York en cherchant un sens à sa vie. Dans le registre, la première demi-heure de Maggie a un plan est parfaite: la danse sur "A Message to You, Rudy, Ethan Hawke, les blagues sur le don de sperme... Puis ça se met à ressembler à du Woody Allen en mode random, sans véritable enjeu, ni émotion, ni même une punchline rigolote. Pas désagréable, non, mais totalement inoffensif. Pour les amateurs, néanmoins, il y a de quoi patienter jusqu’au prochain Noah Baumbach.

  3. Première
    par Gérard Delorme

    Il n’est jamais inutile de rappeler l’Histoire, et Jay Roach le fait aussi sérieusement que les frères Coen évoquaient la même période sur le ton de la comédie dans Ave César! Cette fois, aucun aspect de cette triste affaire n’est passé sous silence: la campagne de délation, les lâchetés, les injustices, les amitiés et les vies détruites. Mais la tentation de l’amertume est contrebalacée par le point de vue choisi, celui d’un artiste exemplaire, géné- reux, constructif et tolérant. Bryan Canston incarne Dalton Trumbo à la perfection sous ses multiples facettes: l’humaniste qui assume ses convictions jusqu’en prison ; le technicien hors pair, qui invente sa propre version du traitement de texte longtemps avant l’apparition de l’informatique ; et le père de famille débordé par son travail. 

  4. Première
    par Bernard Achour

    Exactement comme dans Caramel de Nadine Labaki, sorti à l’été 2007, des femmes (libanaises dans Caramel, ici palestiniennes de Gaza), se retrouvent dans un salon de beauté. S’ensuivent des conversations sur la guerre qui gronde dehors, derrière les fenêtres; des débats sur leur condition d’épouse; des affrontements tour à tour larvés ou explosifs… Si la force du sujet retient parfois l’attention, le dispositif vire, hélas, très vite à l’artifice – les personnages sont réduits à un panel représentatif, l’hystérie est attendue et la vision politique absente. Pour une cliente enceinte, il se produira exactement ce que l’on devinait depuis le début. Même lorsque l’horreur s’invite, on reste de glace. 

  5. Première
    par Eric Vernay

    Cette Chambre verte repeinte en rouge sang confirme tout l’espoir placé sur les épaules de Jeremy Saulnier, après l’excellent Blue Ruin. Là encore, des individus lambda apprennent sur le tas comment zigouiller de vrais bad guys, dans le cadre non plus d’un polar vengeur mais d’un survival adolescent. Cet amateurisme dans l’art de l’assassinat, hérité du Fargo des frères Coen, fait tout le piment du cinéma de genre, à la fois gore et burlesque, de Saulnier. Il n’est pas si aisé de descendre proprement son prochain. Les gestes de nos sympathiques punks, apprentis badass, sont d’abord mal assurés, occasionnant d’imprévisibles tressautements comiques. On pense notamment à ce flingue qui, butant sur un rétroviseur en plein climax, vient inopinément casser la fluidité et l’harmonie de la séquence, tel un larsen punk. Ce goût de la dissonance s’applique aussi côté méchants : on a rarement vu des skinheads être aussi rigoureux dans le passage à tabac que dans celui de l’aspirateur. D’où un film drôlement brutal certes, mais distillant des bouffées d’empathie avec équité. L’atmosphère "no future" de ce jubilatoire jeu de massacre s’en trouve augmentée d’une note plutôt incongrue sur un champ de bataille : la tendresse.

  6. Première
    par Mathias Averty

    On le sait : on va trop vite et même le dire haut et fort ne nous fera pas ralentir. Au milieu de cette course mortelle, certains, pourtant, prennent du recul, comme Gilles, ce trader devenu professeur qui discute avec ses élèves des problèmes de notre monde hyperactif. Techniquement irréprochable, ce documentaire positif et plein de bon sens manque paradoxalement d’une certaine folie pour devenir inoubliable. À croire qu’il est toujours diffi cile d’égaler la puissance cathartique de Koyaanisqatsi, la fresque muette de Geoffrey Reggio, qui donnait à sentir la frénésie du monde moderne. Une œuvre fondatrice pour Tout s’accélère, qui lui emprunte des séquences de time lapses hypnotiques réussies. 

  7. Première
    par Christophe Narbonne

    Un jeune perroquet s’embête sur son île perdue au milieu de l’océan. Jusqu’au naufrage d’un bateau de pirates, dont le jeune Robinson est l’unique survivant avec deux matous sournois… Avec sa 3D très réussie (meilleure que dans certains blockbusters américains), cette version animée du roman classique écrit par Daniel Defoe prend des libertés amusantes avec l’œuvre originale. Le meilleur ami de Robinson s’appelle ainsi Mardi et c’est un volatile. Vincent Kesteloot, qui a fourbi ses armes auprès de Ben Stassen, le grand manitou de l’animation fl amande (on lui doit la série des Sammy), a le sens du rythme et de la caractérisation. Réalisateur à suivre, comme on dit. 

  8. Première
    par Damien Leblanc

    En visite au camp de concentration de Buchenwald, un jeune professeur découvre une photo qui le pousse à enquêter sur son histoire familiale et sur la Seconde Guerre mondiale : avec ce récit adapté du roman de Fabrice Humbert, Elie Chouraqui livre un perturbant objet de cinéma. Car si les séquences au présent, centrées sur la recherche de vérité d’un héros un poil balourd, paraissent souvent minimalistes, elles laissent place à des flash-back qui jettent un regard intense sur la Shoah. Ce voisin frontal du film de Claude Miller, Un secret, parvient au final à télescoper les époques pour mieux les faire s’éclairer mutuellement. 

  9. Première
    par Eric Vernay

    Dehors, la fournaise. Des chiens errants, de la poussière, un enfer méditerranéen où l’eau manque, les incendies se multiplient et la population désargentée gronde, assoiffée. À l’intérieur, les riches se barricadent. Mais le calme apparent, sécurisé et climatisé de la villa surveillée par Ashraf laisse progressivement place à des visions angoissantes. Réel danger ou simples bouffées paranoïaques dues à un coup de chaud ? Le doute subsiste jusqu’au bout dans ce cauchemar caniculaire, où, à l’instar de Shining de Kubrick ou de Pique-nique à Hanging Rock de Peter Weir, l’inquiétude émane non pas de l’obscurité, mais de la lumière. Captée par Yórgos Arvaní- tis, le chef opérateur de Theo Angelopoulos, pourtant habitué aux tons gris, elle est ici jaune vif, aveuglante, troublante et organique. Cette présence solaire découpe des ombres menaçantes et distille une inquiétante étrangeté dans les paysages mentaux imaginés par la jeune cinéaste Joyce A. Nashawati. Entre l’efficacité "B" du film de genre et l’élégance arty du trip aux échos politiques (le péril du migrant à l’ère du capitalisme sauvage), ce premier long métrage happe la rétine avec son onirisme sec, obsessionnel, et nous fait basculer avec délectation de l’autre côté du miroir. Lumineuse révélation.

  10. Première
    par Julia Beyer-Agostini

    Dans le Saïgon du début des années 2000, un apprenti photographe se lie d’amitié avec un petit trafiquant de drogues et une danseuse de boîte de nuit. À travers cette chronique sensible sur le désir, le cinéaste vietnamien Phan Dang Di capture avec délicatesse un environnement en pleine mutation. Très inspiré par la photographie, Mekong Stories offre de sublimes visions nocturnes, basculant progressivement des plans hypnotiques de la vie citadine à une série d’images de la nature d’inspiration impressionniste. La trop grande prise de distance du réalisateur avec son récit rend malheureusement cette œuvre un brin trop contemplative et atmosphérique pour impliquer totalement le spectateur. 

  11. Première
    par Bernard Achour

    Dans la foulée du rôle de l’écrivain désabusé d’Un début prometteur qu’il jouait à contre-emploi, Manu Payet serait-il en train de devenir le porteparole des trentenaires en crise? Cette fois-ci producteur de musique dont l’irresponsabilité fait voler le couple et la vie de famille en éclats, il habite avec de chouettes nuances cette chronique douce-amère un peu trop écrite pour dégager les vibrations générationnelles, manifestement visées. Mais une vraie belle idée de cinéma (une scène d’espionnage téléphonique inventive) et une toute dernière ligne droite à laquelle on ne s’attendait pas du tout suffisent à donner une amorce d’identité à ce qu’on abordait comme une énième "comédie française".

  12. Première
    par Christophe Narbonne

    L’année dernière, Valérie Donzelli a livré dans Marguerite & Julien son commentaire post-moderne d’une célèbre affaire de mœurs ayant agité la fin de la Renaissance. Au tour de Christophe Honoré d’y aller de sa relecture d’un mythe – littéraire celui-ci – relevant de "l’esprit français", ce mélange improbable de légèreté, de sérieux, d’élégance et de trivialité. Dans Les Malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur (à la mode Honoré), il y a des animaux joliment animés et des morceaux de musique pop (composés par le fidèle Alex Beaupain) ; un personnage-narrateur qui s’adresse aux spectateurs ; des enfants-acteurs très peu dirigés, des comédiennes célèbres (Golshifteh Farahani, Anaïs Demoustier), d’autres pas ; et un spectaculaire come-back (Muriel Robin). Comme dans Marguerite & Julien, la mayonnaise ne prend pas toujours : la spontanéité se confond souvent avec l’approximation. Reste un vrai geste de cinéma et l’énième résurrection (la bonne, cette fois ?) de Muriel Robin, impériale dans la peau de l’horrible madame Fichini qui a fait cauchemarder des générations entières de petites filles. 

  13. Première
    par Mathias Averty

    Ce fascinant road-trip d’une famille en quête de sens réunit des interviews de vieux sages indigènes aux quatre coins du monde, qui n’avaient jamais été filmés auparavant. Et leur philosophie aux antipodes de la nôtre est si lumineuse qu’elle efface sans effort le manque de mise en scène et de moyens de l’ensemble. Un voyage initiatique passionnant.

  14. Première
    par Bernard Achour

     Un faire-part de décès pousse une mamie de banlieue à s’enfuir le temps d’une journée en Algérie pour y revisiter son douloureux passé. Le film est sincère, mais à force de miser sur la corde sensible, l’humour feel good et la bonhomie surlignée de son héroïne, il ne dépasse pas suffisamment le cadre simpliste et le pittoresque pour se faire aimer autant qu’il le voudrait.

  15. Première
    par Isabelle Danel

    L’homme qui obtint l’extradition et le procès d’Adolf Eichmann, haut fonctionnaire SS chargé de l’extermination des juifs d’Europe, est un héros de l’ombre. Ce film lui rend hommage avec un réel sens du rythme et du suspense. Seul bémol, les scénaristes ont campé un procureur homosexuel un peu trop caricatural. Un brûlot historique efficace et porteur de vérité.

  16. Première
    par Isabelle Danel

    Gonzalo, 30 ans, amoureux de sa cousine, en échec à l’université, veut faire acte d’apostasie et disparaître des "fichiers" de l’Église catholique. Entre fable absurde à la Buñuel et conte philosophique façon Italo Calvino, le troisième long du réalisateur de La Vida Útil est une réussite : il rend distrayante une crise existentielle ! 

  17. Première
    par Caroline Veunac

    Autrefois, l’être humain ne courait qu’en cas d’absolue nécessité. Dans les 60s, une poignée de joggers prend l’habitude de courir dans les rues du Bronx, sous le regard éberlué des passants. Aujourd’hui, le running est devenu une activité universelle. Free to Run raconte la révolution qui vit un petit groupe de pionniers donner naissance au marathon de New York. Le film tend le micro à des passionnés tels que Kathrine Switzer, militante historique de la participation des femmes à la course sportive. Musclé par un fabuleux corpus d’images d’archives, Free to Run fait dialoguer avec audace les facettes économique, sociétale et spirituelle de la course à pied. Pas besoin d’aimer transpirer pour trouver ce documentaire passionnant. 

  18. Première
    par Isabelle Danel

    Siméon s’éprend de Marie qui a quitté Antoine. Siméon suit Marie et Antoine les suit... Il y a un ton Betbeder, palpable dans ses courts métrages et son deuxième long, 2 automnes, 3 hivers. Ici, il s’amuse encore plus côté forme, dans les scènes où les héros (casting impeccable), face caméra, racontent leur enfance et les moments-clés de leur vie. Il joue du récit dans le récit puisqu’Antoine est écrivain et fait de Marie et Siméon les personnages de son roman... Dommage qu’il se perde dans une histoire de clip cosmique fastidieuse autour d’une vision rêvée par le personnage d’André Wilms (très drôle au demeurant). Le reste du temps, c’est ludique, charmant et hilarant.

  19. Première
    par Damien Leblanc

    Après Ali G, Borat, Brüno et The Dictator, Sacha Baron Cohen (acteur et coscénariste) s’attaque à la comédie d’espionnage et campe un fan de foot décérébré qui assiste son frère agent secret. Plutôt que de réinvestir les codes de l’élégance british (comme le faisait l’année passée Kingsman), l’ambition consiste évidemment ici à repousser les limites de l’humour gras, tout en caricaturant à l’envi les familles d’alcooliques du nord de l’Angleterre. Si ce cocktail d’action et de délires scatos déclenche souvent les rires, la satire politico-sociale manque de mordant bien que Donald Trump et la FIFA en prennent brièvement pour leur grade.

  20. Première
    par Isabelle Danel

    Une femme napolitaine, mère de trois enfants, épouse d’un usurier violent, aux prises avec ses fantômes et un nouveau boulot, se retrouve sur le plateau de tournage d’un feuilleton dont la vedette masculine lui fait les yeux doux. En noir et blanc et parfois en couleurs, ce deuxième long de Giuseppe M. Gaudino filme dans la tête d’Anna une chronologie des faits chahutée. Tant de confusion pour conter la confusion donne un résultat bigarré, foutraque et assez déroutant. Folle ou sainte, ou tout cela à la fois, le personnage d’Anna est incarné avec une belle énergie et beaucoup d’émotion par Valeria Golino, actrice couronnée d’un prix d’interprétation mérité au dernier festival de Venise. 

  21. Première
    par Bernard Achour

    Après sa magnifique immersion claustrophobe dans la population grouillante de la gare du Nord, c’est dans l’espace à ciel ouvert du bois de Vincennes que Claire Simon poursuit sa déambulation documentaire. Au programme de ce qui commence à ressembler à un filon: des rencontres de hasard (un homo dragueur, une prostituée joviale, des réfugiés du Cambodge, des ingénieurs des Eaux et Forêts); des pauses contemplatives ; et une voix off dont le texte très écrit oscille entre poésie et mysticisme ampoulé... C’est parfois cocasse et émouvant, mais la durée déraisonnable du traitement et la dimension aléatoire du procédé ne mobilisent qu’un intérêt ponctuel, parfois proche de l’ennui.

  22. Première
    par Bernard Achour

    Voilà un film qui croit dur comme fer à son sujet. En décrivant les relations entre un "fourgueur" surdoué de cuisines industrielles et son fils (qu’il accepte de former à la vente pour le sortir d’une mauvaise passe), le réalisateur et coscénariste Sylvain Desclous semble sortir ses tripes. Portrait d’un homme dévoré par son métier, évocation mélancolique d’une prise de conscience tardive, approche bouleversée des rapports père-fils, on ne peut guère lui tenir rigueur, (pas plus qu’à ses comédiens d’ailleurs), d’un manque d’implication. Pourtant, si le film garde le cap, son manque de finesse laisse l’impression que tous les négociants en cuisines sont de parfaits abrutis.

  23. Première
    par Vanina Arrighi de Casanova

    Une femme parcourt 2500 kilomètres à pied dans le désert australien avec quatre chameaux et son chien. Présentée en 2013 à la Mostra, la longue marche de Mia Wasikowska a donc mis presque trois ans pour arriver sur nos écrans. Tracks est adapté d’un sujet du National Geographic sur Robyn Davidson, une femme qui, en 1977, a financé son projet fou de parcourir à pied le désert australien jusqu’à l’océan Indien en acceptant de devenir le sujet d’un reportage. Le résultat à l’écran – un voyage silencieux dans les paysages grandioses de l’Outback dépouillé de tout discours ou réflexion existentielle – ne transcende pas son matériau d’origine, mais ne manque pas d’une certaine grâce. Tout comme l’impénétrable Mia Wasikowska. 

  24. Première
    par Christophe Narbonne

    Comment continuer à suivre ses idéaux progressistes tout en faisant face à un drame personnel qui donne raison aux réacs et aux tenants d’un pragmatisme à géométrie variable? C’est le cas de conscience que vit Paulina, jeune femme intelligente promise à une brillante carrière d’avocat qui, malgré l’opposition de son juge de père, décide d’enseigner dans une région de l’Argentine défavorisée. Avant de tomber de haut... Dans un style documentaire typique du cinéma sud-américain, Santiago Mitre fait monter la pression doucement, mais reste au plus près de son héroïne en nous épargnant les séquences racoleuses. Brillamment dialogué, Paulina a la force de l’évidence.

  25. Première
    par Benjamin Rozovas

    Demolition est une sorte de cauchemar spiritualo-lourdingue assez typique du cinéma indépendant américain. Un film sur des gens à la dérive, paumés ou malaimés, qui aspirent à ressentir quelque chose de la vie. Jake-Davis (son personnage) ne ressent rien, alors Jake démolit: un frigo, une machine expresso, les luminaires chez ses beaux-parents, sa propre maison. Dans l’espoir vain d’en entrevoir le mécanisme intérieur... Voilà pour la mé- taphore quinze tonnes. Dans son registre somnambule habituel, Jake Gylenhaal signe une autre performance dingo. "Auteur" de trois films consécutifs qui lui doivent beaucoup (Night Call, La rage au ventre et celui-ci), il est passé dans le camp de ces stars (à la Brad Pitt) qui forcent le passage et s’approprient tout ce qu’elles touchent. À ce stade, on pourrait le regarder dans n’importe quoi. La preuve.

  26. Première
    par Gérard Delorme

    Repéré pour sa collaboration avec son père pour Gravity, Jonás Cuarón révèle avec ce deuxième long un instinct de cinéma phénoménal, qui rappelle Duel, de Spielberg. Variation sur le thème des Chasses du comte Zaroff, le film établit très vite une dynamique implacable: un chasseur et ses proies s’affrontent dans un décor exploité pour ses possibilités dramatiques. Le climat est générateur de suspense. Le relief, la végétation et la faune sont des dangers ou des atouts: une cachette qui sauve la vie peut se transformer en piège mortel. Jeffrey Dean Morgan se qualifie pour le prix de l’ordure de l’année en incarnant un raciste convaincu, du genre à voter Trump, mais à regret, faute de candidat plus radical. 

  27. Première
    par Christophe Narbonne

    Ce résumé cerne les enjeux shakespeariens évidents du premier film du surdoué Robin Pront. Élevés par une mère mal-aimante (et un brin caricaturale; les scènes les moins réussies sont avec elle), Kenneth et Dave sont les produits d’un environnement sociofamilial défaillant sur lequel ne s’appesantit pas le réalisateur. Celui-ci préfère mettre méthodiquement en place les pièces de la tragédie annoncée. Comme dans tout bon film noir, le mensonge structure les différents arcs narratifs jusqu’au final, dans la forêt des Ardennes, où les choix graphiques de Pront (forts contrastes, couleurs éteintes, cadrages et mouvements millimétrés) impressionnent et témoignent d’un puissant pouvoir d’évocation. L’intensité de l’affrontement qui s’y fait jour, renforcée par l’irruption de nouveaux personnages aussi imprévisibles qu’inquiétants, et le dénouement choquant (d’ores et déjà le meilleur twist de l’année) impose d’emblée Robin Pront comme un réalisateur qui compte. Le producteur Bart Van Langendock, à l’origine de l’éclosion de Michael R. Roskam (Bullhead), a décidément du nez. 

  28. Première
    par Bernard Achour

    Réalisé en 1982 à condition de n’être diffusé qu’après sa mort, cet inédit du maître portugais revisite avec style sa vie et sa conception du cinéma. Un testament essentiel pour ses admirateurs, mais impénétrable pour tous les autres. 

  29. Première
    par Julia Beyer-Agostini

    Un prof de philologie entend convoquer les muses antiques pour dresser une éthique poétique et amoureuse. Il faut s’accrocher pour suivre le fil de cet essai cinématographique. 

  30. Première
    par Christophe Narbonne

    Super idée : mettre en scène des marionnettes débitant des dialogues tirés des conversations téléphoniques entre Mathias Théry et sa mère, la sociologue Irène Théry, à propos du mariage pour tous. Le dispositif, amusant et pédagogique, est cependant limité du fait que les échanges, peu contradictoires, donnent lieu à un timide débat.