A Star is Born
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A star is born

"Cette histoire est faite pour être racontée tous les 20 ans", disait Barbra Streisand en 1976, au moment de la sortie de sa version d’Une Etoile est née, la troisième du nom, après celles de William Wellman (1937) et de George Cukor (1954).

Frédéric Foubert
AFFICHE
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Nos Batailles

On n’imaginait pas forcément Romain Duris en working class hero dardennien, et pourtant, l’acteur fétiche de Cédric Klapisch porte brillamment Nos Batailles. Plus subtil et vulnérable que jamais, il incarne Olivier, syndicaliste ouvrier dont la femme quitte brusquement le foyer, sans explication, le laissant seul avec deux enfants à charge. Comme dans son précédent film Keeper, Guillaume Senez s’intéresse à la paternité, et plus précisément, à ce que la prise de conscience de cette parentalité peut impliquer de mutations sur la vie d’un homme.

Eric Vernay
Affiche La saveur des Ramen
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La saveur des ramen

N’importe qui ayant eu une grand-mère ne serait-ce qu’un peu portée sur la marmite sait que les émotions ne se transmettent pas tant avec les mots que par la capacité de l’autre à finir ou non une assiette qui a été remplie déjà trois fois. Présenté à l’occasion du dernier Festival de Berlin, La saveur des ramen suit Masato, un jeune chef au Japon, spécialisé dans ce type de bouillon populaire. A la mort de son père, il part à Singapour redécouvrir le goût des plats que lui cuisinait sa mère quand il était enfant, en particulier du bak kut teh, soupe peu chère et prisée localement.

Perrine Quennesson
AFFICHE
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Chris the Swiss

Ne vous laissez pas avoir par l’ouverture sur Jesus He Knows Me. Chris the Swiss n’a rien de dansant. Les images en parallèle en attestent : le sujet de ce documentaire mêlant prises de vue réelles et animation s’avère glaçant. Pour son premier film, la jeune cinéaste Anja Kofmel retrace le parcours de son cousin, un journaliste assassiné à Zagreb en 1992 alors qu’il couvrait la guerre civile en Yougoslavie. Un peu à la façon d’Ari Folman dans Valse avec Bachir, la réalisatrice aborde un conflit aux enjeux complexes par le biais d’une histoire personnelle.

Perrine Quennesson
Affiche Amin
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Amin

Amin trime dur en France depuis neuf ans pour faire vivre sa famille restée au pays -le Sénégal, en l’occurrence. Logé dans un foyer de travailleurs immigrés, où il côtoie d’autres déracinés minés par l’éloignement et la solitude, Amin rencontre un jour Gabrielle, femme divorcée chez qui il effectue un terrassement. Le désir s’immisce, l’amour peut-être...

Christophe Narbonne
Shut up and play the piano affiche
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Shut up and play the piano

« I wanna be loved and hated in equal amounts » (« Je veux être aimé et haï à part égale »), clamait Chilly Gonzales sur Take Me To Brodway en 2002. Une déclaration identique sert d’ouverture au documentaire Shut Up And Play The Piano, manière d’épouser le point de vue de l’énergumène canadien, qui n’a jamais eu besoin de caméras pour mettre en scène ses paradoxes.

Michaël Patin
3 Frères ennemis

Après son adaptation de Camus avec Viggo Mortensen (Loin des hommes), David Oelhoffen plonge Reda Kateb et Matthias Schoenaerts dans une déclinaison française des tragédies urbaines et intimes de James Gray. En plus brutal. Grandis dans la même cité, Driss (Kateb) et Manuel (Schoenarts) ont choisis des chemins différents : le premier est flic aux Stups et l’autre trafiquant de drogue.

Frédéric Foubert
Une fois comme jamais - Bande-annonce
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Une fois comme jamais

Deux criminels de pacotille, en fuite après avoir braqué une bijouterie de campagne, se réfugient chez Mamine, une femme de 96 ans vivant en maison de retraite que sa petite fille a ramené chez elle le temps d’un week-end. Coincés dans une bicoque, les deux hommes s’attachent peu à peu à cette vieille femme dépendante. Comédie sur la vieillesse, Une fois comme jamais interrogeavec légèreté le malheur des personnes âgées et l’indifférence des valides qui les entourent. Si l’intrigue est plutôt originale, les personnages manquent de relief et le scénario de rebondissements. 

Maxime Grandgeorge
16 levers de soleil affiche
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16 levers de soleil

Vous croyez avoir tout vu et tout entendu de l’aventure de Thomas Pesquet ? Voilà un film qui vous prouve le contraire en vous embarquant dans une expérience inédite pour suivre l’astronaute pendant les six mois –et même plus puisque nous assistons à sa préparation- de sa mission. Le réalisateur Pierre-Emmanuel Le Goff nous offre une vision inédite et intimiste du quotidien dans l’espace : le film alterne images spectaculaires du décollage, de la sortie extra-véhiculaire et des moments plus privés où les astronautes se livrent à leurs tâches.

Sophie Benamon
Blindspotting affiche
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Blindspotting

Le titre fait référence à une forme de préjugé qui entraîne un observateur partial à ne voir qu’un seul côté des choses. Comme de considérer chaque Noir comme un criminel en puissance. C’est l’un des nombreux thèmes évoqués dans cette fiction aux ambitions multiples, écrite par deux amis d’enfance –un noir et un blanc, qui jouent eux-mêmes des personnages inspirés de leur propre expérience. Le film démarre par un suspens magistral en annonçant que Collin vit ses trois derniers jours de liberté conditionnelle.

Gérard Delorme
Upgrade affiche
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Upgrade

C'est un film qu'on a déjà vu, et qu'on reverra sûrement. Dans un futur proche, un homme devenu paraplégique après l'agression qui a coûté la vie à sa femme se fait greffer une intelligence artificielle qui va lui permettre de marcher -et surtout le doter de capacités extrêmement létales. Ce qui lui permet de partir à la recherche des assassins de sa femme. Très prévisible, donc, Upgrade met pourtant autant de temps qu'un modem 512k à démarrer, mais cette nouvelle production Jason Blum possède quelques très bonnes scènes de baston aussi sanglantes que bien écrites.

Sylvestre Picard
The Little Stranger affiche
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The little stranger

Si ça continue, Lenny Abrahamson va devenir un vrai cinéaste en chambre. Après Room, il s’intéresse à une autre histoire claustro, l’adaptation d’un roman gothique de Sarah Waters qui se concentre sur le destin d’un manoir anglais dans l’immédiat après-guerre. La bâtisse est comme la famille qui l'habite : lugubre et traumatisée. Avec un art Woolfien consommé, le cinéaste agite les questions habituelles du genre : Hundred Hall est-elle hantée par la fille de la propriétaire mystérieusement disparue ?

Pierre Lunn
Affiche I Feel Good
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I feel good

C’est l’histoire de deux trajectoires opposées qui ont fini par se croiser. À ma gauche, le duo Kervern-Delépine, chantre d’un cinéma social anar parcouru d’un humour absurde “à la Blier”. À ma droite, Jean Dujardin, incarnation du cinoche du dimanche soir dans sa grande diversité -parodies sophistiquées, comédies plan-plan, drames et polars solides. A priori, rien de commun entre ces trois-là sinon l’envie de se réinventer, d’aller là où on ne les attend pas.

Christophe Narbonne
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La prophétie de l'horloge

C’est un film qu’on a l’impression d’avoir déjà beaucoup vu. L’adaptation de La pendule d’Halloween, premier volet des 12 tomes – sur 40 ans ! - de la série littéraire jeunesse mettant en scène les aventures de Lewis Barnavelt. Ici, Lewis a 10 ans et il réveille bien accidentellement les morts et déchaîne mages et sorcières dans la petite ville pourtant tranquille où il est venu s’installer chez son oncle. On regarde ce spectacle sans déplaisir ni enthousiasme.

Thierry Chèze
Un peuple et son roi
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Un peuple et son roi

En se lançant dans son diptyque révolutionnaire, Pierre Schoeller entendait se débarrasser du folklore et de la signalétique rabattue pour réinstaller la Révolution française à sa place. Un acte fondateur de la pensée politique et de la démocratie. Un pari fou, à l’opposé de tout ce qui avait été fait au cinéma, mais pas si étonnant que ça de la part du réalisateur de L’Exercice de l’État. Soyons francs : le résultat n’est pas totalement à la hauteur de l’ambition.

Gael Golhen
L'ombre d'Emily affiche
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L'ombre d'Emily

Quand son amie, une working girl (Blake Lively), disparaît, Stephanie (Anna Kendrick), jeune mère de famille veuve, mène l’enquête. Elle va aller de surprises en surprises. Ce n’est pas l’ombre d’Emily qui plane sur ce film, c’est celle, écrasante, de Gone Girl et sa cohorte de mensonges et de trahisons. Mais Paul Feig n’est pas David Fincher et la greffe légèreté/noirceur ne prend jamais. Le dénouement flirte à cet égard avec le grand n’importe quoi malgré l’abattage de la sympathique Anna Kendrick.

Christophe Narbonne
AFFICHE
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Libre

Michel Toesca a suivi pendant trois ans son ami Cédric Herrou, paysan sans histoire jusqu’au jour où il décide de consacrer sa vie à accueillir ceux qui arrivent dans sa région, fuyant leurs pays en guerre. Et d’enfreindre la loi en venant en aide à ces migrants livrés en eux- mêmes. Son film a l’intérêt majeur de poser plus de questions concrètes qu’il n’apporte de réponses toutes faites. Il ne fait jamais de Herrou un surhomme capable de solutionner tous les problèmes mais un personnage à la Capra tentant de régler par le bon sens les problèmes qui se déroulaient en bas de chez lui.

Thierry Chèze
GALERIE
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Rafiki

Pour faire la critique de Rafiki, il faut ignorer les signaux attractifs qui obscurcissent notre jugement : le premier film kényan montré à Cannes ; par une réalisatrice née à Nairobi (formée en Angleterre et aux Etats-Unis) ; avec des actrices au charisme magnétique ; contant l’histoire d’amour entre deux lycéennes dans une société où l’homosexualité est proscrite. Il fallait que ce film existe. Mais pas dans la forme que Wanuri Kahiu lui a donnée. Parce que ses personnages semblent avoir été habillés pour un défilé de mode afropolitaine.

Michaël Patin
Affiche Donbass
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Donbass

Il y a un an, Sergei Loznitsa faisait le portrait de la Russie en adaptant (et trahissant) Dostoievski, avec Une femme douce, voyage halluciné d’une femme perdue dans une Russie kafkaïenne. Avec Donbass, le cinéaste radicalise un peu plus ses concepts. Tout commence avec une troupe de comédiens qui se prépare dans une caravane. On maquille les femmes, qui papotent et s’insultent jusqu’à l’arrivée d’un militaire. Ce dernier fait taire tout le monde, ordonne à la troupe de se mettre en place et les acteurs sortent en courant dans un paysage de ruine.

Gael Golhen
Ingmar Bergman, une année dans une vie
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Bergman, une année dans une vie

Bergman avait pensé à tout. En 1987 il décide de prendre à revers tous les hommages aveugles qui pleuvent sur lui avec un bel exercice d’autovoyeurisme : sa superbe et cruelle autobio Laterna Magica mettait en scène toutes ses faiblesses depuis sa sexualité torve jusqu’à ses diarrhées chroniques. Ce doc va plus loin et veut faire rendre gorge aux mythes et aux mensonges diffusés par le cinéaste lui-même. L’idée est simple : se concentrer sur l’année 57.

Gael Golhen
Le vent tourne
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Le vent tourne

La fidélité à une idéologie n’étouffe-t-elle pas nos désirs les plus profonds ? L’excès de protection amoureuse n’enferme-t-il pas le corps dans une prison ? Autant de questions que pose Bettina Oberli à travers ce drame champêtre où un couple de fermiers idéalistes est ébranlé par l’arrivée d’un ingénieur venu leur installer une éolienne. Attirée par ce jouisseur qui voit le monde d’une manière très différente, la jeune femme se met à douter de son engagement sentimental et politique.

Damien Leblanc
AFFICHE
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L'amour est une fête

Cédric Anger s’est fabriqué une belle filmo de polars verrouillés par un sens de la narration diabolique, de L’avocat à La Prochaine fois je viserai le cœur. L’amour est une fête se lance au début sur les mêmes rails, avec des flashs de violence et de néons qui disent l’aspect charnière de l’époque. On est en 1982, l’euphorie socialiste est à son comble, mais la gueule de bois va être sévère. La première partie du film ressemble à un polar à l’ancienne, un Deray 70’s revu et corrigé par le David Simon de The Deuce.

Gael Golhen
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Les frères Sisters

Le dernier plan de Dheepan s’achevait dans une lumière aveuglante qui inondait le nouveau logement londonien de la famille recomposée du héros -filmé comme un paradis terrestre par opposition à la sordide banlieue française où ce tamoul avait préalablement échoué sans le vouloir. Le scandale, pour certains, était entériné : Jacques Audiard signait un film réactionnaire qui dépeignait, tout en la disqualifiant, la France des “caillera” qu’il valait mieux laisser croupir.

Christophe Narbonne
AFFICHE
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Vaurien

Redouane, dit Red, chômeur longue durée, vient de se faire radier de Pôle Emploi et décide alors de prendre en otage le personnel de son agence. Vaurien repose sur une idée de départ charmante et réellement de son temps : le ras-le-bol bureaucratique et la crise qui vous pousse à prendre un flingue, enfiler un masque Anonymous et à braquer l'administration (en l'occurrence, l'agence de Vénissieux) au nom de tous les laissés-pour-compte de l'Hexagone. Malheureusement, le film se transforme en un braquage enchaînant les twists plus ou moins malins façon Inside Man frenchy.

Sylvestre Picard
Volubilis affiche
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Volubilis

Réalisateur, scénariste de Téchiné (Loin), acteur pour Bonello ou Audiard, Faouzi Bensaïdi a tourné Volubilis dans sa ville natale de Meknès, au Maroc. Il décrit une société sous tension, à travers les amours contrariées de Malika et Abdelkader, le vigile et l’employée de maison, deux amants dont la passion va peu à peu se fissurer sous la pression économique. Comment s’aimer quand on ne peut pas s’offrir un chez soi ? Quand on est d’abord occupé à survivre et à préserver sa dignité ?

Frédéric Foubert
Affiche Leave no trace
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Leave no trace

Debra Granik filme la marge comme personne. Cet entre-deux sur lequel on peut projeter ce que l’on souhaite. Ce lieu interlope où se développe autant la plus précieuse des fleurs que le pire chiendent. La réalisatrice la peint avec délicatesse, et une simplicité qui n’est que de surface. Elle l’avait déjà exploré à travers les yeux de la Jennifer Lawrence en pleine éclosion de Winter’s Bone.

Perrine Quennesson
GALERIE
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Climax

C’est quoi ce film ? En début d’année, on apprenait que Gaspar Noé venait de tourner, en deux minuscules semaines, un film mystère, nom de code : Psyché, en compagnie d’une armada de street-dancers emmené par l’Amazone moderne Sofia Boutella. Mais de quoi s’agissait-il exactement ? Un documentaire sur une rave-party ayant mal tourné ? Un film d’horreur ? Une comédie musicale sous MDMA ? Habitué à un rythme de production quasi-kubrickien (4 longs-métrages en 20 ans), Noé se prenait soudain pour Fassbinder (qui, lui, usinait 4 films par an).

Frédéric Foubert
affiche fortuna
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Fortuna

Comment mettre des images de cinéma sur la crise des migrants, quand on a vu les rafiots renversés de la Méditerranée, les camps détruits au tractopelle, les corps échoués sur les plages ou retrouvés en montagne après la fonte des neiges ? Comment affronter l’horreur à l’arrivée, sonder ce qu’elle déclenche en nous et ce qu’elle laisse à ses victimes, poussées par extrême nécessité vers nos paysages, nos lois, nos corps étrangers ?

Michaël Patin
Victimes
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Victimes

François, jeune homme solitaire, décide de consulter un psychothérapeute pour résoudre ses problèmes de sociabilité. Au fil des séances, il se révèle être un psychopathe en puissance … Victimes alterne péniblement séances interminables chez le psy et scènes de violence consternantes. La mise en scène relève de l’amateurisme, le scénario est ennuyeux au possible et les acteurs n’ont pas une once de crédibilité.

Maxime Grandgeorge
Le Poulain
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Le Poulain

Signer une comédie politique nécessite finesse et doigté. Comment se moquer des jeux de pouvoirs florentins qui animent ceux qui nous gouvernent sans basculer dans la facilité du « tous pourris ? Pour son premier long, l’auteur de BD Mathieu Sapin se joue joyeusement de ces obstacles. D’abord parce que la politique il connaît ! On ne passe 200 jours dans les pas du candidat Hollande (Campagne présidentielle) et 365 autres dans les coulisses de l’Elysée (Le château) sans glaner une ribambelle de pépites propices à nourrir un scénario.

Thierry Chèze