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La nuit a dévoré le monde

Un homme s’endort dans la chambre d’un appartement parisien où une fête bat son plein. À son réveil, tout n’est que silence, décombres et cadavres. Au dehors, quelques bruits, des silhouettes bizarres. Il semblerait bien que Sam soit le seul survivant d’une humanité réduite à l’état de zombies… Non, Dominique Rocher n’a pas signé le 28 jours plus tard français.

Christophe Narbonne
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Féminin Plurielles

Le premier long de Sébastien Bailly n’en est pas vraiment un puisqu’il regroupe trois de ses courts métrages : Douce, Où je mets ma pudeur et Une histoire de France, trois singuliers portraits de femmes modernes. Une aide-soignante s’éprend d’un homme dans le coma ; une étudiante en histoire de l’art doit enlever son hijab pour passer un oral ; une chargée de communication de Tulle fait visiter la ville à une photographe allemande missionnée pour shooter François Hollande.

Christophe Narbonne
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Signer

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la langue des signes n’est pas universelle. La réalisatrice tente difficilement de nous montrer et de nous faire comprendre les différences de dialectes, à travers les témoignages de personnes malentendantes, entendantes, et de chercheurs en langue des signes. Si le sujet est intéressant, il faut néanmoins s’accrocher pour comprendre la complexité et la diversité de ces langages.

Alexandre Bernard
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Lady Bird

Christine a un plan : devenir écrivain. Mais avant la vraie vie, du moins celle qu’elle fantasme depuis sa chambre en écoutant « Cry Me a river » de Justin Timberlake (on est en 2002), il va falloir surmonter le frustrant surplace de sa dernière année dans un lycée catho de la banlieue de Sacramento. Rien ne convient à l’adolescente aux cheveux rouges.

Eric Vernay
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La ch'tite famille

Champion du box-office français en 2017 avec Raid Dingue, Dany Boon va-t-il récidiver cette année ? On peut penser que oui tant La ch’tite famille suscite des attentes folles, notamment en raison du “ch’tite” dans le titre. Brisons le suspense d’entrée : ce n’est pas une suite, même lointaine, de Bienvenue chez les ch’tis et même si Kad Merad apparaît (dans son propre rôle) le temps d’un cameo.

Nicolas Bellet
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Call me by your name

Call Me By Your Name est le dernier volet d’une trilogie consacrée au surgissement et à la révélation du désir. C’est Luca Guadagnino lui-même qui le dit. Il y eut d’abord Amore, qui racontait l’adultère d’une desperate housewife ; un film radical imposant immédiatement ce cinéaste capable de sonder les mystères de la libido, de révéler les passions qui vous prennent par surprise et recomposent, en une caresse, votre personnalité tout entière. Puis ce fut A Bigger Splash, remake de La Piscine.

Anouk Féral
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Les garçons sauvages

Enfant, Bertrand Mandico était affligé d’un fort strabisme. Devenu réalisateur, le toulousain a su faire de ce handicap physique la formule séminale de son esthétique. Non que son cinéma soit « louche » - quoi que, c’est à discuter – mais délirant, paradoxal, iconoclaste, ça oui, car guidé par un penchant pour le télescopage permanent, une véritable orgie oxymorique où les contraires ne cessent se toiser, de s’embrasser, de se toucher, et (beaucoup) plus si affinités.

Eric Vernay
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L'amour des hommes

Hafsia Herzi campe une Tunisienne qui, après la mort brutale de son mari, reprend goût à la vie en photographiant des hommes inconnus croisés dans la rue. Des clichés érotiques que l’encourage à prendre le père très protecteur de son défunt mari mais qui la mettent en danger dans une société tunisienne peu encline à tant de liberté. Ce film raconte donc les blocages culturels, sociaux et religieux de la Tunisie d’aujourd’hui. Mais il le fait avec une grande subtilité, jamais de manière binaire.

Thierry Chèze
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La fête est finie

Deux jeunes femmes sont admises le même jour dans un centre de désintoxication. Elles vont se voir, se reconnaître et s’adorer. Leur amitié, d’abord circonscrite aux règles strictes du centre, perdurera hors les murs, dans « la vraie vie », véritable mise à l’épreuve de leur sevrage et, par extension, de leur lien affectif. Si, comme l’explique Marie Garel-Weiss la réalisatrice qui connaît personnellement son sujet, la toxicomanie est la maladie du lien, c’est aussi, paradoxalement, de lui que peut jaillir la résurrection. Céleste et Sihem, Sihem et Céleste.

Anouk Féral
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Trait de vie

Des paysans enclenchent une nouvelle marche, celle du retour à l’utilisation des animaux de traits comme outil de travail. Sophie Arlot et Fabien Rabin nous emmènent dans la France profonde à la rencontre de ces irréductibles agriculteurs, criant haut et fort leur amour du travail champêtre avec leurs animaux désormais “humanisés”. Faire du neuf avec du vieux, c’est le pari un peu fou de ces paysans qui préfèrent être "faiseurs plutôt que diseurs". Trait de vie soulève la question d’un retour aux bases, notamment d’un savoir-faire plus respectueux de l’environnement.

Alexandre Bernard
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Corps étranger

La réalisatrice du Satin rouge raconte l’histoire d’une jeune Tunisienne qui a fui clandestinement son pays pour la France avec une épée de Damoclès sur sa tête : la possible vengeance de son frère islamiste qui s'est retrouvé en prison après qu'elle l'a dénoncé. A Paris, elle trouve refuge chez une connaissance de son village, installé dans la capitale où il travaille comme serveur puis chez une veuve qui va l'engager pour mettre de l'ordre dans les affaires de son mari défunt.

Thierry Chèze
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La forme de l'eau

En situant La forme de l'eau au début des années 1960, Guillermo del Toro cherche bien plus à établir un pont avec le présent qu'à exploiter un contexte adéquat pour célébrer l'un de ses films de chevet (L'étrange créature du lac noir est un de ses premiers souvenirs de cinéma). L'époque en question, qui précède l'assassinat de Kennedy et l'intervention au Vietnam, est associée à une Amérique idéale, celle-là même dont Trump a promis de restaurer la grandeur.

Gérard Delorme
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Les aventures de Spirou et Fantasio

Après Gaston Lagaffe, Benoist Brisefer, Boule et Bill, le Petit Spirou, Largo Winch, Michel Vaillant ou encore les héros de Seuls, Spirou et Fantasio sont les derniers personnages Dupuis en date à passer de la case à l’écran. Un passage si difficile pour ce qui est des BD franco-belge, que de mémoire de cinéphile, hormis quelques exceptions (L’Astérix de Chabat), peu l’ont réussi. Etrangement, ce passage semble plus aisé pour les BD dites adultes : La vie d’Adèle, Quai d’Orsay, Snowpiercer en sont quelques exemples récents.

Nicolas Bellet
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Moi, Tonya

Selon les auteurs de Moi, Tonya, l'affaire Tonya Harding/Nancy Kerrigan semble avoir suffisamment marqué la psyché américaine pour que leur film prenne ce fait divers comme un acquis culturel. Vous étiez trop jeune à l’époque de l’agression de Kerrigan et des soupçons qui pesèrent en retour sur Harding ? Pas grave. Même si vous êtes nés après 1993, le film est suffisamment bien emballé pour vous intéresser.

Sylvestre Picard
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Mary et la fleur de sorcière

En cueillant dans une forêt mystérieuse une fleur de sorcière, Mary, onze ans, acquiert des pouvoirs magiques qu’elle va mettre à profit pour briser une malédiction. Elle entraînera dans sa mission le jeune Peter… Réalisateur des remarqués Arrietty, le petit monde des chapardeurs et Souvenirs de Marnie, le prometteur Hiromasa Yonebayashi a claqué, avec d’autres, la porte de Ghibli en 2014 pour fonder son propre studio, Ponoc.

Christophe Narbonne
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Criminal Squad

C’est un prologue qui rappelle l’ouverture de Heat. La caméra balaie la ville et vient se concentrer sur un fourgon qui file à travers les rues de L.A. On suit le camion jusqu’au parking d’un magasin de doughnuts. Les gardes s’extirpent du fourgon, rentrent dans la boutique, en sortent les bras chargés, avant d’être cueillis par une armée de malfrats qui éviscèrent le camion blindé. Balles dum dum contre les pare-brises, douilles de M16 sur le trottoir, gros calibres qui déchirent la nuit et les gilets pare-balles…. C’est le premier sommet d’un film de deux heures vingt.

Gael Golhen
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Winter Brothers

Difficile de parler de cette expérience de cinéma radicale dont le récit et les personnages échappent aux stéréotypes. Essayons. Le héros, Emil, travaille dans une mine de calcaire avec son frère. Il est bizarre, Emil. Il mate une jeune voisine et regarde des VHS de cours de tir. Il vend aussi de l’alcool frelaté à ses collègues qu’il élabore à partir d’un produit chimique volé sur son lieu de travail.

Christophe Narbonne
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L'âme du tigre

Alex est d’origine chinoise né à Paris. A la mort de son frère, il tente de découvrir les causes de son décès et se retrouve malgré lui face à une culture qui n’est pas la sienne. Dans son premier film, François Yang nous plonge dans le quartier chinois de Paris, au cœur d’un drame familial poétique bouleversant, qui tient ses promesses jusqu’au bout. Entre secrets et tentations, ce long-métrage sonne juste et révèle au passage une culture et un mode de vie peu connus.

Alexandre Bernard
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Cas de conscience

Le cinéma iranien pourrait se résumer à ce titre : tout y est affaire de morale et d’arrangements avec la (sa) vérité. Dans le cas qui nous intéresse, un médecin s’interroge sur sa responsabilité dans la mort d’un enfant qu’il a percuté, avec ses parents, la veille au soir, sur la route. Sur le moment, le petit ne présente aucune contusion -ni confusion. Le médecin a préféré ne pas faire de constat (sa voiture n’était plus assurée) et donné de l’argent aux parents. Les résultats de l’autopsie innocentent le médecin : l’enfant, atteint de botulisme, était condamné.

Christophe Narbonne
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Black Panther

Comme un symbole. 10 ans après son lancement en grande pompe, avec le Iron Man de Jon Favreau, le Marvel Cinematic Universe (MCU pour les intimes) dédie pour la première fois un film à son super-héros noir, Black Panther. Un long-métrage attendu au tournant, encore plus que les récents Gardiens de la Galaxie 2 et Thor : Ragnarok, autant pour sa fonction pratique (une nouvelle pièce au puzzle du MCU avant Infinity War) que pour son aspect politique.

Edouard Orozco
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Finding Phong

Elle apparaît en gros plan sur une image issue d’un téléphone. Elle est un peu pixelisée mais on peut voir sa détresse. Phong, 20 ans, vient de quitter sa campagne vietnamienne pour rejoindre Hanoï afin d’entamer sa transformation. Depuis qu’elle est toute petite, Phong sait qu’elle est une fille mais la nature en a décidé autrement et elle souhaite désormais corriger le tir.

Perrine Quennesson
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Phantom Thread

Suivre le fil de la carrière de Paul Thomas Anderson est devenu un challenge. On voudrait voir en lui le chroniqueur du mal-être américain, le prophète apocalyptique d’un pays hanté par ses cultes du mensonge, du péché et de l’argent, tous trois originels, l’héritier d’une doublette de génies 70’s (Altman et Kubrick), le portraitiste fétichiste de Los Angeles, le créateur de « grands romans américains » que chacun de ses films pourrait être – et pas seulement lorsqu’il adapte Thomas Pynchon ?

Guillaume Bonnet
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Belle et Sébastien 3

Clovis Cornillac le dit et le répète : désormais, pour lui, la réalisation passe avant tout. Comme une révélation venue un peu sur le tard mais qui a bouleversé sa vie d’artiste. Et ce plaisir- là se retrouve largement partagé de l’autre côté de l’écran. Son premier long, la comédie romantique Un peu, beaucoup, aveuglément, bourrée de charme, avait connu un joli succès construit sur un solide bouche- à oreille. Après un passage par la case télé avec la série Chef, le voici aux commandes de l’ultime de la trilogie Belle et Sébastien. Un choix qui peut surprendre.

Thierry Chèze
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Le retour du héros

Le titre, très parlant, a plus d’un sens dans son sac. Littéralement, il signifie le retour attendu au pays d’un officier parti guerroyer pour Napoléon aux quatre coins de l’Europe. Nous sommes dans une comédie et, à la réalité, les auteurs préfèrent, comme John Ford, la légende. Car le capitaine Neuville est un pleutre et, ça, Elisabeth, qui avait déjà de sérieux doutes sur la probité du bonhomme, le découvre au hasard d’une bousculade dans les rues d’une ville de province. Sale, hirsute, Neuville a déserté.

Christophe Narbonne
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Wajin - L'invitation au mariage

En suivant le trajet en voiture d’un professeur divorcé qui s’en va distribuer en mains propres - et conformément à la tradition palestinienne du « wajib » - les invitations au mariage de sa fille, accompagné de son fils (architecte trentenaire parti vivre à Rome), le troisième long métrage d’Annemarie Jacir dresse un saisissant portrait de l’actuelle ville de Nazareth : appartenant à l’État d’Israël mais peuplée de Palestiniens chrétiens et musulmans, la cité apparaît ici pleine d’exaspérations sociales, de promiscuité menaçante mais aussi de vitalité démographique.

Damien Leblanc
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L'insoumis

Après les documentaires historiques Les Jours Heureux et La Sociale, Gilles Perret a cette fois voulu filmer l’histoire politique en direct en suivant Jean-Luc Mélenchon pendant les trois derniers mois de la campagne présidentielle 2017. Le cinéaste recueille les confidences de ce candidat « qui ne laisse personne indifférent » et montre comment sa pensée se déploie et se précise au fil des réunions et des meetings organisés aux quatre coins de la France.

Damien Leblanc
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L'apparition

Depuis À l’origine, formidable film (son quatrième) sur l’imposture et la croyance dans la fiction, Xavier Giannoli s’est réinventé en cinéaste obsédé par les faux-semblants et par une forme de connivence avec le public, complice tacite de ses canulars cinématographiques.

Christophe Narbonne
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Un jour ça ira

L'Archipel est loin d'être un havre paradisiaque. Avec ses longs couloirs nus rappelant ceux des hôpitaux, ses centaines de familles entassées dans des chambres exiguës et ses 73 enfants qui trompent la fatalité au détour d'ateliers pédagogiques, il s’agit de l'un des centres d'hébergement d'urgence les plus bondés de Paris. C'est là que Djibi et Ange, deux adolescents sans domicile fixe au moral à toute épreuve, survivent en compagnie de leurs familles monoparentales respectives.

François Rieux
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La princesse des glaces

Comme La Reine des Neiges, La Princesse des glaces s’inspire très librement du célèbre conte d’Andersen : ce film d’animation, troisième opus d’une saga d’animation russe, suit Gerda et son frère Kai après leur victoire contre la Reine et le Roi des Neiges. Ne cherchez pas de double sens ici : l’histoire est simple, pensée pour les moins de dix ans. L’arrivée du pirate Rollan dès le début permet cependant de faire décoller l’intrigue et de surprendre les spectateurs une fois qu’ont été brièvement récapitulées les aventures des deux premiers épisodes.

Elodie Bardinet
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Krank

Bourré de bonnes intentions, ce premier film sur l’enfer de l’addiction est desservi par une interprétation hésitante (on dirait que les acteurs se livrent à des exercices de théâtre filmés) et une mise en scène qui souffre d’un manque de moyens évident (image plate, montage approximatif). Il souffre aussi de la comparaison avec le récent La fête est finie qui traitait d’un sujet approchant.

Christophe Narbonne