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Mektoub my love : Canto Uno

Alors que l’internationale cinéphile, prise dans les remous du mouvement #MeToo, s’interroge aujourd’hui plus que jamais sur le « male gaze » (ce « regard masculin » qui oriente et façonne les films depuis l’invention du septième art), Mektoub My Love arrive à point nommé pour rendre le débat un peu plus brûlant encore.

Frédéric Foubert
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les bonnes manières

Julia Ducournau (Grave) nous confiait récemment qu’elle se reconnaissait dans le cinéma crossover anglais et sud-coréen, qui avait érigé le mélange des genres et la transgression en modèles esthétiques et narratifs. Elle aurait également pu citer le nouveau cinéma brésilien qui, sous l’impulsion de Kleber Mendonça Filho (Aquarius), tente de sortir les récits des carcans imposés par Hollywood et le grand cinéma d’auteur international. Avec Les Bonnes Manières, le duo Juliana Rojas et Marco Dutra pousse la logique de l’hybridité au maximum.

Christophe Narbonne
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La Prière

Cédric Kahn a fait ses armes comme stagiaire sur le tournage de Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat. Il a donc vu le mysticisme à l’œuvre. Un mysticisme qui jusqu’ici semblait en jachère, même si ses deux derniers films, Une vie meilleure - sur le surendettement - et Vie sauvage   - sur une famille vivant en dehors des clous de la société capitaliste -  semblaient indiquer la voie d’un ailleurs souhaité.

Thomas Baurez
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Pas comme lui

Léo retrouve son père 13 ans après l’avoir vu pour la dernière fois. Lorsqu’il emménage chez lui, à Paris, le jeune homme découvre que ce dernier cache un lourd secret. Prenez un scénario bancal parsemé d’histoires annexes pas nécessaires et non abouties (comme la relation entre Léo et sa patronne), une poignée d’apprentis comédiens (dont le niveau tutoierait celui d’acteurs de séries Z indiennes) et leurs personnages caricaturaux (directement inspirés du cas d’école "Marion Cotillard meurt dans TDKR").

Alexandre Bernard
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Tomb Raider

En 2013, le studio Square Enix sortait un reboot de Tomb Raider qui cherchait à réinventer le jeu d’action en s’inspirant des codes du cinéma. En clair : importer le sens du rythme, de l’espace et de la violence des blockbusters pour réincarner une héroïne qui prenait la poussière. Le jeu était beau, brutal, terriblement stylé, et réussissait à greffer l’esprit viscéral des Die Hard dans un ride d’aventure somptueux. Cinq ans plus tard, retour à l’envoyeur : voilà donc le film inspiré du jeux vidéo inspiré des films tirés des jeux vidéos (vous suivez ?).

Gael Golhen
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Hostiles

Comment être un cinéaste des seventies au XXIème siècle ? C’est la grande question du cinéma de Scott Cooper, qui poursuit dans Hostiles son œuvre de copiste appliqué, après avoir érigé un totem country à l’icône Jeff Bridges (Crazy Heart), remaké en sourdine Voyage au bout de l’enfer (Les Brasiers de la colère) et s’être essayé à la fresque mafieuse (Strictly Criminal, avec Johnny Depp en Willy Wonka du crime organisé).

Frédéric Foubert
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Avant que nous disparaissions

Fascinante carrière que celle de Kiyoshi Kurosawa. Faite d’accélérations et de ralentissements, d’amour pour le cinéma de genre et de gestes d’auteur, d’obsessions interconnectées (la dislocation de la cellule familiale, l’influence des morts sur les vivants, le parasite comme métaphore de l’aliénation) et de flottements contagieux, de grands films à petite échelle (Tokyo Sonata, son chef d’œuvre de 2008) et de petits films à grand retentissement (Shokuzai, commande pour la télévision nippone). On le croyait installé dans une maturité poétique (Vers l’autre rive, 2015) ?

Michaël Patin
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L'affaire Roman J.

Un homme que les circonstances de la vie conduisent à se confronter directement aux limites de sa morale qu’il peut ou non décider de franchir avec, dans l’ombre, la menace du retour du bâton… Les « héros » des deux longs métrages réalisés à ce jour par Dan Gilroy obéissent finalement à la même définition. D’un côté, dans Nightcall, Lou Bloom, ce journaliste qui déplace les cadavres sur les scènes de crime pour obtenir le scoop le plus vendeur sur les chaînes info. Et de l’autre, ce Roman J.

Thierry Chèze
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Tout le m

C’est le genre d’abruti qu’on rencontre fréquemment. Un con triomphant, un frimeur à tendances néo-beauf. Dans Tout le monde debout, Franck Dubosc est Jocelyn, un homme d’affaires à qui tout réussi. Un égoïste aussi qui n’a qu’un but dans la vie : mater les filles et les séduire à n’importe quel prix. Sa mère vient de mourir et à la suite d’un quiproquo, il se met par exemple à draguer sa voisine en se faisant passer pour un handicapé en fauteuil roulant. Jusqu’au jour où celle-ci lui présente sa sœur, elle aussi handicapée. Fini de rire ?

Gael Golhen
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Razzia

On avait laissé Nabil Ayouch sur une image : ses héroïnes assises face à l’Atlantique, leurs poitrines se soulevant d’espoir. C’était le dernier plan de Much Loved. C’est aussi celui de Razzia. Exit les prostituées soudées de Marrakech, place à cinq personnages que tout sépare, à l’exception – fondamentale – de leur propension à désirer, s’insurger et s’affranchir. Si l’un d’eux prend place dans les années 80 (un instituteur victime de l’arabisation forcée), les autres se débattent dans la Casablanca d’aujourd’hui.

Anouk Féral
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Ghostland

Comme toujours chez Pascal Laugier, moins vous en saurez, « mieux » vous vous porterez. On met ça entre guillemets parce que Ghostland est une expérience éprouvante, dans tous les sens du terme… Tout commence par un chromo rural à la Stephen King. Un enfant qui court dans les champs de maïs, un patelin américain, une maison abandonnée, et trois femmes qui sortent d’une buick et s’y engouffrent. La mère (Mylène Farmer fascinante) et ses deux ados vont y vivre leurs pires cauchemars, mais ça elles ne le savent pas encore.

Gael Golhen
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Chien

Ça commence comme dans un film absurde de Kervern et Delépine. Jacques Blanchot apprend que sa femme le quitte parce qu’elle est allergique à lui. « Je suis atteinte de blanchoïte aigue », dit-elle en lui montrant le verdict du médecin et en se grattant le cou avec grâce –Vanessa Paradis fait ça merveilleusement bien. Jacques blanchit mais ne réagit pas. Il salue son fils sans cérémonie qui lui confesse avant son départ qu’il voudrait un chien. Direction l’animalerie où Jacques achète un chihuahua qui “ressemble à Hitler” et se fait écraser peu après.

Christophe Narbonne
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Mala Junta

Récit de la rencontre entre deux lycéens (l’un adolescent rebelle envoyé vivre chez son père qu’il n’a pas vu depuis des années, l’autre garçon d’origine mapuche harcelé par ses camarades de classe), ce premier film de la trentenaire Claudia Huaiquimilla prend place dans un Sud du Chili rarement représenté, où terres ancestrales et forêts indigènes sont dévastées par l’industrie de la cellulose.

Damien Leblanc
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America

Après Au bord du monde, où il donnait la parole aux sans-abri qui peuplent le Paris nocturne, Claus Drexel est parti à la rencontre des habitants de Seligman, petite ville d’Arizona traversée par la route 66, au moment où l’Amérique s’apprêtait à élire Donald Trump. En écoutant attentivement ces citoyens ordinaires que la caméra ancre au cœur de paysages mythiques, le cinéaste dresse le fascinant portrait de rednecks cernés par la désertification et la peur du déclassement.

Damien Leblanc
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Drop of Sun

C’est l’histoire d’une rencontre entre deux solitudes, deux âmes perdues dans Tbilissi : une prostituée qui sort de prison et un réfugié nigérien qui se retrouve en Géorgie alors qu’il souhaitait aller à Georgia aux Etats-Unis, marginal parmi les marginaux à cause de sa couleur de peau. À travers leur histoire d’amour aux multiples obstacles, Elene Naveriani signe le portrait implacable de son pays natal où violence, indifférence et féminicides règnent en maître.

Thierry Chèze
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Battleship Island

Vous connaissez peut-être déjà sans le savoir l'île d'Hashima pour l'avoir aperçue dans Skyfall ou visitée en photos sur un de ces pièges à clics du genre "dix lieux abandonnés qui vous donneront la chair de poule". Sur une superficie d'à peine plus de 6 hectares, l'îlôt est couvert de bâtiments en ruines dont l'extrême concentration témoigne de l'activité qui y régnait. Hashima a été acquise à la fin du XIXème siècle par la compagnie Mitsubishi qui voulait exploiter sa mine de charbon. Au fil du temps, une ville y a été construite pour loger les mineurs et les administrateurs.

Gérard Delorme
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La Belle et la Belle

Margaux (Agathe Bonitzer), 20 ans, rencontre Margaux (Sandrine Kiberlain), sa version quadra d’elle-même, qui passe son temps à lui spoiler les futurs épisodes de sa vie avec un naturel désarmant.

Eric Vernay
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Un Juif pour l'exemple

L’écrivain suisse, Jacques Chessex, se souvient d’un événement douloureux dont il a tiré un livre qui lui vaut des critiques virulentes : en 1942, un groupe de nationalistes helvètes décide de tuer un Juif pour l’exemple et par admiration pour Hitler. Le dispositif du film est étrange. Les flashbacks sont filmés comme si l’action était contemporaine, façon scolaire pour Jacob Berger de dire que le drame en question pourrait se répéter de nos jours -dans la réalité, Chessex a succombé à une crise cardiaque en pleine conférence de presse houleuse.

Christophe Narbonne
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Takara - La nuit où j'ai nagé

Un coin enneigé du Japon, un garçonnet qui ne voit jamais son père (ce dernier, poissonnier, part aux aurores et revient quand son fils dort) décide un jour de faire l'école buissonnière pour lui apporter un dessin. A partir de cette idée toute simple, le tandem Manivel-Igarashi brode un film d’errance à hauteur d’enfant, héritier du Petit Fugitif et des Quatre cent coups. C'est très minimaliste : absence de dialogue, plans fixes, intrigue épurée au maximum. Le temps se dilate, parait parfois un peu long.

Eric Vernay
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Icare

Grand gagnant de l'Oscar du meilleur documentaire il y a quelques jours, Icare est visible sur Netflix, et il est absolument fascinant. Aux antipodes de sa comédie romantique indépendante, Jewtopia, sortie en 2014, Bryan Fogel s'intéresse ici au dopage.

Elodie Bardinet
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the disaster artist

Avant toute chose, revenons un instant aux origines : en 2003, Tommy Wiseau sort The Room, nanar involontaire dont il est à la fois le réalisateur, le producteur, le scénariste et l’acteur principal. L’histoire, qui dévie la plupart du temps sans prévenir, suit le personnage de Johnny, dont la fiancée Lisa le trompe avec son meilleur ami Mark (Greg Sestero).

François Léger
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La caméra de Claire

A peine deux mois après son dernier opus (Seule sur la plage la nuit), revoilà Hong Sang-Soo pour un film léger en forme de charmante parenthèse estivale. Mineur, diront les bougons - et ils auront raison - mais les amateurs du Rohmer sud-coréen trouveront leur compte dans ce délicieux chassé-croisé sentimental tourné à Cannes il y a deux ans. D’abord, parce que, comme souvent chez le cinéaste, on se fait surprendre par la trompeuse limpidité du récit.

Eric Vernay
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Tesnota - Une vie à l'étroit

Au rayon des films russes exécutant la radiographie de leur pays par la lorgnette du fait divers, 2017 avait offert le très âpre Faute d'amour, 2018 sera l’année de Tesnota – Une vie à l’étroit. Fin des années 90, Caucase du Nord. Deux jeunes gens de confession juive sont kidnappés juste après leur mariage. Le paiement de la rançon occasionnera de multiples remous au sein de la communauté, reflets grossissants de l’état de l’État.

Michaël Patin
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Les étoiles restantes

Vous souvenez-vous de Dante Desarthe ? De ses films lunaires et fauchés (les derniers, Je me fais rare et Je fais feu de tout bois, étaient autoproduits) ? Il y a un peu de cet esprit-là dans ce premier long métrage à la fabrication et à la distribution “artisanales” (dixit le réalisateur) qui raconte les déboires existentiels d’Alexandre, trentenaire confronté à un deuil amoureux et à celui, probable, de son père mourant.

Christophe Narbonne
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Eva

Depuis deux films, Benoît Jacquot se pique d’adapter les grands auteurs de polar américains. Après Don DeLillo pour À jamais, au tour de James Hadley Chase de subir son traitement particulier. Subir, c’est le mot. À force de viser l’épure, il dévitalise complètement ses personnages, silhouettes sans âme et aux intentions floues. Pourquoi ce jeune écrivain imposteur s’amourache-t-il de cette call-girl manipulatrice ?

Christophe Narbonne
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Le jour de mon retour

James Marsh a le goût des personnalités « bigger than life ». Voilà 10 ans, Le funambule montrait le français Philippe Petit évoluant sur un fil entre les deux tours du World Trade Center. Plus près de nous, Une merveilleuse histoire du temps dressait le portrait de Stephen Hawking, devenu un scientifique majeur en dépit d’une sclérose qui l’affaiblit un peu plus chaque jour. Avec Le jour de mon retour, le Britannique met en lumière Donald Crowhurst.

Thierry Chèze
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Ouaga Girls

Girls Power ! A Ouagadougou au Burkina Faso des étudiantes apprennent le métier de mécanicienne automobile. Face au regard, parfois acerbe, de certains hommes, ces jeunes femmes, parfois mamans, ne se démontent pas. Du français à leur éducation sexuelle, elles passent leur vie aussi bien les mains sous le capot que sur les bancs de l’école, qu’elles considèrent parfois comme leur deuxième maison. Actrices de l’évolution de la société, elles incarnent un joli combat pour la diversité et l’égalité. Un documentaire aussi fort que touchant.

Alexandre Bernard
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Il Figlio Manuel

Manuel (Andrea Lattanzi, remarquable) vient de fêter ses 18 ans. Le temps de la liberté et des rêves puisqu’il va pouvoir quitter le foyer pour jeunes où il vivait depuis l’incarcération de sa mère. Mais aussi celui de la responsabilité et du retour rapide à la réalité car, pour que celle- ci obtienne l’assignation à résidence, il doit prouver aux autorités qu’il peut veiller sur elle. Dario Albertini filme ce passage à marche forcée de l’adolescence à l’âge adulte avec une étonnante douceur enveloppante.

Thierry Chèze
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L'ordre des choses

On reconnait un auteur à sa capacité de creuser le même sillon sans bégayer ni rester aveugle aux évolutions du monde qui l’entoure. Cette définition sied parfaitement à l’italien Andrea Segre découvert en 2010 avec La petite Venise, une délicate histoire d’amitié, entre un pêcheur slave et une immigrée illégale chinoise au cœur de la Cité des Doges.

Thierry Chèze
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Le secret des Marrowbone

Lorsqu’il écrit L’Orphelinat, Sergio G. Sanchez ambitionne de le réaliser lui-même. Les producteurs le lui refusent. La suite est connue : Juan Antonio Bayona prend le relais avec succès et les deux hommes collaboreront à nouveau sur The Impossible. Le Secret des Marrowbone a ainsi ce léger parfum de revanche où le scénariste devenu cinéaste peut enfin accomplir sa vision. Celle-ci le place dans la lignée d’un Alejandro Amenabar période Les Autres ou d’un Guillermo del Toro époque L’Echine du diable.

Perrine Quennesson