1. Première
    par Christophe Narbonne

    Dans 120 Battements par minute, il n’avait pas le premier rôle mais il captait l’attention à chaque apparition malgré le charisme de ses partenaires, Arnaud Valois et Nahuel Pérez Biscayart  : c’est encore le cas dans Sauvage où Félix Maritaud campe un prostitué gay et SDF, en quête d’amour. L’œil las mais la lèvre hautaine, la silhouette dégingandée mais l’érotisme chevillé aux pectoraux, il électrise l’écran de sa présence animale et provocante.

  2. Première
    par Maxime Grandgeorge

    Les Etats-Unis et le Qatar produisant ensemble un film mettant en scène un adolescent qui se questionne sur son genre ? Il fallait le faire ! La déception est finalement à la hauteur de la surprise. Après deux ans de traitement hormonaux pour retarder sa puberté, J. doit décider s’il veut être un homme ou une femme. Le sujet se prêtait à un drame poignant permettant de mettre en perspective l’épineuse question du genre. Lui ou elle se contente d’effleurer le sujet, le délaissant en cours de route pour suivre une famille iranienne installée aux Etats-Unis. L’intrigue stagne, les dialogues s’étirent et le récit se perd en scènes inutiles. Résultat : on en ressort encore plus paumé que l’adolescent.

  3. Première
    par Thierry Chèze

    Primé lors du dernier Champs Elysées Film Festival, le quatrième long métrage de l’américain Matthew Porterfield met en scène le retour d’un jeune homme de 24 ans dans son quartier, après un séjour en prison. Des retrouvailles avec son père et ses proches qui ne seront pas de tout repos tant elles vont le replonger dans ses vieux démons, jamais totalement évanouis. On connaît depuis le remarquable Putty Hill le regard pointu et ciselé que Porterfield sait porter sur ces coins d’Amérique décrépis, à mille lieux du fameux American dream. On sait aussi sa subtilité à laisser des zones d’ombre dans son récit et à ne jamais chercher à tout expliquer, à tout justifier. Tout cela est présent ici et pourtant on reste sur sa faim. Sans doute parce qu’au fil des minutes, défilent sous nos yeux tous les archétypes d’un certain type de cinéma indé américain qui empêchent ce Sollers Point-Baltimore de faire entendre sa petite musique singulièrE. Et cet air de déjà (beaucoup) vu nuit forcément à l’impact d’un film cependant remarquablement interprété. A commencer par McCaul Lombardi (American honey) dans le rôle central.

  4. Première
    par Gérard Delorme

    En sa qualité d’aspirant écrivain, Jong su, le personnage principal de Burning, est en quête de vérité. Hélas pour lui, le doute et l’incertitude nourrissent chaque plan du film depuis le début, où il retrouve par hasard Haemi, une amie d’enfance perdue de vue. Après s’être laissé séduire par elle, il accepte de garder son chat (dont on ne voit jamais le bout de la queue) pendant qu’elle voyage en Afrique. Ce qui avait commencé comme une comédie romantique prend l’allure d’un ménage à trois mâtiné de drame social avec l’arrivée d’un nouveau boyfriend : Ben, un citadin suave et d’une richesse révoltante. Face à lui, Jong su n’a aucune chance avec son salaire de coursier et son hérédité chargée (son père, ouvrier agricole est en prison pour violence). Lorsque Haemi disparaît, le film prend le chemin du thriller. Lee Chang Dong contrôle parfaitement chaque aspect de ce qu’il cherche à exprimer sur le thème de la perception de la réalité, forcément incomplète, chacun cherchant à comprendre avec ses propres moyens.

    Haemi a une façon ingénue et créative d’utiliser son imagination pour être heureuse. Il lui suffit de croire suffisamment en quelque chose pour lui donner l’apparence de la réalité. Jong su au contraire a l’imagination anxieuse et pessimiste d’un paranoïaque cherchant des signes pour leur donner du sens. Son malaise est nourri par sa conscience de classe et son ressentiment vis à vis du riche Ben qui voit la vie comme un jeu.

    Désir irrationnel

    Le titre a plusieurs significations. Il y a la brûlure du désir  irrationnel qu’éprouve Jong Su pour Haemi et qui lui fait perdre la tête. Il est aussi consumé lentement par une forme de rage vis-à-vis de Ben qu’il soupçonne d’avoir fait disparaître Haemi après la lui avoir subtilisée. Quant à l’incendie  des serres (qui n’est représenté que dans l’imagination de Yong su), il fait  référence aux nouvelles de Murakami et de Faulkner dont Lee Chang Dong s’est inspiré, et dont il donne une interprétation très personnelle. Surtout, il y a le résultat de ce feu qui couvait depuis trop longtemps et ne demandait qu’à être libéré à l’occasion d’un acte fort et inattendu, comme tout ce qui arrive dans ce film extrêmement dense dont on n’a pas fini de faire le tour.

  5. Première
    par Christophe Narbonne

    Anthropologues, auteurs du remarqué Leviathan (pas le Zvyagintsev, mais un documentaire incroyable sur un chalutier), Paravel et Castaing-Taylor s’intéressent à Issei Sagawa,, sexagénaire grabataire qui défraya la chronique en 1981 en dévorant une étudiante néerlandaise en France. Il est aujourd’hui soigné à domicile par son frère -l’autre personnage du doc. Cadré en très gros plan, façon installation arty, Sagawa se raconte un peu, l’oeil absent et la voix traînante. Son frère le titille sur son cannibalisme avant qu’on découvre que celui-ci est masochiste et qu’il suce son sang après s’être tailladé le bras ! Horrible fratrie que des archives montrent complices et rieurs sans qu’on comprenne vraiment l’origine du mal qui les lie. C’est la faiblesse et la force d’un film, un peu trop complaisant, qui n’apporte aucune réponse toute faite.

  6. Première
    par Thierry Chèze

    Handicap, harcèlement scolaire et rédemption sont au programme de cette remarquable adaptation d’un manga en 7 tomes, énorme succès d’édition au Japon. L’histoire de la relation mouvementée entre Nishimiya, jeune élève douce et attentionnée et Ishida, camarade de classe cossard qui a décidé d’en faire sa souffre-douleur en se moquant de façon humiliante de sa surdité avant que ses camarades ne le mettent à son, tour à l’écart. Un épisode qui va le hanter longtemps avant que des années plus tard il décide d’apprendre la langue des signes et de partir à sa recherche. La grande qualité de Silent voice tient dans sa capacité à vous maintenir sous tension sans jamais forcer le trait. Tension violente, amicale, amoureuse… tout est ici mêlé sans verser dans la facilité du film à thèse. Car résumer Silent voice à un simple plaidoyer anti-harcèlement serait réducteur : il développe avant tout brillamment une intrigue romanesque à souhait autour de ses causes, conséquences et multiples dégâts collatéraux pour les personnes concernées et leur entourage. Et ce avec une finesse dans le trait des dessins et plus largement un sentiment de douceur qui renforce évidemment cette sensation de violence morale, lui permettant ainsi de traiter son sujet sans jamais être scolaire ni hésiter à flirter allègrement et joliment avec le mélo. Comme une explosion de ces émotions fortes longtemps tues tant chez la victime qui a dû se construire malgré ce harcèlement que chez un bourreau en quête de rédemption, de pardon et d’amour.

  7. Première
    par Frédéric Foubert

    D’une histoire 70’s à dormir debout – un flic noir infiltré dans les rangs du Ku Klux Klan ! – Spike Lee tire un thriller carburant (un peu trop) aux ruptures de ton.

    BlacKkKlansman raconte l’histoire incroyable mais vraie d’un flic noir du Colorado qui avait réussi à infiltrer les rangs du Ku Klux Klan à la fin des années 70. Ron Stallworth (John David Washington, fils de Denzel) opérait par téléphone et envoyait un de ses collègues blancs (Adam Driver) le « représenter » quand il s’agissait de rencontrer les membres du Klan en chair et os. Ça paraît totalement invraisemblable et, de fait, Spike Lee n’arrive jamais totalement à nous faire croire que ce qu’on voit sur l’écran est réellement arrivé.

  8. Première
    par Christophe Narbonne

    Ca ne commence pas très bien. Pierre Richard essaye de saboter une agence bancaire avec un guetteur en déambulateur, puis va récupérer Eddy Mitchell à la sortie de la maison de retraite Meuricy (entendre « meurs ici », lol). L’esprit gaguesque de la BD d’origine, porté par des dialogues “à la Audiard”, est certes respecté mais le passage des cases aux plans et des bulles aux punchlines fait comme souvent craindre le pire en matière d’incarnation.

  9. Première
    par Sylvestre Picard

    Licencié pour bagarre, un videur de boîte de nuit sur le retour trouve un nouveau job dans une boîte de strip-tease bruxelloise tenue par la mafia et devient indic malgré lui. Rien à dire sur la performance de Jean-Claude Van Damme, dans sa veine JCVD, évidemment bouleversant de crédibilité dans la peau du videur ; c'est le reste du film qui pose problème. Lukas est un polar à twists particulièrement mal écrit, aux dialogues souvent consternants et à la mise en scène clinquante (l'attaque de la maison en plan-séquence brille par son inutilité). Le précédent film de Julien Leclerc, Braqueurs, était beaucoup plus efficace car dégraissé jusqu'à l'humilité. Là, on ne joue plus.

  10. Première
    par Christophe Narbonne

    Chaque année, l’été, sort en salles une pépite oubliée, un trésor caché du septième art que les cinéphiles découvrent fébrilement. C’est le cas de cette Belle, inédit en France, illustration par l’excellence de ce qu’ont pu produire les pays de l’est dans les années 60 -c’est un film lituanien, il pourrait être tchèque ou polonais. La Belle du titre, surnommée ainsi par ses amis, est une adorable fillette qui va perdre son insouciance au contact d’un nouveau garçon chagrin (il la trouve laide) et de la mélancolie de sa mère seule. Peu de dialogues, beaucoup d’errance, de plans volés dans la grande ville, de naturalisme poétique… L’influence de la Nouvelle Vague est manifeste dans ce film libre, à la matière décousue, qui dessine un généreux portrait de l’enfance sur lequel planent mystères, peurs et enchantements.

  11. Première
    par Sylvestre Picard

    Voilà un film qui est beaucoup moins bête qu'il n'en a l'air : du point de vue des producteurs, ce n'est pas idiot de penser qu'en plein été le public (surtout asiatique vu le nombre de stars orientales et de placements de produits éhontés) apprécierait beaucoup d'aller voir Jason Statham affronter un requin préhistorique de vingt mètres de long surgi du fond des flots et avide de chair fraîche. La grande surprise du film -par ailleurs agréablement prévisible et rafraîchissant en tant que divertissement estival aquatique- réside justement dans Jason Statham, qui joue un sauveteur en mer charmant, altruiste, poli et séducteur de femmes (mais dans le respect). Et pas du tout un casseur de gueules (même de requin) bourrin, mal rasé et malpoli. Sur l'échelle de l'évolution stathamienne, En eaux troubles représente un sacré bond en avant.

  12. Première
    par Frédéric Foubert

    Héraut du Cinéma Novo, Carlos Diegues revient douze ans après son dernier long, Le Plus Grand Amour du Monde. Adapté d’un poème de Jorge de Lima, O Grande Circo Mistico raconte cent ans de la vie d’un cirque brésilien, à travers les portraits de plusieurs générations d’artistes. On pense bien sûr au réalisme magique et au Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez, pour les visions baroques, la folie douce, l’ambition totalisante. Mais les personnages peinent à exister et à vibrer pleinement dans ce kaléidoscope finalement un peu trop sage, moins grisant qu’espéré, et qu’on finit par regarder comme on feuilletterait un joli livre d’images.

  13. Première
    par Christophe Narbonne

    Il y a huit ans, Romain Gavras nous retournait la tête avec Notre jour viendra, road-movie absurde dans lequel deux têtes brûlées se vengeaient de la société qui méprise les roux... Plus “classique” dans son esprit, Le monde est à toi (on remarquera le côté affirmé des titres) met en scène François, un doux rêveur qui veut devenir distributeur des glaces Mr Freeze au Maghreb. Pour cela, il doit réunir une somme coquette que ne veut pas lui donner sa mère, la chef d’un gang de voleuses professionnelles. François accepte donc un go fast en Espagne dont la réussite va être menacée par la présence de son ex beau-père fantasque, d’une fille manipulatrice et de deux petites frappes à la gâchette facile... Ce pitch suffit à établir la parenté du Monde est à toi avec les comédies british gangsta du rockeur Guy Ritchie dont Romain Gavras serait le pendant rappeur : son film est plus smooth et sexy, avec une prédilection égale pour les effets tape-à-l’oeil. Lui aussi aime les gueules et les acteurs qui en font des caisses. Dans le genre défoncé, Sofian Khammes est épatant en dealer junkie et cynophile ; dans le genre planant, Vincent Cassel fait le job en adepte de la théorie du complot ; dans le genre bitchy, Isabelle Adjani est poilante en mère indigne. C’est néanmoins Karim Leklou qui met tout le monde d’accord avec le rôle moins payant de François, garant du “réalisme” et de l’émotion du film. Grâce à lui, Le monde est à toi est un peu plus qu’une simple comédie cool.

  14. Première
    par Thierry Chèze

    Ils étaient a priori faits l’un pour l’autre. Florence, violoniste élevée dans une famille fortunée et conservatrice et Edward, aspirant écrivain d’origine plus modeste, tombés fous amoureux dans cette Angleterre du début des années 60, corsetée par des conventions sociales étouffantes. Mais à 20 ans, on ne connaît pas grand-chose de la vie et encore moins de la sexualité. Et ils vont vivre une nuit de noces catastrophique qui va impacter douloureusement la suite de leurs existences. Pour son premier long, le metteur en scène de théâtre Dominic Cooke porte à l’écran le roman éponyme d’Ian McEwan, décidément très présent en ce mois d’août, dans la foulée de l’adaptation de son Intérêt de l’enfant par Richard Eyre avec My Lady. Et il en tire un film dont la facture classique presque ouatée masque subtilement ce poison qui va inéluctablement couler dans les interstices de cette passion réduite à néant. Une œuvre juste et cruelle sur l’impossibilité de dire son malaise et d’agir pour le vaincre à cause de cette angoisse de ne pas être comme les autres. Dans le rôle central, Saoirse Ronan livre une nouvelle composition tout en finesse quelques mois après Lady Bird qui lui avait valu sa deuxième nomination à l’Oscar de la meilleure actrice. Une grande actrice dans un beau mélo.

  15. Première
    par Thierry Chèze

    Cherchez bien. Au cœur de l’été se trouvent parfois quelques pépites (trop) bien cachées. C’est le cas de cette petite merveille venue d’Allemagne. Une drôle d’histoire d’amour dans un drôle de lieu pour un drôle de film. Christian a 27 ans. Timide et solitaire, il vient de perdre brutalement son emploi sur un site de construction et trouve un travail dans un univers totalement nouveau pour lui : un supermarché. Sur place, un chef de rayon le prend sous son aile et lui apprend les rudiments du métier. Mais, surtout, dans le coin confiseries, il fait la connaissance de Marion, dont il tombe instantanément amoureux… L’amour, le travail, l’amitié, la dépression, la mort, voilà pêle-mêle les thèmes que brasse Une valse dans les allées avec une fluidité bouleversante et cet art de se confronter aux choses rudes de la vie tout en guettant la lumière au bout du chemin. Grâce à une narration à la simplicité qui fait mouche, à l’amour infini de son réalisateur pour ses personnages et à une mise en scène qui sait distiller de l’onirisme dans le quotidien le plus banal. Trois qualités auxquelles il faut ajouter le talent d’un duo de comédiens renversants de sensibilité : Franz Rogowski, déjà impressionnant voilà quelques semaines dans Transit et Sandra Hüller, inoubliable interprète de Toni Erdmann. Au fil du récit, on pense beaucoup à Aki Kaurismäki Wes Anderson et Roy Andersson. Des influences que Thomas Stuber a su faire sienne pour délivrer ce film à l’originalité terriblement attachante.

  16. Première
    par Thierry Chèze

    La guerre des voisins pourrait être le sous-titre de ce long métrage islandais dans lequel un mari un peu trop coureur, viré de chez lui par sa femme, se voit forcé d’emménager chez ses parents. Un retour dans le cocon familial qui ne sera pas de tout repos puisqu’à son corps défendant, il se retrouve plongé dans une querelle de voisinage autour de… l’ombre d’un arbre entre deux maisons. Under the tree met en scène cette escalade sans fin de la banale invective jusqu’à une guerre où tous les coups sont permis. On y retrouve un côté « Affreux, sales et méchants » plutôt séduisant de prime abord mais qui finit par tourner au rond. Car il manque à Hafsteinn Gunnar Sigurðsson l’essentiel dans ce type de tragi- comédie noire : une empathie avec certains de ses personnages qui irait à rebours de ce qu’ils font à l’écran et permettrait ainsi de transcender chaque situation. Or le cinéaste islandais semble tellement regarder ses personnages avec un dégoût teinté de mépris qu’on peine à se passionner pour eux. On observe le jeu de massacre comme on compterait les points d’un match très vite dépourvu d’enjeu. L’art de la méchanceté nécessite un doigté ici aux abonnés absents.

  17. Première
    par Maxime Grandgeorge

    Le sixième long-métrage d’Emanuela Piovano joue sur la nostalgie du cinéma mais n’en tire pas grand-chose. Sid est chargé de décider du sort de l’Arena, ciné-club d’un petit village des Pouilles laissé orphelin par le décès d’Arabella, sa mère. Les amis de l’ex-gérante le convaincront-ils de ne pas vendre ? Le film navigue péniblement entre une réflexion sur la relation mère-fils et un hymne à la gloire du septième art, sans jamais convaincre ni dans l'un ni dans l'autre registre. 

  18. Première
    par Sylvestre Picard

    Bien établie, la recette d'un Detective Dee ne varie pas : le héros du titre, magistrat-enquêteur à l'instinct aussi infaillible que son kung fu- enquête sur un mystère d'apparence surnaturelle qui menace la cour impériale. Par conséquent, la recette d'une critique de Detective Dee ne va pas varier non plus comparé aux deux splendides volets précédents (Le Mystère de la flamme fantôme et La Légende du dragon des mers). Le réalisateur Tsui Hark, toujours maître de ses moyens, signe un grand divertissement virtuose, sans que le cahier des charges soit une routine mais plutôt une méthode.
    Dans La Légende des rois célestes, Dee est chargé par l'Empereur de conserver une épée forgée dans l'acier d'une météorite, symbole de pouvoir absolu ; tandis que l'Impératrice s'allie avec une bande de sorciers pour lui dérober l'épée. La méthode Dee, qui concentre tout l'héritage du wu xia pan et de King Hu (les scènes de combat sont d'une élégance affolante), est de composer le film comme un opéra (Wagner est d'ailleurs cité dans le score de Kenji Kawai via le thème de la chevauchée de la Walkyrie), donc un spectacle total faisant appel à toutes les ressources du cinéma, sonores, visuelles (la 3D est réellement splendide) et narratives. Tout le film se déroule à la capitale, et chaque scène prend les allures d'une scène de théâtre grandiose tant les extérieurs ressemblent à des intérieurs. Le monde est une scène.
    Du très grand divertissement, qui n'est jamais dupe du divertissement qu'il offre : les personnages aux allures et aux pouvoirs grandioses ont beau lancer des sortilèges et des maléfices, tout finit par s'expliquer rationnellement. Et le générique de fin -qui rappelle celui de son superbe La Bataille de la montagne du tigre sorti en 2015- donne définitivement au film un radical message politique, sur le mensonge par l'image et l'hubris des dominants, des gouvernants et de leurs sicaires. Un divertissement nécessaire, donc.

  19. Première
    par Thierry Chèze

    Une comédie d’espionnage où les femmes prennent le pouvoir dans cet univers – y compris dans ses parodies – où le mâle est généralement roi. Sur le papier, cet Espion qui m’a larguée donnait forcément envie ! Deux trentenaires californiennes s’y retrouvent menacées par une équipe d’assassins aux trousses de l’ex petit ami de l’une d’elle et embarquées pour un périple mouvementé à travers le monde où rien moins que la survie du monde est en jeu ! Seulement, deux heures apparaît bien vite comme une durée bien longue pour ce genre de film. Et quelques scènes vraiment hilarantes, une poignée de surprises inattendues (la présence de Kev Adams…) et la performance de la géniale Kate McKinnon (la meilleure du casting comme dans SOS Fantômes) n’empêchent pas le récit de s’épuiser autant qu’il nous épuise. Dans le genre, Spy de Paul Feig - avec le génial duo Melissa Mc Carthy- Rose Byrne et des interprètes masculins (Jason Statham- Jude Law) bien plus percutants qu’ici le duo Justin Theroux- Sam Heughan – reste des coudées au- dessus.

  20. Première
    par Frédéric Foubert

    En stricts termes géographiques, Silver Lake est un quartier branché de l’est de Los Angeles, sis entre Echo Park et Loz Feliz, tenant son nom du grand réservoir d’eau bâti en son centre. En termes cinéphiliques, pour y aller, c’est très simple. Vous descendez Mulholland Drive, prenez à gauche sur Sunset Boulevard, débouchez sur Chinatown, continuez tout droit sur la voie express Raymond Chandler. Quelques mètres après le rond-point Inherent Vice, faites bien attention d’éviter l’impasse Southland Tales, et vous voici arrivé. Le tout En Quatrième Vitesse, bien sûr. L’intrigue de Under the Silver Lake est un dédale mais le film lui-même s’envisage comme la porte de sortie d’un grand labyrinthe cinéphile, le point final d’une longue tradition de polars angelenos qui ont tous contribué à construire le mythe de la ville-cinéma, ce mirage bâti sur des images et des mensonges.

    Putride
    Trois ans après le Inherent Vice de Paul Thomas Anderson (qui rejouait Le Privé de Robert Altman, lui-même un hommage au Grand Sommeil), on peut légitimement se demander si on avait besoin d’une nouvelle variation sur le genre. Sauf que David Robert Mitchell ne veut pas réaliser un L.A. noir de plus : il cherche clairement à en signer le dernier spécimen, son tombeau, son épilogue/épitaphe. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’atmosphère morbide, quasi putride, du film, fléché par les masques mortuaires, les statues de cire, les tombes, les cimetières, les cadavres, les posters et sculptures de stars suicidées (Kurt Cobain) ou fauchées en pleine gloire (James Dean)…. L’enveloppe est soyeuse, attrayante, irrésistible, on voudrait lécher chaque photogramme comme un bonbon acidulé, traverser l’écran pour se lover à l’intérieur du film, pourtant tout ici empeste la mort, le stade terminal, la fin des temps. Truffé de références, de posters, d’extraits de films, sur-conscient de sa place dans l’histoire du cinéma, Under the Silver Lake entend réfléchir à la dimension vampirique de la pop culture contemporaine, ce monstre qui recycle à l’infini ses productions comme une bête délirante dévorerait ses entrailles. C’est un peu l’équivalent somnambulique et trippant du Ready Player One de Spielberg, avec la Cité des Anges dans le rôle de l’Oasis.

    L’ombre de Manson
    Andrew Garfield (génial, comme d’habitude) y campe Sam, un simili-hipster de 33 ans en voie de clochardisation avancée, qui passe son temps à glander en épiant ses voisins, comme dans un bon vieux Hitchcock ou De Palma des familles. Les fêtes sur les rooftops rythment la vie de la petite communauté de Silver Lake, on fait mine de s’amuser, pourtant la parano n’arrête pas de grimper depuis qu’un tueur de chiens sévit dans le quartier. L’ombre de Charles Manson, manifestement, n’a jamais cessé de planer sur L.A… La disparition d’une blonde sexy qu’il connaît à peine (Riley Keough) va entraîner Sam dans une sale affaire, le contraignant à chercher des symboles cachés dans toutes les productions pop qui lui tombent sous la main – les chansons, les images, les différents messages envoyés par l’industrie du rêve (et du cauchemar). Sam est une figure en grande partie pathétique, un jeune homme brillant qui a décidé de ne plus rien faire de ses journées, un ado attardé estimant que la vie n’a pas tenu les promesses qu’elle lui avait faites. Il vit à quelques mètres d’un monde hautement désirable, mais reste toujours à l’écart, en marge, empêché et impuissant. Le film poursuit la réflexion de David Robert Mitchell sur l’adolescence vécue comme une malédiction, un état dont on ne peut s’extirper qu’au prix de contorsions incroyables, de très violentes douleurs. The Myth of the American Sleepover (son premier long, 2010) racontait la dernière pyjama party avant l’entrée dans l’âge adulte. It Follows (son premier hit, 2014), la peur panique du sexe et du dépucelage. Under the Silver Lake fait un bond dans le temps et reprend les choses un peu après, quand l’adolescence n’est déjà plus qu’un lointain souvenir et que les utopies teenage se sont fracassées contre le mur du réel. Le cinéaste relie la crise identitaire de son héros à une sorte de malaise civilisationnel, ce moment qui nous occupe aujourd’hui, où la pop culture semble avoir perdu son rôle de phare pour devenir un océan terrifiant, mutique et absurde, qui menace de tout engloutir à chaque instant. Comment survivre ? Comment garder la tête hors de l’eau, hors du lac d’argent ? Le film n’a pas la réponse mais a le mérite de formuler l’interrogation avec une ampleur conquérante, superbement crâneuse. Il y a bien sûr une prétention hallucinante à vouloir s’imposer comme le dernier film noir tourné sous le soleil de Los Angeles. Il y en aura d’autres, évidemment. Mais le suivant ne pourra pas faire comme si celui-ci n’avait pas existé. Quelle direction emprunter après Silver Lake ? Si on se pose la question, c’est que David Robert Mitchell a gagné son pari.

  21. Première
    par Sylvestre Picard

    Et si les poètes bohèmes vivant d’amour, de poésie et d’eau fraîche étaient aussi des connards égoïstes ? C’est l’une des idées intéressantes de ce sympathique biopic de Mary Shelley (interprétée par Elle Fanning, excellente comme toujours), l’auteur de Frankenstein. La réalisatrice Haifaa Al-Mansour (l’excellent Wadjda, en 2012) parvient en deux heures denses à démystifier à la fois l’acte créatif (pas de miracle mais beaucoup de travail et de frustrations) et la vie d’artiste. On y voit en effet Mary suivre son grand amour, le poète Percy Shelley, qui fuit les créanciers et s’approprie le travail des autres. Les fans de tourments gothiques et de visions noires n’en auront en revanche pas beaucoup à se mettre sous la dent, car Mary Shelley est en fin de compte un manifeste féministe réaliste et non une histoire de monstre.

  22. Première
    par Guillaume Bonnet

    Elle court, elle court, la rumeur cannoise. Le Poirier sauvage était trop long (3h08), trop bavard (tartiné de dialogues), trop tard (présenté le dernier jour). Selon toute apparence, NBC (pas la chaîne américaine, le réalisateur turc) sortait un peu froissé de son séjour Croisette. Non seulement, il avait été « rattrapé » in-extremis en compétition (dernier film annoncé), mais on l’avait effectivement placé sur un strapontin (dernier film projeté) alors qu’il était, tout de même, le seul entrant de la compétition officielle déjà détenteur d’une Palme d’or (LVT, le réalisateur danois, ayant lui été placé hors-compète). Manifestement, s’est joué ici une espèce de jeu de poker menteur à trois bandes impliquant distributeur (Memento), sélectionneur (Thierry Frémaux) et metteur en scène (Ceylan lui-même). Sans doute pour essayer de convaincre ce dernier de faire plus court et moins bavard, ce qui laisse quand même rêveur (Winter Sleep faisait douze minutes de plus, et personne n’avait moufté).

    Turquie profonde
    Elle court, elle court, la rumeur cannoise, mais elle se goure, aussi, dans les grandes largeurs. Le film raconte le retour dans son « bled » de Çan (une ville du sud-ouest de la Turquie, 100000 habitants quand même) d’un wannabe écrivain de 21 ans qui a envie de provoquer chacun de ses interlocuteurs, avec sa bille de clown, son insolence rhétorique, son sourire en coin, sa façon de prendre tout le monde de haut, ou de biais, ou pour des abrutis. Alors il se promène, il arpente les rues où il a grandi, les collines alentours, la campagne à perte de vue. Sur son passage, le temps change, le soleil brille, les nuages s’amoncellent, il pleut, il vente ou il neige, tandis qu’il rend visite. A une ex-camarade de classe, qui ôte son foulard quand ils sont hors de portée des regards, à ses vieux potes, qui finiront par lui casser la gueule, aux Imams du coin, à la librairie, où il croise un écrivain célèbre et célébré, à un commerçant auquel son père doit de l’argent, à un éditeur, un notable quelconque etc. Il rend visite aux paysages de son enfance, à la ferme familiale, à son grand-père, qui le calcule à peine, à sa chambre de gosse, où il reprend ses quartiers, à tous ces éléments, bref, qui constituent son passé et le tissu social de la Turquie profonde.

    Racines
    Et en parallèle de tout cela, il parle avec son père. Un type avec une gueule, un sourire à se damner, un gloussement, une moustache, un charme fou, qu’il utilise pour taxer de l’argent à tous, qu’il s’empresse ensuite de perdre aux courses, au PMU du coin. Si tant est que ça s’appelle un PMU. Le Poirier sauvage est une merveille d’écriture dialectique, prenant le temps nécessaire pour tracer le caractère d’un jeune homme d’aujourd’hui, parti de chez lui et qui, de retour, doit déterminer s’il se définit par ses racines ou contre elles. A chacune de leurs rencontres, son père l’interpelle : « tiens, aide-moi un coup, puisque t’es là », en lui donnant un truc à porter, à creuser, à bricoler. Parce que tel est le lien entre un père et son fils, et parce qu’il le ramène ainsi d’où il vient, donc à lui-même. La caméra de Ceylan suit sa balade existentielle alors qu’il arpente ces territoires familiers, majestueux, cadrant, découpant, révélant une topographie qui est aussi une cartographie mentale. La profondeur du film, sa beauté plastique inouïe (il s’agit sans doute du plus beau Ceylan sur le plan photographique, et c’est dire beaucoup) prennent par moment des virages oniriques inattendus, quand l’image elle-même semble prise de transe et que le héros vacille, en même temps que le réel et les perceptions des spectateurs. Un film fait d’errances et d’errements, de dialogues et de digressions, de rêveries et de rêves. Mais éveillés.

  23. Première
    par Sylvestre Picard

    Dans le futur, les Etats-Unis voient apparaître des enfants doués de super-pouvoirs (télékinésie, télépathie...). La réaction du gouvernement un brin fasciste est de les coller dans des camps de concentration où on canalise leurs pouvoirs en les rangeant dans des catégories de couleur. Une ado élevée dans ces camps va s'échapper pour rejoindre la rébellion. L'intérêt de cette adaptation d'un best-seller young adult est proche de zéro (le script est nul et les acteurs peu impliqués), mais au milieu de cet espèce de “Divergente Games of the X-Men” avec une touche de Labyrinthe, il y a une scène à sauver : l'attaque du camp rebelle par des mutants pyrotechniciens. Un joli morceau de cinoche où on sent enfin une patte de cinéaste (c'est le premier film en live de la réalisatrice des deux derniers Kung Fu Panda), mais un seul morceau, ça fait maigre le repas.

  24. Première
    par Chrsitophe Narbonne

    Le traumatisme des années Pinochet n’en finit pas de hanter le cinéma chilien comme dans ce portrait d’un vieux gardien de cimetière confronté au corps inconnu d’une civile abattue par des miliciens. Il va essayer de lui rendre son identité et, par-delà, sa dignité. Les gens ne sont pas nommés (le gardien a oublié jusqu’à son nom), voire n’ont pas de visages (le héros dialogue régulièrement avec un fossoyeur dont on n’entend que la voix), dans ce qui s’apparente à une allégorie sur un peuple sacrifié et, au-delà, à une tentative de catharsis nationale. Le résultat est d’un ennui total dès lors qu’on a compris que le film n’ira pas plus loin que ses intentions affichées d’emblée.

  25. Première
    par Thierry Chèze

    Repéré en 2001 avec le délicieux Juste un baiser (Prix du public à Sundance), l’italien Gabriele Muccino a dès lors beaucoup posé sa caméra Outre-Atlantique à l’invitation notamment de Will Smith (A la recherche du bonheur, 7 vies…). Avec à la clé une série de mélos sirupeux – à peine interrompue par Encore un baiser, suite ratée de son premier succès - qui donnait l’impression d’une longue et inéluctable dégringolade. Avec son grand retour sur le sol italien, on espérait le voir repartir sur de nouvelles bases. Las, quelque chose semble définitivement cassé dans la mécanique Muccino, si prompt à ses débuts à émouvoir sans verser dans le mélo sirupeux ou le grand-guignol involontaire. Son film choral suit ici les règlements de compte à l’intérieur d’une famille réunie pour les 50 ans de mariage de leurs aînés et bloquée sur une île deux jours et deux nuits à cause de la météo. Des personnages réduits à des archétypes, un jeu outré (à l’exception notable de Stefano Accorsi, le seul à apporter de la nuance) et une B.O. aussi omniprésente qu’insupportable finissent par tuer dans l’œuf le festival d’émotions que cherche à orchestrer Muccino. A l’écran, on s’agite et on crie énormément au fil de scènes dont on devine chaque rebondissement bien trop en amont. Beaucoup de bruit pour hélas pas grand-chose donc.

  26. Première
    par Christophe Narbonne

    Footballeur professionnel en devenir, Mario tombe amoureux de Leon, le nouvel attaquant allemand de son équipe auquel il ne va pas rester longtemps insensible… Traiter de l’homosexualité dans le foot est, sur le papier, une idée passionnante. Marcel Gisler aborde cette question assez frontalement en posant les enjeux dans des scènes un peu trop explicites, sinon appuyées : le père de Mario demande à Leon s’il est sûr de la couleur jaune de sa chambre (les deux joueurs cohabitent) ; le même père s’indigne des penchants de son fils tandis que la mère « ne pense qu’à son bonheur ». Gisler a beau tacler, avec rugosité, les clubs pros et les agents de joueurs (coupables de laisser l’homophobie régner dans le foot), il a du mal à s’aventurer au-delà de l’indignation légitime que lui offre son sujet.

  27. Première
    par Perrine Quennesson

    Tiré du best-seller de Ian McEwan, à qui l’on doit également l’intrigue de Reviens-moi, My Lady vaut principalement pour la performance magistralement nuancée de son actrice principale, Emma Thompson. L’actrice y est Fiona Maye, une Juge de la Haute Cour, spécialisée dans les affaires familiales. Rompue aux décisions façon jugement de Salomon, elle doit cette fois décider du sort d’un jeune témoin de Jéhovah qui refuse une transfusion qui pourrait lui sauver la vie et, en même temps, faire face à la déliquescence de son mariage. Si la réalisation de Richard Eyre ne fait rarement mieux que le téléfilm BBC moyen, l’interprétation tout en retenue et en silences pesés de l’actrice dégage une intensité qui n’est renforcée que par le jeu ardent du jeune Fionn Whitehead incarnant l’adolescent bouleversé. 

  28. Première
    par Chrsitophe Narbonne

    Le titre est trompeur : de bonheur (“happiness”), il n’est question que de sa quête dans ce portrait éclaté d’une jeune femme, partagée entre deux cultures (celle de ses parents, taiwanais, et celle qu’elle s’est choisie, en Amérique), entre ses rêves fous et la morne réalité, entre le passé heureux et le présent compliqué. Plusieurs strates narratives et visuelles composent le récit, un brin décousu, qui dessinent au final une chronique douce-amère du passage à l’âge adulte, avec ses espoirs déçus, son deuil de l’enfance et la prise en main nécessaire pour s’accomplir. Avec comme subtil contrepoint à la complexité du propos une simplicité du trait (volontairement enfantin dans les scènes de souvenirs) et des tons pastel.

  29. Première
    par Sylvestre Picard

    Impressionnant jusqu'à la folie, le sixième Mission : Impossible reprend les meilleurs éléments des épisodes précédents.

    Fallout, ça veut dire quoi ? Ce n'est pas seulement le titre d'une saga de jeux vidéo post-apocalyptiques à succès : fallout, c'est la retombée d'une explosion d'une bombe nucléaire (le sixième Mission : Impossible sera sans surprise une course au plutonium clandestin contre une menace atomique), mais dans le cadre du film il s'agit surtout des conséquences/retombées des actes du super-espion Ethan Hunt et de son équipe dans les épisodes précédents. Car en faisant rempiler le même réalisateur (Christopher McQuarrie, donc) que pour Rogue Nation -une première dans une saga dont le cahier des charges était jusqu'à présent "un film différent, un réal différent"- jamais Mission : Impossible n'aura autant affirmé son statut de série que dans Fallout. Et Fallout peut se voir comme la retombée de toute la saga -à la fois sa conséquence et son apogée.

    Car il y a tout dans Fallout. L'action à l'os de Rogue Nation, les gigantesques pirouettes en IMAX de Protocole fantôme, le feuilleton mélo parfum J.J. Abrams de Mission : Impossible III, les arts martiaux et la séduction hitchcockienne de Mission : Impossible 2, et enfin le vertige méta de Mission : Impossible premier du nom. La séquence d'ouverture de Fallout, anti-spectaculaire et manipulatrice au possible, est clairement un hommage à l'ouverture du tout premier film, et au sous-texte du De Palma : mettre en scène le spectacle et les conditions de la vision de ce spectacle. Toute la saga Mission : Impossible se retrouve ainsi concentrée dans un seul film, pour le meilleur et pour le pire (le film souffre un peu de sa durée de 2h27, et aurait bien mérité quelques bons coups de rabot au montage).

    Voilà pour la théorie : mais McQuarrie, qui semble avoir eu carte blanche pour mettre en scène Fallout, sait aussi qu'un blockbuster comme Mission : Impossible ne peut se satisfaire d'être purement théorique et se doit d'être le plus spectaculaire possible. Chaque scène d'action, immense, donne le tournis par son ambition, sa grandeur. La scène -déjà fameuse car teasée dans les bandes-annonces- de la baston dans les toilettes est par exemple découpée en trois gros actes. La "course-poursuite dans Paris" promise par la promo n'est pas qu'une simple course-poursuite mais une succession de morceaux de bravoure. "This movie is sex", résumait Fallout en un joli tweet le critique du Village Voice Bilge Ebiri. Good sex ou bad sex ? Du good sex bien sûr ; pendant cette partie de jambes en l'air il y a des hauts et des bas mais la succession de climax hallucinants lors du dernier tiers du film vous donnera l'impression d'avoir participé à la meilleure partouze de cinéma de votre vie.

    Même si la pirouette finale, anti-spectaculaire et extrêmement sérielle, donne en fin de compte à Fallout les dimensions d'un véritable épisode de série, soyez rassurés : Fallout est le plus grand, le plus ambitieux, le plus spectaculaire, le plus vertigineux et le plus incroyable de tous les épisodes jamais tournés.

  30. Première
    par Christelle Devesa

    On prend les mêmes et on recommence. Mi-suite, mi-prequel, la comédie musicale de l’été reprend les recettes du succès de son aînée.

    A la fin de Mamma Mia, comédie musicale phare de 2008, Donna (Mery Streep) retrouvait l’amour dans les bras de Sam (Pierce Brosnan) et mariait sa fille Sophie (Amanda Seyfried) dans une charmante église surplombant la mer dans une petite île grecque. Le tout sur fond d’une bande sonore uniquement composée des tubes d'Abba.

    Dix ans plus tard, la bande s’est reformée autour de Sophie (Amanda Seyfried), qui peaufine l’ouverture de l’hôtel dont avait toujours rêvé sa mère. L’occasion pour ses trois papas (Pierce Brosnan, Colin Firth, Stellan Skarsgard) d’être auprès d’elle, tout comme les amies déjantées de sa mère, Christine Baranski et Julie Walters, elles aussi de retour.

    Alternant entre flashbacks, racontant comment la jeune Donna avait atterri sur cette île, et scènes dans le temps réel montrant Sophie face à des difficultés similaires à celles de sa mère, Mamma Mia : Here we go again hésite entre suite classique et prequel. Le rythme en pâtit, le film ne trouvant jamais le bon tempo, malgré une bande originale qui reprend les classiques du groupe suédois (les mêmes à quelques exceptions près que dans le premier).

    Dommage, d’autant que l’idée du prequel était bonne, et permet de révéler l’étendue des talents de Lily James, qui joue la version jeune de Donna. L’un des points forts de cette suite, c’est d’ailleurs son casting. Les vétérans de Mamma Mia sont toujours aussi impeccables, et le duo formé par Christine Baranski (Tanya) et Julie Walters (Rosie) notamment est des plus savoureux. Les petits nouveaux n’ont pas à rougir non plus, en particulier Jessica Keenan Wynn et Alexa Davies qui avaient justement la responsabilité de reprendre les personnages exubérants de Tanya et Rosie. 

    Au final, Mamma Mia 2 fait le job, et devrait surtout plaire aux fans, qui auront encore les chansons en tête plusieurs jours après la projection.