affiche les confins du monde
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Les confins du monde

Il y a cette image incroyable à l’orée du film : Gaspard Ulliel, en position christique, plein cadre, s’effondre. Dès cette ouverture, lente et majestueuse, on sait que l’on va, non pas suivre, mais être Tassen, ce soldat déphasé qui entame son voyage (venger son frère mort dans un massacre indochinois en retrouvant ses bourreaux). Guillaume Nicloux fait dériver ses spectateurs avec son héros, glissant de station hallucinée en station hallucinée, de fumerie d’opium en villages détruits, à la recherche d’un ennemi qui va finir par le dévorer.

Gael Golhen
4 Leto

Le premier plan de Leto (« été », en russe) est stupéfiant : trois groupies dans une arrière-cour, en noir et blanc, tentant d’entrer en douce dans une salle de concert. On pourrait être à Liverpool en 64, à Londres en 76, à Manchester en 88. On pourrait être dans Control, A Hard Day’s Night, Velvet Goldmine, Désordre, Not Fade Away... Sauf qu’on est à Leningrad au début des 80s, un espace-temps pas vraiment répertorié dans les encyclopédies rock.

Frédéric Foubert
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Cassandro, the Exotico !

Flamboyant. Physique. Exubérant. Tel est Cassandro, le héros du documentaire de Marie Losier. Ce catcheur mexicain apparaît dans son Lycra rose serti de flammes, les cheveux parfaitement bouclés et maintenus fermement par une quantité de laque à faire flipper n’importe quelle couche d’ozone. Cassandro est un performeur autant sur le ring que dans la vie, ressentant intensément et assumant tout, vraiment tout, les blessures comme les victoires, avec un panache déconcertant.

Perrine Quennesson
Pig affiche
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Pig

Téhéran, de nos jours. Un groupe de préadolescentes voilées marchent dans la rue en se chamaillant, les yeux rivés sur leurs portables, quand soudain un attroupement les détourne des préoccupations de leur âge (mecs et « likes ») ; elles s’approchent et découvrent, horrifiées, une tête coupée sur le trottoir, portant sur le front l’inscription « cochon » en persan. Claquant la porte au réalisme social iranien, Mani Haghighi (huit films à son actif) choisit le cadre de la comédie sanglante pour dérouter d’un même geste les censeurs et nos attentes.

Michaël Patin
affiche pupille
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Pupille

De Jeanne Herry, réalisatrice du bancal Elle l’adore, on n’attendait pas ça. Pas ça ? Du réalisme documentaire, de l’ambition formelle, un découpage audacieux, des contre-emplois emballants (Gilles Lellouche en parent d’accueil, renversant)...

Christophe Narbonne
Marche ou crève affiche
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Marche ou Crève

Il y a d’abord les cris, les crises et le regard des autres. Puis l’impossibilité d’aller de l’avant, l’envie de respirer, trouver une échappatoire à la routine mécanique et pesante. C’est le quotidien d’Élisa, 17 ans, obligée de s’occuper de sa sœur aînée, Manon, qui est handicapée, alors que leurs parents sont en pleine séparation. Avec Marche ou crève, Margaux Bonhomme signe un premier film réaliste et sans fard, chronique d’une famille déchirée par le handicap d’un de ses membres.

François Rieux
Ma mère est folle affiche
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Ma mère est folle

Cool mais désordonnée, Nina accepte de faire un go fast à Rotterdam pour en rapporter de la drogue. En chemin, elle s’arrête chez son fils Baptiste qu’elle ne voit plus et qui va l’assister dans sa mission... Le film de réconciliation familiale se double ici d’un road-movie burlesque et mouvementé : une greffe improbable qui trouve sans doute son origine dans la genèse bicéphale du projet, produit par Diane Kurys et Alexandre Arcady.

Christophe Narbonne
Monsieur affiche
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Monsieur

Voilà pile un an, disparaissait une des grandes plumes de la littérature française, Jean d’Ormesson. Une des plus populaires et médiatiques aussi. On ne sera donc pas surpris qu’il ait lui-même suggéré à Laurent Delahousse que ce projet de documentaire qu’ils évoquaient régulièrement dans leurs discussions soit à destination du cinéma. Et ce premier long métrage se révèle une belle réussite, tranchant avec le travail du présentateur sur “Un jour, un destin”. Nulle trace ici de voix off explicative ou de récit scolairement construit.

Thierry Chèze
Assassasination nation
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Assassination Nation

Dans la ville de Salem, les hommes prennent les armes pour lyncher quatre jeunes filles accusées d’avoir piraté les données personnelles des habitants. Le chaos s’installe. Il n’y a pas grand-chose à sauver de ce film, qui tente désespérément de choquer par tous les moyens. Les tirades sur le féminisme et le harcèlement donnent l’impression de fiches Wikipédia mal recrachées. Le film, version prétentieuse d’American Nightmare, bascule à quelques minutes de la fin dans une violence nauséabonde, jamais interrogée ni même bien filmée.

Sylvestre Picard
AFFICHE
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What You Gonna Do When the World's on Fire ?

Après nous avoir plongés dans l’envers white trash du rêve US dans The Other Side (2015), le cinéaste italien nous dévoile son contrechamp afro-américain. Nous sommes toujours dans le sud des États-Unis, en Louisiane, entre La Nouvelle Orléans et Baton Rouge. La méthode d’approche reste la même : une immersion intense au milieu de la population locale (obtenue en systématisant les longs plans-séquences), laquelle est captée dans des cadres si soignés qu’on se demande régulièrement si l’on n’est pas devant une fiction.

Eric Vernay
Astérix  : le secret de la potion magique - affiche
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Astérix - Le secret de la potion magique

De l’aveu de tous (des critiques aux ayants droit), Astérix – Le Domaine des dieux était la meilleure adaptation des aventures du petit Gaulois – avec Mission Cléopâtre d’Alain Chabat. Fan devant l’éternel, pratiquement dépositaire de l’humour « goscinnien » à travers Kaamelott, Alexandre Astier avait réussi son coup en restant fidèle à l’univers tout en se l’appropriant et en l’ancrant dans la modernité : fini les vieux dessins animés à plat, place à une 3D dynamique respectant les rondeurs du trait d’Uderzo.

Christophe Narbonne
Assassasination nation
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Assassination Nation

Dans la ville de Salem, les hommes prennent les armes pour lyncher quatre jeunes filles accusées d’avoir piraté les données personnelles des habitants. Le chaos s’installe. Il n’y a pas grand-chose à sauver de ce film, qui tente désespérément de choquer par tous les moyens. Les tirades sur le féminisme et le harcèlement donnent l’impression de fiches Wikipédia mal recrachées. Le film, version prétentieuse d’American Nightmare, bascule à quelques minutes de la fin dans une violence nauséabonde, jamais interrogée ni même bien filmée.

Sylvestre Picard
Terra Franca affiche
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Terra Franca

Pour son premier long métrage, la portugaise Leonor Teles dresse, au fil de quatre saisons, le portrait d’un pêcheur qu’elle connaît depuis sa plus tendre enfance. Un portrait protéiforme qui tient tout à la fois de la chronique sociale (le matériel du pêcheur est saisi car il a jeté ses filets sans le savoir dans une zone classée depuis peu réserve naturelle) que familiale (l’organisation du mariage de sa fille aînée).

Thierry Chèze
A Bread Factory Part 1 : Ce qui nous unit affiche
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A Bread factory Part 1 : Ce qui nous unit

Patrick Wang continue d’interroger la société américaine, mais sur un mode plus léger, moins mélo que précédemment. Dans une petite ville, un espace artistique dirigé par deux vieilles dames est menacé par l’arrivée d’un tapageur duo de performers. Vont-elles perdre les fonds publics perçus jusqu’alors ? En mêlant la satire mordante (de la gentrification, de la tartufferie du monde de l’art, de la corruption de la démocratie par l’argent) avec la chronique sensible d’un lieu menacé, ce curieux film choral de lutte sociale peine à trouver sa tonalité, son incarnation.

Eric Vernay
Le Grinch affiche
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Le Grinch

Au départ, il y a bien évidemment un livre : Le Grincheux qui voulait gâcher Noël, signé par un des génies américains de la littérature jeunesse, le Dr Seuss. Puis en 2000 le premier passage au cinéma avec un numéro de zébulon de Jim Carrey devant la caméra de Ron Howard. Le Grinch version 2018 réapparaît sur grand écran mais par le biais cette fois-ci de l’animation avec à la manœuvre le studio Illumination, les papas de Moi, moche et méchant.

Thierry Chèze
Diamantino affiche
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Diamantino

Il faut reconnaître à Diamantino un certain talent pour éveiller la curiosité, avec son héros footballeur bête et faible, qui visualise d’immenses chiots à poils longs courant dans une mousse rose quand il prend le contrôle du ballon. L’affaire s’emberlificote pourtant à grande vitesse dans le sillage de cette image. Sous couvert de satire, le film s’attaque à la crise des migrants, au trollisme médiatique, aux manipulations génétiques, à la transsexualité, à la montée de l’extrême droite et au complexe d’infériorité portugais.

Michaël Patin
affiche Sauver ou périr
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Sauver ou Périr

L’affaire SK1, le précédent film de Frédéric Tellier qui relatait la traque de Guy Georges, s’inscrivait dans le genre très américain du film de flics « comme si on y était », avec ses limiers ordinaires obsédés par les grands criminels, en conflit avec leurs supérieurs psychorigides et leurs épouses dépressives. Comme pour mieux afficher sa prétention de polar réaliste post-Lumet, Tellier glissait à l’image, dans les locaux du 36, une affiche de L.627 de Bertrand Tavernier, boussole esthétique de L’Affaire SK1 – titre cryptique, lui aussi.

Christophe Narbonne
Les Veuves affiche
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Les Veuves

Il s’en était bien tiré jusque-là. Hunger sur Bobby Sands, l’IRA et les grèves de la faim. Shame sur l’addiction au sexe, New York, les traumas d’enfance. Et puis 12 Years a Slave est venu tout flanquer par terre, transformant presque malgré lui Steve McQueen en cinéaste black, pire, en porte-parole.

Guillaume Bonnet
Les Héritières affiche
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Les Héritières

« On a vu souvent rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux. » Ces paroles de Ne me quitte pas pourraient accompagner à merveille ce premier film et les tourments vécus par son héroïne. Une riche sexagénaire paraguayenne qui, en faillite après avoir longtemps mené grand train, vend ses biens, voit sa compagne incarcérée pour fraude et se retrouve à faire le taxi pour gagner sa vie. Jusqu’à ce que sa route croise celle d’une charmante jeune femme qui va faire renaître en elle des désirs oubliés.

Thierry Chèze
Voyage à Yoshino affiche
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Voyage à Yoshino

Voyage à Yoshino est le premier Naomi Kawase à sortir en France sans être passé par la case cannoise où elle a son rond de serviette depuis sa Caméra d’or en 1997 pour Suzaku. Un retour à la normale donc pour une réalisatrice qui, depuis vingt ans, use (et abuse aussi) des mêmes effets pour donner naissance à des films béats épris d’une grandeur panthéiste. Ici, ça ne fonctionne pas. Le retour d’une Française (Juliette Binoche) à la recherche d’une plante médicinale rare sur les lieux nippons de son premier amour ne trouve pas le lyrisme qu’on lui prête d’habitude.

Thierry Chèze
Affiche Lola et ses frères
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Lola et ses frères

Depuis Quand j’étais petit, son deuxième film, Jean-Paul Rouve laisse émerger une émotion à fleur de peau. Son sujet de prédilection : la famille. Les souvenirs racontaient avec beaucoup de douceur et d’élégance la fin de vie d’une grand-mère, et sa relation à son petit-fils. Lola et ses frères est dans la même veine. Cette fois-ci, c’est sur un étrange trio frères-sœur que se penche le réalisateur avec un scénario original coécrit avec David Foenkinos, dont il avait d’ailleurs adapté le roman, Les souvenirs.

Sophie Benamon
La Permission affiche
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La permission

Paradoxe : c’est d’Iran que nous vient ce beau film sur les droits des femmes. L’héroïne est Afrooz, capitaine bondissante de l’équipe nationale de futsal. La jeune femme qualifie son équipe pour la finale de la Coupe d’Asie mais, au moment d’embarquer pour la Malaisie, elle apprend que son mari a révoqué son autorisation de sortie du territoire. La force du film est de ne pas être une démonstration politique, mais d’abord un drame intime. Le personnage du mari échappe à la caricature du patriarche autoritaire et rétrograde.

Sophie Benamon
Gutland affiche
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Gutland

Un vagabond hirsute trouve refuge dans un bled luxembourgeois cerné par les champs de blé. À mesure que se décante le passé trouble de l’étranger, ce dernier, surnommé « l’Allemand », découvre que ses hôtes ne sont pas en reste au rayon cadavres dans le placard. Sur cette trame archétypale, le premier film de Govinda Van Maele brode un thriller rural plutôt efficace, noué autour de la romance entre le nouveau venu (Frederick Lau, qui surjoue un peu le bloc de granit) et la fille du maire (Vicky « Phantom Thread » Krieps, lumineuse).

Eric Vernay
Game Girls
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Game Girls

Elle hurle dans la rue. Termine ses phrases d’un « bitch » de ponctuation. Teri s’apprête à aller chercher sa bien-aimée Tiahna qui sort de prison. Les deux amoureuses sont au coeur de Game Girls, deuxième film de la documentariste polonaise Alina Skrzeszewska. Elle y explore une nouvelle fois le quartier de Skid Row à Los Angeles, qui concentre la plus grande population sans domicile fixe des Etats-Unis.

Perrine Quennesson
AFFICHE
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Overlord

La veille du Débarquement, une escouade de paras américains est chargée de détruire une antenne radio située dans un petit village normand. Sauf qu’en fait d'antenne radio, il s'agit d'un labo secret où un scientifique pratique des expériences bien dégueu... Le plan d'attaque d'Overlord est simple : ajouter des zombies affamés à un canevas de film de guerre WW2. Sur le papier, on est partants, sauf que le résultat est curieusement peu divertissant et ne fonctionne ni sur le terrain du film de guerre ni sur celui du film gore, et donc surtout pas dans le mélange des deux.

Sylvestre Picard
Terra Franca affiche
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Terra Franca

Pour son premier long métrage, la portugaise Leonor Teles dresse, au fil de quatre saisons, le portrait d’un pêcheur qu’elle connaît depuis sa plus tendre enfance. Un portrait protéiforme qui tient tout à la fois de la chronique sociale (le matériel du pêcheur est saisi car il a jeté ses filets sans le savoir dans une zone classée depuis peu réserve naturelle) que familiale (l’organisation du mariage de sa fille aînée).

Thierry Chèze
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Yomeddine

Beshay, lépreux guéri mais défiguré par les stigmates de la maladie, quitte sa léproserie de toujours pour rechercher sa famille qui l’a abandonné à sa naissance. À partir de ce pitch très simple, l’Égyptien A. B. Shawky signe un road-movie placé sous le signe de la dignité. Interprété par l’incroyable Rady Gamal, lui-même atteint de cette maladie, le héros n’est jamais filmé de façon complaisante par la caméra de Shawky, qui en fait un véritable personnage de cinéma, décidé, risque-tout, tragique, jamais défini par son handicap mais par son désir d’avancer et de comprendre.

Christophe Narbonne
Les Filles du soleil affiche
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Les filles du soleil

Le danger du « film nécessaire », c’est de lester sa plume de si nobles intentions qu’elles en deviennent embarrassantes. Le « au cas où vous n’auriez pas compris » se substitue au commentaire elliptique, pas de place pour la nuance. Il y a de ça dans les dialogues surlignés entre Bahar, chef d’un bataillon féminin kurde en lutte contre Daesh, et Mathilde, journaliste française venue couvrir ses exploits. Ce didactisme (et le dénouement, lourdement raté) a valu au film d’être éreinté à Cannes où il payait le prix de sa sélection discutable en compétition.

Christophe Narbonne
affiche mauvaises herbes
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Mauvaises herbes

Kheiron poursuit dans la veine autobiographique de son excellent premier film, Nous trois ou rien, qui racontait la fuite et l’installation de ses parents iraniens en banlieue parisienne. Dans Mauvaises herbes, il décrit cette fois ses années d’éducateur auprès d’enfants en décrochage scolaire. Il s’y donne le rôle de Wael, un jeune glandeur vivotant d’arnaques mises au point avec Monique, une retraitée délurée.

Christophe Narbonne
Aga affiche
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Àga

D’une beauté écrasante, le film du réalisateur Milko Lazarov raconte une vie en autarcie rythmée par la routine du quotidien. Chasse, pêche, artisanat, dépeçage d’animaux et légendes ancestrales au coin du feu... Nanook et Sedna, couple d’Iakoutes vieillissants, coulent des jours heureux isolés en pleine toundra sibérienne. Mais leur quiétude est troublée par l’attente du retour tant attendu de leur fille Ága qui les a quittés pour la civilisation.

François Rieux