Game Girls
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Game Girls

Elle hurle dans la rue. Termine ses phrases d’un « bitch » de ponctuation. Teri s’apprête à aller chercher sa bien-aimée Tiahna qui sort de prison. Les deux amoureuses sont au coeur de Game Girls, deuxième film de la documentariste polonaise Alina Skrzeszewska. Elle y explore une nouvelle fois le quartier de Skid Row à Los Angeles, qui concentre la plus grande population sans domicile fixe des Etats-Unis.

Perrine Quennesson
AFFICHE
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Overlord

La veille du Débarquement, une escouade de paras américains est chargée de détruire une antenne radio située dans un petit village normand. Sauf qu’en fait d'antenne radio, il s'agit d'un labo secret où un scientifique pratique des expériences bien dégueu... Le plan d'attaque d'Overlord est simple : ajouter des zombies affamés à un canevas de film de guerre WW2. Sur le papier, on est partants, sauf que le résultat est curieusement peu divertissant et ne fonctionne ni sur le terrain du film de guerre ni sur celui du film gore, et donc surtout pas dans le mélange des deux.

Sylvestre Picard
Terra Franca affiche
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Terra Franca

Pour son premier long métrage, la portugaise Leonor Teles dresse, au fil de quatre saisons, le portrait d’un pêcheur qu’elle connaît depuis sa plus tendre enfance. Un portrait protéiforme qui tient tout à la fois de la chronique sociale (le matériel du pêcheur est saisi car il a jeté ses filets sans le savoir dans une zone classée depuis peu réserve naturelle) que familiale (l’organisation du mariage de sa fille aînée).

Thierry Chèze
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Yomeddine

Beshay, lépreux guéri mais défiguré par les stigmates de la maladie, quitte sa léproserie de toujours pour rechercher sa famille qui l’a abandonné à sa naissance. À partir de ce pitch très simple, l’Égyptien A. B. Shawky signe un road-movie placé sous le signe de la dignité. Interprété par l’incroyable Rady Gamal, lui-même atteint de cette maladie, le héros n’est jamais filmé de façon complaisante par la caméra de Shawky, qui en fait un véritable personnage de cinéma, décidé, risque-tout, tragique, jamais défini par son handicap mais par son désir d’avancer et de comprendre.

Christophe Narbonne
Les Filles du soleil affiche
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Les filles du soleil

Le danger du « film nécessaire », c’est de lester sa plume de si nobles intentions qu’elles en deviennent embarrassantes. Le « au cas où vous n’auriez pas compris » se substitue au commentaire elliptique, pas de place pour la nuance. Il y a de ça dans les dialogues surlignés entre Bahar, chef d’un bataillon féminin kurde en lutte contre Daesh, et Mathilde, journaliste française venue couvrir ses exploits. Ce didactisme (et le dénouement, lourdement raté) a valu au film d’être éreinté à Cannes où il payait le prix de sa sélection discutable en compétition.

Christophe Narbonne
affiche mauvaises herbes
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Mauvaises herbes

Kheiron poursuit dans la veine autobiographique de son excellent premier film, Nous trois ou rien, qui racontait la fuite et l’installation de ses parents iraniens en banlieue parisienne. Dans Mauvaises herbes, il décrit cette fois ses années d’éducateur auprès d’enfants en décrochage scolaire. Il s’y donne le rôle de Wael, un jeune glandeur vivotant d’arnaques mises au point avec Monique, une retraitée délurée.

Christophe Narbonne
Aga affiche
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Àga

D’une beauté écrasante, le film du réalisateur Milko Lazarov raconte une vie en autarcie rythmée par la routine du quotidien. Chasse, pêche, artisanat, dépeçage d’animaux et légendes ancestrales au coin du feu... Nanook et Sedna, couple d’Iakoutes vieillissants, coulent des jours heureux isolés en pleine toundra sibérienne. Mais leur quiétude est troublée par l’attente du retour tant attendu de leur fille Ága qui les a quittés pour la civilisation.

François Rieux
Les Bonnes intentions affiche
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Les bonnes intentions

Le réalisateur Gilles Legrand (L’Odeur de la mandarine) est futé : avec ce titre programmatique, il déjoue toutes les critiques éventuelles sur son film qui, de facto, dénonce « les bonnes intentions » tout en les encourageant. Il est allé jusqu’à confier le rôle principal à Agnès Jaoui, archétype de l’artiste engagée, qui joue une bourgeoise surinvestie dans l’humanitaire, au point de négliger sa famille. Une comédie dramatique un peu méta, donc, qui ironise affectueusement sur les bobos et leurs lubies humanistes, « idiots utiles » du progressisme social.

Christophe Narbonne
After my death affiche
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After my death

Voilà un film sombre, vénéneux, triste comme le coeur d’une adolescente sud-coréenne (Jeon Yeo-bin) qui verrait soudain tout s’effondrer (ses amours, sa vie sociale, ses études...) au point de vouloir s’effacer complètement. After My Death est le premier long d’un jeune cinéaste de 35 ans qui impose d’emblée un sens aigu de la mise en scène et assume la noirceur de son propos. On pense au meilleur du cinéma de Gus Van Sant pour cette capacité d’injecter une insidieuse douceur charnelle au coeur d’un univers sinistré et cloisonné.

Thomas Baurez
L'Enfance d'un maître affiche
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L'enfance d'un maître

L’Enfance d’un maître retrace le parcours atypique de Kalou Rinpoche, grand maître lama tibétain d’une trentaine d’années, élevé dans la plus pure tradition bouddhiste depuis son plus jeune âge. Le documentaire dévoile les doutes d’un jeune homme aux lourdes responsabilités, choisi sans qu’on lui ait laissé le choix, à qui l’enfance a été volée, et qui s’émancipe peu à peu des traditions. À l’aide d’images d’archives et d’interviews, Jeanne Mascolo de Filippis et Bruno Vienne signent le portrait étonnant de cette figure éminemment moderne du bouddhisme.

Maxime Grandgeorge
The Mumbai Mudrers affiche
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The Mumbai murders

C’est l’histoire d’un SDF qui tue un peu au hasard dans le Bombay populaire à coups de démonte-pneu. C’est l’histoire d’un flic beau gosse, corrompu et bling-bling, qui sniffe sa coke sur l’écran de son iPhone.

Sylvestre Picard
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Mauvaises herbes

Kheiron poursuit dans la veine autobiographique de son excellent premier film, Nous trois ou rien, qui racontait la fuite et l’installation de ses parents iraniens en banlieue parisienne. Dans Mauvaises herbes, il décrit cette fois ses années d’éducateur auprès d’enfants en décrochage scolaire. Il s’y donne le rôle de Wael, un jeune glandeur vivotant d’arnaques mises au point avec Monique, une retraitée délurée. Quand les deux complices sont démasquées par Victor, un ancien soupirant de Monique, ils sont obligés de lui rendre service.

Christophe Narbonne
Affiche Amanda
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Amanda

Coïncidence : le mois dernier sortait sur les écrans le très sensible Nos batailles de Guillaume Senez. L’histoire d’Olivier (Romain Duris), quitté par la mère de ses enfants et soudainement contraint d’endosser les responsabilités d’un père célibataire. Le départ de sa femme était en partie réparé par un chœur féminin qui allait l’aider à renaître.

Anouk Féral
AFFICHE
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Millenium : Ce qui ne me tue pas

Résurgence de l’extrême-droite, cyber-terrorisme, révolte féministe contre les phallocrates et les prédateurs sexuels… Les thèmes des romans de Stieg Larsson n’ont jamais semblé autant d’actualité, plus de dix ans après leur publication. De quoi se réjouir du come-back de Lisbeth Salander dans notre monde post-MeToo. Sur le papier, la hackeuse goth est l’héroïne idéale de l’époque, l’une des silhouettes de fiction les plus pertinentes façonnées depuis le début du siècle.

Frédéric Foubert
GALERIE
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Mon cher enfant

Comment raconter une histoire qui traite de l’impensable, du déni et d’un drame que l’on n’a pas su prévoir ? Le réalisateur du remarqué Hedi, un vent de liberté se frotte à la question en s’immergeant dans le quotidien d’une famille tunisienne, dont le fils unique éprouve quelques problèmes de confiance à l’approche de son baccalauréat. Si l’équilibre familial semble fragile et qu’une certaine pression pèse sur les épaules du jeune homme, rien ne préparait les parents à la soudaine fugue de leur enfant vers de dangereuses contrées.

Damien Leblanc
Suspiria affiche
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Suspiria

Suspiria pose l’éternel problème de la pertinence des remakes. Sauf qu’ici, le projet tient bien plus de l’ambition personnelle du réalisateur que de l’habituelle logique des studios qui refont les grands succès pour cibler chaque nouvelle génération. Guadagnino ne cherche pas à plaire aux jeunes. Au contraire, il semble se faire plaisir en assouvissant sa fixation personnelle sur les années 70, déjà présente dans A Bigger Splash, remake arty de La Piscine dont le titre anglophone résumait son ambition d’éclabousser plus fort.

Gérard Delorme
affiche les crimes de grindelwald
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Les Animaux fantastiques : Les crimes de Grindelwald

Honnêtement, même sans être un fanatique de Harry Potter (livres et/ou films), on avait été un rien déçus par Les Animaux fantastiques. La promesse excitante de sortir des murs de Poudlard, d'explorer le passé de l'univers de J.K. Rowling était surtout la promesse de partir dans l'inconnu. De quitter les rails d'une adaptation plus ou moins fidèle des bouquins et du destin du sorcier à lunettes.

Sylvestre Picard
AFFICHE
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Les Chatouilles

Les Chatouilles est adapté de la pièce à succès d’Andréa Bescond, mise en scène par Éric Métayer, qui cosigne ici la réalisation. Il raconte la pédophilie sous l’angle autobiographique, l’histoire d’Andréa, alias Odette. Férue de danse, elle a 8 ans quand Gilbert, l’ami de la famille (Pierre Deladonchamps, jeu mat et glaçant) en fait le jouet de ses attouchements.

Anouk Féral
GALERIE
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Carmen & Lola

Présenté à la dernière Quinzaine des Réalisateurs cannoise, le premier long-métrage d’Arantxa Echevarria raconte une romance lesbienne interdite. Les frémissements du désir adolescent, les atermoiements, la peur, et cette caméra collée au plus près des corps et des visages des actrices… Rien de neuf depuis Fucking Amal ? Pas grand-chose a priori, non. Sauf que Carmen et Lola est aussi une immersion très documentée dans la communauté gitane espagnole, territoire (de cinéma) méconnu où l’homosexualité est taboue.

Frédéric Foubert
Sami, une jeunesse en laponie affiche
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Sami, une jeunesse en Laponie

Une vieille dame se rend à l’enterrement de sa soeur mais refuse étrangement de s’attarder. Lors d’un long flash-back, on comprend que cette femme est issue du peuple same, cette minorité d’éleveurs et de pêcheurs répartie entre les trois pays scandinaves et la Russie. Elle Marja est une paria, rejetée par les Sames qui ne comprirent pas son désir d’éducation et d’émancipation, et méprisée par les Suédois qui refusèrent de l’intégrer.

Christophe Narbonne
Celebration affiche
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Célébration

Tourné entre 1998 et 2001, dans les coulisses des dernières collections d’Yves Saint Laurent, ce documentaire nous parvient après bien des aléas. Et c’est une révélation. À la limite du dispositif arty, avec son travail sur la bande-son flirtant avec l’abstraction et ses partis pris visuels (YSL constamment à l’arrière-plan ou filmé de près en noir et blanc, comme une présence fantomatique), Célébration raconte un monde finissant qu’incarne le grand couturier, physiquement atteint.

Christophe Narbonne
Premières solitudes affiche
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Premières solitudes

C’est un documentaire né d’une rencontre avec des lycéens d’Ivry. Où, pour préparer le court qu’elle devait réaliser avec eux, Claire Simon a commencé par les interroger sur leur quotidien avant d’imaginer un long métrage à part entière, nourri de nouvelles sessions où elle a enregistré leurs échanges. Une parole libre donnant le sentiment que ces confidences-là n’avaient été faites à aucun autre. Et qui dresse le portrait d’une génération chamboulée par la dislocation de la cellule familiale, celle qui pouvait rassurer ou contre laquelle on avait envie de se rebeller.

Thierry Chèze
8, avenue Lénine - affiche
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8, avenue Lénine

Salcuta Filan est une héroïne. C’est en tout cas comme ça qu’aiment la présenter les deux réalisatrices du documentaire qui trace son portrait. Un doc sous-titré : Heureuse comme une Rom en France. Pas d’ironie là-dedans, ni de provocation. Sur l’affiche, Salcuta en maillot de bain, les mains sur les hanches, a un sourire franc qui ne dit pas autre chose qu’un bonheur simple et direct. Si ce visage radieux va de soi à priori, dans les faits, c’est une autre affaire.

Thomas Baurez
Chien de garde affiche
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Chien de garde

JP et Vincent sont frères. Le premier est un ténébreux taciturne, le deuxième légèrement déficient mental et incontrôlable. Collecteurs de dettes pour leur oncle, les frangins trempent dans le deal et l’argent sale, mais JP veut se ranger des bagnoles, aspirant à une vie meilleure. Chronique de la galère ordinaire et portrait transversal d’une famille dysfonctionnelle, Chien de garde suit les traces de ses aînés, de Nicolas Winding Refn à Larry Clark, sans vraiment arriver à s’en démarquer.

François Rieux
Pour l'amour de l'art affiche
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Pour l'amour de l'art

Un an après L’Ombre de Vénus, Jean-Luc Piacentino poursuit son exploration du monde de l’art avec un nouveau documentaire. Pour l’amour de l’art retrace quatre expériences artistiques, projets amateurs ou professionnels, en musique, danse, photographie et théâtre. Le résultat, qui trahit une hésitation permanente entre la grammaire du reportage télé et celle du film d’art et d’essai, ne convainc pas.

Maxime Grandgeorge
Frères de sang affiche
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Frères de sang

Les frères du titre sont deux amis de la banlieue de Rome dont la vie assez minable de livreurs n’a besoin que d’une impulsion pour basculer du côté obscur. C’est ce qui arrive lorsqu’un accident révèle chez eux une faiblesse morale qui les entraîne, sous l’impulsion du plus insensible des deux, à travailler pour la mafia comme exécuteurs de mauvais payeurs. Bien que prévisible, leur parcours est rempli de surprises et c’est une des nombreuses qualités de ce premier film des frères D’Innocenzo qui, entre fable morale et réalisme social, réussissent un bel exercice d’équilibristes.

Gérard Delorme
Rumble : The Indians Who Rocked The World affiche
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Rumble : The Indians who rocked the world

Ce documentaire met en lumière la contribution des musiciens amérindiens à la musique américaine, pan peu connu de la culture populaire U.S. Du blues (Charley Patton) au rock (Link Wray, Jimi Hendrix, Robbie Robertson), en passant par le jazz (Mildred Bailey) et le folk (Buffy Sainte Marie), le film dévoile la manière dont certaines icônes musicales d’origine amérindienne ont influencé en profondeur leur temps et leur art. Mélangeant interviews, images d’archives et extraits de concerts, Rumble offre une autre vision de la musique du XXème siècle.

Maxime Grandgeorge
High Life affiche
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High Life

Dans un avenir proche, des condamnés à mort sont rassemblés dans un vaisseau, partis dans un voyage sans retour : aborder les trous noirs pour permettre d'exploiter leur énergie. Mais les tensions -sexuelles et sanglantes- vont éclater. De la même façon que les prisonniers flirtent avec la mort, High Life frôle forcément l'horizon du nanar spatial avec décors en carton-pâte et ciel étoilé de studio.

Sylvestre Picard
Affiche Kursk
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Kursk

Kursk commence sur une belle idée : après un prologue filmé au format 4/3, l'image passe au scope lorsque le sous-marin du titre, filmé de très loin, plonge dans les flots au son d'un choeur élégiaque d'Alexandre Desplat. A l'instar de ses emplois récents -par exemple dans Le Monde fantastique d'Oz ou Mommy- ce spectaculaire changement de cadre annonce l'entrée dans un autre monde, bigger than life : celui où l'on exhibe les moyens spécifiques au cinéma pour mieux affirmer que ce récit n’aurait pas pu être raconté autrement.

Sylvestre Picard
Family Film affiche
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Family film

L’explosion de la famille Ricoré. Avec la froideur d’un Yorgos Lanthimos (mais sans le malaise), la rugosité d’un Ruben Östlund (mais sans l’humour) et la pudeur d’un Joachim Trier, le deuxième film du Slovène Olmo Omerzu est une bombe à fragmentation familiale qui se désagrège au ralenti. Tout est dit dans son titre. Family Film est un long métrage dans une famille, sur la famille. Celle nucléaire en l’occurence d’Erik et Anna, dont les parents, des bourgeois CSP+ de Prague, partent faire un voyage en bateau quelques semaines avant Noël, les laissant seuls.

Perrine Quennesson