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François Marthouret interprète le Solitaire de Ionesco sous la direction de Jean-Louis Martinelli.A presque 40 ans, il est temps de se retirer de la vie. C'est ce que pense le personnage du « Solitaire », premier et unique roman d'Eugène Ionesco, écrit en 1973. Un héritage inattendu permet à cet homme d'abandonner un médiocre et ennuyeux travail de bureau, qu'il faisait plutôt mal. Il peut désormais essayer de goûter à la vie, synonyme pour lui de faire l'apprentissage de la mort. Il achète un appartement quelconque et déjeune chaque jour dans le même restaurant. De là, il contemple le monde, observe les gens autour de lui, s'étonne de leur agitation, de leurs passions et de leur capacité à l'oubli. Mais à quoi bon philosopher sans avoir appris la philosophie, et après avoir bu sept apéritifs ! Sa vie est rythmée par le beaujolais de midi et demi et la venue de Jane, la femme de ménage. Il est victime d'une sorte de guerre civile intime qui s'achève sur une vision éblouie et hallucinée d'un monde qui s'écroule. Visionnaire inspiré, artificier du langage, Eugène Ionesco a toujours eu l'angoisse et l'obsession de la mort, si présente dans son œuvre. Ses mots enferment l'homme dans une impuissance douloureuse, mais son âme est restée celle d'un enfant, épouvanté par le réel. François Marthouret s'empare de cette langue simple et belle, pour nous inviter à un voyage entre solitude et diversions alcoolisées. Un défi réussi pour ce grand comédien, à l'origine du projet et adaptateur du roman. Il a fait partager son enthousiasme à Jean-Louis Martinelli. Le metteur en scène a choisi, pour rythmer ce spectacle, un fond de lumière, blanc, rouge, vert ou bleu accompagnant chaque épisode de l'existence de cet antihéros dans sa traversée de la vie. Une belle réussite.Par Arlette Frazier>> En savoir plus sur le spectacleCrédit Photo : Dunnara Meas.