DR

Avec 10 films en compétition (le dernier Richard Linklater, Bernie ou Peace, Love and Misunderstanding de Bruce Beresford), des avants-premières américaines (Blanche-Neige et le chasseur, Le Lorax) et françaises (Vous n'avez encore rien vu d'Alain Resnais, Wrong de Quentin Dupieux) ou encore un hommage à Harvey Weinstein, la première édition du Champs-Elysées Film Festival se tiendra du 6 au 12 juin à Paris. Rencontre avec Sophie Dulac, à l'origine de l'événement.L'appellation de ce festival met très clairement en avant un lieu plus qu'une ville... Paris est un festival permanent, on a l'embarras du choix sauf dans un quartier : les Champs-Elysées. C'est pour moi la plus belle avenue du monde, la plus connue au monde, qui symbolise Paris pour les étrangers. Il en reste sept. J'avais envie de redorer l'image de marque de ce lieu où il y a tout sauf un évènement culturel lié au cinéma international.Il y a eu par le passé de précédentes tentatives d'installer un festival de cinéma sur les Champs-Elysées (notamment le Festival de Paris). Toutes ont capoté pour diverses raisons, du politique à l'économique. Pourquoi est-ce si compliqué ?Je vous le dirai peut-être après la première édition (rires). Pour le moment, j'y crois. Ne serait-ce que parce que les sept cinémas vont participer quand pour les autres festivals, il n'y en avait qu'un. Pour moi ce n'est pas un festival de plus à Paris mais bel et bien un évènement culturel, avec un programme qui devrait attirer le public français et étranger. En tant que productrice et exploitante, c'est aussi une manière de remercier ce public : grâce à lui  le cinéma en France ne s'est jamais mieux porté qu'actuellement, alors que nous sommes en période de crise.On peut s'interroger sur votre sélection : ce sont des films du type de ceux qui n'ont généralement pas accès aux salles des Champs-Elysées. Il est à peu près couru d'avance que, même s'ils trouvaient un distributeur, ceux-ci ne l'auront pas plus...Le but de cette programmation était d'abord de présenter la diversité de la production américaine, démontrer au public qu'elle ne se compose pas uniquement d'Avengers, X-Men ou Spiderman. Mais aussi lui expliquer les nuances du cinéma indépendant, où l'on peut aussi bien produire des films, avec ou sans casting important, pour 30.000 dollars comme avec 10 millions, sans être affilié à des gros groupes. Si les films que nous allons projeter n'arrivent pas dans les salles ou ne trouvent pas des distributeurs, après tout, ce n'est pas mon boulot. Mon boulot c'est de présenter aux gens des films qui viennent d'un pays où l'on s'imagine qu'il est facile de faire des films. C'est comme avec les enfants, une question d'éducation : le public n'irait pas forcément de lui même voir ce type de films. Là, ils ne sont pas obligés de l'aimer, mais au moins ils l'auront vu et pourront comparer avec le reste.Vous êtes productrice, distributrice et exploitante et avez surtout travaillé autour de films venus d'autres horizons que le cinéma américain. Pourquoi le mettre en avant avec ce festival ?Il y a une raison à cela, et ça va d'ailleurs faire l'objet d'une discussion pendant le festival : il n'y a pas d'accord de co-production entre la France et les Etats-Unis.  Et comme ici, le cinéma américain est globalement considéré comme un cinéma de studio, de blockbusters, il n'y a pas d'aide à la distribution pour les films indépendants, comme c'est le cas pour la plupart des autres cinématographies. J'ai produit et distribué un seul film américain, Lenny & The kids, mais à mes risques et périls,  ne pouvant compter dans ce cas que sur les recettes salles, vu cette absence d'aide.Au vu des dates du Champs-Elysées film festival, et de son angle, il est difficile de ne pas y voir une concurrence frontale avec Paris cinéma, qui démarre le mois suivant, ou avec le festival de Deauville, qui s'est recentré sur la production américaine indépendante...Commençons par les dates : cette période du mois de juin était une de seules possibles, puisque jusque-là il ne s'y passait rien. Il n'y avait pas une volonté absolue de se placer avant Paris Cinéma ou Deauville : c'était un des seuls créneaux. Et on ne fait pas du tout les mêmes choses : Paris Cinéma a un cahier des charges très différent du nôtre ; ils essaiment sur tout Paris, et ont une programmation beaucoup moins spécifique. C'est plus problématique avec Deauville. Mais je ne pense pas qu'ils aient le monopole du cinéma indépendant américain, qui plus est on n'a pas le même public et on ne diffusera pas les mêmes films. De toutes façons, quelle que soit la date, nous aurions été perçus comme concurrents de quelqu'un d'autre. Tant pis il y a de la place pour tout le monde.Au delà de la sélection qui donnera lieu à un prix du public, il y a une série d'avant-premières de films américains, mais parmi eux aucune locomotive, voire des films que le public concerné a déjà largement piratés (je pense par exemple à My soul to take, le Wes Craven sorti il y a près de deux ans aux USA)...L'idée est de faire plaisir à tous les publics, cinéphile ou un peu moins. Je veux qu'ils puissent avoir autant accès à du cinéma "difficile" qu'à une belle avant-première. Vous avez raison, les locomotives sont nécessaires, on espère en avoir une - le deal est encore en cours - pour la soirée de clôture. Maintenant, ce n'est que notre première édition et je crois que l'on ne s'est pas trop mal débrouillé. Oui, c'est vrai, on n'aura pas de gros film en avant-première. Ce n'est pas si grave... On verra dans les années suivantes si on peut avoir le dernier Brad Pitt, mais pour le moment ce n'est pas un but en soi.Vous rendez hommage à Harvey Weinstein, qui a une image à double tranchant dans le cinéma indépendant américain : il sait porter les films vers les cîmes du succès mais peut aussi être des plus interventionnistes... Jusqu'à avoir coupé l'envie de réalisateurs de tourner...On pense ce qu'on veut d'Harvey.  Mais voilà quand même quelqu'un qui a récolté plus de 70 Oscars, qui a vécu une période extraordinaire avec Miramax. Peu de gens savent d'ailleurs que quand Disney l'en a viré, il a connu un passage à vide très très dur, avant de revenir avec The Weinstein Company.  Après qu'il soit interventionniste, on a des cas similaires en France, de Metropolitan à Thomas Langmann. Quel est leur objectif commun ? Avoir des bons films en salles, et je crois que c'est le travail que fait Harvey aujourd'hui. Qui plus est c'est un bosseur comme j'en connais peu et un formidable enthousiaste. Le succès de The Artist l'a fait découvrir au grand public français et c'était cohérent avec la passerelle que je veux monter entre les cinémas français et américain, c'était donc le bon moment pour inviter ce personnage hors du commun.Quel retour attendez-vous vu de l'industrie américaine sur ce festival ?Je l'ai déjà : ils ont été extraordinairement enthousiastes à l'idée qu'il existe sur Paris un festival qui diffuse leur cinéma indépendant. Ensuite, on travaille à l'idée que l'année prochaine, où la suivante, on ait un accord avec Sundance, (ils viennent de monter un Sundance Londres, j'adorerais qu'il y ait un Sundance Paris), Tribeca ou SxSw pour devenir leur antenne en France. Ca ne me paraît vraiment pas absurde.Recueilli par Alex MassonChamps-Elysées Film Festival, du 6 au 12 juin. Tout le programme sur le site du festival.(Image : Bernie, de Richard Linklater, présenté en sélection)