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Cannes, terre de contrastes.C'est con à dire, mais ça ne s'est jamais vérifié à ce point-là : le matin, projection du nouveau film de Lynne Ramsay, We Need To Talk About Kevin. Portrait d'une femme en perdition, quelque part entre Cassavetes, Polanski, Bergman et Lynch. Que du rigolo donc. Le film sonde la relation étrange, assez délétère, entre une femme et son fils psycho. Mais qui est fou en fait : elle qui ne supporte pas ses braillements de nouveaux-nés ou lui qui sadise sa soeur et joue avec un arc tendu très fort contre l'humanité toute entière ? On nage dans le glauque, à la limite du film fantastique. Tilda Swinton porte tout sur ses épaules mais dans un coin apparaît une tête de poupin lunaire, c'est le mari absent. Il est incarné par cet acteur génial John C. Reilly.On raconte tout ça parce que quelques heures plus tard, on rencontre John C. Reilly. Un chapeau blanc, une cravate rouge et des chaussures bicolores... un vrai look de clown. On imaginait lui parler de Colombine, de la noirceur de son rôle et des défis d'interpréter un film anxyogène et si glauque. Et puis non. On a préféré l'enchaîner sur ses comédies potaches, ses blagues graveleuses et son statut de comedian (c'est quand même le meilleur partenaire de Will Ferrell). Reilly se fout gentiment de notre gueule, imite de Niro pour le 120'' à Cannes et se plie à toutes nos demandes... Royal.  Pendant que les petits copains du magazine allaient voir Polisse (une bombe paraît-il), sur cette plage, John C. Reilly, son costume anachronique, son chapeau mou et sa classe déplacée nous offrait une pause bienvenue... Allez, on se dépêche, il faut aller chercher A.A. Elle amène sa folie contagieuse, ses amis glamour et 120 kilos de bagages. Cannes vient (vraiment) de commencer.P.S. : A ce propos. Vu ce matin sur la croisette la meilleure pancarte du festival pour le moment : "We need to talk about Kevin. SVP". Si avec ça personne ne lui file d'invit'...