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Le festival de Cannes 2011, c'est aussi des heures de sommeil qu'on ne récupèrera jamais. Gagnées par la répétition et l’engourdissement, mais aussi une pointe de mélancolie, les fins de Festival de Cannes ressemblent un peu aux films de Hong Sang-soo. Le stress du début se mue en une douce léthargie. Sous l’influence cumulée de la fatigue et des lendemains alcoolisés, les discussions de file d’attente deviennent plus spontanées. D’autant que les galériens de votre couleur de badge, vous commencez à bien les connaître maintenant. Et puis, à force d’enchaîner les projections, les rushes d’écriture et les soirées, en se disant chaque matin que cette fois c’est sûr, on va se coucher tôt ce soir, les films commencent à se mélanger, formant une curieuse succession de bulles irréelles dans lesquelles se lover...Et parfois s’endormir. Or,  s’endormir devant des films,  voilà un plaisir raffiné : votre inconscient s’invite au montage d’un Malick ou d’un Almodovar, c’est parfois même assez perturbant. Ce moment d’oubli peut aussi être vécu comme une torture : la brutale attaque de sommeil qui m’a assailli devant le film de Naomi Kawase, par exemple, je n’y étais aucunement préparé. Du coup, par respect et amitié pour le cinéma  de la cinéaste, évidemment, et aussi (surtout) par peur de n’avoir rien à en écrire dessus ensuite, j’ai décidé de réunir toutes mes forces pour livrer un combat silencieux, sans merci, contre l’enclume qui siégeait sur mes paupières. Ce fut une épreuve, durant laquelle j’aurais presque aimé avoir la machine qui ouvre les yeux de Malcolm McDowell, dans Orange Mecanique… Un conseil d’ancien, donc, pour les fins de festival : ne jamais aller en projo seul, pour pouvoir faire des roulements de veille si besoin. « Je dors là, tu me réveilles dans 20 minutes ? Je prendrais la relève ensuite ». Ces rondes cinéphiles et spontanées permettent de rattraper son sommeil, mais aussi de reconstituer le film à plusieurs, en sortant. Une sorte de film participatif, avec parfois peut-être,  des morceaux de rêve dedans.Eric Vernay