A gauche, Rich Moore, à droite, Byron Howard. Rich le lapin et Byron le renard, les réalisateurs de Zootopie, s'entendent comme larrons en foire et ont fait le show sur la scène du Festival d'animation d'Annecy. Et ce n'était pas de la poudre aux yeux : Zootopie s'annonce comme un grand cru. On a eu la chance de rencontrer en tête à tête le duo Rich et Byron ; le premier a déjà tourné Les Mondes de Ralph et le second a co-signé Raiponce.

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Vous avez débarqué sur scène déguisés en lapin et en renard. Disney vous a obligés ?
Rich : Non, c'était notre idée. Byron a acheté les costumes sur Amazon, on les a reçus la veille de la présentation. On avait demandé à Disney de nous prêter des costumes mais ils avaient seulement un cochon et un coq en stock. Allez savoir pourquoi.
Byron : On les garde pour la suite, Zootopie 2 : La Ferme.
Rich : On rigole mais on a crevé de chaud là-dessous.

Blague à part, il n'y a que des mammifères dans Zootopie. Pourquoi ?
Byron : On y a réfléchi. On a passé un an de recherches à faire des croquis dans tous les sens, on a une centaine d'espèces différentes dans le film final.
Rich : Il fallait choisir. On est restés sur une dynamique proie/prédateur, et les mammifères offraient le plus de possibilités...
Byron : Tu n'as pas remarqué qu'on a aussi choisi de virer les singes du film. Ils sont déjà trop proches de nous. Ca n'aurait pas été marrant. Et puis, on avait que 90 minutes de film. On ne peut pas mettre tous les animaux.
Rich : En fait, on est persuadés qu'il ne faut pas étouffer le film avec des explications. Le récit doit être sa propre justification. Pas besoin de faire chier le spectateur avec du background, de raconter pourquoi les animaux règnent sur Terre, etc.
Byron : C'est très, très difficile de faire simple. On a toujours la tentation de surexpliquer les choses. Chez Disney le but c'est de tailler, simplifier. Etre direct. Faire confiance au public et à son intelligence.

Avec tous les animaux à votre disposition, vous avez choisi un renard et un lapin. Pourquoi ?
Rich : Bonne question. Déjà parce que ce sont des ennemis naturels. Ca donne tout de suite une dynamique au récit : deux ennemis forcés de collaborer, de devenir amis au fur et à mesure du film. Ensuite choisir un lapin qui veut devenir flic, qui veut dépasser sa condition naturelle de gentil herbivore, ça fournit une autre dynamique. Ca nous entraîne dans une intrigue de polar...
Byron : L'autre raison, c'est une question d'échelle. Dans Zootopie les animaux vont de l'éléphant à la souris. Le renard peut menacer des rongeurs mais se retrouve écrasé par plein d'autre prédateurs. C'est un personnage équilibré.
Rich : Enfin, le renard est un super archétype. L'arnaqueur, le fourbe, le trickster...

Et en gros, le film est un buddy movie.
Byron : Tout à fait. On est des gros, gros fans de buddy movies 80's. L'Arme fatale, 48 heures, Un fauteuil pour deux... On trouve que l'animation mainstream ne cherche pas assez à reproduire ce genre d'histoires à la fois plus adultes et plus cool.
Rich : On voulait faire un buddy movie polar. Qui parle au fond de lutte pour le pouvoir, pour le contrôle. A la fin, Zootopie devient même sombre et sérieux.
Byron : Ca résonne avec notre monde, évidemment. Ca parle de catégories sociales et de conflits de classe.
Rich : Le prédateur et la proie qui vivent ensemble : c'est une bonne métaphore des Etats-Unis. Tu n'as qu'à regarder les infos.

Interview Sylvestre Picard

Bande-annonce de Zootopie, en salles françaises le 10 février 2016 :