Avant Blade Runner, un Premier Contact hésitant avec la SF

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Le film d’après le choc Sicario et d’avant le quitte ou double Blade Runner 2049. Pas exactement la position la plus confortable du monde pour Denis Villeneuve.

Depuis Le jour où la Terre s’arrêta, de Robert Wise (1951), on sait qu’il peut s’avérer aussi divertissant de dialoguer avec les extraterrestres que de leur taper dessus. Mais la liste des cinéastes qui ont tenté le coup incite à l’humilité. Wise donc, Spielberg (Rencontres du troisième type), Cameron (Abyss), Zemeckis (Contact) et, hum, un certain Stanley Kubrick (2001), s’y sont frottés. Les films en question n’étaient pas trop mal. Premier Contact s’inscrit dans cette lignée écrasante. Des vaisseaux aliens en forme d’oeufs gigantesques apparaissent à la surface de la Terre. L’héroïne est une inguiste chargée e traduire le langage des E.T. pour évaluer leurs intentions amicales ou belliqueuses (et ainsi décider s’il convient de leur offrir des cookies ou de leur envoyer des missiles nucléaires). Elle traîne un drame personnel lourd, du genre qui fait mal dormir la nuit, dans son immense baraque de femme seule avec vue sur nulle part. Le film raconte l’histoire d’un contact interstellaire et aussi l’histoire de sa vie à elle (Story of Your Life, titre de la nouvelle d’origine) : son passé et son futur, qui reste à écrire. En voilà, de la belle SF romanesque. Avec du potentiel ciné ? C’est une vraie question.

Au bout du tunnel

Pas d’action, trop de scènes statiques (des réunions pour déchiffrer les dessins des E.T.), trop de concepts « difficiles » (qu’est-ce que le langage ? comment entrer en contact avec l’inconnu ?), la nouvelle était passionnante mais objectivement peu spectaculaire. Et puis est arrivé Denis Villeneuve. Le Québécois, 49 ans, est, aujourd’hui, l’un des cinéastes les plus prisés du marché. Avant qu’il ne soit choisi pour diriger la suite de Blade Runner (prévue pour l’an prochain), Incendies, Prisoners puis Sicario l’ont établi comme technicien triple A, capable de donner profondeur et dimension à tout ce qu’il filme, grâce à un sens stupéfiant de la durée et d’une certaine « gravité » atmosphérique. Chacun de ses quatre derniers films (les trois précités plus Enemy) fonctionne sur le même mode énigmatique, les clefs de l’intrigue se révélant progressivement aux personnages et aux spectateurs, confrontés ensemble à une situation ambiguë et à la problématique morale qui va avec. En ce sens, l’Amy Adams de Premier Contact est la continuation directe de l’Emily Blunt de Sicario : une héroïne qui tâtonne dans le noir (le motif du tunnel) et s’approche peu à peu d’une vérité qui la dépasse.

Faux contact

C’est là sans doute, que le bât blesse. Les « réminiscences » qui hantent Amy Adams et transforment sa mission en quête intime font l’objet d’un tour de passe-passe post-Chris Nolan certes émouvant, mais dépourvu de la rigueur nécessaire (le prologue, malhonnête) et dénué de tout vertige. Par ailleurs, la maîtrise formelle de Villeneuve ne suffit pas à maintenir l’intérêt de scènes didactiques répétitives, où le colonel Forest Whitaker joue de sa bouche de smiley triste pour (sur)signifier le poids – la lourdeur – du défi lancé à l’humanité et du sujet de dissertation proposé. Les humains sauront-ils communiquer entre eux, pour mieux communier avec le cosmos ? Heureusement, la super linguiste va réussir à décoder la calligraphie des aliens ! On plaisante, bien sûr, mais il y a un peu de ça : Premier Contact est certes la continuation d’un travail d’auteur subtil sur le récit, l’identification du spectateur et son accoutumance progressive à l’obscurité d’une intrigue faite de signes complexes à décoder. Mais il ne marque que les premiers pas hésitants de Villeneuve en territoire SF, son « premier contact » avec un genre dangereux, où c’est peu dire qu’il sera attendu fin 2017.

Premier Contact sort en salles le 7 décembre. Bande-annonce :

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