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Centre de dynamiques artistiques situé au bord du Canal Saint Martin, le Point Ephémère, ancien magasin de matériaux de construction réhabilité en lieu de sortie convivial, offre une programmation variée mixant expositions d’artistes contemporains, concerts et soirées clubbing, spectacles vivants, conférences, le tout avec possibilité de dîner sur place ou de boire un verre en terrasse. La danse y a une place de choix avec des danseurs accueillis en résidence et dont la recherche trouve son aboutissement lors du Festival des Petites Formes (D)cousues, présentation publique des miniatures chorégraphiques nées entre les murs. Un temps fort au cœur de la saison où les danseurs et artistes en « laboratoire » éprouvent leurs créations face au public.Marina Tullio, programmatrice danse du lieu, a repris la direction du Festival, à l’origine intitulé Petites Formes Cousues et dirigé par la danseuse et chorégraphe Eléonore Didier. Elle l’a orienté vers d’autres formes pour en faire une plaque tournante de la création contemporaine en matière de spectacle vivant, invitant des chorégraphes et compagnies aux écritures très différentes, sans se limiter pour autant à la stricte catégorisation « Danse contemporaine ». Ainsi, elle fait du décalage et de la transversalité le socle identitaire de ces Petites Formes (D)cousues  qui se déroulent une semaine durant (du 11 au 17 juin). Au menu de ces croisements de disciplines, on pourra assister en vrac à un spectacle de marionnettes pour adultes signé par la plasticienne Gisèle Vienne (Jerk), à la fusion entre flamenco et Bharata Natyam (Femmes Jasmin), découvrir la danse sacrée de Moines indien (Sattriya), plonger dans l’univers musical de Félix Kubin, personnage rétro futuriste iconoclaste ou encore vivre l’expérience à 360° de l’exposition Iceberg en compagnie de vos enfantsMais ne vous y trompez pas, si d’apparence les personnalités réunies n’ont rien à voir les unes avec les autres, Marina Tullio a l’art de faire se regrouper des familles artistiques dont les liens ne sont pas forcément visibles à l’œil nu mais dont les connexions se tissent en ramifications cachées. Sa programmation témoigne d’une attraction évidente pour les cultures d’ailleurs, l’idée claire que la contrainte physique est un moteur créatif puissant et une vraie passion pour générer des rencontres. Après avoir été longtemps à la tête du Festival les Plans d’Avril, Marina Tullio apporte sa touche personnelle aux Petites Formes (D)cousues.D comme décalage. D comme distorsion. D comme danse. C’est bien sûr cette discipline qui occupe une place majeure dans le Festival. Petit décryptage des compagnies à l’affiche : -  La Compagnie Keatbeck et sa Dancing Box, une proposition très « dada », mêlant vidéo et Djing. Un dialogue en forme de jeu fictif entre l’homme et la machine. Quand l’électronique rencontre l’organique…-  La Compagnie Traction présente Vie, un work in progress qui aborde la question du handicap sur un plateau. Ici, les corps n’ont rien d’académique, la danse non plus.-  La Compagnie Tango Ostinato renouvelle les codes du tango avec Abrazos, duo masculin féminin qui invente sa propre écriture chorégraphique sur une musique mixant bandonéon et électro. La vidéo s’invite également dans le dispositif.-  Aïna Alègre, interprète chez Nasser Martin Gousset, David Wampach ou encore Vincent Macaigne, jeune danseuse catalane bourrée de talents, mène aussi sa propre barque dans une recherche chorégraphique axée sur la notion de figure. Elle présente ici No se trata de un desnudo mitologico  dans lequel elle explore les différentes manifestations physiques des attitudes passionnelles.-  Le collectif 18.3 imagine un solo dans lequel la danseuse Lilou Robert travaille les notions de compréhension et de sens inhérentes à tout spectacle de danse contemporaine. J’ai rien compris vous donne littéralement la notice de la chorégraphie…-  La Compagnie Technichore emmenée par le chorégraphe Faizal Zeghoudi présente un duo fantasmatique autour du désir et de l’interdit (Le Chant de la gazelle). Le danseur et la danseuse y évoluent dans une complète nudité et une exploration des différents potentiels du contact physique. Sensualité assurée…-  La Compagnie LFB pratique la transdisciplinarité. Avec Discothèque, c’est une femme « bionique » qui s’offre à nous dans la différence affirmée et émouvante d’un corps opéré. Dans sa déchirure aussi.-  La Compagnie Hamsasya imagine la rencontre du Flamenco et du Bharata Natyam. Croisement culturel et gestuel qui conduit les deux danseuses aux sources de leur pratique. Le résultat s’intitule Femmes Jasmins.-  La Compagnie Métatarses mène un travail sur la spirale et la transformation d’énergie. Une gestuelle circulaire pour une force centrifuge  qui se propage jusqu’au public…C'est Hélices.-  Le danseur Sherwood Chen, fondateur de la Compagnie Headmistress, propose un solo, Charm Offensive, inspiré par les danses improvisées qu’il a pu voir au Sénégal et en Guinée. Ensorcelant…-  Stéphanie Auberville et le Groupe B s’attachent à danser simplement, au sens littéral du terme. Cela donne In Numerum Exsultare ?  Se réjouir ensemble…- La Compagnie The Mob s’amuse avec la figure de Margaret Thatcher et un imaginaire fantasque. Au menu de cette cérémonie onirique faussement politique, deux danseuses suédoises et une gigantesque poupée vaudou. Déjanté à souhait…-  Les Moines de Majuli rarement à Paris nous ouvrent les portes des danses indiennes. Sattriya  rassemble diverses disciplines : scènes théâtrales de la vie de Krishna, danses de groupes, chants sacrés, scènes masquées épiques ou burlesques…-  En parallèle à la programmation scénique, le Festival projette Corpos et Laços #2 ou la danse en milieu urbain de Jean-Jacques Sanchez. Le film a été tourné au Siège du Parti Communiste Français, réalisé par l’architecte Oscar Niemeyer. Ces Petites Formes (D)cousues tissent un panorama intime de la création chorégraphique vue sous ses coutures les plus discrètes, peu diffusées auprès du public. Et s’ouvrent à d’autres genres, incongrus ou marginaux. Comme le dit si bien sa programmatrice, Marina Tullio, « Je ne m’interdis rien ». La porte ouverte à la liberté du spectateur… Par Marie Plantin.Remerciements à Marina Tullio pour l’entretien réalisé le 18 mai 2012 à Point Ephémère.