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De retour du Festival, on fait le point sur ce dont on se souvient, ces petites pépites qui nous accompagnent sur la durée, ces moments uniques, d'émotion ou de rire qui sortent du lot, se détachent de la masse...Et notre coup de cœur va à J'ai plus pied, proposition théâtrale forte, imparfaite certes, mais suffisamment inédite pour susciter toute notre estime. Un spectacle cousu de douceur et de cruauté qui dit la vie, ses étaux successifs et ses étapes inévitables à travers le chemin de Claire, qui d'adolescente renfrognée à celui de mère dépassée, tente de se frayer un étroit territoire entre la vie en surface et son moi intérieur. Claire, c'est Claire Méchin, comédienne pilier de la compagnie L'Envers des Corps. Elle pourrait être madame tout le monde mais elle a un truc en plus, ce petit grain de folie et de superbe qui font d'elle un personnage magnifique, sur le fil de la comédie et de la tragédie, en équilibre entre le réalisme prosaïque et un certain décalé poétique. Dans cette zone tremblée, Claire Méchin danse sa partition, légèreté et profondeur entremêlées, sans jamais perdre pied. On la suit avec bonheur. Quant à Elsa Granat, elle fait preuve, tant dans la singularité de son écriture que dans sa mise en scène, d'un talent indéniable. Avec J'ai plus pied, elle fait véritablement acte de théâtre et ce n'est pas rien.>> En savoir plus sur ce spectacleAutre perle aux saveurs contrastées : Riz au lait, spectacle taiwanais flottant entre Orient et Occident, qui trouve un écrin parfait dans une des salles cocons de la Condition des Soies. Qualifié de théâtre du subconscient ou de théâtre surréaliste, ce théâtre d'images tissés de visions oniriques et symboliques, créé par la compagnie Riverbed, est une bulle d'oxygène dans le brouhaha du festival, une parenthèse de surprises scéniques qu'on déguste sans trop savoir ce que ça raconte ni ce que cela veut dire. Rien d'éthéré pourtant dans ces saynètes très organiques qui tournent autour du désir et de la sexualité, et se développent à travers des images de toute beauté. Car ici, l'émotion esthétique prime et l'impression de vivre un rêve éveillé. On est tout simplement hypnotisé de bout en bout et on repart la tête nourrie d'images saisissantes.>> En savoir plus sur ce spectacleA deux pas du cloître Saint-Louis, lieu stratégique du In, la chapelle Saint-Louis accueille tous les soirs Jeanne, montage de L'Alouette de Anouilh. Jeanne, c'est Jeanne d'Arc mais c'est aussi Claire Chollet, comédienne subtile qui réussit à incarner le mélange d'innocence et de détermination du personnage et porte avec une justesse surprenante les différentes voix du texte. Nul mysticisme dans l'écriture de Anouilh mais la force de la simplicité, celle de dire des choses universelles à travers un destin d'exception. La mise en scène d'Aliénor de Mézamat se concentre sur le jeu, précisément dirigé, que ce soit dans les variations d'émission de la parole et les différents états de corps. Pas d'esbroufe, on est ici au plus près de l'art de l'acteur qui se déploie dans tout l'espace de la chapelle, en un mouvement enveloppant et dynamique. Pas de doute, on est conquis.>> En savoir plus sur le spectacleDans un tout autre genre, on s'est bien amusé au one woman show de Sophia Aram, jeune comique craquante qui a le toupet de s'acoquiner avec un sujet délicat mais d'actualité : la religion. Ou plutôt, les trois principales religions monothéistes. Si la qualité de l'écriture n'est pas toujours au même niveau, l'humoriste fait souvent mouche et certaines trouvailles resteront dans les annales. Sophia Aram déboulonne des tabous, met les pieds dans le plat avec un mélange de fausse candeur et d'espièglerie enfantine. Mais c'est bel et bien une femme qui s'adresse à nous (et interpelle Dieu au passage), une femme qui dénonce la domination masculine sous couvert des écritures saintes, et qui remercie Dieu de lui avoir donné... un clytoris ! Nous, on le remercie de nous avoir donné Sophia Aram et des crises de rire à sa Crise de foi !>> En savoir plus sur le spectacleMarie Plantin