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Le temps file vite, même pour le « Wonderboy ». En 2016, Steven Spielberg aura 70 ans et on compile déjà son parcours au cœur d’Universal, le studio qui l’a vu naître. De Duel au Monde perdu, c’est donc plus de vingt-cinq années de carrière qu’il s’agit de remettre en perspective, en visionnant à la fois les œuvres de jeunesse (Duel, Sugarland Express), les triomphes pop-corn (Les Dents de la mer, E.T., Jurassic Park, ses trois plus gros succès) et les vraies sorties de route (1941, Always,Le Monde perdu, tous ratés, tous fascinants).Pourtant, malgré les huit Blu-ray aux splendides masters – dont quatre inédits – et le beau livret rétro en guise de bonus chic, ce qui frappe le plus en ouvrant ce très joli coffret, c’est ce que l’on n’y trouve pas. En l’occurrence La Liste de Schindler. Malencontreux oubli ou intuition marketing en vue d’une réédition dans quelques années ? Il faut remettre de l’ordre dans tout ça. La légende veut que Spielberg ait établi son premier lien avec l’industrie en se faisant passer pour un employé d’Universal lors d’une visite guidée. C’est avec ce même studio que le jeune prodige signera son premier contrat, s’exerçant sur quelques shows télé avant le baptême du long métrage. Et c’est encore au sein d’Universal qu’il bâtira les locaux de sa boîte de production Amblin, après l’immense triomphe d’E.T. Son « cocon » bien au chaud chez papa et maman, en somme. Ne pas s’étonner alors si Steven, lorsqu’il se confronte aux zones les plus névrotiques de sa psyché (Rencontres du troisième type), se met à viser le public adulte (La Couleur pourpre, Empire du soleil), ou s’envisage comme un simple artisan au service d’une commande (la saga Indiana Jones), n’hésite pas à frapper à la porte d’autres studios.Suffrage UniversalChez Universal, Spielberg préfère imposer la toute-puissance de son imaginaire, casser ses joujoux (1941) ou s’offrir la seule love story de sa filmographie (Always). Et il rechigne quand on l’oblige à faire ses devoirs (Le Monde perdu). Au sein du studio où il est né, « Spielby » se comporte comme un môme. La vraie cassure s’opère avec La Liste de Schindler, film de la reconnaissance critique et des Oscars, qu’Universal a bien voulu financer à condition que le cinéaste accepte de mettre en scène auparavant un grand huit peuplé de gros dinosaures. Vexé, Steven Spielberg déchirera les posters de sa chambre d’ado et quittera avec fracas la cellule familiale pour DreamWorks, son premier home sweet home rien qu’à lui. Émancipé, enfin ! C’est ce que raconte cet oubli colossal, ce trou béant dans une intégrale à jamais incomplète.Enlever La Liste de Schindler du corpus, c’est réécrire une tout autre histoire, refuser quelque part que le fiston soit devenu un homme. C’est autant le brimer que faire en sorte qu’il demeure à jamais un éternel wonderboy perdu dans un espace-temps inoxydable malgré le passage des années. Une idée purement spielbergienne en somme... Pour le kid de Cincinnati, Universal restera à jamais son Neverland.François Grelet