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Chronicle est un film de super-héros tourné suivant le principe du found footage : dès la séquence d'ouverture, Andrew (Dane DeHaan) allume sa caméra et déclare "à partir de maintenant, je vais tout filmer". Tout, y compris sa découverte avec son cousin (Alex Russell)et le kid le plus populaire du bahut (Michael Jordan) d'un étrange objet enterré dans la forêt qui va leur donner des super-pouvoirs, leur permettant de voler et de déplacer les objets par la pensée. Et tout va très vite déraper.Premier long-métrage de Josh Trank (27 ans), Chronicle est un traitement rafraîchissant et original du thème râbaché des super-héros, qui dissimule sous son aspect rase-bitume un vrai film de studio. A l'occasion de la sortie de Chronicle en DVD et Blu-ray, Trank et les acteurs Dane DeHaan, Alex Russell et Michael Jordan font la chronique de Chronicle.Propos recueillis par Sylvestre Picard. Chronicle raconte l'origine de super-pouvoirs chez des lycéens. C'est quoi, votre super-origine ?Josh Trank : Je n'avais pas d'argent, je vivais chez ma mère et je voulais m'envoler. C'est de là d'où vient toute l'envie du film. Je ne voulais pas tourner le script d'un vieux scénariste qui utilise un jeune cinéaste pour faire passer de vieilles idées aigries. Je ne voulais ni ironie, ni cynisme. Le found footage pourrait donner l'impression d'un film amateur, improvisé, alors qu'il s'agit d'un film de studio...Alex Russell : Oui, d'autant qu'il n'y avait pas de place pour l'impro. En tous cas, très peu, seulement dans les dialogues. Vous seriez surpris de voir à quel point le film est fidèle au script.Michael Jordan : On a énormément répété, et on devait vraiment reproduire ça tel quel... Le film ne pouvait pas se permettre d'être improvisé, notamment à cause des SFX.Josh Trank : Je voulais faire quelque chose comme Rec, en fait. Il y a 5 ou 6 ans, on aurait trouvé bizarre de voir un film où le héros se trimballe tout le temps avec une caméra. Aujourd'hui, l'esthétique du found footage est mainstream. Chronicle s'adresse purement à notre époque, à la génération qui se photographie elle-même. Andrew, le personnage principal, utilise ses pouvoirs pour manier la caméra et se filmer lui-même, il devient la caméra. C'est le cinéma pensé absolu (ultimate wishful filming).On pense aussi à Akira. Josh Trank : Ce n'est pas un hasard. Si Matrix est pour moi le film de super-héros ultime, c'est Akira d'Otomo qui m'a le plus influencé.  Michael Jordan : Akira ? Bien sûr. C'est clairement la grosse influence de Josh, notamment sur la fin. Non seulement la baston, mais aussi le côté ado à pouvoirs.Alex Russell : Je n'ai même pas vu Akira en entier...Tourner dans Chronicle a dû flatter votre côté geek. Alex Russell : Ah ah, c'est le comble, je ne suis pas du tout geek. Je suis totalement étranger à l'univers des comics.Michael Jordan : C'était moi, le plus gros geek du groupe. J'aime tout, des dessins animés pour mômes à la japanimation.Dane DeHaan : Je n'ai pas du tout grandi en lisant des comics, ou en faisant quoi que ce soit de geek... Je préférais prendre des cours de comédie. C'est comme ça que j'en arrivé là (rires). Par contre, mon père est un gros fan de BD de super-héros. Il collectionne toutes les figurines de Star Wars. Pour moi, Chronicle n'est pas un film de super-héros, mais un film d'ados avec des super-pouvoirs. Nuance.Pourtant, ton personnage porte un costume à la fin du film, s'en va taper des voyous et braquer une supérette.Dane DeHaan : C'est vrai. mais il met une tenue de pompier, qui est le costume de travail de son père. C'est le symbole qui est intéressant.  Alex Russell : Associer found footage et les films de super-héros est plus qu'un gimmick. C'est plus qu'un super-Jackass.Josh Trank : Le côté lovecraftien du script m'a plu. Je suis un grand fan des nouvelles d'H.P. Lovecraft -surtout La Couleur tombée du ciel- avec leur aspect "journal intime" ou "rapport journalistique". Ou bien Carrie de Stephen King, le livre plutôt que le film de De Palma. Bon alors, super-héros ou pas ?Josh Trank : C'est un film de super-héros crédible : si j'avais été embêté à l'école et que j'avais reçu ces pouvoirs, au début je ferais le con. Mais très vite, je me mettrais à blesser des gens. (rires)Michael Jordan : Pour moi, ce n'est pas un film de super-héros. On ne met pas de collants moulants pour sauver le monde. C'est juste des gamins avec des super-pouvoirs qui s'éclatent, font des blagues et chahutent les filles.